Les plaisirs coupables… Psychomania (1973)

max1356636869-front-coverPSYCHOMANIA

 

1973, de Don Sharp – UK

Avec Nicky Henson, Mary Larkin, Ann Michelle, Robert Hardy, Beryl Reid et George Sanders

Scénario : Julian Zimet et Arnaud D’Usseau

Directeur de la photographie : Ted Moore

Musique : John Cameron

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hells Angels On Wheels

 

 

« Les Charlots Chez les Morts Vivants », tel pourrait être le titre français de ce monument incontournable et très amusant de la série Z horrifique anglaise, un film tellement fou, si nul et nonsensique qu’il a fini par devenir une curiosité culte adorée des amateurs.

 

Le scénario de Psychomania est aussi rigolo qu’édifiant. Dans la campagne anglaise, un gang de motards légèrement psychopathes et vaguement satanistes, surnommés « The Living Dead » s’ennuient ferme et commencent à faire joujou avec la magie noire. Leur leader, le ténébreux Tom (Nicky Henson, vu en playboy dans Fawlty Towers et qui tente ici à tout prix d’imiter Malcolm McDowell dans Orange Mécanique) fait un pacte avec le diable : en échange de son âme, le jeune homme reviendra de l’au-delà et pourra continuer tranquillement et pour l’éternité sa carrière de petite frappe… Dans quel but exactement ? Le scénario ne le précise pas… Avec l’aide de sa vieille mère et du domestique croulant de cette dernière, leaders d’un culte d’adorateurs de la grenouille (apparemment l’incarnation terrestre de Satan), Tom, qui tient bien moins à la vie qu’à son terrible engin, se suicide lors d’un rituel bizarre et après son enterrement, après avoir chanté « j’appuie sur le starter et voici que je quitte la Terre », il revient illico de l’au-delà frais comme un gardon, suscitant l’envie de ses petits camarades qui décident de faire de même ! Voilà donc les Living Dead qui se suicident dans la bonne humeur (saut d’un avion sans parachute, violent crash de moto, toujours avec un grand sourire !) et qui reviennent hanter leur petit village après un bref séjour six pieds sous terre, désormais capables de traverser des murs de pierre (mais très visiblement en mousse de polystyrène) avec leurs motos ! Récalcitrante, Abby (la mignonne Mary Larkin), petite amie nunuche de Tom est la seule à ne pas oser franchir le pas car la morale profonde du film se profile tout doucement : « la vie est un cadeau trop précieux pour la gâcher »… Une jolie leçon que ses compagnons morts-vivants ignorent, puisque Tom leur ordonne de la contraindre à se suicider…

 

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Un récit délicieusement idiot dans lequel – outre leur statut d’immortels – les morts vivants ne se distinguent pas réellement des autres quidams puisqu’ils gardent leur apparence d’origine, même après leur retour… pour la simple raison que le budget ne permettait pas le recours à des maquillages spéciaux ! Comme dirait un certain Jeff Goldblum « euh… est-ce que vous comptez mettre des morts-vivants dans votre… film de morts-vivants ? Allo ?… » A la vue des molles exactions du terrible gang, consistant principalement à renverser les sacs de provisions des badauds à la sortie du supermarché local, une question essentielle mérite d’être posée : pourquoi souhaiter l’éternité lorsque l’on semble déjà tant s’ennuyer dans un petit village morne où tout semble marcher au ralenti ?…

 

Difficile de rester de marbre face à ce spectacle on ne peut plus fauché et qui tente – sans jamais y arriver – de rivaliser avec les films d’horreur à la mode. Le rituel qui permet de donner la vie éternelle, le décor épuré de la maison, de nombreuses cascades très « Rémy Julienne » dans l’âme, les effets spéciaux poétiques mais ridicules de la scène finale… tout est tellement factice et mal écrit que certaines scènes (notamment les dialogues surréalistes de « remplissage » entre la mère de Tom et de son domestique) semblent improvisées à même le plateau ! Un tel degré de ratage rend la vision du film encore plus fascinante. Psychomania est en effet tellement bizarre et incertain qu’il est difficile d’appréhender les intentions originales. Faire un film d’horreur sérieux ? Ajouter une dose d’humour décalé mais pince sans-rire ? S’agit-il tout simplement d’un film raté de bout en bout ou d’une tentative (à moitié réussie) de parodier le genre?… Difficile à dire tant le film semble coincé entre les deux niveaux ! Mais c’est évidemment tout ce qui fait le charme et le culte (discret) de cette petite production qui enchaîne les séquences toutes plus absurdes et hilarantes que les autres… au 36ème degré, bien entendu !

 

Mieux encore : au lieu de singer le style des prestigieuses et colorées productions horrifiques de la maison Hammer, la mètre étalon du fantastique à l’anglaise, Psychomania prend (volontairement ?) pour unique modèle la filmographie récente de ce bon vieux Claude Zidi, alors cantonné aux comédies camembert gentiment subversives des Charlots. Il faut voir le gang arriver en ville sur leurs mobylettes et – exactement comme dans Les Fous du Stade – effrayer les bonnes gens, gags visuels, musique, bruitages et chutes rigolos à l’appui. Il faut encore les voir – comme Gérard Rinaldi et ses copains dans Le Grand Bazar – terroriser les clients d’un grand magasin dans lequel ils pénètrent sur leurs terribles engins, saccageant tout sur leur passage. On en arrive à guetter l’apparition d’un Paul Préboist exaspéré et d’un Jacques Seiler énervé !…

 

Le vétéran George Sanders, qui incarne le vieux domestique sataniste et semble se demander durant tout le film ce qu’il a bien pu venir faire dans cette improbable galère, se suicidera quelques semaines après la fin du tournage. Y aurait-il eu dans son geste tragique un lien de cause à effet ?… Sans doute pas mais George Sanders aurait été heureux (ou carrément atterré) d’apprendre qu’à l’instar de The Room ou Plan 9 From Outer Space, un véritable culte allait naître autour de ce Psychomania aussi bizarre que fascinant dans son côté « n’importe quoi ».

 

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Si – pour l’exercice – l’on s’efforçait de trouver un message profond dans ce projet hallucinant, ce serait ce cri de révolte contre l’ennui quotidien. Mais quand un film semble encourager de manière très gaie les suicides de masse, promouvoir l’anarchie ou le satanisme… on finit par se poser la question : Psychomania se voudrait-il une comédie très noire, subversive et satyrique ? Encore une fois, rien n’est moins sur…

 

Ce qui est sur, c’est qu’on rigole beaucoup !

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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