OFF SCREEN 2015, Bruxelles – 8th Edition

offscreen_poster_2015_web_350_no_logoLa huitième édition du Festival OffScreen (qui s’est tenue du 4 au 22 mars à Bruxelles entre les cinémas Nova, Rits, Bozar et la Cinémathèque) a refermé ses portes et une fois de plus, force est de constater que ce festival joyeusement « alternatif » s’avère meilleur d’année en année. De par la qualité de sa programmation, par sa bonne humeur, son mélange de nouveautés et de films « vintage » tantôt exigeants, tantôt Z et complètement fous, OffScreen mérite amplement sa réputation grandissante. Cette manifestation convoque autant les cinéphiles pointus que les amoureux du cinéma de l’étrange, de curiosités rares, de films cultes mais aussi du grain inimitable des vieilles copies fragiles en pellicule 35mm. Organisée par une équipe d’érudits, de passionnés et de bien sympathiques jeune gens, la cuvée 2015 n’a pas démérité.

 

Cette année, c’est le cinéaste Tobe Hooper qui était l’invité d’honneur. Présent durant les deux semaines du festival, l’auteur de l’inoubliable Texas Chainsaw Massacre (Massacre à a Tronçonneuse) est venu présenter (presque) chaque séance de la longue rétrospective qui lui était consacrée, à commencer par son chef d’œuvre précité, projeté dans sa copie 4K flambant neuve au Palais des Beaux Arts devant un public effrayé et médusé. Visiblement timide et peu à l’aise en public, le cinéaste texan n’en est pas moins une personnalité fort attachante. Sa filmographie en demi-teinte est parsemée de chefs d’œuvres inoubliables (The Texas Chainsaw Massacre, The Funhouse, Poltergeist), d’une poignée d’excellentes séries B (Eaten Alive, Salem’s Lot, Lifeforce, Invaders From Mars, The Texas Chainsaw Massacre 2, Toolbox Murders), mais aussi de quelques productions honteuses dont il avoue amèrement ne pas être très fier (Spontaneous Combustion, Crocodile, Mortuary et son dernier film en date, le mystérieux Djinn, tourné en 2013 aux Emirats arabe unis, une expérience apparemment cauchemardesque pour lui dont, par contrat, il n’a même pas le droit de discuter !) C’est là toute la complexité d’un réalisateur brillant mais parfois malchanceux, dont on a souvent dit qu’il était l’homme d’un seul film. Le Festival OffScreen arrivait donc à point fermé pour prouver à ceux qui en doutaient encore qu’il n’en était rien. Rarement un réalisateur aura su explorer de manière si viscérale les concepts de folie et d’hystérie, dans une œuvre qui, malgré son appartenance au domaine du fantastique et de la série B, reste toujours très ancrée dans un contexte politique. The Texas Chainsaw Massacre peut effectivement se lire comme une comédie noire post-Vietnam et post-Watergate.

 

Tobe Hooper est donc venu nous abreuver de nombreuses anecdotes sur sa carrière, notamment sur ses débuts dans le documentaire, la publicité, le court métrage et les films d’entreprise, mais nous a également présenté le très rare Eggshells (1969), son premier long métrage officiel que l’on croyait disparu, véritable film hippie expérimental qui pose de nombreuses bases stylistiques pour la suite de sa carrière.

 

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Cet aperçu (presque) complet de sa carrière révèle un cinéaste attachant et virtuose, un homme complexe bourré de démons, parfois mal entouré (comme l’ont prouvé ses derniers films), mais au style unique.

 

Nous avons choisi de chroniquer :

 

Eggshells (1969)

The Texas Chainsaw Massacre, Part 2 (Massacre à la Tronçonneuse 2) (1986)

 

 

hqdefaultL’autre rétrospective majeure du festival concernait la fameuse Cannon Films, la boite de production menée de main de maître par les cousins israéliens Menahem Golan et Yoram Globus, qui firent les beaux jours des années 80. Escrocs ou génies visionnaires ? Sans doute les deux à la fois ! Golan et Globus, « The Go-Go Boys » comme ils se surnommaient, auront marqué au fer roue le mauvais goût typique des folles années reaganiennes. Non contents d’avoir lancé les carrières de Jean-Claude Van Damme, Sharon Stone ou Michael Dudikoff, ils ont relancé celles de vieilles ganaches fatiguées comme Charles Bronson, Richard Chamberlain, Lee Marvin et Chuck Norris. Pompant allègrement dans tous les genres à la mode, (films musicaux, films d’horreur, films d’action décomplexés faisant l’apologies de l’auto-défense, films de ninjas, plagiats de succès populaires, nanars honteux, science-fiction à petit et gros budget), Golan et Globus produisaient un maximum de films afin de saturer les vidéoclubs et les salles de cinéma du monde entier, dans l’espoir un peu vain de rivaliser avec les grands studios hollywoodiens. Leur refus du politiquement correct et la nostalgie permettent aujourd’hui de revoir ces œuvres insensées avec un plaisir fou. L’ascension de la Cannon fut aussi rapide que sa chute fut douloureuse. OffScreen nous proposait de revoir 18 de leurs films les plus frappadingues, avec entre autres Death Wish 3, Exterminator 2, Cobra, Ninja III : The Domination, Missing in Action 1 et 2, Invasion USA, The Delta Force, Avenging Force, King Solomon’s Mines, Bloodsport, mais également des œuvres de grande qualité comme Runaway Train et Street Smart.

 

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Leur épopée nous est narrée dans le joyeux documentaire de Mark Hartley :

 

Electric Boogaloo : The Wild,Untold Story of Cannon Films (2014)

 

Le festival nous proposait également une thématique science-fictionnelle intitulée “Botanicals”, qui nous a permis de redécouvrir des œuvres d’anticipation dans lesquelles la végétation se rebelle contre l’humanité, notamment l’excellent Day of the Triffids (1962, de Steve Sekely), Matango : Attack of the Mushroom People (1963, de Inoshiro Honda), les deux premières versions de Invasion of the Body Snatchers (celle de Don Siegel en 1956 et celle de Philip Kaufman en 1978), mais surtout les deux versions du très culte Little Shop of Horrors, la première tournée en 2 jours par Roger Corman en 1960 (et qui marquait la première apparition d’un certain Jack Nicholson à l’écran) et la deuxième, inspirée de la comédie musicale de Broadway, tournée en 1986 par Frank Oz avec un casting exceptionnel de génies comiques parmi lesquels Rick Moranis, Steve Martin, Bill Murray et John Candy. Little Shop of Horrors version 1986 nous fut présenté dans une copie exclusive avec sa fin originale très sombre (et ses créatures géantes animées en stop-motion), qui avait été remplacée au cinéma par un happy ending beaucoup moins provocateur, preuve s’il en est des ressources incroyables de l’équipe du festival.

 

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Les spectateurs assidus auront également eu droit à un symposium musclé intitulé « Reaganite Cinema », à deux « matinées » (Little Shop of Horrors 1986 et King Solomon’s Mines) pleines de surprises (bandes annonces rares, dessins animés de Bugs Bunny, ouvreuses sexy), à une soirée hommage au cinéaste belge de l’absurde Jean-Jacques Rousseau (décédé l’an dernier), ainsi qu’à une soirée intitulée « When Porno Was Chic », en hommage au défunt cinéma ABC.

 

Comme chaque année, le Festival OffScreen proposait également une poignée d’avant-premières de qualité dont nous vous parlons en long et en large :

Honeymoon (2014, de Leigh Janiak)

 

Blind (2014, de Eskil Vogt)

 

The Duke of Burgundy (2014, de Peter Strickland)

 

Ruined Heart : Another Love Story Between a Criminal and a Whore (2014, de Khavn De la Cruz)

 

A Girl Walks Home Alone At Night (2014, de Ana Lily Amirpour)

 

 

Remerciements à Dirk Van Extergem, Vanessa Sutour ainsi qu’à toute l’équipe du Nova et du Festival OffScreen.

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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