Les chefs d’oeuvre oubliés… Bunny Lake is Missing (Bunny Lake a Disparu) (1965)

aug13bunnyBUNNY LAKE IS MISSING

(BUNNY LAKE A DISPARU)

 

1965, de Otto Preminger – UK

Avec Keir Dullea, Carol Lynley, Laurence Olivier, Martita Hunt, Anna Massey, Clive Revill, Noel Coward, Adrienne Corri et The Zombies

Scénario : John Mortimer et Penelope Mortimer, d’après le roman de Marryam Modell

Directeur de la photographie : Denys N. Coop

Musique : Paul Glass

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Petite Fille au Bout du Chemin

 

Délaissant les grandes fresques historiques ou politiques dont il était devenu le spécialiste (Exodus, Saint Joan, Advise & Consent, The Cardinal), Otto Preminger renoue en 1965 (c’est-à-dire un an avant d’incarner Mr. Freeze dans les aventures télévisées kitsch et pop de Batman !) avec un film psychologique et intimiste comme il en signait à ses débuts. Avec Bunny Lake Is Missing, au postulat hitchcockien en diable, Preminger cultive l’art de la bizarrerie et signe une œuvre dont l’aspect policier n’est finalement que très secondaire. Bunny Lake Is Missing, plus que tout autre film de son époque, navigue à tous instants aux frontières de l’insolite et de la folie, abordée ici de manière frontale après un obligatoire « whodunit » plus traditionnel, mais qui a le mérite de nous faire explorer brillamment toutes les pistes possibles de l’énigme à résoudre…

 

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Bunny Lake, c’est la fillette de Ann Lake (la séduisante et fragile Carol Lynley), une mère célibataire fraîchement débarquée à Londres avec l’enfant pour vivre avec son frère Steven (Keir Dullea, futur héros de 2001, l’Odyssée de l’Espace), un ambitieux journaliste. Ann attend sa fille à la sortie de sa toute première journée d’école maternelle, mais cette dernière n’arrive pas, semblant s’être tout simplement volatilisée. Paniquée, la jeune mère questionne toutes les responsables de l’établissement, de la cuisinière à la directrice mais personne ne se rappelle avoir jamais vu la gamine et la police impuissante représentée par l’Inspecteur Newhouse (Laurence Olivier) se met sur sa trace, en vain. Les bagages et les papiers d’Ann et de Bunny ayant été retenus à la douane, personne ne peut prouver l’existence de l’enfant, malgré les vives protestations de Steven qui se heurte à l’inspecteur irascible et à priori peu compréhensif. Seuls contre tous, Ann et Steven vont eux-mêmes mener leur propre enquête… La grande force de la narration est d’arriver à nous faire douter, ainsi que de faire douter les personnages de l’existence de Bunny Lake (que nous ne voyons jamais…) L’enquête se poursuit autour d’une galerie de personnages baroques ou équivoques, qui eux aussi doutent de son existence. Ann serait-elle une dangereuse affabulatrice souffrant de graves troubles psychologiques lui ayant fait fantasmer l’existence d’un enfant ?… Et si tel est le cas, pourquoi son frère la couvre-t-il ?

 

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Sans rien révéler de la résolution de l’énigme, disons juste que Bunny Lake Is Missing nous plonge très loin dans les affres de la folie pure. Abordant des sujets tabous comme l’inceste, les enfants illégitimes et la maltraitance enfantine, le film d’Otto Preminger étonne par la modernité de son propos et des thèmes qu’il aborde… sans pour autant négliger le spectacle, un suspense (insoutenable) et la forme. Preminger soigne particulièrement sa photo et un noir et blanc de toute beauté, exigeant de son fidèle chef opérateur Denys Coop (déjà à l’œuvre sur les classiques This Sporting Life, de Lindsay Anderson et Billy Liar, de John Schlesinger) des noirs très noirs et des blancs très blancs, représentant l’esprit malade et simpliste de le jeune femme.

 

Truffé de séquences inoubliables, Bunny Lake Is Missing est davantage un drame psychologique qu’un thriller lambda. Il aura cependant marqué son temps et son influence se fait encore ressentir de nos jours, notamment avec The Forgotten (2004), une banale série B… oubliée… de Joseph Ruben avec Julianne Moore, qui en reprend le postulat de départ (un enfant disparaît et seule sa mère se rappelle de son existence) mais qui préfère résoudre l’énigme… à grands coups d’enlèvements extraterrestres (cela ne s’invente pas !)… Autres temps, autres mœurs… en 1965, Bunny Lake Is Missing était un œuvre terriblement innovatrice, osée et inoubliable que même les spectateurs qui connaissent la résolution de son intrigue pourront revoir avec fascination.

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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