FLOP 2012

15.

THE AMAZING SPIDER-MAN

2012, de Marc Webb

Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Dennis Leary, Martin Sheen, Sally Field, Campbell Scott et C. Thomas Howell

 

« Avec des facultés supérieures débutent les grandes imputations »… eeeeuh… « Avec des capacités élevées émergent les hautes obligations »… Martin Sheen, ici, consultant à grand peine son dictionnaires des synonymes !…

 

Pas facile effectivement de réciter les maximes légendaires du pontifiant Oncle Ben dix ans à peine après le Spider-Man de Sam Raimi !… Hollywood prouve ici une fois de plus son incapacité totale à se renouveler, tentant sous l’excuse bien pratique du « reboot » de relancer la franchise Spider-Man après l’évincement de Sam Raimi suite à l’accueil assez tiède qu’à reçu le troisième (et pourtant excellent, n’en déplaise aux geeks) épisode de sa saga. Un troisième épisode datant de 2007 et truffé de défauts inhérents à des décisions dictées au réalisateur récalcitrant par le même studio qui – quelle gratitude ! – le remercie donc quelques années plus tard… Exit Sam Raimi, Tobey Maguire et Kirsten Dunst, priés de prendre la porte alors que leur Spider-Man 4 est déjà écrit!…

 

Une franchise aussi juteuse ne pouvant décemment pas rester sans suite, entre donc en scène Marc Webb, réalisateur à la mode d’une petite comédie branchée sympathique mais plutôt oubliable (500 Days of Summer), qui signe ici ce qui est seulement son deuxième long-métrage, un énorme blockbuster au budget astronomique!… Apparemment plus besoin d’expérience en la matière ou de savoir se servir d’une caméra pour œuvrer sur un blockbuster estival bien sage… On recommence donc à zéro mais on reprend les mêmes, à quelques exceptions près… Pour se montrer plus proche du public, Peter Parker (Andrew Garfield) devient dans cette nouvelle version inutile un ado « cool » et mal coiffé, portant une CAPUCHE (signe qu’il est cool mais qu’il a des problèmes…) Sa nouvelle copine (Emma Stone, qui à 25 ans a du mal à passer pour une lycéenne) tente de se démarquer de Kirsten Dunst en se la jouant « caustique », à grands renforts de dialogues sensés être humoristiques et jouant sur la timidité naturelle de Peter Parker mais bien trop mal écrits pour faire illusion. Pas vraiment la faute aux deux acteurs principaux qui font ce qu’ils peuvent, soutenus qui plus est par de bons seconds rôles (Sheen, Sally Field, Denis Leary, C. Thomas Howell…)…

 

Mais c’est plutôt la malhonnêteté de tout le projet qui transforme ce « Spectaculaire Spider-Man » en « Spider-Man pas trop top »… Regardant la trilogie formidable de Sam Raimi de haut, on tente une fois de plus l’approche « plus sombre » à la Christopher Nolan, au point que le New York de « The Unnecessary Spider-Man » ressemble à une Gotham City du pauvre… Et si quelques scènes d’action valent leur pesant de cacahuètes, le film souffre terriblement d’un véritable manque de vision et de personnalité d’un metteur en scène, du souffle épique nécessaire et du romantisme volontairement naïf et exacerbé du duo Spider-Man / Mary-Jane dans les trois épisodes précédents. Un romantisme remplacé ici par des poses de petits malins (peu d’émotions, un humour qui ne fonctionne que rarement, un couple d’amoureux sans grande alchimie…) et une fois de plus, ce cynisme et cet appât du gain dictant les décisions prises sur ces films à gros budgets… Là où Sam Raimi (toujours lui!) nous montrait tout son amour du comic-book avec ses cadrages délirants (déjà expérimentés dans la trilogie Evil Dead et surtout Darkman, toujours le meilleur film comic book à ce jour…) , une folie de tous les plans et des performances d’acteurs plus vraies que nature, Marc Webb se contente d’une mise en scène très sage et bêtement anonyme, plagiant l’esprit plus « sombre » de la saga Batman parce que c’est la mode. Le ton reste terriblement incertains et certains choix artistiques et visuels s’avèrent catastrophiques ou hors-propos, tel le design d’un rat géant du plus mauvais goût. Mais le plus gros échec du film réside dans la transformation du méchant de service en un Lézard tout en images de synthèse très moches, qui ressemble à s’y méprendre aux créatures de ce navet intergalactique qu’était le Super Mario Bros. de 1993 ! Sam Raimi avait le bon goût de laisser ses « méchants » (Willem Dafoe, Alfred Molina, Thomas Haden Church) interpréter leurs personnages de bout en bout mais ici, le pauvre Rhys Ifans, sous-exploité, doit vite laisser la place à une créature en images de synthèse sans doute réalisée dans l’urgence (la date de sortie du film ayant été déterminée bien avant le premier coup de manivelle!..)

 

Un film de superhéros un peu impersonnel et pas très joli… passe encore, ce ne serait pas le premier… celui-ci bénéficiant qui plus est d’acteurs motivés, à défaut d’être toujours convaincants… Mais là où le bât blesse et où l’entreprise devient carrément détestable, c’est dans cette foutue manie de prendre le spectateur pour un simple consommateur… ainsi, en dernière minute, Marc Webb (qui malgré son inutilité était sans doute animé de bonnes intentions) s’est vu privé de son montage initial et qu’un remontage hâtif fut effectué afin que l’intrigue principale, élément déclencheur du film (qu’est-il arrivé aux parents de Peter Parker, disparus mystérieusement ?) ne soit tout simplement pas élucidée!… A la place, une scène en fin de générique absolument ridicule, cliffhanger à la Marvel mais ne révélant absolument RIEN!

 

Pour savoir ce que sont devenus les parents de Peter, rendez-vous vers 2016 pour le troisième épisode de cette nouvelle trilogie…

 

Reviens vite, Sam… tu nous manques !

 

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14.

HOPE SPRINGS

(TOUS LES ESPOIRS SONT PERMIS)

2012, de David Frankel

Avec Tommy Lee Jones, Meryl Streep, Steve Carell, Mimi Rogers et Elisabeth Shue

 

Est-ce un drame ? Une comédie ? Les deux ? Aucun des deux?… A force de se poser la question, on commence sincèrement à détester les personnages de cette « comédie dramatique » (comme ça, le problème est réglé…) dont le casting prestigieux laissait pourtant augurer du meilleur. Dans cette histoire de couple de sexagénaires (Tommy Lee Jones et Meryl Streep) dont la vie sexuelle s’est étiolée au fil des ans au point de devenir inexistante, le scénario prend un tournant trop souvent emprunté dans les comédies américaines actuelles : celle du psy / gourou miraculeux qui va, lentement mais sûrement, réapprendre au couple à s’aimer et à retrouver la passion via des exercices sexuels en forme de devoirs, un parcours évidemment parsemé d’obstacles HILARANTS… Pourquoi pas… Malheureusement nous avons ici affaire à un film qui se retrouve constamment le cul entre deux chaises : un film qui se veut « adulte » mais bourré de « gags » pas drôles empêchant de le prendre au sérieux : pas assez drôle pour se qualifier de comédie et trop peu sérieux pour se ranger dans la catégorie du drame…

 

L’esprit Judd Apatow manque cruellement aux ressorts comiques de l’ensemble et l’on se retrouve en fin de compte avec une de ces comédies de studio à grand public inoffensives et directement oubliables. Tommy Lee Jones, bougon et assurant le service minimum, n’a pas l’air très convaincu non plus par la qualité du script et Meryl Streep redouble d’efforts puisqu’elle semble être la seule à y croire… Et pourquoi bon sang, engager l’un des comédiens les plus doués de sa génération (Steve Carell) pour ne lui donner absolument rien de drôle à faire ou à jouer dans le rôle de ce gourou bien sage ?… Un véritable gâchis de talents !… Meryl Streep et Tommy Lee Jones : 20 nominations à l’Oscar à eux deux, 4 statuettes récoltées… et les voici réduits à jouer une scène de fellation ratée dans un cinéma comme s’ils se retrouvaient au générique d’un énième American Pie… Honteux ! De la part du réalisateur du réussi The Devil Wears Prada, on pouvait s’attendre à autre chose que ce ramassis de clichés et de lieux communs peu mis en valeur par un ton très incertain.

 

Pour un véritable point de vue sur le quotidien authentique d’un couple vieillissant, allez plutôt voir Amour, de Michael Haneke!

 

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13.

TAKEN 2

2012, de Olivier Megaton

Avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen et Rade Serbedzija

 

Remake à peine déguisé du premier épisode, Taken 2 pâtit d’un scénario paresseux qui tiendrait sur une serviette en papier et d’un opportunisme flagrant que son producteur, Luc Besson (à quand la retraite, Luc ?) ne cherche même plus à dissimuler… Destiné uniquement à capitaliser sur l’énorme succès surprise d’un premier épisode qui était prévu au départ pour une simple sortie DTV, ce Taken 2 tente de rameuter encore plus de pigeons en gommant le seul élément qui faisait le succès et la qualité de son prédécesseur : sa violence jouissive et décomplexée. Pire, le film de Megaton (un réalisateur aux aptitudes inversement proportionnelles à son patronyme) ne capitalise jamais sur les aptitudes physiques d’un personnage autrefois plutôt original, qui ici n’est rien d’autre qu’un personnage de film d’action lambda qu’aurait très bien pu interpréter Steven Seagal si il n’était pas coincé sur l’un de ses quinze tournages annuels en Roumanie…

 

On l’a bien compris, le classement PG-13 de ce deuxième épisode coule le projet dans un abîme de médiocrité. Taken 2 est un film de fonctionnaires à l’image de Luc Besson : un peu bête, un peu raciste, un peu cynique et un peu beauf et qui n’y croit plus depuis longtemps… Il faut voir Liam Neeson tirer dans le vide sans que l’on ait l’occasion d’admirer le résultat ou encore cette apothéose avec la mort ridicule du méchant principal qui se passe pratiquement hors-champ ! Des exploits effectués par le monteur le plus incompétent jamais engagé sur un film d’action… puisqu’il gomme toute l’action pour préserver nos chères têtes blondes de toute cette violence DÉGUEULASSE! A ce degré d’abnégation, on espérait qu’un troisième épisode ne fasse pas suite… c’est évidemment sans compter sur le public qui s’est rué en masse dans les salles, sans doute attiré par le seul élément de qualité du film : le toujours excellent Liam Neeson, qui cachetonne ici sans grande conviction et qui vaut bien mieux que cette chose un peu molle et oubliée fissa dès qu’arrive le générique de fin.

 

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12.

COSMOPOLIS

2012, de David Cronenberg

Avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Kevin Durand, Paul Giamatti, Samantha Morton, Juliette Binoche, Mathieu Amalric et Jay Baruchel

 

Cynique jusqu’au malaise, le roman de Don De Lillo adapté par Cronenberg nous expose (en résumant beaucoup) que le monde court à sa perte et que notre existence est vide de sens. Seul le capitalisme règne encore en maître, un capitalisme représenté par le « héros » du film incarné par ce pur produit marketing qu’est Robert Pattinson (excellente idée de casting, donc…) Très bien tout ça… Malheureusement, là où Cronenberg aurait du prendre la voie de la comédie satirique à la American Psycho, il nous embarque dans une longue, très très longue promenade en limousine en compagnie du multimilliardaire Eric Packer (Pattinson), cousin éloigné de Patrick Bateman (le « héros » d’American Psycho…) traversant un New York en plein chaos pour aller se faire couper les cheveux. Au cours de son périple dans cette voiture de luxe qui lui sert de maison, de bureau et de futur tombeau, Packer va rencontrer diverses guest stars, et entamer avec celles-ci des dialogues incroyablement verbeux et longuets sur le sens profond (ou plutôt le manque de sens) de l’existence. A croire que le réalisateur (qui signe ici son premier film réellement mauvais) s’est contenté de copier-coller les dialogues du livre… Une possibilité puisque ce Cosmopolis, parcouru par quelques visions d’apocalypse plus ridicules qu’effrayantes (et montrés dans une bande-annonce mensongère faisant croire à un film spectaculaire), s’est monté dans l’urgence et pour un budget réduit après la production de l’excellent mais terriblement sous-estimé A Dangerous Method sorti lui aussi en 2012, 6 mois plus tôt…

 

Juliette Binoche en prostituée fatiguée vient écarter les jambes, Samantha Morton nous endort, Mathieu Amalric ne fait que passer en entarteur péroxydé, Paul Giamatti, acteur pourtant fabuleux a bien du mal à se dépétrer de ce texte interminable, sans queue ni tête et finalement vide de tout sens mais rempli d’un cynisme non pas libérateur mais qui au contraire, enfonce tout le monde… Seuls Kevin Durand en garde du corps costaud amoureux du travail bien fait et Sarah Gadon en épouse délaissée confèrent un peu de vie à leurs personnages pendant que Robert Pattinson se fait longuement examiner la prostate dans une scène que Cronenberg aimerait rattacher à l’ensemble des thèmes et obsessions qui ont toujours parcouru son œuvre mais qui s’avère juste ridicule.

 

Cosmopolis est un naufrage artistique qui ne raconte rien et prend deux bonnes heures pour le faire. La « Nouvelle Chair » prônée par Cronenberg est bien morte et le réalisateur (ou serait-ce De Lillo?) semble nous dire que le chaos est devenu la seule voie possible… Alors… Erreur de parcours ou provocation savamment élaborée d’un réalisateur prêt à démontrer par l’exemple le message cynique de l’œuvre de De Lillo en réalisant un film interminable et dénué de sens ? Connaissant l’intelligence de Cronenberg, c’est sans doute la deuxième solution qui prévaut… Malheureusement tout ce qu’il arrive à démontrer avec Cosmopolis, c’est un degré de prétention mal placé et un éloignement volontaire de son public, lui qui a préféré tourner le dos aux purs « films de genre » et à une audience toute acquise à sa cause, pour s’adresser uniquement aux critiques et se poser en auteur élitiste « important »… Avec Cosmopolis en tout cas, Cronenberg n’essaie jamais plus de plaire, allant jusqu’à nous priver de l’issue du règlement de compte final… il est enfin libre ! Mais libre de quoi exactement ?… Tant mieux pour lui mais le public a le droit de rejeter en bloc cet exercice assez vain.

 

Voici donc le premier film de David Cronenberg que l’auteur de ces lignes déteste avec passion. Comme quoi, il y a vraiment un début à tout… Pour nous consoler, revoyons de toute urgence Dead Zone, La Mouche, A History of Violence, Faux Semblants ou encore Crash, dont le héros partage plus d’un point commun avec celui de Cosmopolis… des chefs d’œuvre où ressortent les obsessions et les excès « body-horror » du réalisateur canadien à une époque où il savait encore se montrer généreux avec son public…

 

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11.

BATTLESHIP

2012, de Peter Berg

Avec Taylor Kitsch, Alexander Sarsgard, Liam Neeson, Rihanna, Brooklyn Decker et Peter MacNicol

 

L’acteur Peter Berg s’était fait une jolie petite réputation en passant derrière la caméra : son excellent drame sportif, Friday Night Lights étant devenu culte au point de générer une série télévisée de qualité. Après The Kingdom et Hancock, ses deux (très bons) premiers films à gros budgets, Berg passe aux choses sérieuses avec Battleship, adaptation très « libre » du célèbre jeu Hasbro « Touché / Coulé », qu’il transforme en un énorme blockbuster estival narrant à grands moyens mais sans grande conviction une énième invasion extraterrestre. A quand l’adaptation au cinéma du « Docteur Maboul » ?… Un blockbuster des familles comme en tournent à la pelle ce grand garçon délicat de Michael Bay et le poète Roland Emmerich… Mal lui en prit, puisqu’avec ce nouveau projet, ce sont les pires penchants rednecks et « salut au drapeau » de Peter Berg qui ressortent… (« Sweet Home Alabama » - quelle originalité ! -est utilisé jusqu’à l’épuisement dans la b.o.!) puisque sans subtilité aucune, Berg nous livre une ode fétichiste et particulièrement crétine aux forces militaires américaines, capable de faire passer Top Gun et L’ Aube Rouge pour des pamphlets communistes.

 

Tout ça ne serait encore pas trop grave si les enjeux n’étaient aussi vains : doute-t-on vraiment de l’issue du film ? Doute-t-on vraiment que le loser Taylor Kitsch saura s’affirmer et prendre la relève de son grand militaire de frère après la mort de ce dernier et enfin devenir le héros de la nation ?… Battleship, même si son montage s’avère bien moins chaotique ne réussit à s’imposer qu’en petit frère pauvre de la franchise Transformers à laquelle il ressemble immanquablement. Pour être honnête, ses nombreuses scènes d’action sont plutôt bien troussées même si les méchants extraterrestres en question sont d’une laideur assez déplaisante. Mais il est évident trop que les seuls enjeux de cette production 100 % américano-américaine sont de vendre un maximum de figurines et de jouets… Les seconds rôles (Liam Neeson, Alexander Skarsgard) cachetonnent sans grande conviction, n’ayant rien d’autre à jouer que la sacro-sainte rigueur et la dignité militaires, tandis que l’on baille poliment devant un long carnage plein de bruit et de fureur mais trop routinier pour que l’on se sente un tant soit peu concerné… A moins que votre concept de « dialogues » ne se résume à une Rihanna (pour une fois vêtue, manque de goût flagrant !) s’exprimant uniquement par des onomatopées (« Boum » s’écrie-t-elle en tirant au canon, résumant ainsi joliment tout le film!), ce Battleship si peu mémorable nous ferait presque regretter le côté mongolien décomplexé des nanars honteux de Michael Bay…

 

Touché ?… Coulé !

 

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10.

ALBERT NOBBS

2011, de Rodrigo Garcia

Avec Glenn Close, Mia Wasikowska, Aaron Taylor-Johnson, Brendan Gleeson, Phyllida Law, Janet McTeer et Jonathan Rhys-Meyers

 

Typique d’une œuvre souffrant du syndrome « film à Oscars », Albert Nobbs est un projet de longue date, adapté d’une pièce de théâtre que Glenn Close jouait déjà au début des années 80. Problème : Glenn Close, actrice phénoménale devant l’éternel, a aujourd’hui dépassé la soixantaine et – même sous le déguisement d’un homme – sa romance avec la jeune Mia Wasikowska (18 ans) n’est pas touchante et émouvante telle qu’elle devait l’être, mais juste… creepy !… Parcouru par des personnages détestables (le couple Aaron Taylor-Johnson – Mia Wasikowska tuerait père et mère pour arriver à se sortir de sa misère), Albert Nobbs ne nous facilite pas la tâche en nous demandant de nous attacher à un personnage principal résolu, peu attachant, figé et particulièrement lâche… cette domestique déguisée en homme prénommé Albert et dont le maquillage la fait ressembler involontairement à Robin Williams !… Il faut dire que les acteurs ne sont pas aidés par un réalisateur apparemment incapable de les mettre en valeur : la très jolie Mia Wasikowska est filmée sous une lumière des moins flatteuses qui lui rajoute un double menton qu’elle n’a pas… Hésitant entre scènes de comédie embarrassantes et un drame un peu grotesque qui nécessitait l’apport d’un réalisateur comme Tim Burton ou Neil Jordan, Albert Nobbs est d’une telle indigence visuelle que l’on en vient à oublier ses quelques rares qualités. Si Glenn Close fut nominée à l’Oscar de la Meilleure Actrice (pas de chance pour elle, Meryl Streep l’était aussi !), c’est de toute évidence un hommage rendu à l’ensemble de sa carrière plutôt qu’à ce film raté et à l’académisme irritant auquel il est impossible de s’attacher.

 

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9.

TWIXT

2012, de Francis Ford Coppola

Avec Val Kilmer, Elle Fanning, Bruce Dern, Joanne Whalley, Ben Chaplin et David Paymer

 

Avec toute la bonne volonté du monde, difficile de s’enthousiasmer outre-mesure pour un film dans lequel un Coppola en roue libre passe son temps à filmer le gros cul de Val Kilmer dans l’escalier d’un beffroi… An offer you CAN refuse!

 

Depuis son éloignement des studios et sa « jeunesse retrouvée » (avec Youth Without Youth et Tetro), Coppola est enfin libre ! Libre de tourner en famille, libre de filmer exactement tout ce qui lui passe par la tête (Twixt s’inspire d’un de ses cauchemars) et de laisser libre cours aux expérimentations qu’il ne pouvait se permettre sur ses films à gros budgets comme Le Parrain. Problème ? Le Coppola au service des grands studios inquisiteurs, entravé par le poids des responsabilités et des comptes à rendre s’est toujours montré bien plus performant que le Coppola libéré, un peu comme si les chaînes et les contraintes le poussaient à se surpasser et qu’une indépendance artistique libérait tous ses pires penchants nombrilistes… Ça se confirme dans ce pseudo-film de vampires à la Stephen King faisant régulièrement référence à son œuvre passée (hommage à Roger Corman, citations visuelles de RumbleFish et de Dracula, Val Kilmer se lançant dans une imitation hilarante et impromptue mais totalement gratuite de Marlon Brando…) et tentant tant bien que mal d’instaurer une atmosphère de poésie macabre et d’humour noir dans cette petite ville à la Twin Peaks. Autoportrait en forme de film d’horreur « à la Corman » d’un artiste déchu à la recherche d’un second souffle et souffrant de la perte d’un enfant, Twixt est tout simplement irregardable et s’impose d’emblée comme le pire film de ce très grand réalisateur. La psychanalyse que s’offre Coppola sur grand écran (avouant même lors d’une scène très impudique sa culpabilité face à la mort accidentelle de son jeune fils Gio en 1986) ne peut malheureusement enthousiasmer que le cinéaste lui-même. Shooté en DV avec un budget très modeste (7 millions de dollars) et gonflé en une 3D hideuse, animé par un Val Kilmer désormais obèse mais assez touchant, Twixt a beau être d’une sincérité désarmante, il n’en reste pas moins très éloigné d’un cinéma dit « professionnel », ressemblant plus à la masturbation intellectuelle d’un « jeune » vidéaste jetant sur l’écran toutes ses idées et maladresses de jeune homme : ruptures de ton abruptes (comédie, film gore, parodie, gothique style Hammer), image hideuse, style hasardeux et maladroit, acteurs en roue libre (Bruce Dern, déchaîné!), bref : un joyeux bordel qui ressemble à beaucoup de choses sauf à un film…

 

A plus de 70 ans, Coppola semble courir après son talent. Ceci étant dit – et vu que nous adorons ce parrain du cinéma – si toute cette expérience libératrice lui permet d’exorciser ses démons entre deux saisons des vendanges, c’est tout le mal qu’on lui souhaite… Twixt lui fut sans doute nécessaire. Qu’il finisse dès maintenant sa crise d’adolescence et qu’il nous revienne en grande forme pour son prochain film!

 

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8.

SUR LA PISTE DU MARSUPILAMI

2012, de Alain Chabat

Avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot, Lambert Wilson, Géraldine Nakache, Patrick Timsit, Liya Kébédé et Jacques Weber

 

Dieu sait qu’on l’aura aimé Alain Chabat ! Le moins nul des Nuls, acteur et scénariste désarmant de drôlerie, il aura apporté à notre génération son humour post-moderne mordant et bon enfant avec Les Nuls – L’Emission (adaptation française du mythique Saturday Night Live), La Cité de la Peur, Didier, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Prète-Moi ta Main… et s’est avéré le seul français à avoir su adapter dans la langue de Voltaire l’esprit absurde des ZAZ (Airplane (Y-a-t-il un Pilote dans l’Avion ?), The Naked Gun (Y-a-t-il un Flic Pour Sauver la Reine ?) Ses points forts ? Un sens de la réplique aux petits oignons, des dialogues que l’on récite encore vingt ans plus tard, un sens du timing comique et du gag visuel inégalables, des références à la pop culture à foison, ainsi qu’une bonne bouille attachante et un jeu d’acteur irrésistible, faisant de lui l’équivalent français de Will Ferrell, des années avant Will Ferrell !… Et sa bite? C’est du béton!

 

Son point faible ? Au fil des ans, Alain Chabat s’est fait beaucoup de bons amis. Parfois pour le meilleur (Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui), souvent pour le pire, tels Jamel Debbouze, Les Robins des Bois, Gad Elmaleh et consorts, autrement dit cette fameuse deuxième génération de comiques made in Canal +, humoristes qui vouent un véritable culte aux Nuls sans jamais avoir vraiment compris ce qui faisait leur succès : déconner dans le politiquement correct le plus complet et sans improvisations vaseuses… Par sa générosité, Chabat s’est un peu transformé en « parrain » officieux de plusieurs d’entre eux et les fait tourner régulièrement dans ses propres films, ce qui est tout à son honneur. Malheureusement, signe des temps oblige et pour généraliser grossièrement, cette nouvelle génération n’a su faire part que d’un humour terriblement infantile et absolument inoffensif, un humour qui a d’ailleurs tendance à vieillir très mal (nous vous mettons au défi de revoir des « sketches » de Jamel de 15 ans d’âge!…) De nos jours en France de toute façon, dès qu’un humoriste tente une vraie provocation (Dieudonné), il se fait engueuler et interdire d’antenne manu-militari…

 

On aurait pu penser après le sévère échec de RRRrrrr !!!! en 2004, sa collaboration mi-drôle, mi-pas drôle du tout avec l’équipe des Robins des Bois (des comédiens doués mais dont les sketches ont une durée de vie d’à peu près 5 minutes…), que Chabat avait compris qu’il pouvait et devait mieux s’entourer. Malheureusement, c’est cet humour inoffensif et la présence de Jamel Debbouze qui plombent en partie cette adaptation de la célèbre BD de Franquin, un projet de longue date, véritable madeleine de Proust pour l’ex-Nul. Bien dirigé, Jamel peut s’avérer excellent comme il l’a prouvé dans Parlez-Moi de la Pluie. Malheureusement, en grand fan de ses improvisations miteuses et de ses vaines gesticulations, Chabat laisse une fois de plus Jamel partir en roue libre (c’était l’un des rares écueils de Mission Cléopâtre) alors que le scénario nécessitait des dialogues bien mieux travaillés pour coller au plus près à la BD… De fastidieux  problèmes de droits l’ayant empêché d’utiliser les personnages cultes de Spirou et Fantasio, Chabat les remplace par un duo Chabat / Debbouze qu’il espère transformer en duo à la Pierre Richard / Gérard Depardieu mais qui ne fonctionne pas, chacun semblant vouloir faire son petit one-man show de son côté avec un Jamel qui comme toujours, tire la couverture à lui.

 

Pire encore et beaucoup plus étonnant, Chabat n’améliore pas son cas avec la direction artistique de ce projet qui, dès les toutes premières images et la typographie du générique ressemble davantage à un gros téléfilm de luxe qu’à un film de cinéma. Décors de carton-pâte, maquillages spéciaux approximatifs, seconds rôles mal écrits (Fred Testot, Géraldine Nakache, Patrick Timsit…), Sur la Piste du Marsupilami rate à peu près tout ce que Mission Cléopâtre réussissait avec brio. Il est vrai que Chabat signe ici une œuvre destinée avant tout aux enfants et que ce ton très léger est supposé rendre hommage à la bande dessinée mais cela n’excuse pas le manque de rigueur visuelle et un scénario que l’on croirait à moitié improvisé ou écrit dans l’urgence, à moins qu’il ne soit le fruit de nombreuses réécritures. Il est un fait avéré que les français sont plus ou moins incapables d’adapter correctement une bande dessinée humoristique à l’écran comme l’ont encore prouvé les récents et pitoyables Lucky Luke et Astérix et Obélix : Au Service de Sa Majesté. Mission Cléopâtre semblait être l’exception à la règle mais il puisait son inspiration dans de nombreuses autres références et savait se détacher de l’œuvre d’Uderzo… Sur la Piste du Marsupilami souffre donc pour sa part d’un gros problème de ton puisque entre deux gags visuels avec la bestiole qui fait houba-houba-hop, nous avons droit à une longue scène où Jamel, enterré jusqu’au cou, se fait violer la tête par un chihuahua ! Pour ce qui est du respect de l’esprit gentiment subversif de Franquin, on repassera… Bien entendu, quelques bons gags et moments très drôles subsistent mais éparpillés sur 1h45, c’est quand même bien peu pour un film réalisé par le meilleur comédien français de sa génération. Un film dont le meilleur gag consiste en Lambert Wilson en Général obsédé par Céline Dion et se lançant dans un (long) playback sur « Pour que tu m’aimes encore » est un film qui se trompe de cible et qui a du mal à comprendre à qui il s’adresse exactement…

 

Espérons que Chabat retrouve de sa superbe dans les années à venir et que sa carrière ne suivra pas la trajectoire de ses collègues Nuls ou encore des Inconnus.

 

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7.

THE HUNGER GAMES

2012, de Gary Ross

Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Elizabeth Banks, Woody Harrelson, Donald Sutherland, Wes Bentley, Stanley Tucci et Toby Jones

 

Si certains blockbusters à la mode, adaptés de best-sellers pour adolescents ne méritent pas forcément la haine que leur vouent les cinéphiles dits « sérieux », d’autres méritent encore moins leur succès planétaire, aussi prévisible soit-il… The Hunger Games fut néanmoins encensé par la critique (de mauvaise foi?) et plébiscité par le public, entraînant directement la production des 3 prochains films de la saga. Malheureusement, The Hunger Games se révèle parfaitement symptomatique des dérives actuelles des « gros » films de studios… D’un sujet à priori très riche,  provocateur et propice à la controverse (dans un monde où règne la famine et où les élites sont de plus en plus riches, des enfants / adolescents des quartiers pauvres doivent s’entretuer en direct afin de gagner la première place du podium d’une émission télévisée suivie par la nation entière…), Gary Ross, pourtant auteur du très sympathique Pleasantville n’arrive à tirer qu’un énorme pétard mouillé, symbole du règne tout-puissant de la fameuse classification « PG-13 ». En effet, pas ou très peu de réelle violence (les meurtres sont filmés hors-champs ou excessivement édulcorés, l’héroïne ne tue que des enfants « psychopathes », ce qui est bien pratique), encore moins de sexe ou de jurons (ces adolescents-là sont-ils si ennuyeux qu’ils mériteraient de mourir ?) mais des têtes à claques très lisses et peu charismatiques (à l’exception de la fabuleuse Jennifer Lawrence à qui l’on souhaite de vite passer à autre chose) qui se content fleurette dans les prés en attendant que leurs copains s’entretuent hors-champ…

 

Tout ça ne serait encore pas trop grave et pourrait facilement être pardonné si The Hunger Games proposait une expérience visuelle digne de ce nom. Et c’est bien là que le bât blesse puisque à ce niveau, le film de Gary Ross est une véritable catastrophe en termes de direction artistique et de choix visuels, preuve d’un film lancé dans l’urgence pour capitaliser sur le succès de l’autre franchise pour ados du moment, Twilight… D’une indigence visuelle rare pour un blockbuster à gros budget, The Hunger Games fait pitié à voir, particulièrement lors d’un final avec des toutous en images de synthèse hideux et peu féroces mais surtout lorsque l’on arrive à Panem, la mégapole clinquante et vulgaire imaginée par l’auteur Suzane Collins… Prenant (le mauvais) exemple sur La Menace Fantôme de George Lucas, Panem est tout simplement une horreur. Si son côté kitsch et bourgeois est évidemment volontaire, cela n’excuse pas pour autant des effets spéciaux aussi pauvres et des décors pixellisés  sans réelle « existence » tangible… On a trop souvent l’impression que le réalisateur laisse la place à la seconde équipe et coupe de temps à autres vers un plan de la ville en images de synthèse. Qu’on nous rende nos bonnes vieilles matte-paintings d’antan !… Quant aux scènes d’action, elles sont filmées en shaky-cam (palliatif bien pratique à une chorégraphie travaillée) et sans le moindre sens de la géographie, un peu comme si l’équipe suivait ses acteurs au hasard…

 

Jouer sur la vulgarité des nantis et ridiculiser leurs richesses est une chose. Mais engager une poignée d’acteurs de seconds rôles prestigieux (Stanley Tucci, Toby Jones, Donald Sutherland, Woody Harrelson, Elizabeth Banks…) pour les déguiser en clowns aux couleurs chamarrées et leur faire réciter des dialogues indigents remplis de lieux communs, non merci… The Hunger Games est donc une chose très laide ni faite ni à faire… mais qu’ils vont pourtant refaire tous les deux ans dans les années à venir !… Le règne du PG-13 et du « film dystopique post-apocalyptique pour enfants » mièvre, sans couilles et sans saveur est donc arrivé ! On préférera donc revoir en boucle le fabuleux Battle Royale de Kenji Fukasaku (qui raconte à peu près la même chose mais avec 100 fois plus de classe et d’honnêteté) ou si nous sommes d’humeur rigolarde, le rigolo Running Man de Paul Michael Glaser… Reste à sauver le talent et le charme de Jennifer Lawrence que cette nouvelle franchise risque à n’en point douter de bien vite « kristenstewartiser », c’est-à dire de rendre cette jeune actrice très talentueuse et de la métamorphoser en une héroïne inoffensive et inexpressive enrobée dans du papier cadeau clinquant à destination des gamines du monde entier… The Hunger Games se termine sans réelle conclusion puisqu’il ne s’agit pas tant d’un « film » que d’un « premier épisode », filmé comme le pilote d’une série télévisée. Triste époque… Ces jeux-là nous laissent sur notre faim!

 

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6.

BLACK GOLD

2011, de Jean-Jacques Annaud

Avec Tahar Rahim, Antonio Banderas, Mark Strong, Freida Pinto, Riz Ahmed et Liya Kébédé

 

Si les ambitions de Jean-Jacques Annaud sont – comme d’habitude chez ce grand réalisateur – parfaitement louables (raconter comment deux émirs arabes aux philosophies opposées se font la guerre dans les années 30 à propos de l’industrie naissante du pétrole), jamais il n’arrive à rendre épique cette histoire faisant écho au monde moderne et qui nécessitait à sa barre la passion et la vision d’un David Lean. Plutôt que de nous passionner par cette lutte de pouvoir entre Nessib (Antonio Banderas – dont l’approche moderne et progressiste cachent mal son amour pour l’argent et les limousines de luxe) et Amar (Mark Strong – un homme fier et borné, porté par la foi et un conservatisme profond le poussant à faire vœu de pauvreté), Annaud se concentre sur une histoire d’amour à l’eau de rose entre le jeune prince Auda (Tahar Rahim) qui va tenter d’unir les tribus du désert et la fille de Nessib, son père adoptif (Freida Pinto). Pourquoi pas… Malheureusement, plutôt que de construire de vrais personnages, Annaud n’arrive qu’à dessiner des archétypes mal dégrossis. C’est particulièrement flagrant avec la performance embarrassante d’Antonio Banderas dont l’accent reste encore assez mal défini, la talentueuse Freida Pinto réduite à jouer les potiches et un casting international composé maladroitement d’accents anglais, français et espagnols qui ne font pas très sérieux… Visuellement splendide, Black Gold reste malheureusement un film raté et terriblement ennuyeux, au script (écrit en comité – et ça se sent) plombé par son académisme et animé par des personnages que les acteurs n’arrivent jamais à faire vivre au-delà de grossières caricatures. Nous avons beaucoup aimé Jean-Jacques Annaud et il retrouve au détour de quelques plans (un « camélocide » particulièrement sanglant) la puissance épique de son cinéma, mais force est de constater que depuis son splendide et « sergioléonesque » Enemy At the Gates (Stalingrad) en 2001, il a beaucoup de mal à retrouver l’inspiration…

 

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5.

REC 3 – GENESIS

2012, de Paco Plaza

Avec Leticia Dolera, Diego Martin, Ismael Martinez et Alex Monner

 

Un changement de registre insultant et malvenu dans une franchise jusque là irréprochable.

 

Retrouvez ICI notre critique du film de Paco Plaza…

 

 

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4.

SILENT HILL – REVELATION 3D

2012, de Michael J. Bassett

Avec Adelaide Clemens, Kit Harrington, Sean Bean, Carrie-Ann Moss, Deborah Kara Unger, Malcolm McDowell et Radha Mitchell

 

Suite tardive à un premier épisode signé en 2006 par Christophe Gans, un film déjà pas bien folichon et plombé par une direction d’acteurs hasardeuse, ce Silent Hill Revelation 3D sensé redresser la barre et insuffler un nouveau souffle à cette franchise moribonde est pourtant ce qui se fait de pire en matière de suite… Remake à peine déguisé du premier épisode (sa structure narrative est quasiment identique, oblitérant par conséquent toute sensation de surprise ou de nouveauté), destiné au public de 2012 qui aurait oublié depuis longtemps l’opus 2006, cet épisode n’est – au premier regard – pourtant pas dénué de certaines qualités parmi lesquelles la très jolie photographie macabre signée Maxime Alexandre (le chef’op habituel d’Alexandre Aja)  et une galerie de très belles créatures horrifiques semblant tout droit sorties (ou plagiées, c’est selon) de l’univers de Clive Barker… Malheureusement c’est à peu près tout !… Car ce Silent Hill – Revelation 3D gagne certainement la palme du scénario le plus paresseux écrit de longue date, ne racontant absolument RIEN de plus que dans la version de 2006… Allers-retours incessants et exaspérants entre le réel et la ville fantôme de Silent Hill (une idée déjà de mise dans le récent et piteux remake des Griffes de la Nuit), caractérisation très hasardeuse des personnages principaux, dialogues purement informatifs et souvent risibles, aucune sensation de suspense ou de terreur (un comble !) mais une imagerie grotesque assez tiède et laissant de marbre… le film de Michael J. Bassett est plombé tout particulièrement par un ennui profond et par une interprétation une fois de plus à la ramasse. Si les deux jeunes adolescents héros de ce nouveau « cauchemar » sont interprétés par deux têtes à claques parfaitement inoffensives (Adelaide Clemens et Kit Harrington), les seconds rôles sont tenus par des acteurs confirmés cachetonnant honteusement, reprenant le temps d’une scène (Deborah Kara Unger) et sans véritable utilité (Radha Mitchell) leurs rôles du film précédent, tandis que Sean Bean rempile également pour disparaître aussi vite, sa participation ayant sans doute été négociée à grand prix par un agent peu scrupuleux… Malcolm McDowell, habitué des rôles alimentaires a l’air de se demander ce qu’il fout là et de quoi il s’agit. Mais la palme de la pire performance de l’année revient à Carrie-Anne Moss (Matrix) dans le rôle de la méchante de service, dans un grand numéro de n’importe quoi, perruque ridicule et dialogues cartoonesques à l’appui… Des personnages figés et interprétés sans passion par des acteurs fonctionnaires !

 

Dommage car l’univers de Silent Hill est véritablement propice à la terreur mais Michael J. Bassett (qui faisait pourtant part d’une belle énergie avec l’excellent Solomon Kane) semble s’en tenir à filmer religieusement un très mauvais scénario sans le moindre enjeu émotionnel et pas la moindre sensation de malaise… Pour un film adapté du jeu vidéo le plus flippant au monde, ça la fout mal ! C’est ce qu’appelle donc une occasion gâchée : le film ressemble en fin de compte à une de ces énièmes suites de Hellraiser (avec un peu plus de budget) ou à une quelconque production Dimension comme les Frères Weinstein en sortaient à la pelle dans les années 1990-2000… On pourra dire tout le mal que l’on veut à propos de la franchise concurrente Resident Evil, mais celle-ci a au moins l’honnêteté d’être particulièrement généreuse en action, horreur et péripéties. Elle bénéficie également de la participation d’une star et d’un réalisateur très impliqués, pour le pire et pour le meilleur, dans sa fabrication : Milla Jovovich et Paul W.S. Anderson… Rien de tout ça ici… chaque participant donnant l’impression d’avoir envie d’être ailleurs. Il manque à cette franchise l’implication et l’inventivité d’un John Carpenter période L’Antre de la Folie. On échangera donc très volontiers nos deux barils de Silent Hill contre le nouveau baril de Resident Evil

 

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3.

GHOST RIDER – SPIRIT OF VENGEANCE

2011, de Mark Neveldine et Brian Taylor

Avec Nicolas Cage, Ciaran Hinds, Violante Placido, Idris Elba et Christophe Lambert

 

Nicolas Cage en motard de l’enfer au crâne prenant feu à la moindre occasion et Christopher Lambert en moine louche?… Évidemment sous ces conditions, on signe tout de suite et on parie sur une énorme tranche de franche rigolade dégressive et décomplexée, apte à nous faire oublier un premier épisode tout simplement abominable ! Après tout, les deux réalisateurs fous, engagés pour reprendre la franchise à zéro et faire oublier l’opus de Mark Steven Johnson sorti en 2007, n’avaient-ils pas signé les inventifs et barrés Crank (Hyper Tension) et Crank 2 – High Voltage (Hyper Tension 2), de vrais films de grands malades aussi joyeusement vulgaires que fendards ?… Malheureusement ici, rien ne prend ! La folie promise et l’inventivité des réalisateurs semble s’être évaporée dans les paysages terriblement cheap de Roumanie où le film fut tourné et avec le maigre budget, sans doute utilisé en grande partie en cocaïne (nous ne voyons pas d’autre explication)… Le vaillant Nicolas Cage semble s’ennuyer à mourir (au moins dans le premier épisode, il paraissait s’amuser comme un fou, même si il était bien le seul !), le vétéran Ciaran Hinds essaie de lui voler la vedette en faisant absolument n’importe quoi dans le rôle de Lucifer, notre Totophe Lambert adoré ne fait finalement que passer… et le tout ressemble à une de ces « Roger Cormaneries » emballées en quelques jours avec un budget dérisoire au milieu des années 90, sans réel scénario ni enjeux dramatiques. Qu’il s’agisse là du titre le moins glorieux de la filmographie récente de Nicolas Cage qui ces dernières années n’avait pas vraiment besoin de ça donne une bonne idée du désastre… On nous promettait la lune, on s’ennuie à mourir… Quant à l’humour régressif et bienvenu annoncé par le trailer, il se résume en fin de compte à un Ghost Rider pissant du feu depuis une voiture. A ce niveau de sophistication et de bon goût, il est vraiment temps de confier l’épisode 3 à Uwe Boll… ou de renvoyer une bonne fois pour toutes ce Ghost Rider sinistre aux portes de l’enfer.

 

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2.

LE GUETTEUR

2012, de Michele Placido

Avec Daniel Auteuil, Mathieu Kassovitz, Olivier Gourmet, Francis Renaud, Violante Placido et Michele Placido

 

Un remake « sérieux » de La Cité de la Peur avec un Daniel Auteuil obèse et peu concerné qui passe la durée du film à « faire son Michael Madsen » (c’est-à dire qu’il dort debout, en pilotage automatique et assure le service minimum) dans la peau d’un flic chargé de coffrer une bande de braqueurs de banques menée par le « guetteur » du titre, Mathieu Kassovitz, un sniper d’élite chargé de dégager le chemin pour ses comparses depuis les toits… De ce point de départ assez alléchant, Michele Placido ne sait qu’en faire puisque l’intrigue est vite mise de côté pour se consacrer à une sous-intrigue de serial killer campagnard dont on a toujours beaucoup de mal après la vision du film à comprendre ce qu’elle vient faire là-dedans et quel est le rapport avec le reste … Et la palme du tueur en série le plus ridicule du cinéma est décernée à… l’abominable Olivier « en fait c’était moi le tueur » Gourmet qui cabotine et gesticule vainement comme si sa vie en dépendait, dans un grand numéro de n’importe quoi, nouvelle preuve que des acteurs français dirigés par un réalisateur ne parlant pas la langue est toujours une très mauvaise idée !…

 

Michele Placido, excellente « gueule » du cinéma italien passé à la réalisation avait pourtant su faire preuve de beaucoup d’ambition pour son excellent et épique Romanzo Criminale en 2005, mais c’est à se demander au vu de ce navet indescriptible et d’une mollesse décourageante dans sa mise en scène  ce qui a bien pu l’intéresser dans ce scénario terriblement brouillon, qui part dans tous les sens et ne va au bout d’aucune de ses idées, laissant une très fâcheuse impression de gâchis et de perte de temps pour toutes les personnes impliquées dans l’affaire autant que pour les ( très rares) spectateurs qui se sont risqués dans les salles. Le pire du polar « à la française »…

 

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1.

THE DARKEST HOUR 3D

2011, de Chris Gorak

Avec Emile Hirsch, Olivia Thirlby, Max Minghella, Rachael Taylor et Joel Kinnaman

 

Comment rester poli en parlant de The DarkestHour 3D, vendu à grand renfort de publicité mensongère comme le premier blockbuster russo-américain ?… Disons que voilà un film qui nous ferait regretter amèrement le déjà peu glorieux Skyline des frères Strause sorti quelques mois plus tôt et qui racontait peu ou prou exactement la même chose… Mélange entre Skyline (donc) et Cloverfield (pour le groupe de jeunes survivants contraints de traverser une ville – ici Moscou – pour survivre à une subite invasion extraterrestre), The Darkest Hour est l’un des pires nanars pas drôles que l’on ait vu depuis les débuts de l’histoire du cinéma. A se demander comment des comédiens doués comme Emile Hirsch et Olivia Thirlby ont pu signer (avec une arme sur la tempe ?) pour cette coproduction douteuse parrainée  par le décourageant Timur Bekmambetov (réalisateur d’un autre « flop 2012 », Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires), un métrage mal écrit, mal réalisé et aux dialogues tellement mauvais qu’ils deviennent par moments des bijoux de comique involontaire touchant au sublime. C’est bien simple, The Darkest Hour fait fi de 100 ans de science-fiction sur grand écran et nous entraîne dans l’aventure de l’invasion extraterrestre la plus stupide qu’il soit possible d’imaginer depuis le bon vieux temps d’Ed Wood.

 

Le pire ce sont peut-être encore les extraterrestres eux-mêmes. Assez élégants (mais peu effrayants) lorsqu’ils se cachent sous leur enveloppe électrique, il faut le voir pour le croire quand arrive le dernier quart d’heure et que les bestioles sont (un tout petit peu) dévoilées avec des CGI en droite provenance de 1991… Quand un spectateur hilare dans la salle crie « un Pokemon!!! » qui fait bien rire tout le monde au moment-même où vous dévoilez votre créature principale, il faut bien se rendre à l’évidence : c’est qu’il y a un sérieux problème… De budget, d’accord. Mais tous les départements semblent ériger une statue au temple de l’incompétence! Inutile devant ce désastre de signaler le racisme primaire de l’entreprise, des personnages détestables ou idiots, voire souvent les deux à la fois, de chiches décors d’usines à l’abandon qu’aurait reniés feu Bruno Mattei (sincèrement, on se croirait parfois dans un gros Z rital des années 80 du style Virus Cannibale ou Les Rats de Manhattan, le fun en moins!), le nombre d’invraisemblances honteuses qui rempliraient un annuaire (les aliens ne peuvent pas voir les corps humains derrière du verre, sauf quand… ils peuvent!), deux conclusions successives qui disent exactement la même chose sans faire avancer le récit d’un iota, un rebondissement quinze minutes avant la fin absolument invraisemblable de bêtise (nous vous laissons la surprise!) et surtout, surtout… la laideur de la 3D ! Que ce film-là, à peine digne d’une production Asylum (encore une fois, le fun en moins) bénéficie d’une sortie internationale sur des milliers d’écrans quand on voit le nombre de bijoux qui passent directement par la case DVD… ça nous laisse pantois!

 

Bravo les gars, merci Timur, merci Chris Gorak : The Darkest Hour 3D ou 1h30 de nos vies que nous ne récupérerons jamais ! Le genre de film qui aurait fait dire aux Frères Lumière : « oh, à quoi bon?… » Si encore tout ça ne se prenait pas tant au sérieux et faisait preuve d’un minimum d’autodérision…

 

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Runner-ups :

 

Men in Black 3, Total Recall, The Watch, Savages, Mobile Home, Astérix et Obélix : Au Service de Sa Majesté, Laurence Anyways, The Paperboy…

 

 

Grégory Cavinato

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