Les chefs d’oeuvre oubliés… The Reckoning (1969)

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1969, de Jack Gold – UK

Avec Nicol Williamson, Ann Bell, Lilita De Barros, Tom Kempinski, Kenneth Hendel et Rachel Roberts

Scénario : John McGrath et Patrick Hall

Directeur de la photographie : Geoffrey Unsworth

Musique : Malcolm Arnold

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un Justicier dans le vent

 

Suite au décès de son père dans une bagarre qui a mal tourné, un golden boy londonien aux dents longues retrouve ses racines irlandaises dans les quartiers louches de Liverpool. Avide de vengeance, il décide de laver l’honneur de son père en exécutant le meurtrier de ce dernier, un adolescent…

 

Si il se situe bien dans la mouvance du polar britannique nerveux qui trouvera en Get Carter (La Loi du Milieu – 1971) son plus illustre représentant, ce The Reckoning méconnu  se distingue de la vague de films de vengeance pour se concentrer sur l’évolution psychologique d’un homme au bord de la crise de nerfs. L’intrigue policière est donc ici réduite à peau de chagrin. Le réalisateur Jack Gold, solide artisan de la série B, surtout connu pour son excellent The Medusa Touch (avec Richard Burton et Lino Ventura) préfère se concentrer sur l’évolution d’un homme en rage, véritable bombe à retardement.

 

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Cet homme, c’est Michael Marler (Nicol Williamson), businessman impitoyable en train de briguer une importante promotion mais qui se heurte à des concurrents malhonnêtes. Un peu trop porté sur la bouteille et les jolies femmes, Michael doit également conjuguer avec l’échec d’un mariage au sein duquel volent les insultes et règne le manque de communication. Puis vient ce coup de fil inattendu d’un monde passé : son père est mourant suite à une simple bagarre ayant mal tourné. Michael est donc obligé de revenir dans la minuscule maison de ses parents, dans une banlieue délabrée de Liverpool. Sur place, il retrouve un milieu ouvrier rude et populaire, une ville ruinée par le chômage, l’alcoolisme et les bagarres. Contre toute attente, Michael se sent à Liverpool comme un poisson dans l’eau et un déclic s’opère en lui lorsqu’il se rend compte que les autorités (le médecin, la police), peu enclines à découvrir la vérité, ont classé la mort de son père comme accidentelle, une affaire sans suite. Désormais, plus personne ne se mettra sur son chemin, ni l’assassin de son père (qu’il élimine à coups de barre de fer), ni ses collègues de bureau, ni les amis bourgeois friqués de sa femme, ni cette épouse issue de la haute société, à laquelle il préfère désormais une roturière aux mœurs légères des bas quartiers…

 

A la place de la simple série B que nous vend l’affiche, Jack Gold nous propose un drame social contemporain, le destin d’un homme civilisé qui retrouve le goût de la violence (physique, verbale) pour se sortir des situations les plus frustrantes de sa vie de golden boy et ainsi, fait SA propre justice. Le monde de la finance est dépeint comme un nid de vipères où tous les coups bas sont permis, mais toujours avec le vernis de la politesse et de la bienséance pour cacher l’hypocrisie ambiante. Le milieu ouvrier de Liverpool, moins reluisant, plus simple et plus violent, est présenté pour sa part comme bien plus honnête, même si les lâches et les menteurs se trouvent des deux côtés. Michael va donc faire fusionner ces deux mondes en appliquant des méthodes coups de poing et des stratagèmes vicieux pour pouvoir enfin triompher de ses collègues malhonnêtes et ainsi, donner un grand coup de pied salvateur dans cette fourmilière. La loi du plus fort !

 

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Nicol Williamson est excellent dans le rôle de cet homme en conflit, qui retombe dans l’engrenage de la brutalité. Un rôle en or pour ce très grand acteur de théâtre, aussi crédible en homme musclé et physiquement dangereux que dans le registre dramatique, comme le démontre la meilleure scène du film où, après une terrible cuite, Michael chasse de sa maison les invités à la réception que donne sa femme, non sans avoir distribué quelques coups de poing et entonné, la larme à l’œil, une des vieilles balades irlandaises que lui chantait son père… Malheureusement trop méconnu du grand public, Nicol Williamson, principalement connu au cinéma pour avoir incarné Merlin dans l’Excalibur de John Boorman, nous a quittés en 2011.

 

Choc des cultures, choc des classes, un homme violent en colère contre les hypocrites… The Reckoning est une fascinante plongée dans les remous sociaux de l’Angleterre des années 60, ainsi qu’un thriller à l’approche originale, qui a également le mérite de nous montrer un Liverpool alors inédit à l’écran, sordide et proche d’un véritable enfer sur terre.

 

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La scène finale de The Reckoning, inoubliable, résume parfaitement la conclusion de l’évolution de Michael : réconcilié avec sa femme, ayant paradoxalement retrouvé une paix intérieure grâce à ses méthodes musclées, Michael, qui n’a plus peur de rien, fonce à toute allure sur une petite route de campagne au volant de sa Jaguar. Il brûle un feu à un barrage et accélère dans un tournant, provoquant en « duel » un camion arrivant en sens inverse. Michael l’évite de justesse et déclare à sa femme, encore tremblante : « Si je peux m’en sortir ici, je peux me sortir de toutes les situations !… » Un monstre est né!

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

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