BIFFF 2011 – le compte-rendu

Chaque année sur le site de Tour & Taxis, à 20 minutes à pied d’une hypothétique station de métro que David Vincent ne trouvera jamais, les aficionados du cinéma fantastique et de films de genre au sens large se retrouvent par centaines, tels les zombies de Romero errant, bavant et se décomposant allègrement au seul événement cinématographique belge susceptible de combler leurs ardeurs sanguinaires, leurs déviances priapiques et leurs pulsions psychopathes. Cet évènement, c’est le BIFFF, qui malgré son nom rappelant une saucisse, se traduirait plutôt par un « Brussels International Fantastic Film Festival »… qui en français se traduirait d’ailleurs correctement par « le Fantastique Festival International Bruxellois », le mot « Fantastic » étant comme diraient nos amis linguistes, un « faux ami »… Mais c’est une autre histoire.

 

Pour cette 29ème édition du festival, le site de Tour & Taxis accueillait pour la cinquième année consécutive et pendant 13 jours sa traditionnelle délégation de vampires, zombies, tueurs masqués, savants fous, fantômes, monstres en tous genre ainsi que (l’horreur !) une délégation de journalistes belges et internationaux parmi lesquels deux envoyés très spéciaux de ActionCut.net qui vous auront ramené et concocté quelques entretiens exclusifs de derrière les fagots et que vous pourrez consulter ci-dessous.

 

John Landis

Renny Harlin

Alexandre Aja

Alex De la Iglesia

Julien Carbon et Laurent Courtiaud

 

Cette année, le jury international comptait parmi ses augustes membres Enzo G. Castellari, réalisateur du légendaire Keoma et d’une tripotée de films d’exploitation italiens de la grande époque, Simon Boswel, compositeur anglais de scores pour différents cinéastes tels Clive Barker, Dario Argento ou Lamberto Bava, Nicholas Gob, annoncé comme un acteur belge montant (personne ne sait vraiment où…) et le déjanté Jake West, réalisateur anglais de Razor Blade Smile ou encore Evil Aliens. Le petit Tony « Candyman » Todd, annoncé au programme a du annuler sa présence pour cause de tournage d’une des 35 séries Z qu’il tournait cette année mais nous a gentiment fait parvenir un mot d’excuse de Candymom, sa maman. Pas de femmes cette année dans le jury… et c’est bien dommage !

 

Parmi les nombreux invités présents pour présenter leurs films et, sous la pression du public, pour pousser la chansonnette, la liste était une fois de plus plutôt bien achalandée : en vrac : Alex de la Iglesia et sa compagne / actrice fétiche Carolina Bang (Balada Triste de Trompeta – présenté en ouverture), Timothy Spall (Wake Wood), André Ovredal (Troll Hunter), Yann Gozlan et la belle Zoé Félix (Captifs), ainsi que les fous furieux du groupuscule cinématographique japonais Sushi Typhoon, menés par Yoshihiro Nishimura dont les films bricolés et foutraques au possible (et souvent très nuls ceci dit en passant) furent présentés par l’équipe de cinéastes arrivés nus ou en langes, faisant tournoyer un fœtus mort-vivant au-dessus des têtes d’un public déchaîné, dévoilant à l’occasion leurs testicules imberbes afin de – je cite – « faire oublier la catastrophe de Fukushima », survenue le 11 mars précédent. D’une logique implacable.

 

Le programme de cette édition était comme à l’accoutumée extrêmement varié, donnant la part belle aux œuvres asiatiques (Japon, Chine, Taïwan, Corée) mais aussi à l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, le Maroc et bien d’autres encore. Comme le dit si bien le dossier de presse, le BIFFF 2011 c’est 66 films, dont de nombreux inédits et avant-premières. Parmi les 88, l’auteur exténué de ces lignes en aura vu 44.

 

Le BIFFF 2011, malgré de récurrents problèmes de projection qui en auront enragé plus d’un, se révéla une cuvée de très bonne tenue après la relative déception de l’année précédente. Manquait peut-être à l’appel un bon gros blockbuster des familles, un film fédérateur comme le fut Star Trek, présenté il y a deux ans dans la folie la plus complète. Ceci dit, le programme était une fois de plus de qualité et présentait son lot de films attendus.

 

Le principe d’un tel festival étant avant tout de présenter un panel représentatif de la production actuelle, les œuvres de qualité côtoyaient donc d’impossibles nanars ainsi que des bonnes surprises et d’amères déceptions (Mr. Carpenter, nous vous avons tant aimé !…) mais toujours dans la bonne humeur la plus complète.

 

Alors quelles furent les bonnes surprises et les déceptions de cette cuvée 2011 ? Petit classement personnel :

 

 

C’est un BON film !…

 

I Saw the Devil (J’ai Rencontré le Diable) (2010, Jee-Woon Kim)

 

Peu nombreux sont les acteurs capables, juste en “étant là”, c’est-à dire sans le moindre effort de jeu ou sans tomber dans une surenchère de tics (c’est de toi que je parle, Anthony Hopkins !), d’évoquer instantanément un étouffant sentiment de peur et d’inconfort. Michael Rooker dans Henry, Portrait d’un Serial Killer y parvenait fort bien. John Carroll Lynch dans le Zodiac de David Fincher nous glaçait le sang sans effort. Takeshi Kitano dans ses rôles de yakuzas peut s’avérer effrayant par un simple sourire sardonique, sans bouger un sourcil. A cette liste prestigieuse, ajoutons aujourd’hui le phénoménal Choi Min-Sik (le héros de Oldboy) qui, en serial killer sans pitié, méticuleux et amoureux du « travail » bien fait, nous effraie dès sa toute première apparition à l’écran. Une « non-performance » de génie pour cet acteur au visage tour à tour impassible, cruel et drôle, rappelant l’adage que le bon Alfred répétait à Bruce Wayne dans The Dark Knight : « some men just want to see the world burn. »

 

Nouvel opus du doué Jee-Woon Kim (A Tale of Two Sisters), touche-à-tout s’essayant à chaque film à un genre nouveau, I Saw the Devil était de loin le meilleur film du festival dont il rafla d’ailleurs, pas gêné, le plus grand prix ! D’une durée de 2h23, ce gigantesque jeu du chat et de la souris entre un serial killer anthologique et le flic revanchard dont il a tué la fiancée, évoque à la fois le cinéma de Michael Mann, de David Fincher et de… Tom et Jerry ! Non dénué d’un humour noir provocateur et choquant, d’une cruauté et d’une violence inouïes, c’est surtout la beauté formelle de l’œuvre qui frappe la rétine. Bien plus qu’un énième film de vengeance, ce film intelligemment symbolique peut également se voir comme une métaphore de l’affrontement entre les deux pôles coréens : d’un côté un monde violent, implacable et non-repentant, de l’autre un monde où le malaise et l’envie de justice poussent un être bon et innocent dans une descente aux enfers vers les abîmes de l’horreur la plus totale, sans la moindre possibilité de rédemption. Cynique ? Oui. Effrayant et réaliste ? Malheureusement… oui ! Une fois de plus, Jee-Woon Kim signe un chef d’œuvre doté de plusieurs couches de lecture, passionnant de bout à bout, à condition d’avoir le cœur bien accroché ! Une fois que vous aurez vu le Diable, vous ne l’oublierez plus !

 

 

 

Super (2010, de James Gunn)

 

Un jeune homme désespéré se déguise en superhéros pathétique pour combattre le crime dans les rues de la ville… Sounds familiar ? Si Super a la malchance d’arriver quelques mois seulement après Kick-Ass et si le point de départ des deux films est identique, le traitement qu’en fait James Gunn est suffisamment éloigné de son prédécesseur pour nous livrer une œuvre de qualité que l’on a le droit de trouver supérieure au film de Matthew Vaughn.

 

Doté d’un esprit punk indépendant et d’un budget dix fois moins élevé que le film (excellent ceci-dit) de Vaughn, Super est avant toute chose baigné dans l’esprit décalé de son réalisateur, ancien poulain de l’écurie Troma dont il a gardé ici l’esprit mordant, bon enfant et provocateur. Là où Kick-Ass parodiait le genre tout en restant DANS le genre, Super favorise une approche plus « réaliste » en nous racontant avec humour la vraie descente aux enfers d’un personnage infréquentable et véritablement cinglé, sorte de croisement entre le Travis Bickle de Taxi Driver et le Batman interprété par Adam West.

 

Armé d’une seule clé à mollette, le « Crimson Bolt » (son nom de superhéros) est en proie à des accès de violence brusques et burlesques, laissant s’échapper sa schizophrénie et sa véritable nature de psychopathe. Loin d’être un protagoniste lambda qui DEVIENT un superhéros, Crimson Bolt est un personnage bien plus complexe qu’il n’en a l’air, un individu pathétique et antipathique au quotidien morose qui, se croyant investi d’une mission divine, se PREND pour un superhéros tuant au nom du Christ. Nuance importante qui fait toute l’originalité de ce petit film attachant et décalé, filmé dans les rues de New York avec un sens du naturalisme rappelant les œuvres de William Lustig ou de Frank Henenlotter.

 

 

 

Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade (2010, de Julien Carbon et Laurent Courtiaud)

 

(lire ici la critique et l »interview des réalisateurs )

 

 

Balada Triste de Trompeta (2010, de Alex De la Iglesia)

 

La dernière fois qu’Alex De la Iglesia, chef de file du nouveau film de genre hispanique avait gratifié le BIFFF de sa présence, c’était pour nous présenter son Oxford Murders très mou du genou, première tâche dans une filmographie jusqu’ici impeccable. Heureusement, il nous revient auréolé d’une tripotée de Goyas récoltés pour ce qui pourrait bien s’avérer être son chef d’œuvre. Beaucoup de choses ont été dites sur ce Balada Triste de Trompeta difficilement « étiquetable ». Une évidence qui aura sans doute échappé à beaucoup de critiques, c’est sans aucun doute l’amour porté par le réalisateur au fameux Flying Circus télévisé des Monty Python, à qui il emprunte une structure à sketches explosée faite de ruptures de tons, de transitions abruptes, d’un rythme effréné et d’un mélange de genres assez vertigineux. Commençant comme un film de guerre extrêmement violent, pour enchaîner sur une pure comédie, un drame amoureux, un survival, un film d’horreur pur et dur (avec en cadeau un clown refaisant son maquillage au fer à repasser), un slasher, le tout bercé par une belle histoire d’amour et de vengeance, Balada Triste est l’œuvre haletante d’un fou furieux, un peu comme si les Monty Python avaient réécrit La Belle et la Bête et en avaient confié la réalisation à Luis Buñuel, Federico Fellini et Sam Raimi.

 

Cette folie structurelle n’est heureusement pas dommageable au plaisir que l’on prend à la vision de ce film fourre-tout, elle en est au contraire sa principale force. Jamais nous ne savons dans quelle direction De la Iglesia risque de nous emmener dans les minutes qui suivent… A l’heure où 90% des films sont terriblement prévisibles, Balada Triste de Trompeta fait du bien par où il passe… Critique sévère du régime franquiste et de ses répercussions vue par le prisme du combat dantesque entre deux affreux clowns rivaux, Alex De la Iglesia fait de leur affrontement une œuvre hallucinante d’inventivité et de folie, mélangeant les tons sans jamais – et c’est là toute la force de sa réalisation – perdre de son homogénéité. Incroyablement violent et drôle à la fois, satyre politique intelligente et humour « fou furieux »… il n’y a pas à dire, Balada Triste de Trompeta est ce qui ressemble le plus à un film des Monty Python depuis Le Sens de la Vie en 1983. Avec beaucoup d’émotion et de violence en prime…

 

 

Territories (Territoires) (2010, de Olivier Abbou)

 

Arrêtés à la frontière canadienne au terme d’une soirée bien arrosée, cinq jeunes sont interrogés par deux douaniers zélés et patibulaires pour ce qui n’aurait du être qu’un simple contrôle de routine… Dans la voiture, un sac de marijuana et… un certain Jalil, patronyme évidemment suspect pour ces douaniers « patriotes »… Histoire connue, structure habituelle du survival : des jeunes en vadrouille qui consomment de la drogue confrontés à des psychopathes moralisateurs… ce film qui au départ n’inspirait pas la plus grande confiance s’est avéré une des belles surprises du BIFFF 2011.  Au lieu de nous raconter les tentatives de survie d’un groupe de jeunes écervelés, Territories, co-production franco-canadienne s’intéresse à la psychologie de ses deux tortionnaires, vétérans de la guerre en Afghanistan. Traitant de thèmes sensibles tels que Guantanamo, le droit à la torture et les notions de patriotisme et de territorialité, le réalisateur Olivier Abbou nous emmène dans un cauchemar sans fin et dans un film étonnamment adulte et sombre, exprimant les conséquences d’une guerre de pacotille sur des « patriotes » aveugles et déçus.

 

 

 

 

 

 

Detective Dee and the Mystery of the Phantom Flame (2010, de Tsui Hark)

 

Alors qu’on l’a souvent cru perdu pour de bon dans ses délires régressifs (Double Team, Knock-Off, Black Mask 2) et que ses derniers films (Missing, All About Women) avaient une fâcheuse tendance à rester inédits dans nos contrées, Tsui Hark revient en grande forme avec ce Sherlock Holmes à la chinoise situé à l’époque de la dynastie Tang, à l’aube du couronnement de l’impératrice Wu. Problème ? Certains moines auraient tendance à être victimes de combustion spontanée, incidents derrière lesquels se trame évidemment un vaste complot. L’impératrice se voit donc obligée de faire libérer son prisonnier le plus prestigieux, le Detective Dee, trublion anarchiste et impertinent mais dont les qualités de déduction et d’investigation feraient passer feu l’Inspecteur Columbo pour l’Inspecteur Gadget. Mélange énergique de fantastique, d’action et de merveilleux, ce Detective Dee est peut-être bien le meilleur film de son auteur depuis une quinzaine d’années, rappelant en partie ses productions des années 80-90 (les Histoires de Fantômes Chinois) ou ses réalisations fabuleuses du début des années 90 (la série des Il était une fois en Chine.) Seul bémol à constater : quelques effets numériques assez laids venant entacher l’ensemble. Malgré cette réserve, Tsui Hark se montre très inspiré : aventures trépidantes, intrigues passionnantes, scènes d’action inventives et époustouflantes… le tout encore rehaussé par la prestation charismatique d’Andy Lau dans le rôle titre. On espère donc que ce Detective Dee ne sera que le premier épisode d’une franchise juteuse, puisqu’il semble que ce soit l’intention du réalisateur désireux de rivaliser avec le revival occidental (plutôt moyen) de Sherlock Holmes par Guy Ritchie. Étant donné les qualités et le succès phénoménal en Chine de ce Detective Dee éminemment supérieur, ce ne serait que justice.

 

 

 

Urban Explorer (2010, de Andy Fetscher)

 

A Berlin, une bande de jeunes touristes un peu casse-cous et un peu cons (arrêtez-moi si vous la connaissez…) décident d’engager un guide pour leur faire visiter les sous-sols et autres catacombes condamnés de la capitale allemande, à la recherche d’un ancien bunker nazi recelant des fresques dont l’importance historique serait bien entendu capitale. Une activité bien entendu interdite, ces lieux ayant été scellés et abandonnés depuis la chute du IIIème Reich. S’engouffrant dans ces sous-sols labyrinthiques où les dangers sont légion, les jeunes écervelés vont faire la rencontre d’un vieux douanier zélé pour qui le Mur de Berlin n’est toujours pas tombé.

 

A partir de ce canevas somme toute assez classique, le réalisateur Andy Fetscher signe un survival classique mais terriblement efficace. Les lieux fascinants dans lesquels pénètrent nos jeunes couillons sont pour beaucoup dans la fascination qu’exerce ce petit film modeste et très fun, version non-fantastique de The Descent dans laquelle les ghoules cannibales seraient remplacées par un fou furieux nostalgique d’Adolf Hitler et de sa clique de tordus dégénérés. La bonne surprise du film ? La gueule impayable et effrayante du méchant en question, interprété par un certain Klaus Stiglmeier, une tronche de cinéma inédite aux dents chevalines, à faire pâlir d’effroi Joe Spinell et Michael Berryman réunis.

 

 

 

Autres bons points à distribuer en vrac : Bedevilled (2010, de Cheol-So Jang), Monsters (2010, de Gareth Edwards), Los Ojos de Julia (2010, de Guillem Morales), Kidnapped (2010, de Miguel Angel Vivas), Mutants (2009, de David Morley), The Reef (2010, de Andrew Traucki) et Wake Wood (2010, de David Keating.)

 

 

On s’en fout !…

 

Après nos coups de cœur et nos coups de reins, nos coups de gueule…

 

La démocratisation des moyens de production a provoqué ces dernières années une déferlante abominable de produits vite faits mal faits réalisés par des branquignols opportunistes et destinés la plupart du temps à se retrouver bien vite en vente à 1,50 euro dans les bacs de votre Pêle-Mêle. Cette année encore, le BIFFF présentait quelques peu illustres spécimens du genre. Citons en vrac Meant To Be (une « comédie » fantastique avec la jolie Kelly Reilly, que l’on croirait réalisée en 1984), Dark Souls (un sous-X Files allemand rempli de figurants ne sachant que faire de leurs mains), Eaters (film de zombies fauché et peu inventif produit par le fauché et peu inventif Uwe Boll), Siren (une histoire de sirène avec cinq péquenauds coincés sur une île minuscule. L’un d’entre eux est une sirène, saurez-vous la retrouver ?… ) Des films sans le moindre intérêt cinématographique apparent. Il faudra qu’un jour la question se pose chez les organisateurs de ce trop long festival : 3 jours en moins permettraient-ils d’améliorer la qualité moyenne des films présentés ?

 

Comme souvent dans ce genre de manifestation, ce sont les films dont on parle le plus qui impressionnent le moins. Ainsi, deux gros « succès » de festivals se sont retrouvés plébiscités par les distributeurs, par la presse et par le public pour des raisons a) purement commerciales ou b) absolument incompréhensibles.

 

 

Principal coupable ? : Trollhunter (2010, de André Ovredal)

 

Ayant bénéficié d’un succès assez phénoménal dans sa Norvège natale et dans divers festivals, le film d’André Ovredal utilise une fois de plus l’alibi ultra-galvaudé du « found footage » (le faux-documentaire filmé par une équipe d’apprentis-cinéastes) pour nous raconter une chasse aux trolls géants dans les régions désertiques du pays. Alors que le buzz outrageusement positif (publicité mensongère ?) laissait espérer un film magique dans l’esprit de Jim Henson, Ovredal a faux sur toute la ligne : terrible manque de rythme, personnages indigents, dialogues incroyablement bavards… Tout ça ne serait rien sans cet humour pachydermique digne des pires séries Z, culminant dans la scène déjà culte dite du « pet de troll ». Une scène qui, lors de la projection fit s’esclaffer mon voisin, un sexagénaire ventru et bienheureux qui d’un rire gras crut bon de déclarer à sa bien-aimée en éructant de plus belle un « Hé, tu as vu ? Il a pété ! » absolument essentiel… Parfois, un film a le public qu’il mérite (soupirs)… A sauver quand même, des effets spéciaux de toute beauté, hélas desservis par la médiocrité du film le plus surestimé de l’année. Vous vous en seriez doutés, le remake américain est prévu pour 2013.

 

 

Rare Exports : A Christmas Tale (Père Noël : Origines) (2009, de Jalmari Helander), un autre gros succès de festival ne fait pas beaucoup mieux. Hésitant sans cesse entre le film pour enfants (irritant) et le film horrifique (mais pas trop), le métrage du finlandais Jalmari Helander ennuie poliment, surtout par un manque d’humour flagrant lors des deux premiers actes et la performance d’acteur d’un môme particulièrement tête à claques. Surprise… Alors que le spectateur s’apprête à tomber dans les bras de Morphée ou de son voisin, la conclusion, qui en aura pourtant amusé certains, change abruptement de ton pour nous emmener dans une satyre monty-pythonesque du « Christmas business » absurde et décalée. Pourquoi ? Difficile à dire tant tout ce qui précédait ces dix dernières minutes ne justifiait aucunement un tel apport humoristique… Un film de petit malin n’est donc pas forcément un film très intelligent. Une scène de terreur en milieu de film fonctionne plutôt bien, les elfes du méchant Père Noël ont quand même de la gueule… pas de quoi revoir à la hausse le maigre constat de ce film-arnaque survendu.

 

 

The Child’s Eye (2010, de Oxide Pang Chun et Danny Pang)

 

Il y a dix ans, les frères chinois Danny et Oxide Pang se faisaient une jolie petite réputation grâce à leur excellent Bangkok Dangerous (qu’ils ont depuis horriblement « remaké » aux Etats-Unis avec Nicolas Cage et sa moumoute vivante) et leur compétent The Eye. Depuis lors, les frangins sont malheureusement tombés dans une abyme de médiocrité insondable, enchaînant les projets à toute allure (en moyenne 3 ou 4 films par an) et s’imposant comme des yes-men serviles tournant plus vite que leurs ombres, aussi bien chez eux qu’aux Etats-Unis. De là à crier à l’imposture, il n’y a pas loin, surtout au vu de ce Child’s Eye qui gagne haut la main la palme du pire film présenté au BIFFF cette année.

 

Soit-disant quatrième volet de la saga apocalyptique entamée avec The Eye mais n’entretenant plus aucun rapport avec ses prédécesseurs, The Child’s Eye ressemble au projet de fin d’études d’un étudiant paresseux. Filmé (avec des moufles) en 3D dans une HD toute pourrie, accumulant les protagonistes exaspérants, cette atrocité enferme dans un hôtel de Bangkok trois jeunes couples coincés par les émeutes ayant ravagé la ville en 2010 (pour l’alibi « historique »). Qui dit hôtel minable dit « phénomènes étranges »… des enfants fantômes semblent hanter les lieux pour des raisons encore assez floues et les derniers survivants (les pauvres !) se retrouvent pour votre plus grand plaisir ou (selon votre humeur) votre plus grande consternation, confrontés à un petit « chien-garou » supposément effrayant mais dont le maquillage et le look de costume de fancy-fair aura provoqué l’hilarité générale dans une salle jusque là bien assoupie. Comique involontaire ou paresse due à un budget indigent ? On a quand même le droit de se demander légitimement si les frères Pang, autrefois doués et respectables, ne se foutent pas légèrement de nos g…

 

 

Tetsuo the Bullet Man (2009, de Shinya Tsukamoto)

 

Presque 20 ans après le deuxième épisode de Tetsuo, Shinya Tsukamoto nous revient avec cette fausse suite / remake tournée en langue anglaise dans l’espoir de pénétrer le marché américain jusqu’ici peu réceptif aux folies du réalisateur-prodige. Tentant sans y arriver une seule seconde de retrouver la virtuosité de ses deux œuvres cultes, emblématiques du mouvement cyberpunk et du fantastique japonais, Tsukamoto s’y casse tellement les dents qu’il n’arrive en fin de compte à contenter qu’un unique spectateur – son dentiste !

 

Manque flagrant de moyens ou d’ambitions ? Ce nouveau Tetsuo monté à la hache et constamment illisible (le style un plan / seconde instauré par Tsukamoto ne marche ici plus du tout) sent le remake de commande et provoque un mal de tête prodigieux dès ses premières minutes. La fusion chair / métal et les thèmes cronenbergiens des deux premiers opus sont ici une excuse pour présenter des effets spéciaux de maquillage dignes des Dents de la Mouche. How the mighty have fallen… Ni fait ni à faire, ne rajoutant absolument rien à ses deux prestigieux aînés, ce Tetsuo 3 est à oublier d’urgence. Ce que vous ferez d’ailleurs une demi-heure après la sortie de la salle, quand l’aspirine aura fait effet.

 

 

The Ward (2010, de John Carpenter)

 

Mettons les choses au point histoire de ne nous fâcher avec personne… John Carpenter est un Dieu! A une ou deux exceptions près, sa filmographie prestigieuse en a fait l’un des plus populaires et virtuoses réalisateurs du cinéma fantastique moderne. Ses échecs commerciaux se retrouvent immanquablement réévalués des années plus tard. Sa maîtrise formelle (montage, cadrages, musique) est reconnaissable entre mille, tout comme sa patte et son esprit rebelle inimitables.

 

Quelle déception donc de le voir revenir sur le grand écran après dix ans d’absence avec un film – ou plutôt un produit – aussi peu ambitieux que The Ward. On connaît chez John Carpenter depuis quelques années cette attitude quelque peu désabusée vis à vis d’une industrie qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux. Est-ce la raison pour laquelle il aurait accepté ce nouveau film en échange d’un gros chèque ? Le résultat le laisse penser. Si le film ne manque certes pas de qualités évidentes (son interprétation – Amber Heard et Mamie Gummer (la fille de Meryl Streep) en tête, sa photo magnifique, son décor majestueux) et que l’affiche annonce bien le traditionnel « John Carpenter’s… », The Ward est malheureusement handicapé par un scénario (signé Michael et Shawn Rasmussen) tellement peu original et passe-partout que c’est à ne pas comprendre ce qui a pu intéresser le  maître lors de sa lecture.

 

A peine plus original que les centaines de films de genre qui déboulent chaque année en DVD, le scénario de The Ward ne se distingue par aucune originalité apparente. La réalisation reste classique et élégante, mais les frissons sont rares et le twist final (déjà vu ailleurs en mieux en 2003 chez un certain James Mangold) ne trouverait pas sa place à Saint Tropez. Du cinéma juste compétent, peu inspiré… digne d’un fonctionnaire peu concerné. De la part du plus grand artisan du cinéma fantastique contemporain, c’est bien triste, d’autant plus que Big John ne signe pas cette fois la bande originale de son œuvre, confiée à Mark Kilian qui essaie, sans y parvenir une seconde, de se hausser au niveau des partitions passées de l’auteur de Dark Star ! Ceux qui considéraient Ghosts of Mars comme le pire film du maître ne pourront que revoir son avant-dernier film à la hausse… tout en espérant une remise en question pour le prochain opus, Darkchylde, prévu pour 2014… si Carpenter décide de s’y atteler.  Ce n’est pas tant que The Ward soit mauvais qui irrite… c’est juste qu’il est tout simplement moyen de toutes parts. De la part de John Carpenter et après dix ans d’attente, la déception est compréhensible.

 

The Ward aura néanmoins une qualité bienvenue : il aurait rendu à John Carpenter l’envie de tourner puisqu’il enchaîne les nouveaux projets. Quoi que l’on pense de The Ward c’est là une bien belle nouvelle !

 

 

Animé par une équipe dévouée, baignant dans une ambiance du tonnerre (concours de body painting, invités prestigieux, Q&A mémorables, alcool coulant à flot, public déchaîné, le Zombie Day, le Japanimation Day, le traditionnel Bal des Vampires), le BIFFF confirme par sa grande générosité et sa diversité que malgré de nombreux cafouillages, il reste un des meilleurs festivals de cinéma fantastique au monde abordant en 12 jours toutes les facettes d’un genre encore trop souvent décrié par les Hugues Dayez de ce monde. Après la clôture, tous les amateurs du genre se sentent tous un peu orphelins. Comme le dirait Roland Emmerich…Vivement 2012 !

 

Grégory Cavinato.

 

Remerciements à Carl Graulich, l’équipe du BIFFF, Freddy Bozzo, Marie-France Dupagne et Heidi Vermander.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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