CINEMATIK 2011 – 6th INTERNATIONAL FILM FESTIVAL

Another Year in Piestany

 

Depuis six ans déjà, le Festival CINEMATIK s’est imposé comme l’un des festivals de cinéma européens les plus originaux, les plus sympathiques et les moins collet-montés. Situé dans un cadre réellement enchanteur à Piestany, charmante ville thermale de l’est de la Slovaquie, à une centaine de kilomètres de Bratislava, ce festival jeune en âge et en esprit se consacre à la découverte du cinéma européen et à des rétrospectives thématiques particulièrement intéressantes.

 

Entre deux longues promenades le long de la rivière Vâh, la visite des thermes et autres jacuzzis, les massages prodigués par de charmantes hôtesses à qui l’office touristique aurait apparemment interdit le port du soutien-gorge (ce n’est là qu’une théorie personnelle non confirmée par les autorités responsables), les festivités arrosées à l’absinthe et les flâneries dans l’immense parc peuplé d’écureuils abritant ses deux complexes cinématographiques (le cinéma Dom Umenia et le cinéma Fontana)  les visiteurs de cette petite ville perpétuellement ensoleillée peuvent donc chaque année en septembre, pendant 7 jours, découvrir une sélection particulièrement bien achalandée de films européens et d’autres curiosités.

 

Le principe ? Les sympathiques organisateurs proposent à un panel composé d’une dizaine de « jeunes » critiques de cinéma issus de 17 pays européens un vote préalable (cette année ce furent l’Allemagne, l’Autriche, la Croatie, le Danemark, l’Estonie, la France, la Hollande, la Hongrie, l’Italie, le Montenegro, la Pologne, la République Tchèque, la Roumanie, le Royaume Uni, la Slovaquie et la Turquie) : chacun d’entre eux devra ainsi établir une liste des 5 meilleurs films européens diffusés chez eux lors de l’année écoulée. Le dépouillement des votes et la sélection effectuée (10 films) reflètent donc la diversité incroyable et parfois insoupçonnée du cinéma européen et permettra souvent aux critiques de découvrir des films qui, problèmes de distribution obligent, ne sont pas sortis dans leurs pays respectifs. Le résultat : une section compétitive particulièrement intéressante et le Prix « Meeting Point Europe ».

 

Cette année étaient à l’affiche : If I Want To Whistle, I Whistle (Florin Serban, Roumanie), Carlos (Olivier Assayas, France), Another Year (Mike Leigh, UK), Finnisterre (Sergio Caballero, Estonie), The Ghost Writer (Roman Polanski, France / UK), In a Better World (Susanne Bier, Danemark), Des Hommes et des Dieux (Xavier Beauvois, France), Submarine (Richard Ayoade, UK), Four Lions (Christopher Morris, UK) et Le Cheval de Turin (Béla Tarr, Hongrie.)

 

Et le grand vainqueur de l’année, récipient du Prix Meeting Point Europe Award fut…

 

Another Year (2010, de Mike Leigh )

 

Pour son 11ème film, le sage vétéran du cinéma social anglais nous a réservé un petit bijou de comédie douce-amère comme lui seul (et les français Bacri / Jaoui) semble en avoir conservé la formule. Film choral observant l’évolution d’un heureux couple de sexgénaires et de leurs pique-assiettes d’amis au cours de quatre saisons, Another Year touche au cœur par son exactitude, par sa justesse d’observation des comportements, par l’évolution dramatique des personnages gravitant autour de ce couple. Un couple formé par Tom (Jim Broadbent) et Gerri (Ruth Sheen), tellement parfait et bien intentionné  qu’il pourrait en devenir irritant. Tom et Gerri (!) mènent effectivement une vie sans problèmes : il est géologue, elle est psychologue et conseillère d’orientation. Mais derrière les apparences de la perfection gravitent leurs amis et leur famille : Mary (Lesley Manville), célibataire récemment divorcée et vieillissante dont l’exubérance, le charme fané et la logorrhée verbale n’arrivent plus vraiment à masquer la solitude, la peur de vieillir, l’alcoolisme naissant et le profond malaise qui la mènent petit à petit vers une terrible dépression. Un état qui va la pousser à s’aliéner son couple d’amis de moins en moins « tolérant » à son égard.

 

Tour à tour drôle, effrayante, tragique, maladroite et touchante, Mary est un de ces personnages complexes absolument inoubliables interprété avec une justesse et un sens de l’observation inouïs par Lesley Manville, qui aurait mérité tous les prix d’interprétation majeurs de l’année. Si son personnage risque souvent de devenir détestable, c’est pourtant bien à elle que nous nous attachons.

 

Quant à Tom (Ken Wight), un solitaire vieillissant et le seul à encore regarder Mary, il semble constamment à deux doigts de la crise cardiaque… Ronnie (David Bradley), le frère de Tom est un vieillard alcoolique qui vient de perdre son épouse. Taiseux, son visage grave et impassible montre un passé violent et beaucoup de regrets.

 

Tous ces personnages deviennent bientôt, au fil des saisons qui passent de véritables fardeaux pour ce couple bien sous tout rapport… Une nouvelle fois, Mike Leigh étudie les rapports humains et les hypocrisies qu’ils engendrent sous son microscope. Qu’il arrive à nous faire rire avec un sujet aussi déprimant démontre une nouvelle fois son talent exceptionnel.

 

 

Si « Meeting Point Europe » s’avère le pilier central du festival, les autres sections ne manquent pas non plus d’audace : ainsi, la section Cinematik.doc nous propose une sélection de documentaires slovaques ainsi que la section « Cult and Beyond : Backwood Comforts » dédiée au survival forestier. C’est ainsi une petite dizaine de survivals nerveux qui auront fait frissonner les spectateurs : Black Water (2007, de David Nerlich et Andrew Traucki)et son crocodile vicieux, Wolf Creek (2005, de Greg McLean)et son serial killer rigolard, Severance (2006, de Christopher Smith)et ses cadres pourchassés par des autochtones furieux, Eden Lake (2008, de James Watkins) dans lequel le couple Michael Fassbender / Kelly Reilly est confronté à la jeune racaille anglaise en cagoules, Van Diemen’s Land (2009, de Jonathan auf der Heide) et ses soldats cannibales paumés dans les paysages magnifiques de l’Australie du 19ème siècle… des œuvres effrayantes de grande qualité, cependant éclipsées par une œuvre rare et magnifique, inoubliable, dont le malaise qu’il crée petit à petit arrive insidieusement pour ne plus jamais vous quitter… un grand film oublié : Long Weekend, le film australien que Colin Eggleston réalisa en 1978 et sur lequel – c’est promis – Action-Cut reviendra très bientôt !

 

Chaque année à Cinematik, un réalisateur européen est mis à l’honneur dans la section « Respect ». Après Nicholas Winding Refn en 2010, c’était Jacques Audiard le grand héros de cette cuvée 2011. L’intégralité de sa filmographie fut donc présentée à un public slovaque qui ne connaissait que très mal ce réalisateur prestigieux dont les films furent mal (ou pas) distribués chez eux. Une sorte de séance de rattrapage bienvenue qui nous a permis de revoir les perles des débuts que sont Un Héros Très Discret et Regarde les Hommes Tomber, des premiers films qui démontraient déjà cette maestria formelle et narrative et l’envie de « tuer le père » puisque les films de Jacques Audiard sont souvent dénués de l’humour caractéristique des œuvres et des dialogues du père Michel. L’occasion de constater que Sur Mes Lèvres est sans le moindre doute l’un des films français les plus brillants de ces vingt dernières années, bien supérieur à Un Prophète… Une rétrospective qui aura suscité chez le public slovaque l’envie d’attendre avec impatience De Rouille et d’Os, présenté cette année au Festival de Cannes.

 

En attendant avec impatience le programme de la cuvée 2013 à laquelle Action-Cut sera présente (c’est promis!), retrouvez ICI l’interview que nous a accordée Rastislav Steranka, le directeur de la programmation du Festival Cinematik…

 

 

 

Grégory Cavinato.

 

 

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