Le Coin du Documentaire… Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films (2014)

384948ELECTRIC BOOGALOO : THE WILD, UNTOLD STORY OF CANNON FILMS

 

2014, de Mark Hartley

Scénario : Mark Hartley

Avec Menahem Golan, Yoram Globus, Molly Ringwald, Franco Nero, Tobe Hooper, Dolph Lundgren, Michael Dudikoff, Bo Derek, Robert Forster, Elliott Gould, Richard Chamberlain, Diane Franklin, Lucinda Dickey, Olivia D’Abo, Sybil Danning, Diane Franklin, Alex Winter, Catherine Mary Stuart, John G. Avildsen, Sam Firstenberg, Franco Zeffirelli, Barbet Schroeder, Albert Pyun, Martine Beswick, Andrew Stevens, Laurene Landon, Charles Matthau, Sheldon Lettich, Gary Goddard, Boaz Davidson, Jerry Schatzberg, Gary Nelson, Just Jaeckin et Luigi Cozzi.

Directeur de la photographie : Garry Richards

Musique : Jamie Blanks

 

 

 

 

 

Cannon Movie Tales

 

Il y a 7 ans, Mark Hartley nous avait épatés avec son drôlissime documentaire consacré aux films de genre australiens, Not Quite Hollywood ! : The Wild, Untold Story of Ozploitation, une œuvre qui avait permis aux cinéphiles les plus pointus de redécouvrir certaines pépites tournées au pays des kangourous. Après avoir remis le couvert avec Machete Maidens Unleashed (2010), l’histoire folle du cinéma d’exploitation philippin, le réalisateur australien était passé (sans grand succès) à la fiction en réalisant en 2013 le remake de Patrick (1978), fleuron du fantastique australien dont l’original était signé par le regretté Richard Franklin. Grand fan de cinématographies déviantes, nostalgique d’une époque où des producteurs fous pouvaient (apparemment) tout se permettre sans se soucier de la censure, Hartley nous revient aujourd’hui avec Electric Boogaloo, ou l’épopée hautement improbable de Menahem Golan et Yoram Globus, les deux cousins israéliens, qui en 1979, rachetèrent une petite boite de production américaine fauchée spécialisée dans les films d’horreur cheap, The Cannon Group, pour en faire un véritable phénomène de mode défiant toute logique, tout bon sens et toute notion de bon goût.

 

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Mais qu’est-ce qu’un « Electric Boogaloo » se demande déjà, affolé, le binoclard du premier rang ? Sous-titre en rime du film Breakin’ 2, suite ratée de l’un des plus gros succès de « Cannon Films » (filiale de la compagnie dédiée aux productions Golan / Globus), le terme est devenu synonyme de démesure dans l’échec, le moment où la limite du ridicule est allègrement franchie, à l’instar du film de Sam Firstenberg. Aujourd’hui, on appellerait ça « Jumping the Shark » ou « Nuking the fridge »… Et le ridicule, la Cannon n’a jamais hésité à se vautrer dedans comme des gorets dans la fange. La faute (ou grâce) en grande partie à cet ogre de Menahem Golan (1929-2014), personnalité plus large que nature, forte en gueule et dont l’enthousiasme n’avaient d’égales qu’une mauvaise foi frisant le comique et une naïveté presque enfantine quant à la qualité des nombreux films qu’il réalisait, produisait et distribuait en compagnie de son plus jeune cousin, le discret Yoram Globus (né en 1941), dont il était une sorte de grand frère.

 

Les deux cousins (longtemps surnommés « Mémé et Yoyo » par la presse cinématographique française et « The Go-Go Boys » par les anglophones), autrefois rois du box-office israélien, auront su marquer de leur empreinte le mauvais goût des années 80 et le cinéma reaganien parfumé à la testostérone avec leurs innombrables films d’action low-cost animés par des acteurs has-been sur le retour dans des rôles de justiciers adeptes de la Loi du Talion, du coup de tatane à coup de « bite dans un tupperware » (en français dans le texte) et de « pieds dans la gueule » (Chuck Norris) ou de bazooka pour décimer de la racaille basanée dans les rues de New York (Charles Bronson.) Deux acteurs « maison » à qui la participation avec la Cannon permit de retrouver un second souffle.

 

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C’est bien simple, Menahem Golan se voyait déjà en haut de l’affiche… Son ambition était de se hisser au rang des majors hollywoodiennes, de jouer à jeu égal avec elles, de toucher le plus large public possible en mélangeant films de divertissement et films d’auteurs. Son ambition ultime était surtout d’obtenir un Oscar, pour lui ou pour un de ses collaborateurs. On apprend d’ailleurs dans le documentaire de Hartley la tristesse du mogul le jour où il apprit que Brooke Shields (!) n’était pas nominée pour sa prestation (hautement ridicule, cela va sans dire) dans Sahara (1983), une saga romantique et exotique à gros budget que Golan, aveuglé par ses illusions, envisageait comme son Autant en Emporte le Vent à lui et dans laquelle l’actrice batifolait dans le désert avec un tout jeune Lambert Wilson. Malheureusement, comme le prouve avec affection Electric Boogaloo, la réputation de mégalomane un peu idiot du producteur aura raison de ses ambitions artistiques, ce qui n’empêcha pas la Cannon, pendant 5 ans, de devenir le studio le plus profitable de la planète, produisant et distribuant des dizaines de films par an, devenant l’attraction principale du Marché du Film du Festival de Cannes où Golan et Globus, redoutables hommes d’affaires, signaient des contrats par dizaines, parfois sur de simples ronds de serviettes, souvent pour des films inventés au moment même et qui, bien entendu, ne verront jamais le jour. A ce propos, le nombre de projets non-aboutis de la Cannon (parmi lesquels un Spider-Man avec Michael Dudikoff) remplirait un wagon et n’est sans doute pas très éloigné du nombre de leurs productions « réelles ».

 

Des « plaisirs coupables » par dizaines au succès pratiquement incompréhensible avec le recul. D’un côté les films d’action musclés et décérébrés, typiques de l’ére reaganienne avec Chuck Norris (la trilogie Missing in Action, Invasion USA, The Delta Force, Hero and the Terror) Charles Bronson (Death Wish 2, 3, 4 et 5, Ten to Midnight, Kinjite : Forbidden Subjects, Messenger of Death), Sylvester Stallone (Cobra et Over the Top) et deux nouveaux venus nommés Michael Dudikoff (American Ninja 1, 2 et 4, Avenging Force) et Jean-Claude Van Damme (Bloodsport et Cyborg), d’autre part des productions destinés au jeune public selon l’opinion que se faisait Menahem Golan des goûts de celui-ci (The Apple, une calamité considérée comme le plus mauvais film musical au monde, qui tentait de refaire The Rocky Horror Picture Show avec le mythe d’Adam et Eve, Breakin’ et sa suite, consacrés au breakdance, suivis de Rappin’, premier film à réellement parler du rap, Going Bananas, film familial mettant en scène un inénarrable singe interprété par un nain en costume…), mais également des films d’auteurs réalisés par John Cassavetes (Love Streams), Barbet Schroeder (Barfly), Jerry Schatzberg (Street Smart), Andreï Konchalovsky (Runaway Train) et Jean-Luc Godard (King Lear), cinéastes prestigieux que Golan essayait de rallier à sa cause en leur signant des chèques en blanc, non seulement pour redorer le blason d’une compagnie en manque de prestige et de succès critique, mais également comme technique de vente auprès des distributeurs : « si tu veux le Cassavetes, tu dois me prendre deux Chuck Norris »… Peine perdue, peu d’entre eux prenaient le producteur au sérieux, même si certains autres comme Tobe Hooper (Lifeforce, Invaders From Mars, The Texas Chainsaw Massacre 2) et Franco Zeffirelli (Othello) affirment n’avoir jamais été plus heureux dans leurs carrières respectives que lorsqu’ils bossaient pour la Cannon. Jean-Luc Godard lui, dédaigneux et hautain comme souvent, signa un film incompréhensible qui mit Golan dans une colère noire.

 

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Citons également le film qui tente de combiner tous les éléments clés d’un produit Cannon, sans autre raison apparente que de rapporter gros : le démentiel Ninja III – The Domination, ou les mésaventures d’une jeune et gentille danseuse possédée par l’esprit maléfique d’un méchant guerrier ninja récemment décédé. Mélangeant Flashdance à L’Exorciste en passant par la mode des films de ninja lancée par le studio, Ninja III est un véritable tour de force dans l’exercice du grand n’importe quoi ! Une pépite de nanar comme seule la Cannon aurait eu l’audace d’en proposer !

 

Toujours prêt à dupliquer les succès de la concurrence, la Cannon sortait un Masters of the Universe (les aventures de Musclor contre Skeletor) dans l’espoir de créer le Star Wars Nouvelle Génération ou encore un King Solomon’s Mines destiné à capitaliser sur le succès des Indiana Jones en espérant que Richard Chamberlain puisse faire oublier Harrison Ford… Las, les décors en carton, les effets spéciaux d’un autre âge, les acteurs à la ramasse (Dolph Lundgren) et des réalisateurs oeuvrant comme de simples artisans rendaient la tâche tout simplement impossible, au point que la critique et le bon sens s’acharnaient constamment sur le duo de producteurs.

 

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La faute à Golan, un homme impatient, terriblement brouillon et dont l’enthousiasme de petit enfant (il était réellement passionné de cinéma) se disputait à son mangue de rigueur artistique et à son tempérament d’ogre. Golan produisait ses films comme un grand enfant capricieux. Le montage en particulier, était une étape souvent bâclée, expédiée afin de pouvoir passer le plus vite possible aux 25 autres productions annuelles. Néanmoins, pendant 5 ans, le modèle économique de la Cannon a fonctionné du tonnerre car la plupart de ces films ne coûtaient pas bien cher et que le « star-système » instauré par la compagnie garantissait des recettes généreuses.

 

C’est dès 1986 que la Cannon commença à péricliter, la faute à des budgets de plus en plus astronomiques et à un quatuor de films largement déficitaires : King Lear, de Godard, Over the Top (réalisé par Golan lui-même et qui fut le premier film à payer sa star – Stallone – 12 millions de dollars), Masters Of the Universe, de Jim Goddard (qui déçut toute une génération d’enfants ayant grandi avec les jouets Mattel) et surtout, le piteux Superman IV, amputé de plus de la moitié de son budget et qui, encore aujourd’hui, fait vraiment peine à voir à cause de ses effets spéciaux tout simplement atroces et la nullité de son scénario. Une véritable insulte au film original de Richard Donner et un triste chant du cygne pour le superhéros interprété par Christopher Reeve ! Accumulant les dettes et les décision navrantes (citons également Firewalker, qui tentait d’injecter de l’humour dans un film de Chuck Norris et de donner à sa star impassible des dialogues comiques – sans succès), la Cannon coula aussi vite qu’elle était arrivée au sommet, absorbée par la MGM et impliquée dans le scandale financier du Crédit Lyonnais. Une chute également provoquée par des investissements incontrôlés, notamment l’acquisition par Yoram Globus de réseaux de salles dans toute l’Europe. Ayant les yeux plus gros que le ventre (pourtant pas si mince), et une mentalité de saltimbanque, Menahem Golan est décrit dans Electric Boogaloo comme une personnalité attachante mais également comme un mégalomane irresponsable, dépensant sans compter, lançant la production de dizaines de films (petits budgets et « blockbusters » maison) sur la seule base des recettes des films précédents, malgré des résultats parfois catastrophiques. La chute de la Cannon malheureusement, se soldera également par une brouille tenace entre les cousins, qui durera plus de 15 ans au cours desquels il continuèrent tous deux à produire des films aux budgets de plus en plus ridicules, Globus restant à la Cannon et Golan créant la 21st Century Film Corporation, avec très peu de succès.

 

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Electric Boogaloo se termine par une anecdote révélatrice du système Cannon : sollicités pour participer au documentaire de Hartley, les deux hommes, réconciliés, ont rejeté l’offre et décidé de sortir leur propre documentaire : The Go-Go Boys : The Inside Story Of Cannon Films, qu’ils ont réussi à boucler et à sortir quelques semaines avant Electric Boogaloo, avant de le projeter en grande pompe au Festival de Cannes 2014. Cette attitude consistant à vouloir anéantir la concurrence, ils l’avaient déjà eue lors de leur douloureuse séparation quand en 1990, chacun de leur côté, ils avaient produit deux films concurrents… sur la lambada ! (The Forbidden Dance, produit par Golan et Lambada, produit par Globus), deux œuvres évidemment aussi navrantes l’une que l’autre…

 

On préférera de loin Electric Boogaloo au trop sage The Go-Go Boys, consacré davantage à la carrière en Israël des cousins et à leur vie de famille, un film composé de vilaines images d’archives pour la plupart très floues, même si il avait l’avantage de recueillir les témoignages des deux hommes (Electric Boogaloo ne contient que des interviews d’archives du duo) et se terminait par les retrouvailles émouvantes des deux zigotos, quelques mois avant le décès de Golan, survenu le 8 août 2014. Mais là où The Go-Go Boys se gardait bien d’égratigner le mythe, Electric Boogaloo, devenu par la force des choses une biographie non-autorisée, se montre beaucoup plus lucide et moqueur lorsqu’il dépeint certaines attitudes répréhensibles cautionnées par les deux hommes, comme celle de fouiller dans les bagages à main de Bo Derek et de lui dérober des clichés secrets afin de pouvoir les utiliser sur le matériel promo de Boléro.

 

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Des dizaines de personnalités ayant travaillé pour la firme se rappellent des deux hommes, parfois avec beaucoup de tendresse, parfois en faisant le portrait de deux brigands sans scrupules et sans manières. L’actrice Laurene Landon ira même jusqu’à brûler une copie VHS de America 3000 devant la caméra. D’autres, comme Van Damme et Jon Voight, ont refusé l’offre d’apparaître dans le film, restant fidèle à leur vieil ami Golan en faisant à la place une apparition dans The Go-Go Boys

 

Les anecdotes amusantes fusent tout au long du film. Franco Nero, le célèbre Django original fut surpris de découvrir que Golan, afin de gommer l’accent italien de l’acteur l’avait fait doubler dans Enter the Ninja (1981) par un acteur américain à la voix totalement différente (et bien sur, complètement ridicule…) Le réalisateur Just Jaeckin se rappelle avoir du tourner Lady Chatterley’s Lover (tentative de réitérer le succès du film érotique Emmanuelle en réunissant Jaeckin avec son actrice star) sans scénario, mais avec une Sylvia Krystel héroïnomane, à peine consciente durant tout le tournage, sur lequel une grande majorité des scènes de l’actrice impliquaient qu’elle soit seins nus, que cela soit justifié ou pas… Richard Chamberlain, quant à lui, se souvient que tout le monde (équipes techniques et artistiques comprises) détestait Sharon Stone, actrice quasi-débutante sur les deux volets de la saga Allan Quatermain (1985, 1986) au point d’uriner dans l’eau d’un bain dans lequel l’actrice devait se plonger pour les besoins du film… « Sharon était une très jolie femme à l’intelligence remarquable et au Q.I. impressionnant… elle ne manquait d’ailleurs jamais une occasion de le faire savoir à tout le monde ! »… Cassandra Peterson se rappelle avoir effectué une cascade terriblement dangereuse (suspendue dans le vide) sur le tournage d’Allan Quatermain and the Lost City of Gold, tout simplement parce que le budget ne permettait pas l’emploi de cascadeuses. La pauvre Molly Ringwald, héroïne du King Lear de Jean-Luc Godard, se souvient avoir provoqué le mépris de son réalisateur en lui demandant si son personnage, dans cette relecture onirique, non-sensique et moderne de Shakespeare, était morte ou vivante. Peu intéressé par les interrogations d’une jeune actrice, le cinéaste ne lui aurait répondu que par son éternel dédain royal… Dolph Lundgren quant à lui, avoue avoir été mal à l’aise et s’être senti complètement ridicule vêtu du pagne de Musclor sur le tournage de Masters Of the Universe. Stallone, en visite sur le plateau, hilare, s’étonna que le réalisateur ait osé confier des dialogues au pauvre Dolph, bien plus doué pour la baston que pour réciter des dialogues du style « Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens le pouvoir !!!! »… Barbet Schroeder quant à lui, dans la crainte que son projet Barfly soit annulé, faute d’un budget suffisant, menaça Menahem Golan de se couper un doigt pour chaque jour de retard. Golan obtempéra tout de suite et les deux devinrent de grands amis, d’autant plus qu’avec l’excellent (et nominé aux Oscars) Runaway Train, d’Andrei Konchalovsky et Street Smart, un drame de Jerry Schatzberg (avec Christopher Reeve et Morgan Freeman), Barfly reste l’un des meilleurs films produits par la société.

 

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La palme de l’anecdote la plus drôle du film revient au réalisateur Boaz Davidson, pilier de la Cannon, un autre israélien ayant tourné (à des postes différents) une vingtaine de films avec Golan et Globus. Il nous explique que Menahem Golan, recevant dans ses bureaux Clyde, le fameux orang-outan partenaire de Clint Eastwood dans Doux, Dur et Dingue dans le but de l’engager pour la comédie d’aventures Going Bananas, s’était mis à raconter à l’animal tout le scénario du film, lui expliquant en détails ce que serait son rôle, discutant de son contrat, bref, s’adressant à la bête comme il s’adressait à Van Damme… Clyde ne semble pas avoir été impressionné par le producteur puisque Going Bananas se tourna finalement avec un nain dans un costume de singe… assez navrant !

 

Plusieurs intervenants viennent aussi éclairer la personnalité du réalisateur Michael Winner, dandy anglais considéré comme le réalisateur le plus réac’ de sa génération, obsédé par la nudité et la violence, qui avait profité du rachat des droits par Golan / Globus du titre Death Wish (Un Justicier Dans la Ville), énorme succès datant de 1973, pour signer deux suites ahurissantes où la loi du Talion permettait à un Bronson vieillissant de se défouler et d’afficher à l’écran ses pulsions sécuritaires de vieux républicain réactionnaire, ce qui n’empêchait nullement le réalisateur de signer des scènes de viols réellement sordides (Death Wish 2) ou de transformer son justicier en personnage de cartoon armé d’un bazooka (Death Wish 3) pour mieux dézinguer de la racaille basanée… Winner était si tyrannique et détestable sur ses plateaux, notamment envers ses actrices, que Bronson, las après 6 films tournés sous sa direction, refusa de le retrouver pour le quatrième épisode des mésaventures du justicier, Death Wish 4 : The Crackdown, qui fut réalisé par le remplaçant, Jack Lee Thompson, avec qui l’acteur tourna 9 films, dont 5 pour la Cannon. Il n’empêche qu’encore aujourd’hui, ce sont ces films totalement décomplexés et politiquement incorrects (politiquement douteux pour certains) qui font en grande partie la renommée et le culte de la Cannon, la faute à une nostalgie d’une époque où l’on pouvait encore tout dire et tout montrer sur un écran de cinéma. C’est bel et bien sur le succès phénoménal de ces films-là que l’empire Cannon s’est bâti.

 

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Mark Hartley fait le portrait d’une anomalie au sein du système hollywoodien et raconte avec beaucoup d’humour une victoire à la David contre Goliath… suivie d’une terrible, mais inévitable déculottée. Etrangement, à notre époque où les « films du milieu » n’existent pratiquement plus, le modèle financier de la Cannon (les profits des films d’action populaires servaient à financer d’autres projets plus ambitieux) s’avère en fait très tentant et pourrait servir d’alternative saine à des systèmes de production qui ne privilégient plus que les blockbusters pour adolescents.

 

Ponctué d’extraits géniaux de centaines de films (qui donneront sans le moindre doute l’envie de redécouvrir tout le catalogue), Electric Boogaloo, aussi bien récit d’une réussite improbable qu’un conte moral sur les dangers des abus dus à un trop plein d’enthousiasme et à un appétit destructeur, se déguste avec un plaisir exceptionnel et arrive à nous faire regretter une époque où tout semblait encore possible au cinéma, un art qui n’était pas encore rongé par les bien-pensants et par le fléau du politiquement correct.

 

Ce documentaire-là, mon vieux, il est Cannon !

 

 Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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