Les Plaisirs Coupables… Mr. Holland’s Opus (Professeur Holland) (1995)

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(PROFESSEUR HOLLAND)

1995, de Stephen Herek – USA

Scénario : Patrick Sheane Duncan

Avec Richard Dreyfuss, Glenne Headly, Jay Thomas, Olympia Dukakis, William H. Macy, Alicia Witt, Joanna Gleason, Terrence Howard, Jean Louisa Kelly et Balthazar Getty

Directeur de la photographie : Oliver Wood

Musique : Michael Kamen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

You Can’t Stop the Music

 

Le « feel-good movie » est un sous-genre cinématographique typiquement américain. De Frank Capra à Rocky Balboa en passant par E.T. et Forrest Gump, ces films destinés au grand public portent un regard optimiste sur l’humanité et ont pour vocation de rendre heureux. Si possible en nous faisant pleurer de joie par la même occasion. Pas une mince affaire car l’exercice est un dangereux numéro d’équilibriste… Pour un Rocky beuglant le nom de sa bien-aimée en fin de match, pour un Judd Nelson brandissant le poing bien haut à la fin de Breakfast Club, pour un John Cusack conquérant sa belle en brandissant sa radio jouant « In Your Eyes » de Peter Gabriel dans Say Anything, pour chaque réconciliation entre Harry et Sally, le cinéma américain pullule de moments sentimentaux embarrassants, dégoulinant d’une guimauve difficile à digérer. Certains cinéastes doués marchent sur la corde raide et frôlent sans cesse la limite de l’acceptable (Steven Spielberg avec Le Terminal, Richard Curtis avec Love Actually) sans pour autant tomber dans l’excès, mais bien d’autres comme Garry Marshall, Michael Bay, les productions d’Oprah Winfrey (The Butler) et 95% des comédies romantiques actuelles, trop formatées, moralisatrices et bien-pensantes pour être honnêtes, confondent émotion et sensiblerie. Leurs films se vautrent lamentablement dans le lacrimal gratuit, le salut au drapeau et la dignité de pacotille. Comment ne pas vomir en repensant aux scènes romantiques entre Liv Tyler et Ben Affleck dans Armageddon ? Trop souvent, la limite du ridicule est franchie allègrement, comme quand le regretté Robin Williams faisait le clown devant des petits cancéreux dans Patch Adams… Les grands sentiments sirupeux, le romantisme manufacturé… voilà un piège dans lequel trop de films américains « grand public » ont tendance à tomber.

 

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Avec Mr. Holland’s Opus, le risque de tomber dans ces travers était très grand. Dans cette comédie sentimentale au message universel, nous suivons le même personnage sur une durée de 30 ans, un gentil professeur de musique chargé d’apporter l’inspiration dans le cœur de ses élèves au sein d’une Amérique en perpétuel mouvement. Seulement voilà, Dead Poets Society (Le Cercle des Poètes Disparus), le film de Peter Weir, était déjà passé par là 6 ans auparavant ! En 1995, les histoires de gentils professeurs qui changent le destin de leurs élèves étaient – déjà – un vieux cliché ronronnant.

 

Il y avait donc de quoi redouter le film de Stephen Herek, d’autant plus que la carrière éclectique du réalisateur, aussi sympathique soit-elle, s’avérait bien peu remarquable ou ambitieuse. Herek est un de ces réalisateurs anonymes, un artisan mercenaire à la solde des grands studios, capable de s’adapter (sans jamais vraiment se distinguer) à tous les genres : la science-fiction comique avec Critters et Bill & Ted’s Excellent Adventures, la comédie sportive familiale avec The Mighty Ducks, le remake d’un dessin-animé avec Les 101 Dalmatiens (version Glenn Close) ou encore la version « Charlie Sheen / Kiefer Sutherland » des Trois Mousquetaires… Un palmarès pas honteux mais pantouflard, composé de petits films soignés, sitôt vus, sitôt oubliés,  sans prise de risques ou de personnalité, et ce malgré le culte tenace voué (outre-Atlantique seulement) à Bill & Ted’s Excellent Adventure. Il est d’ailleurs frappant de constater qu’après le succès de Mr. Holland’s Opus et (dans une moindre mesure) Les 101 Dalmatiens, jamais Herek ne retrouva la forme, signant des films de plus en plus médiocres, des comédies paresseuses comme Holy Man (avec Eddie Murphy), Life or Something Like It (avec Angelina Jolie), Man of the House (avec Tommy Lee Jones) ou des DTV sans âme comme Into the Blue 2. La bas du panier d’une carrière dont Mr. Holland’s Opus constitue le sommet. Stephen Herek semble avoir tout donné sur ce film, de loin son meilleur, pour pouvoir ensuite se reposer sur ses lauriers…

 

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La réussite exceptionnelle de Mr. Holland’s Opus n’est donc pas loin d’être un petit miracle!

 

Mr. Holland’s Opus raconte la vie de Glenn Holland (Richard Dreyfuss), un professeur de musique idéaliste mais ronchon dans un lycée californien, de 1964 à 1995. Mr. Holland aurait voulu être un artiste, pour pouvoir faire son numéro… à savoir devenir un grand compositeur. Mais ses ambitions artistiques se voient sans cesse reportées par… la vie. « Life is what happens to you while you’re busy making other plans » chantait John Lennon… et c’est exactement ce qui arrive à Glenn Holland. Contraint d’enseigner la musique dans un lycée pour payer les factures et soutenir sa famille, ses six premiers mois en tant qu’enseignant sont un véritable enfer pour lui comme pour ses élèves, qu’il ne semble pas arriver à toucher, trop préoccupé par « ses autres plans », à savoir cette ambitieuse symphonie qu’il écrit depuis des années, le projet d’une vie. Ses élèves le trouvent suprêmement ennuyeux et Glenn méprise leur manque d’intérêt… « Vous êtes le seul professeur de ce lycée qui est plus heureux de s’en aller quand la cloche sonne que ses élèves ! » lui dit un jour le proviseur (Olympia Dukakis).

 

« Jouer d’un instrument est sensé être amusant. Ca part du cœur, des sentiments, ça se rapporte à l’émotion, à la beauté. Il ne s’agit pas uniquement d’appendre les notes sur la partition. Je peux vous apprendre les notes, mais je ne peux pas vous apprendre le reste… » déclare-t-il un jour à une de ses élèves, désespérée de ne tirer que quelques malheureuses fausses notes de sa clarinette.

 

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Bien entendu, grâce aux sages conseils de sa fidèle et douce épouse (l’irrésistible Glenne Headly), Glenn se rend compte de son erreur : plus que la technique et les notes, il comprend qu’il doit avant tout transmettre son inspiration, son envie, rendre son cours plus ludique et plus… musical ! C’est le déclic! Glenn décide donc de changer d’approche et ce faisant, au détriment de sa vie de couple et de ses ambitions (il n’a plus le temps de composer), il va se rapprocher de ses élèves en leur apprenant toutes sortes de musiques, de Bach à John Lennon, du classique au jazz en passant par le rock’n roll.

 

Il faut l’entendre analyser le tube « Louie Louie » des Kingsmen pour comprendre sa méthode. « Ces mecs sont nuls. Ils ne savent pas chanter et ils se contentent de répéter inlassablement les trois mêmes accords… Et pourtant j’adore ça! »

 

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Une approche peu traditionnelle en 1964, qui lui vaut les foudres du très strict et très prude surveillant Wolters (William H. Macy) pour qui le rock’n roll est la musique du Diable… Glenn Holland devient néanmoins l’un des professeurs les plus populaires du lycée, adoré par des générations d’élèves. Qu’il soit confronté à un orchestre scolaire cacophonique, chargé de monter une revue consacrée à George et Ira Gershwin ou de constituer une fanfare pour le défilé du 4 juillet, Mr. Holland apprend à ses élèves à découvrir leurs propres aptitudes et à trouver leur enthousiasme. Ce faisant, il se découvre de véritables aptitudes pour l’enseignement et tombe petit à petit amoureux d’un métier qu’il détestait autrefois…

 

Parmi ses élèves, on trouve Gertrude (Alicia Witt), une jeune flûtiste maladroite, désespérée d’être le seul membre de sa famille sans le moindre talent, Louis (Terrence Howard, dans un de ses premiers rôles au cinéma), un jeune footballeur en difficulté scolaire que Glenn intègre dans son orchestre afin qu’il ne soit pas renvoyé (mais qui ira ensuite se faire massacrer au Vietnam), Stadler (Balthazar Getty), le rebelle de service et surtout Rowena (Jean Louisa Kelly), une jeune chanteuse à la voix d’ange dont le Professeur tombe secrètement amoureux.

 

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Une fausse note vient pourtant chambouler cette « mélodie du bonheur ». La vie ne fait pas que des cadeaux au Professeur : son fils, Cole (diminutif de Coltrane), naît sourd. Glenn, qui ne sait comment se rapprocher de cet enfant incapable de comprendre son art, le délaisse au profit de ses élèves alors que son épouse se démène pour apprendre la langue des signes. Obligé d’envoyer le jeune garçon dans une école spécialisée, Glenn comprend vite qu’il devra enseigner toute sa vie pour pouvoir se permettre les frais exorbitants de l’éducation de son fils, au point qu’il passe ses étés à enseigner la conduite dans une auto-école. Les temps sont durs pour ce simple petit professeur ! Glenn vit la surdité de son fils pratiquement comme un affront personnel, comme une cruelle ironie divine : son fils ne pourra jamais apprécier son opus, l’œuvre de sa vie. Glenn risque à plusieurs reprises de perdre sa famille pour poursuivre une chimère (sa symphonie) qui semble lui échapper de plus en plus, faute de temps libre. Bientôt, l’enseignement devient sa vie. Malheureusement, son métier non plus ne lui fait pas que des cadeaux : après 30 ans de bons et loyaux services, le département artistique du lycée est subitement supprimé, faute de subsides.

 

Un des grands plaisirs du film est de traverser les époques par la « Grande Histoire » qui se superpose à la petite : du début des années 60, quand le lycée, propret, n’avait pas encore de détecteurs de métaux, jusqu’aux années 90 quand celui-ci, en pleine récession, est recouvert de graffitis. Régulièrement, le réalisateur propose d’amusants petits montages montrant le temps qui passe : la jeunesse américaine part au Vietnam, beaucoup n’en reviennent pas. Richard Nixon annonce sa résignation. Tim Curry chante « Sweet Transvestite » dans le Rocky Horror Picture Show. Gerald Ford trébuche en sortant d’un avion. John Travolta a la « Fièvre du Samedi Soir » et se déhanche sur le dance-floor. John Lennon est assassiné. Le Mur de Berlin tombe… Des images d’archives accompagnées de numéros musicaux judicieusement choisis, dont les paroles font toujours écho au scénario et aux connaissances des élèves de Mr. Holland, de la Cinquième Symphonie de Beethoven, en passant par les tubes de l’époque (One, Two, Three, par Len Barry, Louie, Louie, par The Kingsmen, Keep On Running, par The Spencer Davis Group, Uptight, par Stevie Wonder, Imagine, par John Lennon, The Pretender, par Jackson Browne, I Got a Woman, par Ray Charles), sans oublier les célèbres I Got Rhythm et They Can’t Take That Away From Me de George et Ira Gershwin. Au cours de la revue supervisée par Glenn, la lumineuse Jean Louisa Kelly entonne un inoubliable Someone To Watch Over Me, autant pour le public que pour son professeur, dont elle est tombée follement amoureuse.

 

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Jean Louisa Kelly n’est pas la seule actrice à pousser la chansonnette. De manière plus maladroite, mais aussi plus touchante, dans la grande séquence « émotion » du film, Glenn, pour se faire pardonner ses absences auprès de son fils, entonne d’une voix tremblante la chanson « Beautiful Boy », de John Lennon (écrite pour son fils Sean), devant un auditoire de sourds-muets. Il chante certes un peu faux, mais il finit sa prestation en larmes sous les applaudissements. Le visage ému de son fils, muet, vaut mille paroles. Un superbe moment de cinéma avec une prestation d’acteur exceptionnelle, puisqu’en plus de chanter, Richard Dreyfuss interprète les paroles en langage des signes. Ce moment d’anthologie ne tombe heureusement pas dans le larmoyant mais dans l’émotion pure et authentique, d’autant plus que le Professeur s’appuie sur l’humour de la situation pour convertir le public à sa cause, prévenant son auditoire qu’ils peuvent remercier le ciel d’être sourds car « ce soir, il va chanter »…

 

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Belle idée que de faire de la disparition et de l’œuvre de John Lennon un ressort scénaristique! L’assassinat du chanteur des Beatles est utilisé comme source de conflit, puis de réconciliation entre Holland et son fils. Ignorant et rempli de préjugés à l’égard des sourds, Glenn pense que Cole n’est pas touché par la mort tragique de ce grand homme. Or, le jeune garçon a beau être sourd, à la grande surprise de son père, il comprend et aime néanmoins ce que représente l’héritage humain, historique et émotionnel de Lennon… Le même procédé est utilisé avec Beethoven. A l’annonce de la surdité de son jeune fils, encore marmot, Glenn enseigne l’histoire du compositeur allemand à sa classe. Un élève lui demande comment Beethoven pouvait comprendre ce qu’il composait, n’ayant pas la capacité d’entendre ses notes. La mort dans l’âme et la larme à l’œil, Glenn répond que… Beethoven (contrairement à son fils) n’était pas sourd de naissance…

 

Aux côtés de Jaws (Les Dents de la Mer), Close Encounters of the Third Kind (Rencontres du Troisième Type), The Goodbye Girl (Adieu, je Reste) et Stakeout (Etroite Surveillance), Mr. Holland’s Opus est un des longs métrages qui met le mieux en valeur les particularités du « style Richard Dreyfuss ». Comédien incroyablement subtil, y compris dans les projets les plus commerciaux, Dreyfuss ne se laisse jamais aller à la facilité… A l’instar de Jack Lemmon, Tom Hanks ou Paul Giamatti, l’acteur joue souvent des personnages ordinaires, à priori peu remarquables, en injectant toujours une bonne dose d’émotion et de profondeur dans les scènes de comédie (tout Stakeout en est la parfaite illustration) et beaucoup d’humour et d’exubérance dans les scènes dramatiques (revoir pour s’en convaincre ses hilarantes grimaces dans Les Dents de la Mer ou son agacement perpétuel très « jean-pierre bacrien » face à ses élèves dans le film qui nous occupe aujourd’hui…) Avec un charisme et une humanité rares, un timing comique inimitable, Richard Dreyfuss fait ressortir une réelle profondeur chez des personnages manquant souvent de sagesse. Cet acteur de génie nous permet d’observer la tragédie et la comédie du monde à travers les yeux d’un personnage familier, quelqu’un de proche, quelqu’un qui nous ressemble. Dire qu’il nous manque aujourd’hui en tête d’affiche (l’acteur se préoccupe davantage de politique et d’éducation que de sa carrière au cinéma depuis quelques années…) est un euphémisme !

 

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Les nuances, le sens de la répartie et les qualités de jeu de sa star, Stephen Herek les a bien comprises et les met en valeur dans une véritable « Richard Dreyfuss Show ». Il faut voir cette scène absolument hilarante au cours de laquelle, alors qu’il donne un cours de conduite à un élève beaucoup trop brusque et nerveux, leur voiture d’auto-école, fonçant à toute allure, se retrouve emboutie et fumante dans un parterre de fleurs au beau milieu d’un rond-point. Reprenant son souffle et retrouvant son calme après avoir frôlé une mort certaine, Holland se tourne simplement vers l’élève maladroit et lui demande : « Bien. Qu’avons-nous appris de cette erreur ? »… Lorsqu’il demande à un jeune élève enthousiaste de quel instrument il aimerait jouer dans la fanfare ambulante, ce dernier lui répond avec des rêves de gloire plein les yeux : de la guitare électrique !!! « C’est très bien », lui répond le Professeur, « malheureusement avec la rallonge, nous ne marcherons pas très loin… »

 

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Pour le rôle de Glenn Holland, un des rôles les plus riches et attachants de l’histoire récente du cinéma américain, Richard Dreyfuss fut récompensé par une nouvelle nomination à l’Oscar (il avait déjà gagné la statuette en 1978 pour The Goodbye Girl) mais cette fois, il fut battu par Nicolas Cage qui jouait les alcooliques suicidaires (combinaison gagnante pour les votants !) dans Leaving Las Vegas.

 

Certes, Mr. Holland’s Opus s’avère très prévisible dans sa structure et n’évite pas toujours le piège des clichés et des grands sentiments, mais dans l’ensemble, le film est sauvé par les prestations exceptionnelles de sa star (dont le vieillissement sur une période de 30 ans est géré de manière très subtile et toujours convaincante) et de Glenne Headly, actrice trop méconnue, habituée aux seconds rôles, magnifique en épouse éprouvée mais toujours fidèle, douce et digne malgré les épreuves et la passion dévorante de son mari qui la relègue parfois au rang de faire-valoir. Les seconds rôles sont tous très réussis : outre les élèves déjà cités, on retrouve Jay Thomas, attachant en professeur d’éducation physique qui devient le meilleur ami de Glenn et son allié dans les moments difficiles, Olympia Dukakis, épatante en proviseur sévère qui s’attache à son « professeur favori » au fil des ans, sans oublier une performance hilarante de Wiliam H. Macy dans le rôle du surveillant (puis du nouveau proviseur) Wolters, un fils à maman coincé et vieux jeu, à l’allure militaire, détestant le rock’n roll et la mode des jupes courtes chez les jeunes filles…

 

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Il est réjouissant de constater qu’une fois n’est pas coutume, un grand « feel-good movie » à l’américaine ne recourt pas à des procédés aussi manipulateurs que la religion, le salut au drapeau, la famille ou la propagande pro-américaine pour faire passer l’émotion. Au contraire, le film de Stephen Herek se permet même une critique frontale du système éducatif américain, incapable de préserver ses programmes d’éveil aux formes artistiques, faute d’argent et de bonne volonté politique. Le film se termine donc sur une note très noire et très amère, puisque le cours de notre bon Professeur Holland est supprimé et que ce dernier, en colère, est persuadé d’avoir raté sa vie.

 

« On travaille pendant 30 ans parce qu’on pense que ce que l’on fait apporte une petite différence. On pense que c’est important pour une poignée de personnes. Et puis un beau matin, on se réveille et on se rend compte que NON, « vous avez fait une petite erreur », vous êtes devenu superflu, on va désormais se passer de vous… C’est presque amusant. Quand j’ai débuté, c’était la croix et la bannière pour que je vienne enseigner et aujourd’hui, c’est la seule chose qui m’importe… »

 

Lors d’une conversation avec son meilleur ami, Bill (Jay Thomas), le prof de gym du lycée, Glenn plaisante à demi-mot : « Toi au moins tu n’as rien à craindre ! Le jour où l’on supprimera le football dans ce pays, ce sera la fin de la civilisation telle que nous la connaissons ! »… Au proviseur qui argumente que « entre les mathématiques, la grammaire et Mozart, je serai toujours forcé de choisir les deux premiers », Holland répond qu’ils peuvent bien supprimer toutes les activités artistiques, mais que tôt ou tard, privés d’inspiration, les enfants n’auront hélas plus rien à lire ou à écrire…

 

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Bien entendu, malgré cette note très noire, le film se conclut sur des images heureuses, avec un hommage très « hollywoodien » des élèves (anciens et récents) du Professeur, réunis dans le grand gymnase du lycée. Une surprise organisée à son insu par sa femme et son fils (aujourd’hui adulte et lui-même professeur). Les élèves invitent Glenn à jouer pour la première fois sa symphonie non-achevée (un joli morceau composé pour le film par le regretté Michael Kamen et dont la dernière note est identique à celle de A Day in the Life, des Beatles)… Nous quittons donc Glenn Holland dans un beau et grand moment d’émotion et d’exaltation, où le Professeur, qui a grandi et mûri parallèlement à ses élèves, comprend enfin l’influence inestimable qu’il a exercée sur des centaines d’âmes.

 

Comme le dit son ancienne élève Gertrude, devenue adulte et gouverneur, « Monsieur Holland pensait que sa symphonie le rendrait riche et célèbre. Aujourd’hui, Mr. Holland n’est ni riche, ni célèbre, du moins pas en dehors de notre petite ville. Il serait donc facile pour lui de considérer sa vie comme un échec. Mais ce serait une erreur car ce qu’il a accompli représente un succès bien au-delà de la richesse et de la renommée. Regardez autour de vous, Professeur ! Il n’y a pas une seule personne dans cette salle dont vous n’avez changé la vie. Chacun de nous est une meilleure personne grâce à vous. Nous sommes votre symphonie, Mr. Holland, nous sommes la mélodie et les notes de votre opus… »

 

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Bien dit et très émouvant, certes. Mais subtilement, derrière ces grands sentiments (qui évitent heureusement presque toujours la mièvrerie) Mr. Holland’s Opus est également une critique acerbe, doublée d’un joli réquisitoire pour le droit au rêve, abordant les questions de l’éducation et du civisme avec intelligence et humour. En plus d’être un écrin irrésistible pour le talent d’un acteur précieux, Mr. Holland’s Opus, un film que l’on revoit toujours avec le même plaisir, se révèle comme une réflexion intelligente sur l’importance de la transmission et de l’inspiration.

 

Transmission et inspiration… des mots qui eurent des répercussions dans la vie de deux des principaux artisans du film : le légendaire compositeur Michael Kamen (1948-2003), inspiré par le film, créa peu après sa sortie une organisation à but non lucratif destinée à enseigner la musique aux enfants en difficulté. Quant à Richard Dreyfuss, en parallèle à sa carrière d’acteur, il se lança en politique en 2006, se prenant au jeu de l’enseignement.

 

« Je suis actuellement en train d’étudier à l’Université d’Oxford pour décrocher un diplôme et pouvoir enseigner aux jeunes comment maintenir la démocratie et la république. De savoir que c’est quelque chose qui n’est plus enseigné est assez étrange et terrifiant. Au-delà de l’aspect très froid et juridique de la chose, les jeunes doivent apprendre à aimer la démocratie, à en apprécier l’aspect romantique. Sinon ils risquent de voir cette démocratie s’envoler. Tous les pays qui disent défendre la démocratie, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs, se mentent à eux-mêmes dans la façon dont ils l’enseignent et par rapport à ce qu’elle représente pour eux. J’essaie de développer une nouvelle façon d’enseigner aux plus jeunes ce qu’est vraiment la démocratie. La raison, la logique, le débat, la décence, le civisme : il faut trouver comment leur enseigner et leur faire aimer ces idées… »

 

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Aujourd’hui encore, l’acteur donne de nombreuses lectures sur ces sujets dans les universités américaines. Le Professeur Holland, un personnage fictif qui a inspiré tant d’enfants et de vocations artistiques (dans le film), a également inspiré l’acteur qui lui a donné ses traits, au point de bouleverser sa vie…

 

Pas mal pour un simple « feel-good movie » hollywoodien suivant des formules bien connues !

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

 

 

 

 

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