TOP 2012

A Action-Cut nous aussi, nous aimons les listes de Noël. Voici donc notre petit bilan personnel et hautement subjectif des films vus en salles en 2012.

 

Qualitativement parlant, il est permis de trouver cette défunte année 2012 quelque peu décevante. Pas tant par le manque d’œuvres de qualité mais plutôt par le nombre élevé de déceptions et surtout, énormément de mauvais films, que vous retrouverez dans notre FLOP 2012

 

Certains gros blockbusters annoncés (Prometheus, The Dark Knight Rises, The Avengers) ne figurent pas dans ce « Top 15 ». En effet, même si nous en avons apprécié certains, ils n’ont pas non plus forcément changé notre vie comme l’ils auraient du ! Trop d’attente qui tue l’attente, trop de systématismes dans la production des blockbusters en séries ?… Peut-être. Même si Peter Jackson, Christopher Nolan ou encore Joss Whedon n’ont pas démérité et se sont vus largement récompensés au box-office… Mais comme le montre notre classement, cette année ce sont parfois des petits films que l’on n’attendait pas forcément qui se retrouvent sur le podium, des films sortis de nulle part et sur lesquels nous n’aurions pas misé un kopeck, comme c’est le cas de notre numéro 1!

 

Cette année, plusieurs grand cinéastes nous ont fortement déçus (Francis Ford Coppola avec Twixt, David Cronenberg avec Cosmopolis, Oliver Stone avec Savages, Ridley Scott avec Prometheus, Jean-Jacques Annaud avec Black Gold) alors qu’au contraire, certains vieux de la vieille ont fait un retour en fanfare inattendu (William Friedkin ! Terence Davies !)…

 

Comme à chaque bilan de fin d’année certains constats rapides s’imposent :

 

La comédie française va mal… très très mal… Michelle Williams est décidément une actrice fabuleuse au registre très large… Javier Bardem n’est jamais plus effrayant que lorsqu’il arbore une coupe de cheveux ridicule… George Clooney court bizarrement avec des tongs… Kristen Stewart fait très bien la moue de la poule en période de ponte (mais c’est à peu près tout…) On est bien content que Twilight, ce soit fini !… Rajoutez les lunettes de Derrick à Gary Oldman (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) et il vous livre la meilleure performance de sa carrière !… Il est temps d’enfermer Valérie Donzelli dans un donjon et d’en jeter la clé… Nicolas Cage (Ghost Rider 2, Seeking Justice), on t’aime beaucoup mais notre patience a des limites !… Michael Fassbender est le plus « grand » acteur de l’année !… Tim Burton commence à aller beaucoup mieux… Tom Skerritt a beaucoup d’autodérision… Les remakes finalement, c’est très chouette (The Girl With the Dragon Tattoo, Frankenweenie)… Ou pas (Total Recall)… Chuck Norris a été mordu par un cobra royal. Après cinq jours d’agonie, le serpent a finalement succombé… Charlize Theron (Young Adult, Snow White and the Huntsman, Prometheus) est la meilleure Bette Davis depuis Kathleen Turner… Taylor Kitsch (John Carter, Battleship) est le nouveau Mark Hamill… Alain Resnais est le plus jeune des cinéastes de 90 ans… Sean Penn n’a jamais été plus drôle qu’en vieux rocker à perruque et mascara… Les vieilles personnes malades (Amour, Quartet, The Best Exotic Marigold Hotel) ont la cote… Flash Gordon est un grand fêtard fumeur de joints…

 

Enfin, nos idoles d’enfance (Levon Helm, Robin Gibb, Rosy Varte, Ben Gazzara, Jean Girault, Claude Miller, William Finley, Richard Lynch, Ernest Borgnine, Lina Romay, Sylvia Kristel, Gérard Rinaldi, Pierre Tornade, Tony Scott, Michael Clarke Duncan, Pierre Mondy, Larry Hagman, Charles Durning) vont bien nous manquer.

 

Et puis, et puis, surtout… tout le monde sans exception, cinéastes (John Hillcoat, Ralph Fiennes, Kathryn Bigelow), hommes ou femmes… tout le monde est amoureux de Jessica Chastain ! Action-Cut n’échappe pas à la règle.

 

 

 

Revue dans l’ordre décroissant des 15 meilleurs films sortis sur nos écrans en 2012. Et les gagnants sont…

 

 

15.

THE HOBBIT : AN UNEXPECTED JOURNEY

(LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU)

2012, de Peter Jackson

Avec Ian McKellen, Martin Freeman, Andy Serkis, Richard Armitage, Cate Blanchett, Christopher Lee, Ian Holm, Hugo Weaving et Elijah Wood

 

Un récit destiné aux enfants? Un livre de seulement 300 pages adapté en 3 films de 3 heures?… Le syndrome de La Menace Fantôme planait au dessus du Hobbit tel une épée de Damoclès. Un syndrome encore renforcé par la production et la genèse particulièrement chaotiques de ces préquelles à la trilogie du Seigneur des Anneaux, une genèse sur laquelle nous ne reviendrons pas mais qui faillit couler le projet à plusieurs reprises… Alors qu’en est-il ?…

 

Parlons avant tout des quelques défauts de ce premier épisode, histoire de pouvoir ensuite les mettre de côté… un film parfois plombé par un excès de CGI, alors que la trilogie précédente misait avant tout sur des décors « en dur » et que toutes ses créatures (en 11h de film, elles étaient nombreuses) étaient pratiquement sans exception bien « vivantes ». Ce n’est pas forcément le cas ici puisque Jackson opte pour un trop plein d’images de synthèse malheureusement trop visibles, notamment chez les « wargs » et chez le Roi des Goblins. A dire vrai, la polémique du 48FPR (le nouveau système de projection numérique en 3D à 48 images / seconde) n’arrange rien ! Vu en 2D, le nouveau film de Peter Jackson perd de sa clarté et rend certains paysages (Rivendell) carrément factices. Difficile de ne pas faire la fine bouche quand la sacro-sainte trilogie était et reste dix ans plus tard un modèle et un exemple de tout ce qu’il faut faire à la perfection lorsque l’on marie des paysages réels avec de l’infographie…

 

Le Hobbit est un film qui devient moins intéressant à la deuxième vision. Certaines scènes souffrent bizarrement d’une écriture un peu paresseuse et semblent moins inspirées et trop « obligatoires » pour être honnêtes, telle cette réunion entre Gandalf, Galadriel, Elrond et Sarumane. De manière générale, la façon dont Jackson fait réapparaître ses acteurs de la première trilogie est souvent assez maladroite parce que l’effet est vraiment gratuit et pas toujours très bien amené. La manière dont Galadriel apparaît est kitsch (l’influence de The Lovely Bones ?) alors qu’à chaque fois qu’on la voyait dans Le Seigneur des Anneaux, elle était magnifique. Hugo Weaving est clairement là pour toucher un gros cachet parce qu’il a l’air de s’ennuyer. Et même si ça fait plaisir de revoir Christopher Lee, on voit très bien que l’acteur est aujourd’hui âgé de 90 ans et pire – qu’il ne donne la réplique à personne (il a été filmé seul, à Londres et incrusté plus tard dans l’image alors que ses partenaires étaient en Nouvelle Zélande!…) A deux ou trois reprises, certaines scènes sonnent donc « faux »… Pas de quoi nous chagriner mais un signe avant-coureur que cette nouvelle trilogie n’atteindra sans doute pas les cîmes de la précédente… En ce qui concerne nos 13 nains et les nouveaux personnages, le film nécessitait sans doute un humour plus « pythonesque », à la Time Bandits, avec – rêvons un peu – Michael Palin ou John Cleese en Radagast! Peter Jackson – et Martin Freeman – se montrent encore un peu trop timides au niveau pur humour que Le Hobbit nécessitait… Le Hobbit n’est donc pas du niveau d’un classique, un grand film comme ses prédécesseurs. On ne retrouve que trop partiellement la violence, l’urgence et le drame qui font de la trilogie un pur chef d’œuvre. Jackson semble enfin ne s’attarder sur aucun personnage secondaire en particulier (trop de nains ? une bonne adaptation du bouquin aurait enlevé 5 nains!) sauf évidemment Bilbo, Thorin et Gollum, ses héros.

 

Voici donc pour les « reproches »… parce que malgré toutes ces réserves, Le Hobbit figure bien dans notre TOP 15.  Jackson le magicien s’est encore une fois surpassé pour créer un spectacle généreux, mémorable, émouvant, drôle, situé dans un monde fantastique vaste et fascinant où le merveilleux côtoie l’horreur… Azog, le méchant principal est superbe et menaçant. Et si les fans de la trilogie peuvent être un peu déçus, Peter Jackson tente souvent de s’extirper du poids écrasant de ses trois chefs d’oeuvre en changeant résolument de ton : ainsi, la dernière heure, superbe, est partagée entre des scènes d’action époustouflantes chez les Goblins, mettant en scène des créatures rappelant fortement le Labyrinthe de Jim Henson et les travaux de Ray Harryhausen, et le retour tant attendu de Gollum, une scène excitante et bien écrite, fonctionnant sur un réel suspense et où Martin Freeman et Andy Serkis brillent tout particulièrement. L’écriture du personnage de Bilbo se montre également très astucieuse. La scène finale où le héros récalcitrant explique ses raisons d’être parti à l’aventure, lui le Hobbit casanier et conservateur, est un modèle d’économie, de simplicité et de caractérisation. Bilbo arrive en quelques phrases à nous attacher pour toujours à son personnage facétieux, irritable, maladroit mais honnête et définitivement héroïque.

 

Si Le Hobbit, premier du nom n’a donc pas l’étoffe d’un grand classique comme l’étaient ses trois prédécesseurs, il n’en reste pas moins un film épique, généreux, souvent très amusant, terriblement ambitieux et au rythme effréné. On en ressort avec des images inoubliables plein les yeux… et l’on s’impatiente dores et déjà à l’idée des deux épisodes suivants qui, on n’en doute pas, gommeront les imperfections citées plus haut qui n’empêchent jamais de profiter du spectacle…

 

All 13 Dwarves Peter Jackson THE HOBBIT AN UNEXPECTED JOURNEY

 


 

14.

TED

2012, de Seth MacFarlane

Avec Mark Wahlberg, Seth MacFarlane, Mila Kunis, Giovanni Ribisi, Joel McHale, Tom Skerritt, Sam J. Jones, Norah Jones, Ted Danson et Fatty McFatfuck

 

Seth MacFarlane trouve enfin la formule qui manquait à sa série Family Guy (Les Griffin en v.f.) pour atteindre le niveau d’excellence d’autres séries politiquement incorrectes comme South Park ou Les Simpsons (tout du moins les 10 premières saisons des Simpsons!) : du cœur ! Au-delà des gags potaches et des dialogues tous plus hilarants et offensants les uns que les autres, MacFarlane n’oublie jamais que le centre de son film n’est pas le simple gimmick d’un ours en peluche qui prend vie, mais celui d’une grande amitié entre deux êtres aussi paumés l’un que l’autre et qui vont grandir ensemble. Un postulat de départ proche des films Amblin et qui aurait pu être réalisé par un Joe Dante ou un Chris Columbus… un postulat bien évidemment dynamité par du potache de haut vol puisque tout le monde, de Katy Perry à Taylor Lautner, de Johnny Carson à Tom Skerritt en prend pour son grade. Mark Wahlberg a enfin l’occasion de prouver l’excellence de son jeu comique, particulièrement lorsqu’il chante All Time High, le thème d’Octopussy devant un public médusé pour reconquérir le cœur de Mila Kunis…Ted se montre également très convaincant dans ses effets spécaux (on oublie très vite que le héros est un personnage intégralement en images de synthèse) et l’on se réjouira devant cette très longue et outrageusement violente scène de baston entre les deux meilleurs amis : une scène rendue inquiétante par son absence de musique, sa brutalité, sa méchanceté terrible et sa longueur, prenant pour exemple la mythique baston du They Live (Invasion Los Angeles), de John Carpenter!

 

Quoi qu’il arrive, un film avec un ours en peluche qui fume des pétards avec Sam J. Jones déguisé en Flash Gordon mérite en toute logique une place dans le classement des meilleurs films de l’année !

 

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13.

THE GREY

2012, de Joe Carnahan

Avec Liam Neeson, Dermot Mulroney, Frank Grillo, Dallas Roberts et James Badge Dale

 

LE survival de l’année est bien plus qu’un simple survival, mais le portrait déchirant d’un homme qui n’a plus aucune raison ou envie de vivre et qui va pourtant se retrouver – après le crash de son avion dans les paysages enneigés de l’Alaska – obligé de survivre face à une meute de loups affamés, lancés à la poursuite du petit groupe de survivants… Liam Neeson prouve une fois de plus le grand acteur qu’il peut être quand il ne cachetonne pas tristement dans des projets indignes de son talent ou des productions Besson (cfr. Battleship et Taken 2 dans notre FLOP 2012 !) et c’est avec courage qu’il incarne ici un veuf acceptant difficilement la disparition de sa femme, une situation qui fait écho au drame personnel de l’acteur…

 

Joe Carnahan, auteur du fabuleux Narc (l’un des meilleurs polars de ces dix dernières années) qui avait beaucoup déçu avec son Agence Tous Risques un peu molle du genou, revient en grande forme et nous livre un film épique, aux paysages et décors de toute beauté et dont les terrifiantes créatures, ces loups gigantesques, restent en mémoire et dans les cauchemars. Plus qu’un simple film de genre, The Grey captive par l’attention apportée à l’arc émotionnel et les développements intimes vécus par son fascinant personnage principal. C’est assez rare pour le souligner…

 

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12.

ARGO

2012, de Ben Affleck

Avec Ben Affleck, Alan Arkin, John Goodman, Bryan Cranston, Scoot McNairy, Clea DuVall, Kyle Chandler, Titus Welliver, Bob Gunton, Philip Baker Hall, Richard Kind et Adrienne Barbeau

 

Pearl Harbor. Reindeer Games. Daredevil. Gigli. Jersey Girl. Paycheck. Surviving Christmas… Il y a à peine une petite dizaine d’années, Ben Affleck était devenu une aberration, une erreur de parcours, le petit frère débile de Matt Damon, pas loin de devenir un véritable paria dans l’industrie cinématographique hollywoodienne, enchaînant les échecs publics et les navets à gros budgets capitalisant sur son physique de jeune premier un peu benêt avec une régularité effrayante… Passées ces années noires, sa fulgurante et surprenante transformation « eastwoodienne » en réalisateur de grand talent n’en est que plus émouvante ! Une véritable revanche personnelle sur une industrie qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux… Après les très solides Gone Baby Gone et The Town, Affleck le réalisateur quitte Boston pour s’intéresser de près à la crise des otages en Iran en 1979 et l’extraction in extremis de 6 d’entre eux.

 

En toute logique, Argo ne devrait pas fonctionner : combiner un drame politique international à la comédie légère, pour terminer avec un happy ending ? Mauvaise idée !… Et pourtant, Ben Affleck réussit absolument tout. Jouant sur l’absurdité édifiante de la situation (inventer de toute pièce la production d’un navet de science-fiction dont l’équipe « canadienne » doit se rendre en Iran pour effectuer des repérages) sans jamais nier l’urgence et la gravité de celle-ci, Affleck crée un suspense intense parce qu’il prend le temps au préalable de nous intéresser à des personnages très attachants : les otages bien entendu, mais également les instigateurs « secrets » de leur précaire libération, à savoir le vieux producteur farfelu joué par Alan Arkin et le légendaire maquilleur John Chambers interprété par  le non moins légendaire John Goodman… un duo de comédie qui marche du tonnerre dans un film qui n’en est pas une !Quant à Ben Affeck l’acteur, malgré sa barbe vintage de Chuck Norris époque Invasion USA, il se montre d’une sobriété très efficace dans le rôle d’un idéaliste ordinaire dont l’héroïsme discret n’en devient que plus puissant lorsqu’arrive la résolution heureuse.

 

Avec ses dialogues à la Aaron Sorkin, sa bande-son égrenant les plus grands tubes des années 79-80, sa représentation minutieuse des looks de l’époque, sa demie-heure finale à se ronger tous les ongles des deux mains, Affleck signe un film palpitant, drôle et « classique » dans le meilleur sens du terme. Peut-être bien de loin, le film le plus enthousiasmant et la « success story » de l’année. In your face et Argo fuck yourself, Matt Damon!

 

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11.

KILLING THEM SOFTLY

(COGAN – KILLING THEM SOFTLY)

2012, de Andrew Dominik

Avec Brad Pitt, Scott McNairy, Ben Mendelsohn, Richard Jenkins, James Gandolfini, Ray Liotta et Sam Shepard

 

Comédie noire et film de gangsters brutal, Killing Them Softly, troisième film de l’esthète surdoué Andrew Dominik (après Chopper et L’Assassinat de Jesse James par le Traître Robert Ford) examine par le biais d’un tueur à gages froid et sans remords l’Amérique post-crise financière de l’ère Obama. Politiquement incorrect, d’une violence crue mais rendue visuellement splendide (l’assassinat de Ray Liotta est paradoxalement d’une beauté à couper le souffle), parsemé de dialogues incisifs aux petits oignons et de seconds rôles géniaux (Richard Jenkins en brigand dépassé, James Gandolfini en tueur à gages alcoolique, Ray Liotta en punching-ball humain), Killing Them Softly est également très drôle parce qu’il se montre toujours honnête et lucide sur les grands discours rassurants et peu crédibles des politiciens en campagne électorale. Barack Obama est ainsi présent durant tout le film, par le biais de discours à la radio ou à la télévision… Le film d’Andrew Dominik fait preuve d’un cynisme très inquiétant et d’un discours qui fait froid dans le dos en guise d’avertissement et d’appel à l’aide : « L’Amérique est un business. Envoie la monnaie ! » lance Brad Pitt en conclusion d’un film qui ne laisse aucune chance de répit ou de rédemption à des personnages ni bons ni méchants mais qui sont juste le fruit pourri, la conséquence logique d’une Amérique en pleine crise.

 

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10.

THE IMPOSSIBLE

(2012, de Juan Antonio Bayona)

Avec Naomi Watts, Ewan McGregor, Tom Holland et Geraldine Chaplin

 

A l’heure où James Cameron, Peter Jackson et consorts commencent à nous enquiquiner sérieusement avec leur 3D soit-disant « immersive » (le terme le plus galvaudé dans les interviews depuis deux ans !), l’espagnol Juan Antonio Bayona, qui avait réussi à terrifier et émouvoir son monde avec son excellent L’Orphelinat en 2007, revient en force pour prouver que ce n’est pas la 3D qui crée forcément l’immersion.

 

Récit d’une famille balayée et éparpillée par les vagues du tsunami thaïlandais de 2004, The Impossible en impose sérieusement en termes d’immersion ! Pure expérience visuelle et viscérale pour le spectateur, The Impossible plonge ce dernier dans la flotte et dans les vagues aux côtés de Naomi Watts, au point qu’il aura souvent du mal à retrouver son souffle et qu’il se surprendra à s’agripper au siège de la salle de cinéma. Outre les sensations de désorientation, de tournis, de noyade, d’étouffement et de vertige que provoque cette scène d’anthologie, outre les divers débris et l’eau glaciale qui nous arrivent en pleine figure, on ressent profondément chaque blessure, chaque coup, chaque entaille sanglante faite au corps meurtri de la pauvre héroïne malmenée par les vagues. Rarement aura-t-on eu plus mal pour un personnage puisque Naomi Watts souffre presque autant qu’un Christ en chemin de croix dans un film de Mel Gibson, le corps de l’actrice étant meurtri et assailli de tous les côtés ! Un véritable cauchemar… et une performance d’actrice courageuse, complète et extraordinaire !… Dans The Impossible, les corps sont des brindilles qui se brisent facilement, emportés par une force presque surnaturelle. Les centaines de corps (morts ou meurtris) s’empilent de tous les côtés, amplifiant cette sensation que l’homme n’est réellement qu’un détail minuscule et extrêmement fragile de la vie terrestre.  Tout ça sans 3D mais à l’aide de décors gigantesques, de mouvements de caméra amples et d’une direction artistique frôlant la perfection !…

 

Plus tard, Juan Antonio Bayona nous montre les conséquences du tsunami. Pas besoin de science-fiction pour montrer un monde post-apocalyptique puisque nous sommes en plein cœur du chaos le plus total. Si ce sont 20000 personnes qui ont péri dans la catastrophe, elles devaient être au moins 5 fois plus nombreuses à se retrouver dans les divers hôpitaux et refuges désemparées, désorientées, seules, perdues, dans l’ignorance la plus complète à la recherche de proches qui ont ou n’ont pas survécu. Après le cauchemar physique, Bayona nous plonge dans ce cauchemar émotionnel et décrit avec une précision et une acuité inouïes un monde en plein désordre, au bord de l’implosion, où les rares moments de répits et d’entraide sont donc à savourer.

 

Si de nombreux critiques se sont montrés plus partagés sur le message du film (l’histoire d’une famille qui s’en sort alors que la catastrophe a tué des milliers de victimes), Bayona ne donne jamais dans le larmoyant et la guimauve, mais bien dans l’authenticité la plus cruelle. D’abord plus en retrait, Ewan McGregor étonne lors d’une scène où il téléphone en Amérique pour expliquer à ses proches qu’il a perdu sa femme et son fils. Difficile de ne pas retenir ses larmes… mais si larmes il y a, elles sont là pour les bonnes raisons et les moyens employés ne sont jamais manipulateurs… Juan Antonio Bayona crée un film-catastrophe tel que devraient l’être tous les films-catastrophe : ancré dans la réalité la plus douloureuse, se consacrant davantage à ses personnages et à leur survie qu’à la catastrophe elle-même. Et ce, même si – en une vingtaine de minutes à couper le souffle et absolument inoubliables, cette catastrophe vous transporte au cœur de l’action, vous projette dans l’écran, vous donne des hauts-le cœur… comme aucun film en 3D ne s’en est encore avéré capable! !

 

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9.

SHAME

2011, de Steve McQueen

Avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie et Hannah Ware

 

Deuxième apparition à l’écran (après X-Men : First Class) du petit casque violet de Michael Fassbender!… Le puissant Steve McQueen reprend certains thèmes du Pulsions de Brian DePalma pour en tirer un drame psycho-sexuel avec un Michael Fassbender gigantesque dans tous les sens du terme! On se souviendra longtemps du plan-séquence de sa course / fuite en pleine rue ou encore de l’interprétation à couper le souffle de New York, New York par Carey Mulligan. Abordant un sujet difficile et à priori peu cinématographique (l’obsession et la dépendance sexuelles), McQueen réalise une œuvre séminale, violente, épurée et presque « kubrickienne » qui nous plonge dans l’enfer de la dépendance… sexuelle mais également émotionnelle.

 

Mais c’est un autre thème sous-jacent qui fait tout le cœur du film : cette relation frère / sœur faite de non-dits, de rancœur… une relation frustrante dans laquelle ces deux adultes restent coincés au stade de l’enfance, dans laquelle Fassbender ne sait s’engager qu’avec une terrible violence verbale. Ainsi, lorsque Carey Mulligan chante le tube de Sinatra, toute en fragilité, Fassbender, surpris, ne peut la regarder sans retenir ses larmes. C’est le seul moment du film ou ils communiquent réellement, avant ce final apocalyptique qui restera dans les mémoires. Steve McQueen et ses fabuleux acteurs nous montrent avec justesse une relation faite de cruauté et de petites mesquineries entre deux êtres qui s’aiment pourtant plus qu’ils n’oseront jamais l’avouer. Si la honte du titre se réfère au sentiment ressenti par Fassbender après ses nombreuses escapades sexuelles, elle s’applique également à la manière dont il ne peut s’empêcher de réagir face au caractère fragile et dépendant de sa sœur.  Leur relation et leur face à face à l’écran est magnifique, intense et inoubliable.

 

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8.

THE DESCENDANTS

2011, de Alexander Payne

Avec George Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller, Nick Krause, Robert Forster, Beau Bridges et Matthew Lillard

 

Alexander Payne prouve une fois de plus qu’il est le réalisateur idéal pour mélanger drame et comédie. George Clooney trouve dans son dernier film son rôle le plus difficile, le plus humain, le plus digne et paradoxalement le plus drôle, celui d’un homme ordinaire confronté à la mort imminente de sa femme adultère, tombée dans le coma suite à un accident de ski nautique. La scène où il annonce à sa fille ainée (Shailene Woodley, lumineuse!) la mauvaise nouvelle est l’une des plus déchirantes vues sur un écran en 2012. Parcouru par une musique hawaïenne qui nous met dans l’ambiance et joue sur le contrepoint du drame imminent, Alexander Payne, toujours à l’aise lorsqu’il décrit des personnages au bord du gouffre, semble nous dire que malgré un cadre enchanteur, les personnages de The Descendants ne sont pas mieux lotis que les autres. Au contraire, ils n’en sont que plus émouvants au point qu’on aimerait adopter cette petite famille ordinaire, frappée par un drame ordinaire.

 

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7.

TYRANNOSAUR

2011, de Paddy Considine

Avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan et Ned Dennehy

 

Certains drames récents, à force de forcer le trait de la noirceur la plus profonde finissent par s’y noyer. Prenons le cas de Precious (2009) pour exemple, réalisé par Lee Daniels, le réalisateur au style le plus vulgaire que l’on ait vu depuis longtemps… Son héroïne, Precious, est noire, obèse, moche, pauvre, illettrée, battue par sa mère, violée par son père… et apprend bientôt qu’elle est enceinte des faits de ce dernier (pour la seconde fois) et atteinte du SIDA !… De ce portrait de jeune fille ne ressort pas la moindre lueur d’espoir, pas la moindre pointe d’optimisme, ce qui en fait une sorte de pensum à l’idéologie particulièrement douteuse et au succès critique encore assez incompréhensible…

 

Tout le contraire en somme de Tyrannosaur, premier long réalisé par le toujours excellent acteur anglais Paddy Considine, vu dans Hot Fuzz, The Bourne Supremacy et égérie de Shane Meadows (A Room For Romeo Brass, Dead Man’s Shoes). Shane Meadows avec qui il partage les thèmes d’une Angleterre prolétaire engoncée dans la violence et la misère quotidienne, une misère aussi bien financière qu’affective. Joseph (Peter Mullan qui crève l’écran dans le rôle de sa vie) est un veuf alcoolique et violent, au chômage, qui dans un accès de colère du à l’alcool finit par tuer à mains nues son seul compagnon, son chien… Difficile à priori de s’attacher à ce personnage aussi peu recommandable et à priori irrécupérable, un personnage autodestructeur qui se déteste autant qu’il déteste Dieu et le monde qui l’entoure. C’est pourtant avec Hannah, une femme battue et régulièrement humiliée par son époux, trouvant son seul répit dans la prière, qu’il va – contre toute attente et après bien des obstacles – retrouver un minimum d’espoir. Et c’est bien là que Paddy Considine, remarquable directeur d’acteurs fait toute la différence : il ne noie pas son film dans un visuel crapoteux, mais au contraire, laisse toujours entrevoir une possibilité d’espoir pour ce « couple » d’épaves mal ajustées, pour ces deux cabossés de la vie que le monde entier a préféré oublier. Cet espoir on le trouve dans le beau sourire triste d’Hannah (Olivia Colman, étonnante de justesse et de dignité, loin de ses rôles comiques habituels), qui subit avec dignité et patience la violence verbale que Joseph lui dégaine lors de leur première rencontre. Situé quelque part entre le réalisme anglais à la Ken Loach, les films brutaux d’Alan Clarke ou encore le trop méconnu Nil By Mouth de Gary Oldman, Tyrannosaur est un film-coup de poing qui émeut autant qu’il choque par sa brutalité (le mari d’Hannah urine sur sa femme lorsqu’elle est endormie, peut-être bien la scène la plus choquante de l’année !…) Mais lorsque la beauté et l’espoir pointent et que Joseph entame enfin sa rédemption, le film de Paddy Considine au titre énigmatique en devient tout simplement inoubliable.

 

Peter Mullan as Joseph in TYRANNOSAUR

 

 

6.

HODEJEGERNE

(HEADHUNTERS)

2011, de Morten Tyldum

Avec Aksel Hennie, Nikolaj Coster-Waldau, Synnove Macody Lund et Eivind Sander

 

L’une des meilleures surprises de 2012! Mariant avec bonheur le thriller technologique le plus captivant à la comédie la plus noire, cet énorme succès norvégien s’apprécie encore davantage à la deuxième vision. Examinant les rouages des méthodes peu éthiques des chasseurs de têtes pour entreprises multimillionnaires, le film de Morten Tyldum, adapté d’un best-seller, s’engage dans une chasse à l’homme trépidante pleine de surprises et dévoile une excellente idée scénaristique à la seconde! Le spectateur est donc constamment stupéfait par la trajectoire que prend un scénario transformant un personnage principal que l’on nous présente comme médiocre et cupide (l’excellent Aksel Hennie) en héros récalcitrant de film d’action, poursuivi par un dangereux mercenaire proche du Terminator, une véritable machine à tuer incarnée par le sournois Nikolaj Coster-Waldau, déjà pas très recommandable en frère incestueux dans la série Game Of Thrones.

 

Pas très éloigné de l’esprit des meilleures comédies des frères Coen (on pense à Blood Simple), entre absurde et une violence de cartoon mais qui fait très mal, peuplé de seconds rôles hilarants (Eivind Sander en complice incompétent est absolument génial!), constamment politiquement incorrect (la scène de la mort du chien…), Headhunters aura – à n’en pas douter – bientôt droit à son remake américain (Mark Wahlberg en a déjà racheté les droits !) mais il est permis de douter qu’une version américaine aseptisée et sans doute davantage portée sur l’action sera à même de rendre justice à l’originalité et au ton très personnels de ce petit film aussi palpitant que drôle et attachant.

 

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5.

SKYFALL

2012, de Sam Mendes

Avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Ben Whishaw, Albert Finney et Bérénice Marlohe

 

Shaken AND stirred!… Si certains ne voient encore en Daniel Craig qu’un pré-Bond aux allures de sorteur de boite de nuit, une brute épaisse plutôt que le playboy suave et distingué digne du permis de tuer auquel nous avons été habitués depuis 50 ans… ils n’ont peut-être pas tout à fait tort !… Pour sa troisième incursion dans le rôle, son Bond reste encore avant tout une machine à tuer, très loin des pitreries et de l’univers « Rémy Julienne » d’un Roger Moore faisant le clown ou des bons mots et de la classe légendaire et nonchalante de Sean Connery. Signe des temps, Bond est aujourd’hui plus proche de Jason Bourne ou de Jack Bauer, autres héros populaires : énervé, torturé, de mauvais poil, toujours pressé, rarement d’humeur à batifoler dans les prés et à compter fleurette, avare de ces joyeux jeux de mots foireux qu’un Roger Moore assénait avec le sourcil droit pointé vers le ciel et son second degré de rigueur… Il faut pourtant que les plus réticents admettent que Craig, avec son physique de Dieu romain taillé à la serpe, a une classe et une allure folles dans le smoking de l’agent 007.  Nobody does it better!… Sarcastique, charmeur, physique, torturé… 007 a ENFIN évolué avec son temps, loin des aventures anachroniques d’un Pierce Brosnan « trop vieux pour ces conneries », pas loin de devenir un vieux con sur les bords dans ses deux dernières aventures, ou comme l’affirmait M, « un dinosaure, une relique de la Guerre Froide »… Pour le pire (Quantum of Solace) mais surtout pour le meilleur (le génial Casino Royale), la série a enfin réussi (en grande partie) le pari risqué d’entraîner le personnage vers des cieux différents en remettant les compteurs à zéro et en faisant de Bond autre chose qu’une simple icône. Une approche que le public avait décidé de bouder lors de l’époque des deux épisodes – pourtant excellents – de Timothy Dalton, premiers essais de faire de l’agent 007 une âme torturée… Aujourd’hui, Bond souffre, Bond est triste, Bond est alcoolique, Bond a du mal à faire des tractions, Bond pleure, Bond est en colère… il nécessite donc désormais un acteur capable d’incarner toutes ces facettes du personnage tout en restant le modèle n°1 du mâle alpha et de l’icône virile faisant tomber l’instant d’une seule nuit des ribambelles de femmes très court vêtues en pâmoison. Dans le rôle, Daniel Craig est parfait même si quelques petits ajustements thématiques et visuels doivent encore être effectués pour sa prochaine aventure… (JAMES BOND WILL RETURN!)

 

Difficile d’enchaîner après un épisode « bouche-trou » conspué par à peu près tout le monde, y compris Daniel Craig lui-même. Mais là où Quantum Machinchouette n’était qu’une courte et anecdotique aventure écrite dans l’urgence (pour cause de grève des scénaristes !), Skyfall est un film dont la genèse a duré quatre ans. Et pour le cinquantième anniversaire de la première apparition du personnage au cinéma, les gardiens du temple Michael Wilson et Barbara Broccoli (qui n’ont pas toujours forcément été des producteurs « progressistes », refusant par exemple l’offre de Tarantino de réaliser Casino Royale) ont mis les petits plats dans les grands. Les principaux atouts de ce « Bond 23 » (ils sont nombreux) : un réalisateur prestigieux (Sam Mendes) amoureux des nuances et des grandes performances d’acteurs, un scénario où les enjeux sont – une fois n’est pas coutume – personnels plutôt qu’aux répercussions planétaires, un nouveau directeur de la photographie faisant des merveilles (Roger Deakins, qui livre le Bond le plus « beau » depuis très longtemps), des scènes d’action old-school lisibles mais explosives et trépidantes et qui servent toujours l’intrigue, des références subtiles et pas trop encombrantes aux 22 épisodes précédents, deux Bond Girls rivalisant de charme et de classe (Naomie Harris et Bérénice Marlohe)… et bien entendu, l’un des meilleurs méchants de toute la saga : l’immense Javier Bardem ! Tour à tour charmant, hilarant, farceur mais toujours extrêmement menaçant, Bardem crée une figure maléfique bigger-than-life à laquelle on s’attache autant qu’on la redoute. Bardem prend des décisions risquées (le premier ennemi de Bond ouvertement homosexuel ?) pour faire entrer son Raoul Silva au panthéon des méchants de la série, quelque part entre Auric Goldfinger, Dr. No et Ernst Stavro Blofeld. Son entrée en scène lors d’un plan-séquence mémorable est digne de figurer parmi les meilleurs moments de toute la saga. Tout comme un final formidable parfaitement chorégraphié, plein de suspense et tragique, en forme de siège à la Sam Peckinpah…

 

Skyfall n’est certes pas parfait et n’atteint pas l’excellence de Casino Royale. Bond manque encore un peu de fantaisie et devrait une bonne fois pour toutes troquer sa Heineken contre du champagne et du caviar. A aucun moment du film, Bond ne fait preuve de ce savoir-vivre ou de ces connaissances qui font de 007 un personnage différent et supérieur aux autres héros d’action actuels… l’influence de Jason Bourne sans doute… et le manque de temps d’un film qui ne laisse que trop rarement respirer son héros. Le nouveau 007 est un agent pressé et qui n’a jamais plus le temps de faire une pause pour s’amuser un peu. Remettons-lui son donc smoking et son nœud pap’ et tout rentrera dans l’ordre pour le Bond 24 annoncé d’ici deux ans ! La tradition, camarade !…

 

Maintenant, pour le prochain épisode, pourrait-on enfin nous remettre la séquence du « gun barrel » emblématique de la saga EN DÉBUT de film, s’il vous plait ? Merci…

 

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4.

THE DEEP BLUE SEA

2011, de Terence Davies

Avec Rachel Weisz, Tom Hiddleston, Simon Russell Beane, Oliver Ford Davies et Ann Russell

 

Par sa reconstitution minutieuse de l’Angleterre d’après-Guerre, par des thèmes à priori larmoyants mais abordés avec pudeur et sensibilité (la tentative de suicide ratée, l’isolation, la frustration sexuelle menant à l’adultère, la sacro-sainte respectabilité anglaise et la peur du qu’en dira-t-on), par la justesse de l’interprétation de Rachel Weisz, The Deep Blue Sea est un de ces films qui touchent tranquillement. Onze ans après The House Of Mirth, le trop rare Terence Davies – le secret le mieux gardé du cinéma anglais – confirme qu’il est l’un des plus grands formalistes actuels, mais également le plus discret. Par ses thèmes, The Deep Blue Sea rappelle le Brève Rencontre de David Lean mais on en retiendra également sa beauté plastique, notamment lors d’une scène d’amour entre Hester (Rachel Weisz) et son jeune amant (Tom Hiddleston) qui donne véritablement le tournis. Une mémorable scène musicale à un arrêt de métro fait tomber le film dans une autre dimension, magique, irréelle… Dans son adaptation de l’œuvre de Terrence Rattigan, Davies a l’intelligence de ne pas se consacrer uniquement aux tourments de son héroïne tragique et tourmentée mais de mettre chaque personnage gravitant autour d’elle sur un pied d’égalité : du vieux mari fortuné et cocu (Simon Russell Beale) à son jeune amant, vétéran de guerre qui se révèle petit à petit trop superficiel pour faire illusion (Tom Hiddleston), tous leurs points de vue sont abordés et les trois acteurs principaux sont particulièrement mis en valeur. Avec cette héroïne shakespearienne digne de MacBeth et plongée dans une tristesse irréversible, Rachel Weisz prouve une fois de plus toute l’ampleur de son talent et de sa beauté. Élégant, raffiné, érotique, tragique… voilà un « petit » film qui nous prend par surprise et qui nous hante longtemps…

 

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3.

TAKE SHELTER

2011, de Jeff Nichols

Avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Kathy Baker et Shea Wigham

 

Le film de Peter Weir que Peter Weir n’a pas réalisé!… Portrait apocalyptique d’un homme assailli par des visions terrifiantes de fin du monde et qui se met à dos tout son entourage (famille, amis, collègues…) en s’échinant à construire à grands frais l’abri anti-atomique qui épargnera les siens, Take Shelter regorge de superbes plans contemplatifs à la Terrence Malick, des images d’un ciel menaçant sur lesquelles plane un danger de tous les instants. Take Shelter nous prend littéralement à la gorge lors des visions d’horreur du héros. Un homme ordinaire qui vit une descente aux enfers en forme d’obsession, pas si éloignée de celle vécue par Christopher Walken dans le Dead Zone de David Cronenberg. La comparaison n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard puisque le fabuleux et émouvant Michael Shannon confirme avec son air de grand échalas lunaire exaspéré qu’il est bien l’héritier naturel de Christopher Walken. Un film d’une beauté et d’une intensité à couper le souffle (Jessica Chastain, je t’aime !) dont la fin va diviser, mais qui reste dans les mémoires des jours, des semaines après sa vision… Jeff Nichols signe une œuvre naturaliste et puissante, ses images exaltant la beauté naturelle du quotidien et des acteurs superbes n’en sont d’ailleurs pas les moindres de ses nombreuses qualités.

 

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2.

KILLER JOE

2011, de William Friedkin

Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Thomas Haden Church et Gina Gershon

 

Ce n’est rien de dire que le grand William Friedkin est revenu en force en 2012! Travaillant pour la deuxième fois – après Bug en 2006 – avec l’auteur Tracy Letts sur l’adaptation d’une pièce de ce dernier, le réalisateur vétéran nous livre le portrait le plus féroce (mais authentique) de la cellule familiale « white trash » américaine. Affreux, bêtes et méchants, veules, alcooliques et détestables… cette petite famille  qui pratique le meurtre va se retrouver face à face avec un tueur à gages porté sur les fillettes en fleur, le « Killer Joe » du titre incarné par un Matthew McConaughey magistral, incarnation de la figure autoritaire américaine obsolète « à l’ancienne », mais dont l’autorité de pacotille dont il abuse allègrement pour manipuler ces esprits faibles, régit encore la manière de penser de cette Amérique post-9/11 sans espoir. Sans espoir ? Le personnage de Juno Temple, la nymphette en question peu avare de ses charmes juvéniles, est bien la seule touche positive dans ce tableau tellement noir et hilarant qu’il rappelle à plusieurs reprises le célèbre Massacre à la Tronçonneuse, de Tobe Hooper dans ses partis-pris visuels, dans son portrait d’une cellule familiale dégénérée et par son ton de comédie noire implacable. Un film difficile à appréhender à cause de sa violence terrifiante et de son impitoyable cruauté mais qui, vu sous l’angle de la farce, s’avère l’un des films les plus jouissifs de l’année.

 

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1.

TAKE THIS WALTZ

2011, de Sarah Polley

Avec Michelle Williams, Seth Rogen, Luke Kirby, Sarah Silverman et Jennifer Podemski

 

Notre coup de cœur! La consécration de l’actrice Sarah Polley (Dawn of the Dead) en tant que réalisatrice à suivre. Dans cette comédie douce-amère, Sarah Polley, pour son deuxième long (après Away From Her en 2006) examine la vie de Margot, jeune femme un peu paumée, partagée entre son ennui quotidien dans un mariage heureux mais où le désir s’est lentement étiolé et l’attirance soudaine qu’elle éprouve pour son nouveau voisin. Aussi paumée lorsqu’elle résiste que lorsqu’elle cède enfin à la tentation, Michelle Williams, entre garçon manqué et petite fille perdue, s’avère une fois de plus absolument magnifique dans un film émouvant et drôle. Le rôle de Margot requiert une large palette d’émotions, de l’excitation enfantine à l’angoisse de l’adultère, de la culpabilité à la mélancolie en passant par cette sensation de vide qui l’envahit progressivement, la lente agonie et la tristesse allant de pair avec la fin d’un mariage… Michelle Williams définit Margot comme un mélange d’Anna Karenine, de Charlie Chaplin et de la Belle au Bois Dormant… Lorsqu’elle succombe enfin à son désir, le film ne nous ment pas comme l’aurait fait un film de studio : Margot trompe ouvertement son mari, un homme adorable et attentionné dont la seule erreur est d’avoir laissé s’installer une routine dans leur couple.  Take This Waltz regorge de performances subtiles et inoubliables, preuves que les acteurs « comiques » utilisés à contre-emploi s’avèrent souvent bouleversants : Sarah Silverman en meilleure amie alcoolique et Seth Rogen en gentil mari cocu pour une fois tout en retenue et en dignité, sont eux aussi fantastiques.

 

Portrait d’une jeune femme incapable de comprendre ses désirs et ses besoins, réalisant quelques années trop tard que ses décisions de jeunesse n’étaient (peut-être ?) pas les bonnes, Take This Waltz est un film résolument « adulte » dans une production américaine de plus en plus destinée aux ados. Les scènes de sexe, très réussies, sont filmées sans fausse pudeur avec une nudité sans complexes mais pas la moindre vulgarité. Elles exaltent vraiment la sensation de désir, ce désir prégnant auquel l’héroïne a peur de céder. Les scènes de séduction entre Michelle Williams et Luke Kirby comptent parmi les plus originales, les plus drôles et les plus authentiques de l’année. La photo, chaude et lumineuse nous vaut une comédie « indé » mieux réalisée et plus intelligente que la moyenne, sans jamais oublier d’être belle et touchante. On n’oubliera pas de sitôt cette scène touchée par la grâce, un ballet aquatique en piscine où Michelle Williams et son prétendant se tournent autour en attendant de voir « ce qui pourrait se passer ». Take This Waltz (qui tire son titre de la chanson de Leonard Cohen), avec une grande modestie est sans doute le film le plus discrètement puissant, réussi et authentique sur le thème du désir. Un bijou!

 

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Runner-ups :

 

Life Of Pi, Beasts Of the Southern Wild, The Girl With the Dragon Tattoo, Tinker, Tailor, Soldier, Spy, Moonrise Kingdom, Frankenweenie, Looper, The Dark Knight Rises, The Woman In Black, The Pirates : Band of Misfits!, This Must Be the Place.

 

Grégory Cavinato

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