OFF SCREEN 2016, Bruxelles – 9th edition

c707c900-92a6-4cd3-ac0c-b0e00bbf0101La neuvième édition du Festival OffScreen (qui s’est tenue du 2 au 20 mars à Bruxelles entre les cinémas Nova, Rits, Bozar et la Cinémathèque) a refermé ses portes et cette année encore, nous avons pu constater le caractère hautement inestimable de ce festival joyeusement « alternatif ». De par la qualité de sa programmation, par sa bonne humeur, son mélange de nouveautés et de films « vintage » tantôt exigeants, tantôt Z et complètement fous, par l’ambiance que propose le décor absolument réjouissant du cinéma Nova, OffScreen mérite amplement sa réputation grandissante de meilleur festival « culte » européen. Cette manifestation, qui nous propose depuis 9 ans une sélection de films cultes d’hier et de demain, pépites retrouvées au fin fond des cinémathèques, convoque autant les cinéphiles pointus que les amoureux du cinéma de l’étrange, de curiosités, mais aussi du grain inimitable des vieilles copies fragiles en pellicule 35mm. Organisée par une équipe d’érudits et de passionnés, la cuvée 2016 comportait son lot d’invités de prestige et de surprises. Cette année, le festival nous proposait pas moins de dix avant-premières, trois rétrospectives, un colloque, des séances spéciales et une sélection de courts-métrages au cours d’une édition particulièrement éclectique.

 

Parmi la dizaine d’avant-premières proposées cette année, nous avons retenu Bone Tomahawk, l’angoissant western fantastique signé par l’écrivain S. Craig Zahler, mettant en scène le shérif Kurt Russell, confronté à une tribu de violents troglodytes cannibales.

 

Notre critique de Bone Tomahawk

 

En ouverture, Off Screen proposait Evolution, dernier opus de la réalisatrice française Lucile Hadzihalilovic, œuvre onirique et exigeante, remplie de rituels obscurs, à l’imaginaire horrifique et à la poésie vénéneuse. Production majoritairement belge, le film est soutenu par le travail extraordinaire de Manu Dacosse à la photographie. C’était l’occasion de recevoir la talentueuse (et très sympathique) réalisatrice et de consacrer une rétrospective à sa courte mais impressionnante carrière. Débutant par une longue collaboration avec son partenaire de l’époque Gaspar Noé, au sein de leur structure Les Films de la Zone, Lucile Hadzihalilovic a trouvé, dès son premier moyen-métrage La Bouche de Jean-Pierre une voix poétique, cynique et oppressante. Elle s’impose définitivement en 2004 avec la sortie du singulier Innocence. Ayant connu au fil des ans de nombreux déboires de financement, la réalisatrice, rare, revient en force en proposant un film jumeau du précédent. Espérons que le troisième ne mettra pas douze ans à voir le jour !

 

lhLucile Hadzihalilovic

 

Notre critique d’Evolution

 

Autre invité d’honneur de prestige, se réclamant lui-même du cinéma d’exploitation, Frank Henenlotter est sans doute le seul véritable auteur du genre. Biberonné aux films programmés dans les cinémas de la 42e rue new-yorkaise, il tire son inspiration des freaks et des autres personnages issus des bas-fonds de mégalopoles qui y peuplaient autant les écrans que les salles de l’époque. La rétrospective qui lui fut consacrée nous permit de revoir avec un plaisir fou ses œuvres aussi gore que drôles sur grand écran : Basket Case (1982), Brain Damage (1987) et Frankenhooker (1989)… Tout un programme ! Nous avons également pu découvrir son joyeux documentaire, That’s Sexploitation (2013), vertigineuse plongée historique, incroyablement documentée, dans l’évolution des films érotiques des débuts du cinéma jusqu’à l’arrivée du porno, autrement dit des « nudies » aux « roughies », en passant par les films médicaux et par bien d’autres étrangetés, réunies dans une œuvre phare de plus de deux heures, hommage à tous ces « artistes » du sexe à l’écran et véritable pied de nez aux censeurs de toutes les époques !

 

FRANKFrank Henenlotter

 

En tant qu’ancien fidèle des cinémas de la 42e rue de New-York et spécialiste du cinéma d’exploitation, Frank Henenlotter était une des personnalités présentes lors du colloque « 42nd Street Forever », exploration de l’influence du cinéma grindhouse sur la cinématographie contemporaine, précédée la veille d’une véritable « triple bill » d’époque, avec trois perles du genre projetées d’affilée : le nanar sanglant I Drink Your Blood de David E. Durston, le faux documentaire d’exploitation Let Me Die a Woman de Doris Wishman et le porno lynchien Corruption de Roger Watkins. Véritable paradis des cinémas grindhouse, la fameuse 42nd Street de New York a vu défiler pendant les années 70 et 80 les genres les plus fous et les plus extrêmes, aux dénominations évocatrices : blaxploitation, sexploitation, eurotrash, kungfu, nudie cuties, mondo ou encore biker films. Même si toutes ces salles ont disparu depuis longtemps, la légende et les films sont restés dans l’histoire, régulièrement redécouverts grâce à des festivals comme OffScreen par une nouvelle génération de fans, nostalgiques de cette folle époque, malheureusement bien révolue.

 

1075594_10153605753951925_3849011202079674311_oAnthony Sneed, Frank Henenlotter et Vanity Celis, sur la scène des Beaux Arts

 

Frank Henenlotter a eu la gentillesse de nous proposer, en avant-première mondiale (rien que ça !), son dernier-né, la comédie (non-horrifique, une première) Chasing Banksy, adaptation à très petit budget sur grand écran des mésaventures d’Anthony Sneed, artiste peintre, comédien et ami proche du réalisateur, qui l’accompagnait à Bruxelles et qui a tellement apprécié l’ambiance du festival, qu’il a finalement décidé de rester jusqu’au bout… Mal lui en prit puisque son retour à New York fut contrarié par les attentats terroristes qui ont frappé la Belgique, mais Anthony Sneed, un talent à suivre, a néanmoins promis qu’il serait de retour chez nous l’année prochaine !

 

Notre critique de Chasing Banksy

 

La sélection thématique intitulée « Driving Miss Crazy » réunissait 26 films (des années 50 aux années 90), qui nous ont fait voyager à travers la psyché dérangée et perverse de femmes dont les (més)aventures donnent un écho aux luttes pour le droit des femmes et contre la domination masculine. Cette sélection était inspirée par le livre de la journaliste et auteure canadienne Kier-La Janisse, « House of Psychotic Women: An Autobiographical Topography of Female Neurosis in Horror and Exploitation Films ». Kier-la Janisse était à Bruxelles pour introduire la plupart de ces précieuses séances, nouvelle d’occasion de redécouvrir certains chefs d’œuvre oubliés (ou pas). Nous avons choisi d’en chroniquer huit :

 

12

 

What Ever Happened To Baby Jane ? (Qu’est-il Arrive à Baby Jane ?) (1962, de Robert Aldrich)

Seance On a Wet Afternoon (Le Rideau de Brume) (1964, de Bryan Forbes)

Mademoiselle (1966, de Tony Richardson)

Mais ne nous Délivrez pas du Mal (1970, de Joël Séria)

 

Lizard in a Woman’s Skin (Le Venin de la Peur) (1971, de Lucio Fulci)

Shock (Les Démons de la Nuit) (1977, de Mario Bava)

Ms. 45 (L’Ange de la Vengeance) (1981, de Abel Ferrara)

May (2002, de Lucky McKee)

 

Parmi les autres évènements ayant émaillé les (presque) trois semaines du festival, nous avons pu assister à une nouvelle projection du « plaisir coupable » The Room, de Tommy Wiseau, collection hallucinante de fautes de mise en scène, de naïveté et de mégalomanie, connu pour être le pire film jamais réalisé (donc absolument génial), mais aussi à deux véritables « matinees » comme à la grande époque (avec ouvreuses et friscos !) : le très culte et toujours très rigolo Labyrinth (1986, de Jim Henson, en hommage à David Bowie, à sa perruque et à sa coquille cachant très mal son membre protubérant) et Bye Bye Birdie (1963), une charmante et kitschissime comédie musicale de George Sidney avec Ann-Margret, dans laquelle les émois adolescents provoqués par une star du rock trouble la quiétude d’une petite ville de province. Off Screen 2016 proposait également une soirée consacrée aux films d’exploitation belges avec deux films au charme désuet absolument irrésistible : La Plus Longue Nuit du Diable (1971, de Jean Brismée) et Et ma Sœur ne pense qu’à ça (1970, de Henri Xhonneux), des œuvres fauchées, poétiques et absurdes que nos désespérants jeunes cinéastes belges, sortis de l’INSAS et de l’IAD feraient bien de regarder en boucle !

 

Labyrinth-Bowie_0David Bowie dans Labyrinth

 

12671760_10153626936351925_4306589367760944000_oNous avons également assisté à l’avant-première (en clôture) du très attendu High-Rise, en présence de son réalisateur, le génial (et très bourru) Ben Wheatley (photo ci-contre), talent le plus éclatant parmi les jeunes cinéastes anglais actuels. Même si son adaptation du roman de J.G. Ballard est loin d’être le meilleur film de sa brillante filmographie, le Q&A qui a suivi la projection s’est révélé absolument passionnant.

 

Certes, cette année, le festival Off Screen a, une fois de plus joué de malchance. Rappelons-nous que fin 2011, le cinéaste anglais Ken Russell, prévu pour être le prochain invité d’honneur, était décédé avant d’avoir pu mettre les pieds dans la capitale belge. Le festival lui rendit un long hommage en 2014. Rebelote cette année puisque c’est le regretté Andrzej Zulawski, décédé le 17 février dernier, qui devait être à l’honneur pour une rétrospective de son œuvre. Le vénéneux Possession, dans lequel il dirigeait Sam Neill et Isabelle Adjani, fut néanmoins projeté à l’occasion de la sélection « Driving Miss Crazy ». Le français Joël Séria, réalisateur culte des Galettes de Pont-Aven, devait venir nous présenter son chef d’œuvre (et son premier film), Mais ne nous Délivrez pas du Mal, mais souffrant, dut être hospitalisé… Rappelons aussi qu’en 2010, le festival avait eu la présence d’esprit d’inviter Jess Franco et son épouse Lina Romay, tous deux mal en point, à temps, avant leurs décès respectifs en 2012 (elle) et 2013 (lui), leur offrant ainsi un dernier baroud d’honneur ! Ce sont là les risques du métier pour un festival qui met à l’honneur des cinéastes rares, précieux, en fin de carrière. Et ces avaries, certes bien malheureuses, ne doivent surtout pas nous faire oublier la générosité d’un festival de plus en plus essentiel et le travail monstrueux abattu par sa sympathique équipe!

 

Le festival Off Screen fêtera ses dix ans l’année prochaine. Nous y serons !

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

Remerciements chaleureux à Dirk Van Extergem, Vanessa Sutour et à tout le reste de l’équipe…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>