In defense of… Orca (1977)

ORCA

1977, de Michael Anderson. USA.

Avec Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek, Robert Carradine et Keenan Wynn.

Scénario : Luciano Vincenzoni, Sergio Donati et Robert Towne (non-crédité)

Directeurs de la photographie : J. Barry Herron & Ted Moore

Musique : Ennio Morricone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Orque et barbarie

 

« Toi mon petit copain

De Corneville-les-Bains

Tu n’oses plus te baigner dans la mer

A cause de ce requin

Que les américains

Ont inventé pour faire peur à ton père… »

 

 

Relatif échec public et critique à sa sortie en 1977, Orca fut à l’époque regardé de haut, comme l’un de ces nombreux ersatz opportunistes engendrés par le succès mondial des massives Dents de la Mer deux ans plus tôt. En effet, le chef d’œuvre historique de Spielberg accoucha – paradoxalement pour un film ayant découragé plus d’un baigneur à mettre les doigts de pieds dans l’eau – de nombreux rejetons déviants fabriqués dans l’urgence par des plagiaires (voire des plagistes vu le contexte…) pressés de capitaliser fissa sur la vague des monstres marins croqueurs de midinettes. La grande bleue devient rouge, les divers monstres gagnent en taille et en ridicule au fur et à mesure des épisodes, tandis qu’augmente le nombre de leurs victimes et qu’au fin fond de cet océan chahuté de la série B, les peaux de mérous pètent… au grand désarroi du petit copain de Corneville-les-Bains de Gérard Lenorman, cet éternel rabat-joie amoureux des gentils dauphins (qui n’y sont pour rien…)

 

Du pastiche rigolard (Piranha, de Joe Dante, Alligator, de Lewis Teague) à la copie éhontée sans le sou (La Mort au Large, de Enzo G. Castellari) en passant par le plus respectable Les Grands Fonds de Peter Yates et les bisseries transalpines telles les Tentacules d’Olivio G. Assonitis ou Le Grand Alligator, de Sergio Martino, il ne faisait pas bon faire trempette au large à la fin de ces années 70. Squales, crocodiles, poissons violents, écrevisses tueuses… tout le bestiaire aquatique aux dents longues y passe.

 

 

Orca,inutile de le nier, surfe bien sur cette vague opportuniste puisque la grande bleue rapporte des billets verts. Produit par ce vieux roublard mégalo de Dino De Laurentiis juste après son remake révisionniste et cynique de King Kong (1976)dans le but avoué de devancer un imminent Dents de la Mer 2 (qui sortira en 1978), cette co-production entre les États-Unis et l’Italie va donc recevoir une volée de vois vert à sa sortie et disparaître dans les bas-fonds saumâtres du box-office. Une belle injustice qui sera partiellement réparée par de nombreuses rediffusions télévisuelles qui vont petit à petit rendre au beau film du vétéran Michael Anderson ses lettres de noblesse et en faire une sorte de film culte apprécié des amateurs, sinon des cinéphiles. C’est lors d’une de ces rediffusions que l’auteur de ces lignes tombe amoureux d’un film certes très imparfait mais animé d’un élément très rare dans le film d’horreur aquatique : une infinie poésie.

 

D’un point de départ tel que la revanche d’un épaulard sur le pêcheur qui a massacré sa famille, un quelconque tâcheron aurait pu tirer un film bêtement spectaculaire, noyé dans la masse des ersatz spielbergiens. Si il n’est pas un grand cinéaste adoré des encyclopédies, Michael Anderson n’en est pas moins un artisan habile, souvent inspiré, réalisant des films en série la plupart du temps avec beaucoup de bonheur. Pas un auteur mais un honnête faiseur, capable de diriger d’énormes budgets et de rendre digne une entreprise purement commerciale en y injectant beaucoup de personnalité. On se souviendra tout particulièrement dans sa longue filmographie d’un 1984 (datant de 1956) bien supérieur à la version plus connue de Michael Radford, de L’Epopée Dans l’Ombre (Shake Hands With the Devil – 1959)  dans lequel ses qualités de directeur d’acteur sont mises en évidence (James Cagney y livrait en effet une des ses meilleures prestations), de fabuleuses friandises d’espionnage comme Operation Crossbow (1965) et The Quiller Memorandum (1966), mais surtout de l’improbable lauréat de l’Oscar du Meilleur Film 1957, une version à gros budget du Tour du Monde en 80 Jours (Around the World In 80 Days – 1956) et du film de science-fiction le plus kitsch et le plus sexy depuis Barbarella, le célèbre L’Age de Cristal (Logan’s Run – 1976) dont le succès inattendu lui vaut de réitérer sur Orca avec son producteur vedette, Dino De Laurentiis…  Michael Anderson (92 printemps à l’heure où vous lisez ces lignes)  est donc un de ces réalisateurs « for hire » qui ne passera certainement pas par la case postérité (même si de tels cinéastes ne sont jamais à l’abri de devenir « cultes »…) mais qui à l’instar de ses distingués confrères Terence Young, John Frankenheimer, Franklin J. Schaffner, Guy Hamilton, Richard Fleischer, John Guillermin, Ronald Neame, Jack Lee Thompson, Ken Annakin, Stuart Rosenberg, Brian G. Hutton et bien d’autres, n’en signe pas moins pour autant dans les années 60 et 70 de nombreux films respectables, techniquement soignés, toujours bien emballés et à l’occasion couronnés de succès. Autrement dit, un cinéaste connaissant son métier et à qui les studios accordent leur confiance. A se demander d’ailleurs comment cet homme-là ne fut jamais contacté pour diriger un James Bond…

 

La référence obligée aux Dents de la Mer, le réalisateur s’en acquitte très vite dès les premières minutes de son film, un peu comme pour dire « ça c’est fait, passons à autre chose »… L’épaulard vedette nous apparaît ainsi pour la première fois lorsqu’il sauve un plongeur des crocs d’un squale affamé en tuant celui-ci. Un squale qu’il ridiculise en taille, en beauté, en puissance… Belle idée que de détourner ce passage obligé en établissant dès les premières minutes toute la noblesse d’un animal potentiellement dangereux mais qui semble – malgré une impressionnante rangée de dents tranchantes – animé d’une certaine bienveillance. Un mastodonte noir et blanc auquel le public va donc directement s’attacher.

 

Nous comprenons dès les premières scènes que nous avons affaire à un récit plus proche de Moby Dick que des Dents de la Mer. Car contrairement à ses petits camarades qui ne font rien qu’à copier sur Spielberg et son poisson bidon, son requin de carton, Anderson se démarque très vite de son prestigieux modèle. Ici, au départ, le tueur sans merci n’est pas forcément celui qui évolue dans l’océan, mais bien celui qui vit sur la terre ferme : un simple pêcheur commettant un acte d’une barbarie terrible : le capitaine Nolan. Melvillien en diable dans l’esprit, Orca inverse pourtant les rôles : en effet si dans Moby Dick, le Capitaine Ahab est obsédé par l’idée de retrouver et tuer sa baleine, c’est ici l’animal avide de vengeance qui va développer une véritable obsession. Le monstre n’est donc pas forcément celui que nous vendent l’affiche et les bandes annonces. Le monstre, c’est l’homme. Ce Capitaine Nolan qui sera très vite damné par les conséquences désastreuses de sa bêtise et de son ignorance. Nous ne le comprenons que plus tard mais le destin de cet homme est scellé dès les premières images. Un personnage peu reluisant donc, qui nécessite un acteur capable d’incarner un grand nombre d’émotions sans pour autant perdre le capital sympathie du public. Pas de héros aux mâchoires carrées à la Roy Scheider… le Capitaine Nolan d’Orca est un personnage à priori antipathique, complexe, têtu, égoïste, inculte, pratiquement illettré… et pourtant gagné petit à petit par le remords et le doute… un personnage en quête d’une improbable rédemption, dont l’acte le plus terrible fait rejaillir en lui des souvenirs douloureux et fait office d’illumination. Qui de mieux pour incarner une tête de mule irlandaise, rustre et vulnérable qu’une tête de mule irlandaise, rustre et vulnérable ?… Richard Harris bien entendu !

 

 

Décidément en ces années 70, Richard Harris et la faune animale ne faisaient pas bon ménage. Six ans après s’être fait chatouiller les doigts de pieds par un grizzly maousse dans Le Convoi Sauvage, le magnifique film humaniste de Richard C. Sarafian, voici notre « Homme Nommé Cheval » aux prises avec un épaulard d’humeur chafouine. En effet, Nolan et son équipage s’étant mis en tête de capturer (vivant) un orque pour le vendre à un zoo, ils vont par maladresse et par méconnaissance de leur proie décimer toute une famille de ces mammifères dans une de ces scènes choc qui marquent la rétine et accélèrent le rythme cardiaque…  La femelle, capturée mais blessée mortellement, tente de se suicider en se précipitant sur l’hélice du bateau. A peine hissée à bord, de sa lourde carcasse ensanglantée émerge un nouveau-né qui vient s’écraser sur le pont et meurt sur le coup. Une véritable vision d’horreur dont les témoins choqués sont Nolan et son équipage, mais surtout le géniteur qui vient de perdre en quelques minutes toute sa famille. Dès lors pour l’animal, la chasse est ouverte : l’équipage du Nautilus – Nolan en particulier – devient sa proie.

 

Richard Harris, « hellraiser » de légende, acteur éternellement sous-estimé (malgré un prix d’interprétation à Cannes pour This Sporting Life en 1963 et une succession de rôles dans des genres très variés) se révèle une fois de plus absolument formidable dans un rôle difficile. Un marin dur à cuire et grande gueule qui cache de nombreuses fêlures et dont l’humanité va renaître à l’approche de la mort… Un rôle que l’acteur prend à cœur, effectuant lui-même la plupart de ses cascades et acceptant pour la durée du tournage de rester sobre, lui qui à l’époque est presque devenu synonyme de suicide commercial. En effet en cette fin des années 70, Harris, fêtard, alcoolique et cocaïnomane non-repentant est en situation précaire avec les studios qui refusent de l’assurer suite à ses frasques alcoolisées, son légendaire franc-parler et un comportement parfois violent. Sa performance extraordinaire dans ces circonstances n’en est que plus miraculeuse puisqu’il parvient à rendre un personnage de prime abord détestable terriblement charismatique, vulnérable et attachant, bien aidé par un casting de seconds rôles campés par des acteurs bien plus concernés que dans le tout-venant du film d’horreur de série B.

 

 

 

L’un des aspects les plus mémorables d’Orca, c’est la façon extraordinaire qu’a Michael Anderson de nous fasciner par la mythologie de ses mammifères vedettes, des animaux immenses, préhistoriques, nobles et de toute beauté. Cette fascination est inculquée avec économie, par le biais de deux personnages que tout oppose et qui pourtant ne s’affrontent jamais : Rachel, la scientifique rigoureuse interprétée par Charlotte Rampling et Umilak le sage mystique interprété par Will Sampson, le grand indien de Vol au-dessus d’un nid de coucous ! Tous deux vont chacun à leur tour apporter à un Nolan ignorant tout leur savoir et leur sagesse… Comme nous l’explique la jolie anthropologue dans une scène d’exposition sous la forme d’un cours de biologie marine très utile pour qui veut préserver le plus longtemps possible sa suspension d’incrédulité, l’épaulard, nous prévient-elle, est un animal d’une intelligence remarquable, en bien des points supérieure à celle de l’homme… tout particulièrement celle du Capitaine Nolan. Animé d’un profond instinct de vengeance (ce qui tombe assez bien), l’animal n’oublie jamais le visage de l’homme qui lui a fait du mal et est susceptible d’attendre sans relâche des années avant d’accomplir sa vengeance. L’épaulard n’oublie jamais… Alors que de son côté, Nolan préférerait oublier illico son acte cruel, l’orque va tâcher de le mettre face à ses responsabilités en faisant peser sur le petit village côtier une véritable malédiction. En plus de détruire les bateaux des confrères pêcheurs de Nolan et de faire fuir la poiscaille qui constitue toute l’économie de la bourgade, l’animal éploré va littéralement hanter son bourreau, le poussant à bout dans le seul but de l’inciter à venir l’affronter en mer. Un argument qui dès lors, plonge Orca dans les sphères du film fantastique, faisant planer une atmosphère sépulcrale à vous glacer le sang sur la petite ville côtière qui prend vite des allures de ville-fantôme, et donne à un long métrage bien plus profond que son statut de simple série B estivale lui autorisait une ambiance crépusculaire.

 

Si la jolie scientifique nous explique donc par « a + b » le b.a.-ba du petit épaulard illustré, le sage de la tribu des Muscogee fait rentrer le film dans une dimension mythologique, remettant l’homme à sa place face à cet animal de légende doté de sagesse et d’une grande spiritualité. Ainsi, l’épaulard serait selon Umilak proche des divinités célébrées par ses ancêtres qui pensaient que si Dieu revenait sur Terre, ce serait sous l’apparence d’une baleine. Le petit village de pêcheurs a d’ailleurs tendance à croire à ces superstitions que Nolan prend au départ pour des balivernes. Nolan qui ne voyait au début en sa proie qu’un vulgaire « poisson » va donc découvrir cette fascinante mythologie et ainsi, comprendre dans la douleur l’ampleur de son geste. Maladroitement, il va dans un premier temps chercher la rédemption (comme souvent chez les ignorants) dans la religion. « Peut-on pêcher contre un animal ? » demande-t-il ainsi à un prêtre dubitatif… Des questions philosophiques inédites dans ce genre de production « de pur divertissement »… Malheureusement pour Nolan, plus il comprend et respecte l’épaulard qui le traque, plus il sent peser sur lui le côté inéluctable d’un destin sanglant, qui semble déjà écrit. Sa descente aux enfers s’annonce donc sans espoir de retour, même si son acte de contrition et sa recherche de rédemption – qui donne lieu aux scènes les plus émouvantes du film – le rachètent en chemin. C’est là l’un des plus grands plaisir du film : admirer les subtilités de la performance de Richard Harris, qui malgré ses erreurs, tente à tout prix de sauvegarder ses apparences de « capitaine » et ainsi protéger – sans succès – son attachant équipage dont les membres se verront sacrifiés un à un sur l’autel de la bêtise humaine.

 

Michael Anderson entérine cette dimension purement fantastique par un second élément introduit élégamment dans le récit : un lien presque télépathique et entre Nolan et l’animal… un lien inexplicable renforçant encore le côté mythologique prôné par Umilak. Un élément copié depuis dans de nombreux films, puisque l’idée fut reprise avec un résultat catastrophique dans l’embarrassant Les Dents de la Mer 4 avec son requin rugissant de triste mémoire.  Dans Orca cependant… on y croit dur comme fer ! Et l’on s’attache terriblement à cet animal blessé mais – et c’est là tout le génie du film – à Nolan également.

 

Là où le talent du réalisateur ressort particulièrement c’est dans ce sens de la Grande Aventure. Malgré un budget modeste et une co-production italienne (généralement synonyme en ces années 70 de « au rabais »), Anderson tire le meilleur parti d’un gigantesque décor qu’il magnifie par une photographie donnant tour à tour dans le naturalisme, le gothique et l’éthéré : l’océan. De l’histoire du Capitaine Nolan et de son combat contre l’orque, il arrive à tirer une tragédie grecque, mythologique. Orca est un film au souffle épique, inoubliable par sa simplicité et son efficacité, particulièrement cruel, autant pour les victimes animales qu’humaines – les scènes violentes étant particulièrement réussies.

 

Il faut dire que le réalisateur est secondé par une équipe de techniciens de grand talent et que le grand spectacle est assuré par une technique bien rodée. Les vues sous-marines de toute beauté sont filmées avec un professionnalisme digne des meilleurs documentaires animaliers, nous faisant découvrir ces vénérables animaux préhistoriques dans leur élément, sans sentimentalisme frelaté et malvenu à la Sauvez Willy. Le directeur de la photo, J. Barry Herron fut d’ailleurs un spécialiste des documentaires animaliers pour le magazine National Geographic. La narration classique et efficace nous fait croire dur comme fer à l’amour qui unit cette famille d’épaulards touchée par la tragédie. Si ces scènes nous montrent de vrais mammifères marins, ce sont de formidables effets spéciaux mécaniques qui sont utilisés pour les gros plans. Les créatures animatroniques (le fœtus et les orques en gros plans) se révèlent d’un réalisme extraordinaire à tel point qu’une association de défense des animaux fit bloquer les camions transportant ces répliques sur le tournage, croyant qu’ils avaient affaire à de vrais épaulards. En effet tout au long du film, impossible de distinguer le vrai du faux. On se souviendra encore longtemps de ces gros plans sur l’œil humide et animé de vengeance de l’orque témoin du massacre de sa famille. Le regard de cet animal de cinéma s’avère à la fois effrayant et terriblement émouvant, bien loin du regard vide et sans âme du Terminator aquatique de Spielberg.

 

La bande sonore, chef d’œuvre d’émotions, mélange les « voix » des créatures aquatiques, chantant leur amour ou leur détresse à l’aide de leur sonar, avec le score magnifique du légendaire Ennio Morricone, succession terriblement lyrique et romantique de thèmes inoubliables. Morricone est sans le moindre doute l’un des principaux artisans de la réussite d’Orca, signant ici un de ses scores les plus doux, mélancoliques, éthérés, aériens, loin de la furie de ses opus westerniens. Un score qui ajoute énormément à l’émotion ressentie face à la descente aux enfers de Nolan. A l’instar du Long Weekend de Colin Eggleston (1978) dans lequel le cri du cormoran (le soir au-dessus des jonques) perce les oreilles au point de donner des cauchemars aux spectateurs, les cris de douleur de l’orque, véritable crève-cœur auditif, vous hanteront encore longtemps après la projection.

 

L’émotion est bien le maître-mot d’Orca. Ainsi, l’évolution de la relation entre Richard Harris et Charlotte Rampling, de la haine à l’amour, est décrite avec justesse, humour (ils passent la moitié du film à se chamailler) et beaucoup de sensibilité. La scientifique rigide et froide, voix de la raison pour Nolan, laisse graduellement tomber ses défenses et tombe lentement amoureuse de cet homme bourru et attachant malgré lui, ce rustre inculte et irréfléchi qui représente pourtant l’antithèse de tout ce en quoi elle croit. Une affection bien réelle qui culmine sur une scène d’amour touchante, d’une délicatesse particulièrement mémorable et où ressortent la douceur cachée de Rampling et les fantômes de la vie passée de Nolan. Une scène qui rend la mort inévitable de ce dernier encore plus douloureuse. A cet égard, la disparition finale de Nolan dont le corps sans vie glisse lentement dans les eaux glacées de l’océan vaut bien – en terme d’émotion pure – celle de Leonardo DiCaprio sombrant vers la dépouille du Titanic.

 

 

 

Bien entendu, Orca n’est pas parfait. Loin de là. Souffrant de certains défauts inhérents aux productions De Laurentiis, Orca pêche parfois par orgueil. Ainsi, sans la scène d’exposition explicative, toute la trame du film menace de tomber à l’eau et risque de mettre la crédulité du spectateur à dure épreuve. C’est donc un miracle que le film tienne aussi bien la route. Pourtant, à une ou deux reprises, la sauce ne prend pas… Admettre qu’un animal aquatique soit animé de vengeance ? Pas de problème… il s’agit après tout d’une fable mythologique et la suspension d’incrédulité marche à plein pot. Admettre que le même animal puisse diriger la trajectoire d’un iceberg avec son museau, détruire une maison sur pilotis ou pire, calculer le moment exact où le kérosène s’échappant des canalisations qu’il vient de briser d’un coup de queue, va entrer en contact avec la lampe à pétrole d’une de ses prochaines victimes… moins facile ! Le ridicule est dépassé lors de cette scène inutile, LA scène de trop, issue du système de « spectaculaire à tout prix » des productions « over the top » de De Laurentiis, un producteur trop préoccupé à rivaliser avec la concurrence ! C’est seulement lors de cette scène que l’opportunisme post-Dents de la Mer se fait sentir. A trop jouer avec notre suspension d’incrédulité, le réalisateur risque de nous perdre… mais heureusement, son talent de conteur l’en empêche… On soulignera également avec un sourire poli la « prestation » de l’actrice Bo Derek, qui pour sa première apparition officielle au cinéma dans un second rôle, démontre déjà son incapacité totale à jouer la comédie ou à exprimer le moindre sentiment, la rendant moins crédible (mais aussi bien construite) que les épaulards animatroniques.

 

Quelques menus défauts qui ne gâchent en rien la réussite globale d’un film qui raconte avant tout le destin funeste de deux créatures, avant de capitaliser sur les effets sanglants, qui – aussi efficaces soient-ils – n’en restent pas moins secondaires. Lors du dernier acte d’Orca, le spectateur est sans cesse partagé entre l’affection pour cet animal brisé et la pitié qu’il ressent pour Nolan. Pas besoin de 3D pour nous faire ressentir en même temps que les acteurs cette sensation prégnante de froid, ce malaise lors de la brutalité de la mort du « héros » et cette tristesse terrible que l’on ressent lorsque le générique de fin débute et que l’animal s’en va périr dans les eaux glaciales. On retient de ce film à grand spectacle un sentiment de grande mélancolie mais surtout le souvenir d’un grand spectacle lyrique aux images poétiques à la beauté souvent saisissante. On se souvient encore d’un personnage principal fascinant dans sa complexité et à quel point les yeux clairs de Charlotte Rampling se marient avec élégance avec les eaux glacées de la grande bleue.

 

Grégory Cavinato.

 

 

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