In defense of… Les Acteurs (2000)

LES ACTEURS

2000, de Bertrand Blier. FRANCE.

Avec Jean-Pierre Marielle, André Dussolier, Jacques Villeret, Michel Piccoli, Michel Serrault, Claude Rich, Josiane Balasko, Sami Frey, Alain Delon, Michael Lonsdale, Pierre Arditi, Jean-Claude Brialy, Jean-Paul Belmondo, Albert Dupontel, François Berléand, Maria Schneider, Michel Galabru, Jacques François, Claude Brasseur, Gérard Depardieu,  Dominique Blanc et Jean Yanne.

Scénario : Bertrand Blier

Directeurs de la photographie : François Catonné

Musique : Martial Solal

 

 

 

 

 

 

 

 

Grosse Fatigue!…

 

« Pourquoi vous arrêtez tous les acteurs ? Qu’est-ce qu’ils ont fait de mal les acteurs ? » demande Michel Serrault, désemparé à son tortionnaire, joué par Albert Dupontel vêtu d’un uniforme de type Gestapo ; un sans scrupules qui fait fusiller devant ses yeux Michel Galabru et Jean-Paul Belmondo…

 

Alors, « Qu’est-ce qu’ils ont fait de mal les acteurs ? »…

 

 

Pas grand chose à vrai dire, si ce n’est de survivre dans ce métier difficile et de nous divertir de la plus belle des manières. Seulement voilà… depuis quelques temps, leur moral est en berne. En France par exemple, nous dirons – pour rester poli – qu’ils ne sont plus particulièrement considérés ou mis en valeur comme ils le furent autrefois. Les temps changent, l’influence néfaste de la télévision sur le cinéma français se fait sentir… les bons dialoguistes et directeurs d’acteurs sont devenus une denrée rare. La langue française est en crise, victime de dérives populistes dont Eric Zemmour pourrait nous parler pendant des pages… Les acteurs ne sont plus ce qu’ils étaient. Leur métier s’enseignera bientôt dans les émissions de télé-réalité où l’on apprend avant tout à être STAR, où l’importance de gagner un maximum d’argent en faisant le moins d’efforts possible est au programme… Une célébration quotidienne de la médiocrité qui envahit nos petits écrans et commence à contaminer le grand dès la fin des années 90. On pourrait appeler ça la génération « Les Enfants de la télé »…

 

En réaction à cet état des choses moyennement folichon, notre précieux Bertrand Blier va, pour son quinzième film nommé – ça tombe bien – Les Acteurs, crier sur les toits et sur l’air des lampions tout l’amour et l’immense respect qu’il a pour la profession. Sans oublier bien entendu de rester fidèle à sa réputation de gentil provocateur et de dénoncer (à demi-mot) le sort auquel ses amis sont soumis dans son beau pays. Pourquoi Alain Delon, par exemple, la plus grande star française pendant 30 ans, un acteur à la filmographie prestigieuse ayant tourné avec les plus grands, s’est-il éloigné des plateaux ? Où sont passés les réalisateurs « à acteurs » des années 50-60-70, époque bénie du cinéma français? Une époque que Blier, le fils d’un acteur qui n’était pas le plus mauvais d’entre eux, a bien connue… Un temps révolu où Michel Audiard mettait dans la bouche de Jean Gabin, Lino Ventura, Bernard Blier et leurs camarades des répliques savoureuses!…

 

« On n’a pas à se plaindre, au moins nous on travaille ! » fait remarquer Jean-Pierre Marielle à Jacques Villeret, qui à l’époque du film de Blier sortait du tournage de Mookie, dans lequel il partageait la vedette avec un chimpanzé. « Avec qui ?! » lui réplique Villeret tout dépité… « Ah ça… » Comment expliquer autrement que par intérêt financier l’apparition en 2012 de Jean-Pierre Marielle dans Les Seigneurs, la comédie populaire la moins drôle depuis des lustres… A le voir relégué au rang de second rôle de luxe dans le film d’Olivier Dahan face à des comiques pas drôles, on l’imagine soupirer de plus belle : « Un acteur est en miettes à la fin de sa carrière… Regardez bien mes yeux, je crois qu’ils sont humides. Ce sont des larmes… »

 

 

 

« Une sensation de vide… »

 

Le cinéma français va mal. Pour devenir un acteur à succès en France depuis une quinzaine d’années – particulièrement dans la comédie – il suffit apparemment de faire le gugusse (drôle ou pas) dans les émissions de Canal +. Le talent ? Secondaire ! Combien de stars comiques actuelles peuvent réellement se targuer d’être autre chose que de mauvais improvisateurs engrangeant des millions pour refaire en deux heures sur un grand écran ce qu’ils faisaient déjà assez mollement en quelques minutes sur le petit, qui plus est en copiant maladroitement un modèle américain qui n’a jamais aussi bien fonctionné?… Le surestimé Jamel Debbouze, les marrants mais anecdotiques Robin des Bois, le désolant Gad Elmaleh, le plagiaire Michaël Youn (qui copie tous ses meilleurs gags dans les films de Will Ferrell et d’Andy Samberg!), le navrant Dany Boon (et son manque TOTAL de timing comique), le tête à claque Frank Dubosc, les affligeants Eric et Ramzy… des « one-men » phénomènes, mauvais gagmen pratiquant généralement un humour et un langage régressifs à base d’impros foireuses et de gags infantiles… mais à qui l’on donne pourtant les pleins pouvoirs… Pas forcément tous de mauvais acteurs d’ailleurs, un Jamel Debbouze bien dirigé (par Agnès Jaoui dans Parlez-Moi de la Pluie, par exemple) vaut dix fois le Jamel en roue libre!… Et puis après tout, des légendes comme Bourvil ou Fernandel venaient eux aussi de la scène, avec des gags qui se transposaient mal à l’écran. Tous deux comptent un nombre de comédies ayant très mal vieilli datant de leurs débuts de carrières… A la différence fondamentale que Bourvil et Fernandel avaient de vrais réalisateurs pour les diriger. Aujourd’hui, la starisation par le médium de la télévision permet aux comiques de s’entourer de « yes men », de réalisateurs tout acquis à leur gloire. Depuis quinze ans, le niveau de sophistication de la comédie française s’en ressent cruellement. De quoi revoir (on vous le conseille) toute l’œuvre des Charlots et de Claude Zidi à la hausse car un Bidasses en Folie bon enfant et joyeusement contestataire ressemble à un film d’auteur comparé à La Tour Montparnasse Infernale ou Camping 2, les fleurons de la « comédie » actuelle, dignes héritiers de Max Pécas!… Tout n’est évidemment pas noir. Dans leur coin, un petit groupe résiste encore et toujours à l’envahisseur mais leurs rangs rétrécissent : Bacri / Jaoui, Dupontel, Attal, la bande à Resnais, Chabat, Salvadori, Hazanavicius et Jean Dujardin font honneur à la comédie avec du « vrai » cinéma… mais dans l’ensemble, le cinéma français rit jaune.

 

Pour ne pas faire avancer le schmilblick (ou serait-ce juste pour emmerder Bertrand Blier qui avait le moral déjà très bas ?), en 1999 David Cronenberg remet la Palme d’Or à Rosetta et ses prix d’interprétation à des acteurs non-professionnels, qui pour certains le resteront. Pour Blier, c’est la goutte qui fait déborder la moutarde qui lui monte au nez. Le cinéma des frères Dardenne, succession de films sociaux cherchant le réalisme à tout prix et le dialogue minimaliste, il le méprise, ça ne l’intéresse pas… Dans Les Acteurs, un spectateur déprimé exprime son envie d’aller au cinéma. « Y’a des trucs chouettes en ce moment ? »… « Il y a un film bouleversant, qui s’appelle Morne Plaine », lui explique Jean-Pierre Marielle. « C’est une histoire qui se passe dans le Nord, sur l’angoisse du chômeur qui regarde son terril. C’est en noir et blanc, caméra à la main, joué par des amateurs »… « Allez-y, butez-moi » répond le cinéphile… Le décor est planté, le Blier cuvée 2000 sera mordant.

 

« A toi de te faire écouter dans la mesure où tu ambitionnes d’être entendu… »

 

Un constat et un hommage s’imposent donc. D’urgence. Le style mi-lyrique, mi-absurde qui caractérise le cinéaste le plus inclassable de France va toucher à son paroxysme avec une farce science-fictionnelle tragique, absurde, hilarante, et par moments profondément émouvante. Bien entendu, le danger du projet était de faire de ces Acteurs un trip nostalgique nauséabond prônant la maxime du « c’était mieux avant ! » sans autres idées ou arguments. Un film de vieux con à la Christophe Barratier en quelque sorte… Ce serait évidemment mal connaître le bestiau puisque Bertrand Blier fut (et reste) un cinéaste formidablement inventif et moderne, issu de l’époque post-« cinéma de papa » dans laquelle nous sommes en train de retomber, mais avec un bagage familial lui ayant permis de respecter ses ancêtres. Comme chaque auteur qui se respecte, Blier va donc avant tout nous livrer « un film à la Blier » et lancer un sacré pavé dans la marre d’un cinéma engoncé dans ses formules les plus alarmantes, dans ses postures les plus académiques. Rien que pour ça, il mérite le respect !

 

 

 

« Fauchez-moi, découpez-moi en tranches ! »

 

Seulement voilà, pour toute réponse à son cri, Blier ne reçoit à l’époque de la sortie des Acteurs qu’un désintérêt poli de la part du public et les pires critiques de sa carrière, beaucoup ne voyant dans son hommage qu’un assemblage aléatoire de sketches sans cohérence ni progression dramatique. On lui reproche de n’employer que la « vieille génération » (la plupart de ses stars ont passé la cinquantaine !) et d’oublier les jeunes, de prendre de vieux acteurs pour leur faire jouer des gamins. On lui reproche encore son désenchantement, son pessimisme ambiant, mais également sa critique acide du public, particulièrement les chasseurs d’autographes… Simple question de point de vue. On oublie un peu trop facilement que Les Acteurs – malgré ses atours de grosse farce – est un film en colère, une oeuvre jeune et mal élevée, une sorte de rappel à l’ordre ! Il arrive parfois comme ça –  sans raison réellement valable – qu’un chef d’œuvre passe sous le nez et la barbe de tout le monde… Les Acteurs est en effet une œuvre moins « césarisable » que Mon Homme ou Merci la Vie, moins facile d’accès que Les Valseuses, Tenue de Soirée ou Trop Belle Pour Toi… Comble de l’injustice : on accuse Blier de… faire du Blier ! De reproduire le schéma narratif de ses autres « rêveries éveillées » que furent Buffet Froid ou 1, 2, 3 Soleil… Pourtant Dieu sait si Les Acteurs s’avère être le film le plus personnel, le plus poétique de son auteur, celui qui lui tient le plus à cœur et, avec le bénéfice du recul, un des plus brillants, que ce soit d’un point de vue thématique ou formel.

 

Pauvre Bertrand qui – comme il le déclare sur le DVD dans un making-of haut en couleur – désirait pour ce qu’il envisageait à l’époque comme son « œuvre-testament », faire un film « pas trop cochonné »…

 

« Quelle saloperie de métier ! »

 

Tout comme le récit de Buffet Froid se mettait en branle à cause d’un simple couteau égaré dans le ventre d’un quidam malchanceux, l’élément déclencheur des Acteurs brille lui aussi par sa simplicité…  Et dire que toute cette histoire commence avec un pot d’eau chaude !… « Pot d’eau chaude ? Quel pot d’eau chaude ? »… Eh bien celui que Jean-Pierre Marielle a commandé à un serveur de la Maison du Caviar (le mince, un peu voûté), ce pot d’eau chaude qu’il lui a demandé pour rallonger son café et qui n’arrive pas… « C’est emmerdant! », commente André Dussolier, son voisin de table, « peut-être que tu ne lui as pas demandé avec suffisamment de conviction… Tu demandes un pot d’eau chaude, on dirait un pot d’eau tiède !… »… « Tu veux dire que j’ai été mauvais ? », s’indigne Marielle, vexé. Cette commande sans résultat plonge d’emblée ce grand acteur, qui fait honneur à sa profession, dans un profond malaise existentiel qui va lui faire réexaminer sa carrière toute entière. Il va donc devoir « la refaire » devant ses camarades Dussolier et Jacques Villeret, perchés autour de lui comme des vautours scrutant l’imminence d’un drame. Mais Marielle « la refait » d’une manière tellement molle qu’à nouveau, le serveur ne l’entend pas !…

 

« Un acteur qu’on n’écoute plus, qu’est-ce que c’est ? Un homme perdu, mon petit vieux, voilà ce que c’est… » conclut Marielle dont l’angoisse grandissante va le précipiter, lui et ses collègues dans un délire tragi-comique qui en dit plus long sur le cinéma français que bien des films.

 

« Le rideau est ouvert. On donne une représentation charmante… »

 

Ayant peur qu’avec un pot d’eau chaude, on ne tienne pas une heure et demie, Blier va poursuivre son exploration de l’angoisse existentielle de l’acteur avec une succession de scènes plus burlesques les une que les autres, liées entre elles par un habile détournement des conventions, faisant intervenir la fine crème du cinéma français, un casting époustouflant. L’ingénieuse idée de départ ? Enfermer des acteurs sur le tournage d’un film (de plusieurs films ?) dont ils ignorent absolument tout… « Qu’est-ce que je suis sensé faire ? » demande ainsi un Dussolier complètement perdu et à qui personne n’a donné de texte… Jouant malicieusement avec les lieux communs, Blier nous entraîne dans une série de saynettes cultes recréant les situations les plus communes du septième art parisien.

 

Par ordre d’apparition à l’écran : la scène du déjeuner dans un restaurant bondé, la confrontation melvilienne entre gangsters, la discussion style Nouvelle Vague en pleine rue au milieu des passants, le dialogue buñuelien, la poursuite en taxi, la scène de ménage, le tournage d’un film style « La Nuit Américaine« , la discussion au comptoir d’un bistrot, le film de détective, le drame conjugal mêlé à la comédie de boulevard, la visite chez un docteur annonçant une mauvaise nouvelle, le flashback qui vire au cauchemar, la scène de kidnapping dans un parking, l’auto-confession face-caméra, le film d’espionnage, la science-fiction orwellienne à la 1984… tout passe sous la loupe d’un Blier transformant cet inventaire en une énorme bouffonnerie se déroulant dans une société totalitaire où une milice spéciale est créée pour exécuter les acteurs, devenus ennemis de la nation.

 

Chaque acteur invité dans ce jeu de massacre se voit ainsi confronté à son image publique, sous le prisme absurde de la verve du réalisateur qui va leur tailler chacun à leur tour un costard « très près du corps », incarnant avec délectation et un total abandon de leur orgueil des versions grotesques et exagérées de leurs versions « officielles ».

 

Dans leurs propres rôles (ou presque), nous retrouvons donc, dans l’ordre :

 

-Jean-Pierre Marielle : élément déclencheur du récit, Marielle incarne l’angoisse du vieil acteur sur le retour, dont les derniers films (dont un obscur « Derrière les Buissons », dont il ne semble pas se rappeler) furent des échecs. Un acteur bourré de tics, désormais incapable de se faire entendre par un serveur à qui il a commandé un pot d’eau chaude qui n’arrivera jamais. Jean-Pierre Marielle ne va pas bien, tel un noyé qui appelle au secours mais qui n’y croit déjà plus : pas tout à fait noyé mais qui s’habitue peu à peu à l’idée de mourir…

 

-André Dussolier de son côté ne ressent plus rien, il est comme un récipient vide et ne ressent pas (comme son collègue Claude Rich) cette envie de remercier, surtout que ces derniers temps, sa prostate le chagrine. Médiocre, colérique, très désagréable, André Dussolier, autrefois souriant, ne sourit plus, très emmerdé à l’idée de se faire voler la vedette par Sami Frey. Dussolier n’hésite d’ailleurs pas à quitter le film quand ça le chante,  crachant dans la soupe comme jamais un Mastroianni ne l’aurait fait… « Je ne suis pas Mastroianni ! La preuve, Mastroianni, personne ne peut le remplacer ! Moi, on peut me remplacer ! »…

 

-Jacques Villeret, alcoolique et aigri, essaie de se rassurer quand à la qualité de son travail avec une théorie toute personnelle : « Un bon acteur, ça boit ! Gérard Philipe ne buvait pas. Laurence Olivier non plus… Mais Depardieu boit !… Carmet buvait !… Piccoli boit !… » Ses espoirs se voient anéantis quand il a la malchance de se faire traiter – insulte ultime – de COMIQUE par ce grand artiste qu’est Michel Piccoli !

 

 

 

-Claude Rich, lui, est l’éternel acteur souriant avec des petites rides au coin des yeux. On l’aime, on le trouve spirituel, il se sent léger… Avec son sourire sempiternel un peu figé, il débarque pour apporter un peu de bonne humeur au film, mais va vite se faire influencer par les sournois Dussolier et Villeret, persuadés que quelqu’un qui sourit tout le temps a forcément quelque chose à cacher ! Une libération inattendue pour Claude Rich qui va dès lors se transformer en véritable monstre, harcelant les culs-de-jatte (dont Ticky Holgado) et bousculant les vieilles dames aveugles sur les Champs Elysées, déchaînant cette envie de nuire qui lui vient derrière son sourire de façade.

 

-Sami Frey, éternelle incarnation du séducteur ténébreux, aime voler la vedette et couper la parole à André Dussolier. Il s’en va lui aussi dévaliser les mendiants sur les Champs dans un numéro d’auto-dérision formidable, valant au film l’un de ses meilleurs gags visuels. Et ce, même si Dussolier résume le bellâtre à un « séducteur de mes deux » bien loin de sa réputation de sempiternel jeune premier.

 

 

 

-Jacques François, éternellement cantonné aux rôles de PDGs en costumes trois pièces, veut lui aussi avoir le beau rôle et réciter des dialogues de héros. Il se rebelle et d’un coup de revolver, prend le film de Blier en otage : « C’est pas marrant d’avoir le mauvais rôle. Maintenant c’est moi qui ai le bon ! J’en ai plein le cul, figurez-vous de jouer les hommes du monde. J’emmerde les hommes du monde ! Moi aussi je peux dire « mes couilles, ma bite et mon couteau !… » »

 

 

-Michael Lonsdale quant à lui, semble sortir tout droit d’un film de son ami Luis Buñuel. N’apparaissant que quelques trop brèves minutes – à la limite extrême de la sénilité – Lonsdale, tel un petit lutin farceur , semble éternellement prisonnier des Champs Elysées et se met en tête de poursuivre Dussolier en plein trafic, juste pour l’emmerder, avant d’avoir une discussion enflammée avec Pierre Arditi à propos de l’homosexualité récemment dévoilée de ce dernier. Lonsdale incarne ici la figure la plus absurde d’une œuvre qui rend souvent hommage au grand cinéaste du surréalisme. Prisonnier d’un décor, Lonsdale renvoie de toute évidence au célèbre Ange Exterminateur. C’est d’ailleurs dans ce segment que Blier se lâche au niveau du dialogue absurde…

 

-Dussolier : Il est où l’autre con ?

-Lonsdale (surgissant de nulle part) : C’est de moi que vous parlez ?

-Dussolier : Mais non, j’ai pas parlé de vous !

-Lonsdale : Ben vous avez dit « l’autre con ». J’aime pas beaucoup ça, hein !

-Dussolier : Je parlais de Sami Frey ! Vous ne l’avez pas croisé ?

-Lonsdale : Ah, j’ai pas vu de Sami. J’ai vu aucun Sami. Pourtant je fais gaffe !

 

-Quant à Pierre Arditi, sa vie sentimentale s’est écroulée après s’être fait voler la femme dont il était follement amoureux par François Berléand. Une descente aux enfers personnelle et professionnelle si sévère qu’il est maintenant en ménage avec Jean-Claude Brialy ! Une jolie erreur mais une erreur quand même… Si Arditi est resté viril au point de menacer Michael Lonsdale, on sent encore l’odeur des femmes sur sa peau. Arditi ne s’épanouit pas dans l’homosexualité et rien ne l’exaspère davantage que quand son nouveau compagnon le présente comme « Pierre Arditi, l’acteur de théâââtre »… « De théâââtre »… comme si c’était de la merde ! 

 

-Jean-Claude Brialy n’est d’ailleurs pas mieux logé dans cette relation puisqu’il a connu « plus ferme, en Italie ». Cet acteur bourgeois a aujourd’hui bien du mal à se faire respecter par son nouveau compagnon et cadet de 15 ans… « J’ai été vedette avant toi. La Nouvelle Vague, t’en as entendu parler ? Toi tu montes, moi je descends, c’est normal… Ca fait 50 ans qu’ils se farcissent ma gueule. Alors ils commencent à en avoir marre. Elle est toujours là ma gueule. Elle joue encore : des maris, des banquiers, des avocats foireux… Y’a pas de quoi être fier mais y’a pas de quoi avoir honte. J’accepte tous les rôles. Il n’y a qu’un rôle que je n’accepterai jamais. C’est de jouer un pédé…  »

 

-Gérard Depardieu, l’ogre magnifique du cinéma français a tendance ces jours-ci à s’emplafonner violemment sur la route avec sa moto plutôt qu’à choisir ses rôles avec soin. Une désinvolture due à une consommation d’alcool de plus en plus déraisonnable. Pas grave… puisque l’acteur-fétiche de Blier (se livrant lui aussi à un exercice d’auto-destruction spectaculaire mais lucide) n’a aucun scrupule à régler ses problèmes avec la police en menaçant les agents de les faire muter en Corse par ses appuis politiques bien connus…

 

 

-Josiane Balasko, une actrice « assez grosse, assez vulgaire et qui pratique la sodomie avec n’importe qui » (dixit Jean Yanne), a connu de telles déconvenues professionnelles qu’elle n’intervient plus aujourd’hui que pour remplacer André Dussolier quand ce dernier quitte un plateau. Une idée de génie qui renforce encore le côté surréaliste et farceur du film, puisque tout le monde appelle Josiane « André »… « Ce qui m’amusait, c’est que le médecin joué par Jean Yanne parle à Josiane de sa prostate. Voilà un truc qu’on ne pourrait pas demander à Catherine Deneuve ! » raconte un Blier hilare, jamais plus heureux que quand il a l’occasion d’humilier son amie Balasko, bonne joueuse…

 

-Et puis l’éternel Michel Piccoli et ses célèbres gueulantes ! « C’est à dire qu’on a l’impression qu’il ne joue pas ! Il est là et il ne joue pas… Il a tout de suite été bon, à l’aise dans tous les rôles, sans effort, une promenade ! »… au grand dam de Jean-Pierre Marielle qui le jalouse terriblement : « Y’en a plein des Piccoli! J’ouvre l’annuaire, j’en trouve un wagon ! »… Piccoli n’a rien à faire pour être formidable : il est formidable quand il ouvre une porte… Un grand acteur qui par ailleurs, passe ses nerfs sur le « comique » Villeret qui semble s’intéresser d’un peu trop près à sa femme incarnée avec classe par Dominique Blanc, que Blier dirige et filme comme Bette Davis dans les années 30.

 

-Impensable de ne pas inclure Alain Delon dans un film sur les acteurs ! Entrevu sur le tournage imaginaire d’un nouveau film de Jean-Pierre Melville, le « Samouraï » apparaît tel un fantôme pour réciter un dialogue incroyablement émouvant et fidèle à son image, rendant hommage à ses amis disparus (les fauteuils de Jean Gabin et Lino Ventura sont dépliés!), laissant échapper ce qu’il a sur le cœur et réglant ses comptes avec la profession : « Va falloir vous débrouiller avec ce qui reste, les gars… Y’a pas besoin qu’on me dise de partir, je sais quand je dois partir ! »… Une apparition proche d’un film fantastique et qui résume cet immense acteur en quelques phrases. « Je suis un mec à silences, j’ai une gueule à silences. Sauf que là ça me fait du bien de parler »…

 

-Jean Yanne est l’un des rares acteurs (avec Dupontel, Berléand, Patachou et François Morel) qui ne joue pas son propre rôle, mais celui du Docteur Belgoder, le médecin des acteurs, une pâle ordure qui a l’outrecuidance d’oser dire la vérité à ses patients, d’habitude choyés et réconfortés par leur entourage. Son dernier patient est Jean-Pierre Marielle, un cas en phase terminale ! Le seul remède qu’il préconise, c’est le meurtre de ces salauds de spectateurs. « Moi je m’en fous de ne pas être un marrant » déclare-t-il, résumant ainsi sa carrière et son caractère fondamentalement individualiste, mettant l’angoisse de l’acteur sur le dos du public… « Des acteurs en sont morts de ne pas se sentir aimés. Morts et même suicidés ! Chaque jour, des milliers de spectateurs commettent des meurtres. Et vous savez quelle est leur arme ?… L’indifférence ! »…

 

-La toujours splendide Maria Schneider a longtemps déserté les écrans après son Dernier Tango à Paris. Après ses problèmes de drogue, de scandales, de dépression, elle est maintenant en ménage avec François Berléand mais retrouve lors d’un dîner son ex, Pierre Arditi. Se livrant, 8 ans avant Jean-Claude Van Damme (dans J.C.V.D.) à une désarmante confession auto-référentielle « face-caméra », avouant toutes ses erreurs de jeunesse (à peine voilées), elle déclare : « Je suis Maria Schneider et ça me fait du bien d’avoir cette scène. » Émouvante et plus belle que jamais, Maria Schneider trouve ici, grâce à l’amour que lui porte Blier, son meilleur rôle depuis très longtemps : le sien. Une scène où l’émotion est à son comble.

 

-L’émotion c’est une chose mais comme le déclare Michel Serrault, tombant à pic pour le dernier acte du film : « Il est temps que j’arrive ! Ces mecs-là, vous les laissez cinq minutes sans surveillance et HOP, ils vous font une guimauve… » Faux-cul, lâche au point de collaborer avec la milice qui extermine les acteurs, prêt à tout pour obtenir un rôle, Serrault s’en va même dénoncer Jean-Paul Belmondo pour sauver sa peau. Plus préoccupé à l’idée d’être toujours face-caméra qu’au sort de ses collègues, le Serrault des Acteurs est égal à lui-même : odieux, égoïste et à mourir de rire !

 

-Michel Galabru (qui a pourtant une bonne tête) intervient pour quelques secondes seulement, dans un rôle muet, le temps de se faire exécuter froidement par Albert Dupontel, après avoir refusé de dénoncer ses collègues.

 

 

 

 

 

-Jean-Paul Belmondo enfin, est tombé bien bas. La star n°1 du cinéma français en est aujourd’hui réduite à mendier quelques petits billets ou une bouteille de pinard aux passants dans la rue. Vêtu de son imperméable du Doulos, ressassant à longueur de journée les histoires de sa gloire passée, Belmondo est devenu un vrai légume, radotant sans répit un « Qu’est-ce que je me suis marré ! » devant ses bourreaux. Un Bébel sénile au point que Michel Serrault a du mal à reconnaître « ce gus »… « Attendez les gars. Il faut quand même que je vous dise pourquoi je me suis marré. Je suis un mec de bonne humeur ! Je suis né de bonne humeur et je vais mourir de bonne humeur ! J’ai jamais fait chier le monde avec mes angoisses ! En tout cas j’ai la délicatesse de ne pas les partager… » Exécuté pour avoir exercé le métier d’acteur avec excellence, Belmondo ne se désarme pas pour autant. Criblé de balles, il sourit de plus belle : « Vous avez déjà vu ça vous, un mec qui meurt en se marrant ? »…

 

« Y’a pas de metteur en scène dans ce film de merde? »

 

Alors que tout ce petit monde se retrouve piégé dans un véritable jeu de massacre dont certains ne sortent pas vivants, Jacques François, qui a pris tous ses collègues en otages, frustré de ne pas avoir de rôle digne de ce nom, s’indigne de la direction dans laquelle se dirige le film qui part en sucette. « Où il est ce con de Blier ? »…

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Eh bien ce con de Blier est déjà sur le plateau de son prochain film… un film noir avec un Claude Brasseur très capricieux en vedette, qui gâche la prise en recevant un appel sur son portable… « Eh ben réponds », lui demande Bertrand… Ému, Brasseur se tourne alors vers son réalisateur. « C’est mon père. Il est avec un copain qui voudrait te parler. » Il passe alors son portable au réalisateur qui, dans l’ultime plan du film, entame une conversation avec son propre père, le copain de Pierre Brasseur, en direct de l’au-delà… Bernard Blier ! Sans pathos ni sentimentalisme mal placé, avec au contraire beaucoup de pudeur dans le ton de sa voix et dans le choix de ses mots, Bertrand s’approche de la caméra et en gros plan, envoie un ultime message à cet illustre paternel. « Évidemment que je pense à toi ! Tous les jours je pense à toi. Et je vais même te dire un truc : plus les jours passent et plus tu me manques ! »… Générique de fin.

 

Tout ça pour ça ! Blier révèle enfin dans ce plan final bouleversant l’objectif de son film de fou-furieux : rendre l’hommage qui lui est du à son père Bernard, un grand acteur populaire qui fut – à l’instar de Jacques François – trop souvent sous-estimé ou relégué dans la deuxième partie de sa carrière à des rôles comiques qui ont un peu éclipsé le reste de sa carrière, pourtant brillante. Bernard Blier incarnait une époque et une certaine idée noble du cinéma français, un concept qui semble aujourd’hui disparaître.

 

 

Heureusement, l’hommage au père n’est pas juste un prétexte. Dans la forme, Bertrand Blier réussit avec une inventivité de tous les instants à se dépêtrer de son scénario fourre-tout et à faire passer cette succession de scènes différentes en un tout homogène, en rendant un hommage élégant aux conventions du cinéma, mais aussi, c’est important de le signaler, du THÉÂTRE français ! Le film commence d’ailleurs avec les trois coups annonçant le début d’une pièce ! Entamant pour l’occasion une collaboration avec son nouveau directeur de la photographie, François Catonné (qui ne l’a plus quitté depuis), Blier crée un monde à la théâtralité extrêmement travaillée, où – comble de l’ironie – même les décors réels où sont « enfermés » ses personnages (la Maison du Caviar, les Champs Elysées) sont filmés de telle sorte qu’ils semblent irréels, figés dans une autre temporalité où les figurants savent très bien qu’ils sont des figurants… Il faut voir le réalisateur sur le plateau intimider son nouveau chef’op perfectionniste et lui lancer un « Elle est belle ta lumière, tu vas l’avoir ta nomination ! »… Blier et Cantonné inventent des décors de carton-pâte autour desquels s’agitent ces acteurs, tour à tour pantins vaniteux, capricieux, colériques et lâches, puis absolument merveilleux, drôles, émouvants et brillants… Le site où l’on torture et fusille ces artistes, éclairé par des néons bleus qui donnent mal au crâne, rappelle à plus d’un titre (mais avec plus d’économie) l’univers dystopique du Brazil de Terry Gilliam, avec Albert Dupontel dans le rôle du tortionnaire à la Michael Palin !

 

 

La musique en free style du pianiste de jazz vétéran Martial Solal (collaborateur de Marcel Carné, de Jean-Pierre Melville et de Jean-Luc Godard sur A Bout de Souffle – qui se déroulait déjà en partie sur les Champs Élysées) est d’une importance capitale dans la réussite des Acteurs puisqu’elle accompagne ceux-ci dans leurs moindres faits et gestes. Son caractère très improvisé et atonal augmente encore le degré de folie ambiant mais sa partition sait se faire chaude et évocatrice, notamment lorsqu’Alain Delon entre en scène.

 

Comme chaque film de Bertrand Blier qui se respecte, Les Acteurs contient quelques plans et idées inoubliables, une poignée de visions absurdes, surréalistes dont l’auteur des Valseuses a le secret : de Sami Frey jouant les attardés mentaux sur les Champs Elysées (proche des pitreries de Denis Lavant dans le récent Holy Motors de Leos Carax) à Jacques Villeret prodiguant à Jean-Pierre Marielle un massage des lombaires au tarama en plein milieu d’un restaurant bondé, de Michel Serrault installé à table « en amazone », en passant par un Depardieu encastré dans un panneau publicitaire suggestif ou encore par cette vision de la folie de Marielle qui se retrouve piégé au milieu de dizaines de serveurs transportant des pots d’eau chaude… Les Acteurs est d’une folie, d’une inventivité et d’une poésie constantes !… Un film dans lequel un spectateur menacé par un trio d’acteurs meurtriers ne doit sa survie qu’à son opinion positive sur la carrière de Patrick Dewaere ne peut pas être totalement mauvais…

 

« C’est la réplique qui est magnifique. Il suffit de la dire… »

 

« Il y a deux metteurs en scène de génie en France. Quel est l’autre ? » lâche un Blier rigolard à Claude Rich dans le making-of accompagnant le film en DVD. Si la phrase est dite avec humour, Blier tape évidemment dans le mille (et il le sait !) Son style unique se situe quelque part entre une « rêverie éveillée » à la Jean Cocteau et le film noir émaillé de dialogues aux petits oignons. Des dialogues d’anthologie, des merveilles de précision que les acteurs récitent à la virgule près. « Pensez à votre texte mon vieux, le texte, toujours et avant tout, le texte ! », crie Jacques François à un Dussolier victime d’un trou de mémoire… De quoi faire réfléchir un Jamel Debbouze lorsqu’il se rend coupable d’une de ses improvisations mal inspirées…

 

Comme le déclare Pierre Arditi : quand Blier engage un acteur, il n’en engage pas un autre, il les connaît par cœur, il connaît leurs carrières, il connaît leurs forces, leurs limites et leurs parcours. Malgré les costards qu’il leur taille sur mesure, il les montre fidèles à leurs légendes… une force qui s’est peut-être retournée contre lui à la sortie du film puisque tout le monde – notamment le jeune public – ne comprend pas forcément toutes les private jokes, très nombreuses, telles les hausses de ton de Piccoli, les problèmes de drogue de Maria Schneider ou le fait que la femme de Villeret est partie avec un autre… Malgré tout, c’est cette connaissance et ce respect profonds pour son sujet qui permet à Blier – à l’instar de Francis Veber – de diriger ses comédiens à la virgule près. Et si la musique de Martial Solal reflète le chaos général de l’histoire, le texte est un vrai grand texte, avec sa propre musicalité, qui a tendance de prime abord à en intimider certains comme François Berléand, Michel Serrault ou Jacques François, que l’on observe réellement souffrir et tâtonner sur le tournage. « Pense à Gabin », souffle le réalisateur à Jacques François quand ce dernier doit se lancer dans une tirade faite d’insultes…

 

« Reviens, nom de Dieu ! Ton absence crée un vide ! »

 

Les acteurs ont-ils encore leur place dans cette « Morne Plaine » d’un cinéma français qui autrefois n’avait pas honte d’être populaire et dont les œuvres populaires n’avaient pas peur d’être profondes et de qualité ? Des acteurs dont la nouvelle génération se divise en deux catégories : les COMIQUES ! de la télévision qui ont cette fâcheuse tendance à confondre « dialogues » et « bons mots » et les petits jeunes aux visages lisses que l’on voit chez Olivier Assayas, Philippe Garrel ou Christophe Honoré… Un triste monde fait de Marie Gillains et de Louis Garrels… Un monde où les comédies à la Danièle Thompson / Laurent Tirard sont filmées comme des téléfilms de luxe, pré-formatées pour le prime-time sur TF1, égrénant des dialogues et des récits décalqués sur un modèle américain beaucoup plus performant… Blier abordait déjà certains de ces thèmes dans le Grosse Fatigue réalisé par Michel Blanc (dont il avait eu l’idée originale) mais Les Acteurs est son chef d’œuvre méconnu : le film le plus ouvertement critique sur un cinéma faisandé par le comique pour mamies et par le politiquement correct. Pendant que Gad Elmaleh devient l’acteur le mieux payé de France et que Dieudonné (le seul qui ose tout, pour le pire et pour le meilleur!) se voit privé d’antenne, qu’advient-il des « vrais acteurs », ceux qui ont bâti à la sueur de leurs fronts et sur la longueur une carrière sur les planches puis sur le grand écran, pour qui le métier reste un sacerdoce plutôt qu’un raccourci vers la gloire et des passages chez Laurent Ruquier ?

 

 

Huit d’entre deux – déjà ! – nous ont quittés depuis Les Acteurs : Jean Yanne et Jacques François en 2003, Ticky Holgado en 2004, Jacques Villeret en 2005, Jean-Claude Brialy et Michel Serrault en 2007, Maria Schneider en 2011, Patachou en 2015… Sans oublier leurs camarades Philippe Noiret, Jean-Pierre Cassel, Annie Girardot, Claude Piéplu, Philippe Léotard, Bernard Giraudeau, Yves Robert, Marie Trintignant, Gérard Rinaldi, Guillaume Depardieu, Pierre Mondy, Michel Duchaussoy, Bernadette Lafont…

 

« On voit l’émotion des gens quand Gabin, Ventura, Montand, Carmet sont morts. Ils se disent : « Merde! On va aller voir qui, maintenant? » Les acteurs sont notre patrimoine, irremplaçables! Il n’y a jamais eu de Gérard Philipe après Gérard Philipe. Romy Schneider n’est plus là. J’avais un projet pour elle; je ne le tournerai jamais. Mastroianni me manque. Vivant, il serait dans Les Acteurs ! », déclare Blier.

 

Remercions donc d’avance Jean Dujardin pour être devenu, avec un grand talent et une certaine humilité, l’héritier naturel d’un Belmondo et espérons qu’à l’avenir, il sera bien plus que l’exception qui confirme la règle. Blier l’a d’ailleurs bien compris puisqu’après un passage à vide dans les années 2000 (avec Les Côtelettes et Combien tu m’aimes ?), il est revenu en force en 2010 avec son formidable Bruit des Glaçons, dans lequel Dujardin et Dupontel nous proposaient une « comédie sur le cancer » !

 

« T’as bien fait d’en profiter mon pote, parce que maintenant la rigolade, je crois que c’est terminé » lance Serrault à Belmondo, avertissement s’il en est sur le déclin du cinéma français. Pourquoi ce déclin ?… Pour laisser place à ce cinéma qui n’est plus que de la télévision déguisée. La télévision, un appareil électro-ménager que Michel Serrault a connu « ni éteint, ni allumé… une télévision qui a surtout brillé par son absence ! » Les Acteurs, film pessimiste et désenchanté ? Définitivement, oui. Mais son audace et ses atours d’immense farce jouissive prouvent qu’en fin de compte tout ne va pas si mal tant que nous aurons des Bertrand Blier…

 

 

En dépit de son échec critique et financier, Les Acteurs reste – quatorze ans plus tard – un film unique, très noir, à l’humour salvateur, à redécouvrir d’urgence. Un film « difficile » et pas forcément pour tous les goûts mais qui mérite une seconde, une troisième, une quatrième vision pour en appréhender toutes les qualités, sa générosité, sa verve et sa réelle profondeur… Un film qui fait de la résistance dans un contexte grisâtre, qui explose les conventions et les règles de la bienséance et qui, à l’instar de Jacques François, n’hésite pas à dire à la face du cinéma français « mes couilles, ma bite et mon couteau ! »…

 

Un film pas trop cochonné en quelque sorte…

 

 

Grégory Cavinato.

 

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