Actualités 2012… [Rec]3 – Genesis

[REC] 3 – GENESIS

2012, de Paco Plaza. ESPAGNE.

Avec Leticia Dolera, Javier Botet et Diego Martin

Scénario : Paco Plaza et Luis Berdejo

Directeurs de la photographie : Pablo Rosso

Musique : Mikel Salas

 

 

 

 

 

Les Noces Funèbres 

 

Après le succès bien calculé d’un [Rec]2 en 2009, déjà légèrement inférieur à son prestigieux modèle, les deux instigateurs / co-réalisateurs de la série, Jaume Balaguero et Paco Plaza avaient pourtant promis qu’ils ne remettraient pas le couvert pour d’éventuels nouveaux épisodes de leur lucrative saga horrifique. Après tout, combien de fois est-il réellement possible d’innover dans le style du found footage en milieu clos ?… Hollywood vous répondra : à peu près 6 fois par an. Mais c’est une autre histoire puisque si Hollywood produit aujourd’hui du found footage à foison, les innovations, elles, restent encore à trouver…

 

Que l’on ne se fasse pas d’illusion, l’existence de [Rec]3 (et bientôt du 4) est purement et uniquement motivée par des raisons de gros sous. Et après tout pourquoi pas ? A condition de respecter le niveau de qualité, les thématiques et la mythologie des deux premiers excellents opus, on n’y verrait aucune objection…  Malheureusement c’est bien là que le bât blesse.

 

 

L’idée de départ – transformer une franchise non-humoristique en grosse comédie décomplexée – inspirait des craintes bien fondées, [Rec] restant un des sommets récents de la peur au cinéma, un changement d’orientation ne s’affichait-il pas dès le départ comme un aveu d’impuissance devant l’insurpassable [Rec] ?… Une appréhension de départ justifiée puisque ici, l’humour est en général très peu inspiré, maladroitement référentiel et surtout assez lourdaud. N’est pas Sam Raimi ou Peter Jackson qui veut! Paco Plaza signe un opus qui parodie et trahit les deux précédents sans rien apporter de plus à la mythologie passionnante de la saga [Rec]un peu à la manière de George Lucas quand il signait son Star Wars Holiday Special maudit, avec sa famille de wookies poussant la chansonnette pour la télévision ! La référence à Evil Dead 2, très présente dans le matériel publicitaire, tourne court puisque l’idée de la tronçonneuse est très vite abandonnée. Alors qu’il se revendique de cette influence écrasante on ne retrouve jamais la virtuosité et la folie du chef d’oeuvre de Raimi, ni des autres modèles de la comédie horrifique que sont Re-Animator, Bad Taste, Brain Dead ou encore Shaun of the Dead. Il manque à [Rec]3 ce grain de folie et cette inventivité de tous les instants que l’on aimait tant dans ces œuvres de fous furieux souvent issues des années 80. [Rec]3 reste désespérément sage… Restent un ou deux gags marrants (« John l’Eponge ») surnageant dans un ensemble poussif.

 

 

Faire peur et faire rire en même temps reste donc l’apanage d’un groupe très restreint de réalisateurs de films de genre : Raimi, John Landis, Edgar Wright, Peter Jackson, Stuart Gordon… et Paco Plaza en fait la douloureuse constatation. Si Paco Plaza souhaitait rendre hommage à Sam Raimi, il se révèle en descendant du regretté (?) Bruno Mattei, auteur du très culte et très nul Virus Cannibale.

 

On sent malheureusement l’absence cruelle de Jaume Balaguero derrière la caméra puisque cette fois, seul Plaza (réalisateur surestimé du très mauvais Romasanta) réalise. Son style s’avère assez pantouflard avec un sens de la gestion de l’espace terriblement brouillon et un manque d’inventivité gênant pour ce genre d’exercice. La photographie de Pablo Rosso s’avère peu avenante, grisâtre et assez plate, pas aidée par des décors et costumes d’une rare laideur. Certains maquillages spéciaux d’arrière-plan sont assez approximatifs… et ce manque de rigueur se fait ressentir du début à la fin ! Les superbes ghoules terrifiantes du premier épisode sont ici réduites à des pantins grotesques. Décourageant… Encore une fois, devant ce gâchis, on se rend compte à quel point un bon réalisateur à la barre fait la différence!

 

Plus grave encore, la mythologie mise en place dans les deux premiers épisodes est ici totalement tournée en dérision, avec un dénouement ridicule qui se moque ouvertement des codes établis auparavant. Les codes thématiques et formels chers à la franchise sont vite oubliés pour faire place à la gaudriole. Le coup de pied donné en début de film à la caméra justifiant le titre [Rec] est assez emblématique du cynisme de cet objet mal foutu et peu respectueux.

 

 

Le comble pour un [Rec] ? Ce troisième épisode ne fait pas peur… et d’ailleurs ne cherche pas un seul instant à faire peur !  Nous serions-nous trompés de franchise à l’entrée de la salle ? … [Rec]3 est donc à [Rec] (un chef d’œuvre de tension et d’effroi, ne l’oublions pas!) ce que Howling 2 – Your Sister is a Werewolf est à The Howling (Hurlements) – une pure opération commerciale dont la tentative de changer de genre marque plutôt et de manière très visible, un grand manque d’inspiration.

 

Evidemment, [Rec]3 – Genesis se laisse regarder sans ennui, ce n’est pas le pire film de l’année ni même un terrible navet… mais il s’oublie directement, tel le tout-venant du marché du DTV. Trop de gens talentueux sont passés par là auparavant : comédie et horreur sont deux genres difficiles à marier et ici, à quelques exceptions près, la sauce ne prend pas.  Coller le mot [Rec] dans un titre est synonyme de succès commercial, mais aussi de responsabilités vis à vis de la franchise et de ses fans…

 

A sauver ? La prestation énergique et impliquée de la délicieuse Leticia Dolera, excellente en jeune mariée romantique déterminée à retrouver son bien-aimé au milieu de cette horde de ghoules pathétiques.  Pour autant, sachant que c’est le grand Jaume Balaguero qui sera de retour aux manettes du quatrième épisode, on attendra ce dernier avec impatience en oubliant cet épisode « à part » et aux intentions déplacées.

 

Grégory Cavinato.

 

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