BIFFF 2016 : introduction et bon souvenirs…

8f8b02e8d0982dd7b181112682f07db104e2f36333db857481693e7d1de3d1753b075756Cet article est paru en exclusivité sur Cinergie.be.

 

Chaque année depuis 34 ans, les aficionados du cinéma fantastique, de science-fiction, d’horreur et de films de genre au sens large se rassemblent par centaines, dans un état physique et olfactif proche de celui des créatures de The Walking Dead, au seul événement cinématographique belge susceptible de combler leurs ardeurs sanguinaires, leurs déviances abjectes et leurs pulsions psychopathes. Cet évènement, c’est le BIFFF, le « Brussels International Fantastic Film Festival », troisième plus grand festival mondial consacré au cinéma de genre, qui a vu défiler tous les films et toutes les plus grandes figures du cinéma fantastique. Un palmarès qui lui vaut aujourd’hui une renommée internationale, due en partie à son public déchaîné qui n’hésite jamais à se manifester bruyamment durant les projections.

 

« Le BIFFF, c’est avant tout un lieu de découvertes, de rencontres et d’échanges ! », nous a confié son co-créateur Freddy Bozzo, dans la longue interview qu’il nous a accordée (nous avons également questionné Jonathan Lenaerts, attaché de presse du festival depuis 2009). Avec son débit-mitraillette, ses anecdotes par dizaines et sa façon de passer du coq à l’âne comme s’il était possédé par une entité mystérieuse, Freddy, toujours passionné, enthousiaste et chaleureux, nous livre une interview puzzle à son image, absolument passionnante, dont la retranscription fut un laborieux casse-tête chinois ! Mais pourquoi est-il si gentil ? Parce que !…

 

Depuis 1997, année où j’ai découvert le festival au Passage 44, j’ai pu constater à quel point les découvertes, rencontres et échanges font tout l’intérêt de ce festival « familial ». Sur un plan personnel, la grande famille du BIFFF m’aura en effet valu bien des émois : déceptions sentimentales (assister à la projection du pire film de Uwe Boll – Alone in the Dark – assis tout penaud à quelques sièges de la femme que j’aimais à l’époque… et de son futur mari, est une expérience que je ne souhaite à personne !), fierté de voir une amie (la réalisatrice belge Axelle Carolyn) présenter son premier (et excellent) long métrage, Soulmate, mais également de précieuses amitiés de longue date, qui ont survécu au passage des ans…

 

199208_6279533630_3288_nLes bons souvenirs sont trop nombreux pour les énumérer un à un, mais essayons quand même d’en partager une modeste sélection. Je me souviens être arrivé un matin ensoleillé au Passage 44 et y avoir découvert le légendaire Dario Argento, tout seul et un peu malheureux, en train de siroter son café au bar, incognito. Je me suis présenté, il m’a offert un café, et, comme deux vieux copains, nous avons longuement refait le monde et discuté de sa brillante carrière (mais également de la mienne, plus obscure)… En 2007, j’ai eu la chance d’interviewer longuement Laura Elena Harring (la brune de Mulholland Drive), un plaisir décuplé par le fait que la voluptueuse actrice – sans doute sans s’en rendre compte – me caressait le bras en répondant à mes questions… Le même jour, une autre interview se déroulait beaucoup moins bien, avec un Dominique Pinon bougon et de mauvaise foi, qui déclarait entre deux grommellements « ne pas particulièrement apprécier le fantastique ». Une fois l’entretien terminé, l’acteur, tel Mister Hyde redevenu Dr. Jekyll, s’est détendu et a changé totalement d’humeur, me remerciant à grands coups de tapes dans le dos… En 2011, une interview d’Alex De la Iglesia s’est transformée – pour le cinéaste espagnol – en une véritable séance de psychanalyse, évoquant les circonstances douloureuses d’un divorce récent, tout en oubliant complètement de répondre à mes questions… Mon entretien avec l’hilarant John Landis fut l’occasion d’un véritable one-man show de 45 minutes, durant lequel je n’eus le temps d’ouvrir la bouche qu’une fois ou deux… Plus anecdotique, je me suis un jour retrouvé aux urinoirs de Tour et Taxis, « coincé », pas fier, entre ces deux vieilles trognes burinées de Philippe Nahon et Michael Ironside, copains comme cochons, qui sifflaient gaiement et en chœur le fameux air du Pont de la Rivière Kwaï en se soulageant. Je me rappelle m’être dit : « si je raconte ça, personne ne me croira »… En vrac, j’ai également servi le café à un Christopher Lloyd tout timide, réussi à arracher un sourire à la belle Lisa Marie (l’actrice qui ne sourit jamais) et terminé une soirée aux aurores dans un bar bruxellois en compagnie de Sergi Lopez, nominé au César de l’acteur le plus sympa au monde !… Sans parler de cet épisode peu glorieux où j’ai du sortir en urgence de la projection de Rampage, brûlot de Uwe Boll (encore lui), rendu malade par les mouvements de caméra incessants…

 

196660_6280083630_9083_nWilliam Lustig, Laura Elena Harring et Brian Yuzna, invités du BIFFF 2007.

 

franco-neroMais mon meilleur souvenir date de 2014, lorsque j’ai rencontré mon idole d’enfance, l’acteur italien Franco Nero et que nous avons échangé une virile poignée de mains. J’ai beau ne pas tomber facilement en pâmoison devant mes idoles, difficile de ne pas être ému devant cet acteur de légende aux yeux bleus perçants et à la moustache musclée, toujours aussi diablement beau à 72 ans ! Franco Nero dont je regardais tous les westerns et les polars avec mon grand-père italien quand j’étais enfant ! Ce grand-père qui répétait (avec son accent très prononcé) que Nero pouvait facilement « touiller Clint Eastwood » lors d’un duel imaginaire la fausse rivalité entre ces deux stars du western des années 60 tournant, dans l’esprit un peu chauvin de mon aïeul de Padoue, à l’avantage de son compatriote…

 

Mais le BIFFF c’est également des films. Parmi les centaines de séances auxquelles j’ai assisté, j’ai pu découvrir des titres rares, inoubliables dans la vie d’un cinéphile, tels que May (2002, de Lucky McKee), Bubba Ho-Tepp (2002, de Don Coscarelli), The Devil’s Rejects (2005, de Rob Zombie), Mulberry Street (2007, de Jim Mickle), Stuck (2007, de Stuart Gordon), La Sconosciuta (2007, de Giuseppe Tortatore), Los Cronocrimenes (2007, de Nacho Vigalondo), Shiver (2008, de Isidro Ortiz), Red (2008, de Lucky McKee), Deadgirl (2008, de Marcel Sarmiento et Gadi Harel), Summer Wars (2009, de Mamoru Hosoda), I Saw the Devil (2010, de Jee-woon Kim), Cheap Thrills (2013, de E.L. Katz), The Babadook (2014, de Jennifer Kent), Sea Fog (2014, de Sung-bo Shim), Starry Eyes (2014, de Dennis Widmyer et Kevin Kolsch), Faults (2014, de Riley Stearns), Hard Day (2014, de Seong-hoon Kim), Musarañas (2014, de Juanfer Andrés et Esteban Roel), Good Night Mommy (2014, de Severin Fiala et Veronika Frank) et des dizaines d’autres oeuvres inestimables, pour la plupart, invisibles dans nos salles, rejetées par les distributeurs « mainstream » plus intéressés par les blockbusters sans âme et les films de Kev Adams...

 

La 34ème édition du BIFFF se tiendra du 29 mars au 10 avril au Palais des Beaux Arts. Cette année encore, plus de 2000 Maniacs se précipiteront dans cet Antre de la Folie. Et si, par hasard, un cul-béni vous conseillait « Mais non, n’y va pas, c’est affreux !!!! », je ne manquerais pas de vous répondre en hurlant : « Mais si, vas-y !!! »

 

Grégory Cavinato

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