Les Films Cultes… MacGruber (2010)

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2010, de Jorma Taccone – USA

Avec Will Forte, Kristen Wiig, Val Kilmer, Ryan Philippe, Powers Boothe et Maya Rudolph

Scénario : Will Forte, John Solomon et Jorma Taccone

Directeur de la photographie : Brandon Trost

Musique : Matthew Compton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Last Action Zero

 

Les adaptations cinématographiques des sketches du célèbre Saturday Night Live n’ont que très rarement donné lieu à de franches réussites. Pour un Blues Brothers endiablé et un Wayne’s World « mégateuf » (comme le disait le poster français…), il faut malheureusement compter avec Coneheads, It’s Pat, Stuart Saves His Family, A Night At the Roxbury ou encore The Ladies Man, des productions médiocres ne réussissant jamais à retrouver ce qui faisait leur charme en format court. La plupart de ces films étant restés inédits en Europe, on ne donnait pas cher de MacGruber, adaptation d’une série de sketches hilarants mettant un scène un clone de MacGijver (rappelez-vous, le héros de la série télé qui vous construisait une bombe avec un cure-dent, un stimorol et une pince à linge…) toujours coincé dans des situations périlleuses (enfermé avec son équipe dans une pièce contenant une bombe à désamorcer) dont il devait s’extirper en moins de 20 secondes. Le gag… c’était que MacGruber était si bête, si bavard, si suffisant, qu’il n’arrivait jamais à désamorcer la bombe et qu’il mourait (trois fois !) avec son équipe dans chaque épisode… avant de revenir indemne le samedi suivant.

 

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Imaginé par Will Forte, comédien discret ayant fait partie de l’équipe de SNL de 2002 à 2010, MacGruber sur grand écran était un pari risqué. Adapter un sketch de 4 minutes en long métrage n’est pas forcément toujours une idée brillante, d’autant plus que, malgré un véritable talent pour la parodie et pour jouer toutes sortes d’idiots, Will Forte n’a jamais été le comédien le plus populaire ou le plus remarquable du show. C’était sans compter sur l’aide et l’imagination du jeune réalisateur Jorma Taccone.

 

Réalisateur de la plupart des fameux « Digital Shorts » du Saturday Night Live, ces courts-métrages (pour la plupart musicaux) qui représentent la partie « non-live » du show, Jorma Taccone est également acteur et membre du groupe musical parodique « The Lonely Island » (avec ses copains Andy Samberg et Akiva Schaffer.) Leurs tubes parodiques, Dick in a Box, Motherlover, Jack Sparrow , I’m On a Boat, The Creep, I Just Had Sex et consorts sont depuis quelques années de véritables sensations sur le web (des millions de vues sur YouTube) et démontrent une belle énergie, des idées à foison ainsi qu’une véritable vista comique. MacGruber est à ce jour son unique long-métrage, mais le réalisateur s’est fait la main, outre les « Digital Shorts », sur divers courts-métrages, ainsi que quelques épisodes des séries comiques Parks and Recreation et Brooklyn Nine-Nine. Il co-signe le scénario de MacGruber avec son acteur principal et John Solomon, auteur pour SNL.

 

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Un scénario qui brille par son exigence dans le genre parodique, mais également par l’écriture de dialogues souvent crus, voire carrément vulgaires, mais toujours hilarants et que les fans du film ont adoptés et répètent à l’envi, tels ceux de La Cité de la Peur ou des Bronzés (pour les français) ou ceux de This is Spinal Tap !, The Big Lebowski ou encore Anchorman (pour les anglophones)… comme le prouve cette courte réplique lors des retrouvailles entre MacGruber (« Grubes », pour les intimes) et sa partenaire.

 

Vicki St. Elmo :  I thought you were dead.

MacGruber : So did I, but I’m not.

 

Comment transformer le héros de sketches très très courts en star de son propre film ? La solution : en faire une véritable légende… puis démolir celle-ci petit à petit, façon puzzle. C’est ainsi que MacGruber nous est présenté par le Colonel Jim Faith (Powers Boothe), qui tente de ramener sa recrue à la vie militaire avec une mission périlleuse…

 

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Colonel Faith :  The legendary MacGruber. Former Navy SEAL, Army Ranger and Green Beret. Served six tours in Desert Storm, four in Bosnia, three each in Angola, Somalia, Mozambique, Nicaragua and Sierra Leone. Recipient of 16 Purple Hearts, 3 Congressional Medals of Honor, 7 Presidential Medals of Bravery and starting tight end for the University of Texas, El Paso.

MacGruber :  That was a long time ago.

 

Retiré dans un monastère en Equateur après l’assassinat cruel de sa femme (Maya Rudolph) le jour de leur mariage, MacGruber ne souhaite pas rempiler. A moins bien sur, de pouvoir prendre sa revanche sur l’assassin, le sadique Diether Von Cunth (Val Kilmer) qui, ça tombe assez bien, vient justement de dérober un missile X-5 avec une tête nucléaire, pointé sur Washington et qu’il compte bien envoyer sur la Maison Blanche lors du discours sur l’Etat de l’Union annuel du Président. Chanson connue, comme Rambo et Charlie Sheen dans Hot Shots! 2 avant lui, MacGruber refuse la mission, puis l’accepte deux minutes plus tard…

 

Le principal ressort comique du film consiste à démolir la légende, scène après scène. Supposé être le militaire le plus décoré et le plus brave au monde, MacGruber est un fait un pleutre, homophobe, raciste, sexiste, colérique, capricieux, vulgaire… un idiot fini qui se débrouille toujours pour se mettre à l’abri du danger pendant que ses partenaires prennent tous les risques à sa place et échafaudent les meilleurs plans (dont il s’attribue la réussite). Il se vante de ne jamais utiliser une arme à feu, préférant utiliser ses fameux gadgets improvisés… jusqu’au moment crucial où nous apprenons qu’il a une peur bleue des armes et n’a jamais appris à s’en servir. Bien obligé d’utiliser une mitraillette pour la première fois, il en vient à la conclusion que « c’est bien plus pratique que ces saloperies de gadgets que j’inventais toujours »… MacGijver n’aurait pas approuvé.

 

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Lorsqu’il recrute son équipe, MacGruber, apprennant qu’un de ses anciens co-équipiers est gay, il le biffe directement de la liste… Confronté à un engin nucléaire à la composition particulièrement complexe, il se plaint de ne pouvoir le désamorcer « parce qu’il est plutôt du genre à travailler sur des engins avec seulement deux fils. » Plutôt que d’agir, il préfère insulter gratuitement ses ennemis comme un gosse, révélant ainsi son identité alors qu’il est supposé être incognito, sans aucune considération pour le plan, les conséquences et la vie de ses collègues. Il défèque dans l’aquarium de son ennemi juré, a cette fâcheuse tendance à prendre ses partenaires pour boucliers humains et plutôt que d’échafauder « un plan qui se déroule sans accro », il clame préférer improviser.

 

Lt. Dixon Piper : What is the plan?

MacGruber : Well, I kind of make it up as I go.

Lt. Dixon Piper :  That’s not really a plan then.

MacGruber : Okay, so it’s not a plan. Look, I’m not good with plans. And I’m not good with clues. What I am good with is kicking ass and ripping throats… Okay, so once we take out the guards, Vicki will walk in dressed as Hoss, and then we’ll just, you know, see what happens. You ready?

Lt. Dixon Piper :  Wait. Wait, so we’re just gonna wing it?

MacGruber : Piper, there’s a big difference between winging it and seeing what happens. Now let’s see what happens.

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Bien plus encore que de MacGijver, MacGruber est en fait une parodie à peine déguisée des films de Chuck Norris, Steven Seagal et autres « action-men » mémorables des années reaganiennes. Son look rappelle d’ailleurs fortement les années 80 puisqu’il est coiffé d’un « mullet » typique de l’époque, à faire pâlir d’envie le Patrick Swayze de RoadHouse. Les poses et dialogues macho entre partenaires masculins, les ray-ban, les relents homophobes, les punchlines foireuses, les femmes sublimes qui lui tombent directement dans les bras, les scènes d’action molles et prévisibles, les chansons à faire passer Kenny Loggins pour Bob Dylan (Rosanna, de Toto, Broken Wings, de Mr. Mister), les solos de saxophone pendant les scènes d’amour, les explosions en arrière-plan dont les héros sortent vivants à la toute dernière seconde… tous les clichés des films d’action des années 80 sont ridiculisés et se voient tailler un costard sur-mesure.

 

C’est un simple détail, un gag qui ne fera certainement pas rire grand monde, mais lorsque MacGruber s’exprime (pour une unique phrase) en « espagnol »  (« You’re loco, Man ! »), Jorma Taccone croit bon de rajouter un sous-titre (« You’re crazy, Man ! ») comme ça se faisait sans doute encore à l’époque des films de Tony Scott (Revenge, avec Kevin Costner, notamment…) Une broutille, certes, mais qui montre bien la grande attention aux détails dans l’écriture parodique.

 

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MacGruber est donc un véritable incapable et un idiot terriblement arrogant. La plupart du temps, ce sont ses partenaires qui éliminent les ennemis sous le feu des mitraillettes, pendant qu’il est agenouillé, bien à l’abri en train de mettre au point un gadget qui ne fonctionnera jamais. Il va même jusqu’à ordonner à sa partenaire de se déguiser « en MacGruber » afin de servir d’appât. Le seul réel talent de MacGruber (outre celui de se mettre une branche de céleri dans le derrière et de se pavaner en faisant des cris d’oiseau pour créer une diversion) est d’arracher les gorges de ses ennemis à mains nues, une variante de l’activité principale d’un certain Steven Seagal, à savoir, casser des bras en 25 morceaux… Une activité qui le fait beaucoup rire et qui le conforte dans sa position d’über-mensch, tout comme ses « prouesses » sexuelles…

 

La scène qui restera certainement la plus culte est celle où MacGruber et sa partenaire Vicki St. Elmo (la toujours géniale Kristen Wiig) font l’amour pour la première fois. La scène commence avec un de ces tubes kitsch et ridicules (mais apparemment considéré comme sexy) des années 80 (Broken Wings) et, dans des draps blancs immaculés, MacGruber et Vicki en sont aux préliminaires. Des doigts caressent un torse bondé (celui d’une doublure, bien entendu), il y a des bougies partout et de grosses gouttes de sueur sur les peaux respectives des deux amants. Puis, la musique s’arrête tout net et nous voyons un plan d’ensemble de MacGruber cul-nu (au-dessus) s’affairer maladroitement sur la pauvre Vicki en poussant des râles ridicules, entre le hennissement de l’âne et les râles d’un vieillard rachitique et impuissant, tout en lui expliquant avec moult détails TRES vulgaires ce qu’il a envie de lui faire… Une déconstruction en règle de l’ « alpha-male » américain, révélé dans toute sa bêtise et son immaturité sexuelle. Le plan dure près d’une minute et les cris orgasmiques se font de plus en plus ridicules au fur et à mesure. Une scène tellement hilarante que la pauvre Kristen Wiig, pourtant connue comme l’une des rares comédiennes du Saturday Night Live à ne jamais craquer en direct, doit tourner la tête à l’opposé de la caméra pour qu’on ne la voit pas exploser de rire.

 

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Comme si ça ne suffisait pas, MacGruber quitte lâchement sa maîtresse à peu près trois secondes après avoir fini sa triste besogne et se rend au cimetière pour s’excuser, sur la tombe de sa défunte épouse, d’avoir « trompé » cette dernière. Le gag, c’est que le fantôme de sa femme lui apparaît et qu’après avoir brièvement discuté, MacGruber lui fait l’amour (de manière tout aussi ridicule) contre la pierre tombale, au grand détriment du fossoyeur qui passait par là et qui ne voit (évidemment) que notre héros, à nouveau cul nu (comme Mel Gibson dans Lethal Weapon), pousser des cris de phoque et hurlant des insanités en s’excitant sur la tombe de la défunte.

 

Will Forte s’avère particulièrement en forme dans le rôle de cet homme-enfant vantard, désespérément vulgaire, inepte et hautement ridicule. Il faut le voir tuer par mégarde toute son équipe après avoir placé par erreur ses explosifs faits maison dans leur camionnette. Sa réaction de petit enfant quand le véhicule explose et qu’il cherche ses amis dans les débris fumants (Oooooh FUCK !!! No no no no no no no no… Guys, guys? You guys okay ?) alors qu’il ne reste que des poussières de leurs carcasses carbonisées est absolument impayable.

 

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Loin d’être un homme de principes, MacGruber préfère supplier et faire des caprices d’enfants pour arriver à ses fins. Il s’avère tellement con que ses supérieurs et collègues (Ryan Philippe, alias Frank Korver, un militaire beau gosse toujours victime des bourdes de MacGruber et Powers Boothe, le célèbre acteur viril à la mâchoire carrée, le genre d’homme qui se gargarise au fil de fer…) finissent toujours par lui céder, comme nous le voyons dans le dialogue suivant où MacGruber, désespéré et sanglotant comme un môme, fait tout pour que Korver lui pardonne après la mort accidentelle de leurs équipiers…

 

MacGruber : Don’t make me beg here, because I will do it. I am so sorry, I am so goddamn sorry! Look I’m freaking out here! I killed them! I killed them all! I’m so fucking stupid! I don’t know what I’m doing and everybody hates me!

(Un long silence)

MacGruber : I will suck your dick, I will suck your fucking dick, just join my team. I’ll suck your dick, you can fuck me, you can get fucked by me. You can watch me fuck something. Just point at something in the room and I’ll fuck it for you! Just tell me what you want me to fuck!

Lt. Dixon Piper :  Jesus Christ, MacGruber!

(A ce moment, MacGruber retire son pantalon et son slip et pleure comme un enfant…)

MacGruber : Just tell me what you want me to fuuuuuck!

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Si le film est un véritable show à la gloire de Will Forte, ses partenaires s’avèrent tous excellents dans l’exercice de rester stoïques face à tant de bêtise. A tout film d’action américain, parodique ou pas, il faut un méchant d’envergure. Val Kilmer, qui s’est fait un physique singeant de manière évidente celui de Steven Seagal (la version des années 2000 de Seagal, c’est-à-dire obèse…) s’en donne à cœur joie, visiblement heureux de pouvoir rire de son image un peu rigide d’acteur torturé.

 

Diether Von Cunth est un génie du mal dont les motivations restent néanmoins, du moins selon MacGruber, assez obscures…

 

Lt. Dixon Piper :  Why did he do it? Why did Cunth kill your wife?

MacGruber : To this day, I have no idea. We actually all went to college together. Believe it or not, we were very close friends. Then after graduation, he got engaged to her. He asked me to be his best man and right about that time, I started banging her and mowing her box. She was actually the first person I felt comfortable enough around to let eat out my butt. Anyway, shortly thereafter, she left him for me. She was actually carrying his child at the time. I asked her to terminate it, obviously, so we could start fresh. And she agreed. We were so in love. And he took that from me.

Lt. Dixon Piper :  That’s really fucked up.

MacGruber : Thanks.

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Echec financier à sa sortie, MacGruber est cependant très vite devenu un succès en vidéo ou en téléchargement, l’exemple même du film culte qui ne trouve son public que quelques temps après sa sortie, grâce à un bouche à oreille favorable. La bonne nouvelle, c’est que, malgré l’échec financier initial, Will Forte a annoncé très récemment la mise en chantier d’un MacGruber 2, prévu (sous réserves) pour un tournage en 2015…

 

Bien entendu, la critique de l’époque (la critique d’il y a quatre ans, quoi…) s’est acharnée sur le film de Jorma Taccone en le taxant d’être puéril, vulgaire, porté sur les blagues sexuelles à base de « dick jokes » et sur la performance d’un acteur apparemment trop heureux de montrer son cul à la moindre occasion. La crudité « intolérable » des dialogues et les deux scènes de sexe furent tout spécialement montrées du doigt. Ces critiques défenseurs du bon goût semblent être complètement passés à côté des objectifs du film, qui consistaient justement à démontrer par la parodie la vulgarité sous-jacente (mais évidente) des personnages de héros musculeux des années 80… Chuck Norris non plus n’a jamais câliné une femme après l’amour…

 

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En ce sens, la scène finale est parlante puisqu’elle s’avère tellement outrageuse qu’on ne peut qu’en rire. MacGruber, lors de son mariage avec Vicki est à nouveau attaqué par Von Cunth (qu’il croyait mort) et après un âpre combat, il pousse son ennemi juré dans le vide, dans la falaise qui fait face à l’autel. Pendant la (très) longue chute du méchant, notre crétin préféré lui vide un chargeur entier dans le ventre, avant de l’achever avec une grenade… puis, lorsque le corps incinéré a enfin touché le fond, MacGruber ne trouve rien de mieux à faire que d’uriner sur la dépouille du haut de la falaise. Un homme, un vrai !

 

Il y a fort à parier que si les grands studios n’avaient pas exercé une certaine forme de censure sur la violence, Chuck Norris, Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Patrick Swayze et Steven Seagal auraient fait de même dans (respectivement et au hasard), Missing in Action (Portés Disparus), Cobra, Commando, RoadHouse et Above the Law (Nico).

 

Parmi ses nombreux mérites, MacGruber a donc celui de nous donner envie de revoir tous ces chefs d’œuvre déviants des folles années 80.

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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