OFF SCREEN 2014, Bruxelles – 7th Edition

offscreen_poster_a4_no_logos_hig_resLa septième édition du Festival OffScreen (qui s’est tenue du 7 au 23 mars à Bruxelles entre les cinémas Nova, Rits, Bozar et la Cinémathèque) a refermé ses portes et une fois de plus, force est de constater que ce festival joyeusement « alternatif » s’avère meilleur d’année en année. De par la qualité de sa programmation, par sa bonne humeur, par son mélange de nouveautés et de films « vintage » tantôt exigeants, tantôt Z et complètement fous, OffScreen mérite sa réputation grandissante de meilleur festival de cinéma en Belgique. Une manifestation à la renommée grandissante qui convoque autant les cinéphiles pointus que les amoureux du cinéma de l’étrange, de curiosités rares, de films cultes mais aussi du grain inimitable des vieilles copies fragiles en pellicule 35mm. Organisée par une équipe d’érudits, de passionnés et de bien sympathiques jeune gens, la cuvée 2014 n’a pas démérité.

 

Cette année, l’Angleterre était à l’honneur avec une rétrospective dédiée au regretté Ken Russell (1927-2011), auquel fut consacrée une conférence intitulée « Imagining the Past : Ken Russell, Biography and the Art of Making History ».

 

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La carrière foisonnante de Ken Russell – et plus particulièrement ses œuvres biographiques (Savage Messiah, The Music Lovers, Mahler, Lisztomania, Valentino…) – fut présentée sous un nouveau jour en présence de sa veuve Elize Tribble, de son biographe Paul Sutton, et de l’auteur I.Q. Hunter, spécialiste des films de genre anglais… l’occasion unique de découvrir certaines de ses productions les plus méconnues comme les téléfilms Song Of Summer (biographie du compositeur Frederick Delius) et Clouds of Glory (bio des poètes William Wordsworth et Samuel Coleridge). L’iconoclaste a réalisé certaines des œuvres les plus controversées, les plus osées, les plus stylisées, folles et originales de l’Histoire du cinéma. Avec son style flamboyant, sa photographie baroque et sa grande gueule qu’il ne manquait jamais d’ouvrir pour fustiger ses contemporains, Russell, amoureux et connaisseur érudit de la musique classique, débute sa carrière dans les années 60 à la télévision avec des œuvres biographiques déjà irrévérencieuses sur la vie de divers compositeurs (Elgar, Bartok, Debussy…) Il innove déjà en ajoutant dans ses documentaires des séquences jouées par des comédiens… Après avoir connu les éloges de la critique avec l’Oscarisé Women In Love (1969) et défrayé les foudres de l’église catholique avec son hérétique The Devils (1971), Russell continue de brosser des portraits très subjectifs des grands artistes qu’il admire. Jouant sans cesse avec les styles et les genres, on le retrouve aussi bien à la barre de petites productions fantastiques sans le sou (The Lair of the White Worm – 1988) que de gros films de studio (Billion Dollar Brain – 1967, Altered States – 1980), d’énormes succès publics (Tommy – 1975) que d’échecs financiers cinglants (Lisztomania – 1975, Valentino – 1977), naviguant sans cesse entre grand art et culture populaire, entre beauté pure et kitsch, entre rêves (ou cauchemars) et réalité.

 

_021L’univers fou de Ken Russell : The Devils, Tommy, Women in Love, The Lair of the White Worm, The Music Lovers, Mahler, Altered States

 

Eternel rebelle du cinéma, Ken Russell n’était plus au goût des producteurs dans les années 90-2000, ce qui ne l’empêcha pas de continuer à fabriquer ses films avec zéro budget et des équipes amateur, comme en témoigne un ultime long métrage tourné en vidéo dans sa propriété, intitulé The Fall of the Louse Of Usher (2002) ressassant ses éternelles obsessions. Russell passera les 15 dernières années de sa vie en apparaissant sans cesse dans toutes les émissions de télévision (Celebrity Big Brother et cie…) qui acceptaient de le recevoir, perpétuant ainsi son image de provocateur iconoclaste et complètement fou. Il est décédé le 27 novembre 2011 à 84 ans.

 

Dire que Ken Russell fut un cas unique dans l’histoire du cinéma à qui il va énormément manquer est une évidence. Son style est devenu si reconnaissable qu’une seule image d’un des ses films prise au hasard permet d’identifier sa patte. La marque d’un grand artiste!

 

Nous avons choisi de chroniquer deux de ses films :

 

 

LISZTOMANIA (1975)

ALTERED STATES (AU-DELA DU REEL) (1980)

 

 

OffScreen continue son exploration des recoins les plus obscurs du cinéma de genre anglais avec une sélection intitulée « Mind the Gap : British Cult Cinema » qui nous a permis de voir ou revoir des films rares et des curiosités comme The Reckoning (1969), The Bed-Sitting Room (1969, une farce post-apocalyptique ratée signée Richard Lester et dans laquelle tous les gags tombent à plat), Death Line / Raw Meat (1973), Psychomania (1973), Horror Hospital (1973, jouissive série Z gothique de Anthony Balch, mettant en scène l’excellent Michael Gough en savant fou assisté par un nain sadique), Killer’s Moon (1976, nanar subversif au parfum de LSD signé Alan Birkinshaw), The Squeeze (1977, polar nerveux très solide de Michael Apted), The Shout (1978), X-Tro (1983, le film de science-fiction culte et déviant de Harry Bromley-Davenport) mais aussi quelques chefs d’œuvres et autres classiques du cinéma de genre comme Village of the Damned (1960, classique de la science-fiction signé Wolf Rilla), Bunny Lake Is Missing (1965) et surtout, la nouvelle version restaurée du meilleur film de genre anglais jamais réalisé, The Wicker Man (1973), en présence de son réalisateur Robin Hardy.

 

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Nos chroniques ici :

 

 

BUNNY LAKE IS MISSING (BUNNY LAKE A DISPARU) (1965, de Otto Preminger)

 THE RECKONING (1969, de Jack Gold)

THE WICKER MAN (1973, de Robin Hardy)

DEATH LINE / RAW MEAT (LE METRO DE LA MORT) (1973, de Gary Sherman)

PSYCHOMANIA (1973, de Don Sharp)

THE SHOUT (LE CRI DU SORCIER) (1978, de Jerzy Skolimowski)

 

 

La toujours très belle Martine Beswick, aujourd’hui âgée de 72 ans illumina le festival de sa douce présence. Cette ex-double-James Bond Girl (elle apparait effectivement dans From Russia With Love ET dans Thunderball), mannequin exotique à la peau bronzée et au corps de déesse trouva le succès en apparaissant (souvent en maillot de bain ou vêtue d’une peau de bête) dans quelques gros succès du box office des années 60-70 qu’elle est venue nous présenter : One Billion Years B.C. (1966, de Don Chaffey, dans lequel elle joue les amazones préhistoriques aux côtés de Raquel Welch et des créatures fantastiques de Ray Harryhausen), Slave Girls, connu également sous le titre Prehistoric Women (1967, de Michael Carreras, essai par la Hammer de retrouver le succès du précédent et dans lequel deux troupes de nanas préhistoriques – les blondes et les brunes – s’affrontent pour gagner les faveurs d’un Dieu Rhinocéros – ça ne s’invente pas…), et surtout Dr. Jekyll & Sister Hyde (1971), le chef d’œuvre de Roy Ward Baker qui lui permet enfin de dévoiler ses talents d’actrice.

 

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Drôle, sympatique, charmeuse, disponible et pas arrogante pour un sou, Martine Beswick fit souffler un vent de charme sur un festival qui ne manquait pourtant pas de jolies femmes… sur les écrans, mais également dans la salle et au bureau des accréditations pour la presse !…

 

En hommage à l’émoustillante Martine,  retrouvez notre chronique de…

 

 

DR. JEKYLL AND SISTER HYDE (DR. JEKYLL ET SISTER HYDE) (1971, de Roy Ward Baker)

 

 

Le festival accueilla également cette année le toujours fringant Radley Metzger (85 ans !), maître trop méconnu des films érotico-artistiques, chantre classieux de la sexploitation et du porno chic des années 60-70. L’invité s’est taillé une place à part dans le cinéma indépendant américain des années 60 grâce à une poignée de drames psycho-sexuels à sensibilité européenne, dont les mouvements de caméra élégants et les décors opulents annihilaient toute trace de vulgarité. Les sommets de sa carrière ont été atteints par Camille 2000 (1969), The Lickerish Quartet (1970) et The Opening Of Misty Beethoven (1976) qui capturent à merveille l’ambiance des swinging sixties. Si ses films ont un peu tendance à tous se ressembler (mêmes acteurs, mêmes décors), principal reproche que l’on pourra adresser à sa filmographie, si ses scénarios servent davantage de prétextes à ses expérimentations visuelles, on ne peut qu’admirer la manière avec laquelle Metzger met en scène des femmes fortes et fait de la belle image avec des fantasmes érotiques sophistiqués et une imagerie terriblement sensuelle, même lorsqu’il signe de véritables pornos comme The Private Afternoons Of Pamela Mann (1974), présenté en version hardcore intégrale dans la salle du Nova qui, ce soir-là, affichait complet !…

 

1911895_10152081976861925_2140327090_nRadley Metzger et son chef d’oeuvre, The Lickerish Quartet

 

Le festival s’est ouvert avec L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps, du duo belge Bruno Forzani et Hélène Cattet (déjà réalisateurs d’Amer), un pur exercice de style, reflet du cinéma de genre italien des années 70 mais auquel, malgré des prouesses visuelles et sensorielles inédites, nous sommes toutefois restés hermétiques. Le spectateur est emporté dans une expérience sensuelle, à l’atmosphère oppressante mais comme c’était déjà le cas sur Amer, le couple de cinéastes signe une œuvre purement théorique au cours de laquelle on a le droit de se sentir très peu concerné.

 

Après avoir présenté quelques nouveautés en avant-premières, dont le magnifique et émouvant Her, de Spike Jonze et le burlesque et foisonnant Why Don’t You Play in Hell ?, de Sono Sion, le festival s’est refermé avec un excellent petit polar, Blue Ruin, réalisé par un nouveau prodige du cinéma indépendant américain, Jeremy Saulnier.

 

 

Notre critique : BLUE RUIN (2013, de Jeremy Saulnier)

 

 

La 7e édition de l’Offscreen Film Festival s’est clôturée par le lancement d’un nouveau projet : le sauvetage du cinéma ABC.

 

Pas question pour Offscreen de se reposer sur ses lauriers – au contraire. Lors de la soirée de clôture du festival, un nouveau projet s’est soudain retrouvé au-devant de la scène, à savoir le sauvetage du Cinéma ABC, situé avenue Adolphe Max. Salle de projection vintage exceptionnelle des années 70, le Cinéma ABC est situé le long d’une des avenues les plus fréquentées de Bruxelles. Pendant plus de quarante ans, ce patrimoine urbain a fait office de cinéma pornographique, pour finalement fermer ses portes l’été passé.

 

1493244_10152116598791925_431535779_nCela fait maintenant plusieurs semaines que le Cinéma Nova s’est lancé avec succès dans une entreprise de préservation : piles de bobines 35mm uniques, affiches de films et autre matériel d’archives qui remplissaient le bâtiment seront désormais conservés. Ce déménagement a permis à l’équipe de constater l’énorme potentiel que représente ce lieu pour la vie culturelle bruxelloise.

 

L’infrastructure actuelle et l’emplacement de la salle se prêtent tout à fait au maintien d’une activité culturelle et cinématographique, et ce au moyen d’investissements minimaux. L’ancien ABC pourrait ainsi se transformer en un point de rencontre vivant et durable consacré au cinéma, à la musique et à d’autres arts.

 

Après avoir soudainement appris que le bâtiment risquait de devenir un énième snack aux abords de l’axe Nord-Sud ; des membres du Cinéma Nova, Offscreen/asbl Marcel et La Rétine de Plateau se sont mobilisés pour tenter de sauver cette salle d’une funeste destinée. Il s’agit là d’une occasion unique de donner un second souffle à ce boulevard bruxellois, qui fut longtemps un véritable bouillon de culture et d’animation. Une réelle opportunité à saisir coûte que coûte !

 

Vous pouvez participer à la concrétisation de ce projet, le “sauvetage” ayant pris la forme d’un projet de crowdfunding. Le temps presse et la marge de manœuvre est réduite, mais avec l’aide de nombreux cinéphiles, amoureux de la culture et amateurs de la ville, nous y parviendrons.

 

Un compte bancaire ainsi qu’une structure juridique appropriée sont en train d’être mis en place afin de mener ce projet à bien.

 

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet www.abc-cinema.be

 

 

Remerciements chaleureux à Dirk Van Extergem et Vanessa Sutour!

En revanche, nous ne remercions pas Rémy « l’homme aux seins » et « le sosie de Gérard Filipelli » pour leurs odeurs corporelles…

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

One Response to OFF SCREEN 2014, Bruxelles – 7th Edition

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