Les films cultes… Dr. Jekyll & Sister Hyde (1971)

dr_jekyll_and_sister_hyde_poster_02DR. JEKYLL AND SISTER HYDE

(DR. JEKYLL ET SISTER HYDE)

 

1971, de Roy Ward Baker – UK

Avec Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander et Susan Brodrick

Scénario : Brian Clemens

Directeur de la photographie : Norman Warwick

Musique : David Whitaker

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Soeur de sang

 

Comme dans l’œuvre littéraire de Robert Louis Stevenson, le réservé Docteur Jekyll (Ralph Bates), scientifique de renom, s’isole pour mener à bien ses recherches axées sur la découverte d’une substance combattant toutes les maladies, susceptible de prolonger durablement la vie. Son comportement asocial intrigue ses voisins du dessus et frustre en particulier sa jeune voisine, qui s’est éprise de lui. L’originalité de cette relecture très fantasque, mais aussi très fidèle, du célèbre roman arrive ensuite avec l’introduction d’une variante hermaphrodite : plutôt que de se transformer en monstre maniaque, le (relativement) bon Dr. Jekyll se transforme en une superbe (et fatale) créature de rêve, incarnée à merveille par une Martine Beswick au sommet de sa beauté… une femme affolante que le Docteur, une fois revenu à son état normal, est obligé de faire passer pour sa soeur : Sister Hyde… Au cours des nombreuses transformations, bien décidée à survivre en prenant définitivement le dessus sur son alter ego masculin, la dangereuse et sadique Sister Hyde, de plus en plus à l’aise dans son corps, doit se procurer suffisamment d’hormones féminines et se met donc très vite en chasse, nettoyant les rues de Londres de ses prostituées… C’était sans compter sur le voisin du dessus, frère de la jeune femme éprise de Jekyll, qui à son tour, s’éprend d’elle !

 

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Alors que la Hammer commençait tout doucement à mourir à petit feu, Roy Ward Baker signe en 1971 cet ultime chef d’œuvre, qu’il est permis de considérer aujourd’hui comme le meilleur film produit par la mythique société anglaise. Ajoutant une bonne dose d’érotisme à l’horreur gothique et aux thèmes classiques de l’épouvante, le réalisateur des Cicatrices de Dracula et des Sept Vampires d’Or a l’idée brillante d’ajouter à cette énième adaptation l’histoire (secondaire) des détrousseurs de cadavres Burke et Hare et surtout, la légende de Jack l’Eventreur dont les crimes sont en fait connu par Jekyll / Hyde !… Avec beaucoup d’humour et de plaisantes scènes très « comédie de boulevard », le scénario ingénieux de Brian Clemens (créateur de la série The Avengers / Chapeau Melon et Bottes de Cuir), injecte habilement dans l’intrigue les complications de la vie romantique respective de Jekyll et Hyde et du triangle amoureux qu’il forment avec leurs voisins. Cette illustration de la dualité sexuelle du personnage principal et du double qui veut le priver de sa virilité en plus de faire ressortir ses instincts les plus bas (il est timide et introverti, elle est charmeuse et extravertie) nous vaut quelques situations très amusantes, notamment lorsque le bon docteur se découvre cette affolante poitrine, ou encore lorsque, croyant toujours être Hyde, le Docteur Jekyll vêtu d’une robe rouge, caresse le visage de son voisin étonné… Mais cette situation est également propice au drame lorsque Jekyll réalise que sa voisine bien aimée sera bientôt la prochaine victime de Hyde et qu’il ne peut l’empêcher puisque sa propre existence ne tient plus qu’à un fil… Ce mélange casse-gueule et improbable d’horreur pure, d’érotisme et de comédie nous vaut pourtant en fin de compte le film le plus original, le plus drôle, le plus inventif, mais surtout le plus beau et le plus émouvant de la firme anglaise.

 

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Outre un scénario absolument brillant, c’est la mise en scène élégante de Baker qui rend le film inoubliable : très atmosphérique, généreux en gore et d’un érotisme classieux, Dr. Jekyll & Sister Hyde est un modèle de direction artistique : des décors aux costumes, tout est fait pour nous plonger au cœur de l’époque victorienne et des dangereuses ruelles de Londres baignées dans la brume. Mais c’est la transformation attendue de Jekyll en Hyde qui impressionne le plus. Plutôt que de jouer sur les effets spéciaux ou sur les maquillages, Roy Ward Baker filme sa séquence de manière très simple mais aussi très ingénieuse : en un plan sans coupe, il montre le visage du « créateur » subtilement et subitement remplacé par celui de la « création ». Un nouveau visage d’abord déchiré et déformé par un astucieux jeu de miroirs, puis qui laisse enfin la place à celui de Martine Beswick. D’une beauté fulgurante, la scène laisse la place à l’imagination, dépasse tout ce qui s’est fait auparavant en la matière et éclipse facilement ce qui s’est fait après, notamment l’embarrassante transformation de Jekyll en Hyde à renfort d’effets numériques hideux et datés dans le Mary Reilly de Stephen Frears (1996)… Ici, la ressemblance physique entre les deux acteurs aide beaucoup et le choix brillant du duo s’est avéré crucial  : Ralph Bates, habitué des films Hammer (The Horror of Frankenstein) possède un côté androgyne et féminin naturel qui fait qu’on ne doute jamais de la possibilité de sa transformation. Son Dr. Jekyll est torturé, coincé, mal dans sa peau, mais il convains également en grand héros romantique. Bates livre une performance exceptionnelle. Martine Beswick, elle, n’a jamais aussi belle, sensuelle et imposante. Dans la vie, Bates et Beswick auraient très bien pu passer pour frère et sœur et les deux acteurs qui n’apparaissent (forcément) jamais ensemble à l’écran ont collaboré étroitement afin de créer un personnage crédible. On y croit de bout en bout.

 

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Envoûtant, fascinant, amusant, le film de Roy Ward Baker reste encore, 40 ans après sa réalisation un modèle de charme, d’efficacité et de beauté plastique pure.

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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