Bilan 2018 : TOP 20 des Meilleurs Films de l’Année

Prochainement : Notre FLOP 2018

 

Notre hommage aux disparus de 2018

 

Avant d’explorer notre Top 10 en détail, passons en revue les 10 finalistes suivants…

 

11-20

 

20) BEONING (BURNING) (de Lee Chang-Dong – Corée du Sud) Cette adaptation du roman Les Granges Brûlées, de Haruki Murakami, prend pour héros le passif Jongsu, un jeune homme sans fierté, incapable de donner un sens à sa vie et dont les frustrations grandissantes vont devenir le moteur d’un récit diabolique. Lorsqu’un étrange et malsain ménage à trois se forme entre le jeune homme, son ex-copine volage, Haemi, et le nouveau compagnon de celle-ci, le mystérieux Ben, qui est peut-être un dangereux psychopathe, le récit se dirige insidieusement vers des rives inattendues. Abordant les thématiques de la lutte des classes et de la jalousie compulsive, Lee Chang-Dong (Poetry) met sa richesse thématique, son lyrisme et sa mise en scène flamboyante au service d’un thriller imprévisible et d’une cruauté terrifiante, critique virulente d’une jeunesse apathique doublé d’un éprouvant drame sans issue.

 

19) HEREDITARY (HÉRÉDITÉ) (de Ari Aster – USA) La descente aux enfers de la famille Graham, narrée dans le premier film d’Ari Aster, est presque une anomalie dans le petit monde du cinéma horrifique actuel. Hereditary ne part pas d’un concept mais de personnages, les membres d’une famille à priori normale, doublement marquée par le deuil, qui découvrent peu à peu les tares psychologiques et les névroses que leur a léguées une grand-mère aux nombreux secrets. Construit en strates, ce rare film d’horreur « sérieux » observe les survivants de la famille, prisonniers malgré eux de leur sort funeste et d’un univers de cauchemar qui n’en finit pas d’accumuler les mystères. Film de fantôme sur la transmission de la folie, drame d’une mère (exceptionnelle Toni Collette) que ses enfants détestent, jeu de piste macabre sur fond de complot satanique, critique d’une certaine Amérique blanche, réflexion sur la fascination provoquée par le Mal, voyage au bout de la folie… Hereditary est tout cela à la fois mais n’oublie jamais de nous glacer les sangs à l’aide de quelques visions cauchemardesques dignes des meilleurs films d’horreur. Le tout accompagné de quelques notes d’un humour noir bien tordu.  La virtuosité et la précision épuisantes de la mise en scène signalent l’arrivée d’un grand cinéaste et Hereditary gagne à être revu pour en apprécier toutes les subtilités. Pas mal pour un premier film!

 

18) THE HOUSE THAT JACK BUILT (de Lars Von Trier  – Danemark) Jack (Matt Dillon) est un tueur en série en chemin vers l’enfer, guidé par un mystérieux interlocuteur (Bruno Ganz) avec lequel il va débattre sur sa vie, ses choix et les raisons de ses actes. Adoptant la même structure que le dyptique Nymphomaniac (deux personnages discutent et leurs propos sont illustrés en flashbacks), The House That Jack Built, avec sa crudité naturaliste et ses myriades de scènes dérangeantes, gore à souhait, n’est rien d’autre que l’autoportrait d’un cinéaste dépressif, sous la forme d’un douloureux inventaire des pires atrocités humaines. A l’heure du mouvement #MeToo, il est effectivement problématique, voire suicidaire, de décrire toutes les femmes comme des idiotes ou des victimes en puissance. Ce serait oublier un peu vite que depuis Breaking the Waves, Dancer in the Dark et Nymphomaniac, le cinéma de Lars Von Trier s’est toujours avéré profondément matriarcal. The House That Jack Built est donc une brillante provocation comme seul Von Trier en a le secret, une comédie noire malpolie et faussement misogyne dans l’esprit de C’est arrivé près de chez vous, avec lequel il partage plusieurs éléments. Von Trier fait le portrait d’un monstre idiot et irrécupérable, à l’égo démesuré, dénué d’émotions humaines,  obsédé par la propreté, qui se prend pour un artiste mais n’est en fait que l’artisan de sa propre damnation. Pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre que Von Trier se moque de Von Trier et de sa réputation calamiteuse. Il est donc permis de voir dans The House That Jack Built un mea culpa sincère, dissimulé dans un scandaleux film de serial killer bête et méchant, parsemé d’hilarantes et fumeuses digressions théoriques sur l’art, la place de la femme dans la société ou sur l’histoire des civilisations. Dans le doute, mieux vaut rire que de s’offusquer bêtement!

 

17) MORTAL ENGINES (de Christian Rivers – Nouvelle Zélande) Cette coûteuse adaptation d’un roman à succès de Philip Reeve risque fort de ne pas figurer dans beaucoup de listes des meilleurs films de 2018. Flop historique pour le producteur Peter Jackson, éreinté sans véritable raison par la critique, ce blockbuster que le génie néo-zélandais a écrit et produit, s’est avéré déficitaire de 50 millions de dollars. Une déconvenue incompréhensible pour les rares ayant vu le film (en IMAX c’était encore mieux!) mais compréhensible pour ceux qui n’en ont vu que la bande-annonce (peu emballante) et le matériel promo qui tentait vainement de faire passer cet ambitieux film de science-fiction post-apocalyptique pour ce qu’il n’est pas : une guimauve édulcorée pour jeunes adultes à la Hunger Games. Or, Mortal Engines en est l’antithèse : avec ses thèmes ambitieux (le monde a-t-il besoin de l’Humanité pour survivre?), son irrésistible concept entre steampunk et horreur gothique (dans le futur, les grandes villes sont motorisées et parcourent le globe dévasté pour ingérer les plus petites) et ses personnages étonnants (Shrike, un effrayant cyborg tentant en vain de retrouver son humanité), le film met totalement de côté le cynisme ambiant des grosses productions hollywoodiennes pour nous offrir un magnifique récit d’aventures à l’ancienne, sorte de Waterworld (en mieux) parsemé de scènes d’action éblouissantes et d’effets spéciaux exceptionnels. Ayant été à bonne école, Christian Rivers, protégé de Jackson depuis l’époque de Brain Dead, confère à sa mise en scène l’ampleur des meilleures séquences du Retour du Roi. Certes, tout n’est pas parfait et certains acteurs (Robert Sheehan et Jihae) ne sont pas à la hauteur. Mais devant un spectacle d’une telle générosité, on aurait bien tort de bouder son plaisir!

 

16) THE DEATH OF STALIN (LA MORT DE STALINE) (de Armando Iannucci  – UK) L’esprit des Monty Python (via la présence de Michael Palin) et le souvenir du Docteur Folamour de Stanley Kubrick planent sur cette énorme farce imaginée par le créateur de la série Veep. La mort soudaine du dictateur soviétique provoque un véritable branle-bas de combat au sein du Politburo, où une galerie de guignols tantôt grotesques, tantôt dangereux, voire les deux en même temps (incarnés par Steve Buscemi, Jeffrey Tambor, Michael Palin, Rupert Friend, Jason Isaacs, Paddy Considine et Olga Kurylenko) tentent à tout prix d’échapper au peloton d’exécution en complotant et dénonçant allègrement leurs collègues et amis dans la plus franche rigolade. Maître de la satire politique, Armando Iannucci crée une inoubliable galerie de crétins magnifiques dont l’angoisse permanente au sein d’un régime de terreur nous vaut les dialogues les plus hilarants de l’année.

 

15) YURIGOKORO (de Naoto Kumazawa – Japon) En humanisant et en offrant une rédemption à une tueuse en série cruelle et diabolique, le réalisateur Naoto Kumazawa s’est attiré les foudres des gardiens de la morale dans son pays natal. Pourtant, bien plus qu’un énième film de serial killer complaisant, Yurigokoro est un chef d’œuvre humaniste dont on ressort terrassé par l’émotion.  NOTRE CRITIQUE COMPLETE ICI.

 

14) MISSION IMPOSSIBLE : FALLOUT (de Christopher McQuarrie – USA) Rares sont les sixièmes épisodes de franchises à surpasser tous leurs prédécesseurs. Mais on le sait, Tom Cruise ne fait rien comme les autres! Trois ans après l’excellent Rogue Nation, le casse-cou scientologue et son réalisateur fétiche, Christopher McQuarrie, nous offrent un blockbuster qui tutoie la perfection. Synthèse élégante entre les univers d’Alfred Hitchcock et de Jackie Chan, Mission Impossible : Fallout nous vaut quelques unes des meilleures scènes d’action de l’histoire du cinéma (une échauffourée à trois dans les toilettes d’un club, une course-poursuite haletante dans les rues de Paris, un HALO jump spectaculaire, une dangereuse poursuite entre deux hélicoptères…) ainsi qu’un climax au suspense insoutenable. Plus proche de l’esprit de la série des années 60 que les épisodes précédents, ce sixième épisode qui explore enfin les états d’âme de son indestructible héros et nous offre non pas un mais DEUX méchants dignes de ce nom (le barbu Sean Harris et le moustachu Henry Cavill) valait bien une malheureuse entorse de la cheville!

 

13) HOSTILES (de Scott Cooper – USA) En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker (Christian Bale), ancien héros de guerre (il a massacré les Sioux au siège de Wounded Knee) devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk (Wes Studi), chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales, suite à une amnistie présidentielle. Comme nombre de ses camarades morts au combat, Blocker pense que le seul bon indien est un indien mort. C’est donc la mort dans l’âme qu’il accomplit sa nouvelle mission. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid (Rosamund Pike), seule rescapée du massacre de sa famille par une tribu de Comanches. Sur le chemin qui conduit tout ce petit monde du Nouveau-Mexique au Montana, les anciens ennemis jurés vont devoir faire preuve de solidarité… Vibrant hommage au peuple amérindien, Hostiles nous montre l’envers du mythe fondateur américain : ici, la Conquête de l’Ouest n’est pas vue du point de vue d’un John Wayne filmé par John Ford, mais à la manière de Delmer Daves à l’occasion de La Flèche Brisée ou de Kevin Costner pour Danse avec les Loups : en prenant en compte la souffrance terrible de ces peuples bannis de leurs propres territoires. Classique dans sa narration, lyrique par la beauté fulgurante de ses images, Hostiles est l’histoire de colères qui s’apaisent, le portrait de trois personnages complexes, dépassés par les enjeux de la guerre, qui se sont construits dans la haine et qui, au contact de l’autre, apprennent lentement à faire la part des choses. Scott Cooper signe un grand western tragique et humaniste, malheureusement passé inaperçu dans nos salles.

 

12) BRAWL IN CELL BLOCK 99 (SECTION 99) (de S. Craig Zahler – USA) Dans le nouveau film du réalisateur de l’excellent Bone Tomahawk, Vince Vaughn détruit une voiture à mains nues dès les cinq premières minutes parce que sa femme menace de le quitter. Devenu malgré lui transporteur de drogue pour un parrain local, il se retrouve en prison, où il va être forcé d’accepter un marché diabolique. Mélange détonnant entre drame introspectif et odyssée carcérale dans une structure inspirée de L’Enfer de Dante, Brawl in Cell Block 99 est une œuvre dérangeante et sans concession, qui accumule les combats à mains nues, les morts cruelles et les fractures ouvertes avec une virtuosité de tous les instants. Véritable catalogue de cruautés physiques, d’un gore hallucinant, Brawl est un morceau de cinéma radical et hyperpuissant, qui offre à Vince Vaughn, transfiguré, le rôle de sa vie. Le comédien traverse le film comme une machine indestructible dont l’humanité s’effiloche petit à petit. Ses mouvements et sa façon de se déplacer dans le cadre s’avèrent incroyables. Plus jamais vous ne regarderez Wedding Crashers de la même façon!

 

11) A GHOST STORY (de David Lowery – USA) Le fantôme d’un homme (Casey Affleck) rend visite à sa femme en deuil (Rooney Mara) dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux questionnements de l’existence et à son incommensurabilité… Avec un simple drap de lit pour tout effet spécial et un acteur oscarisé caché en dessous, le surdoué David Lowery (Les Amants du Texas, Peter et Elliot le Dragon) crée une sublime histoire d’amour et propose une réflexion d’une tristesse insondable sur l’éternité et sur l’oubli. Parsemé de longs plans-séquences de 13 minutes, tourné en quelques jours de manière minimaliste entre deux projets plus « prestigieux », A Ghost Story est un de ces films précieux et d’une originalité folle qui vous hantent encore des semaines après la projection.

 

 

10.

A QUIET PLACE

(SANS UN BRUIT)

2018, de John Krasinski – USA

Scénario : Bryan Woods, Scott Beck et John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds, Noah Jupe et Cade Woodward

Directeur de la photographie : Charlotte Bruus Christensen

Musique : Marco Beltrami

 A Quiet Place

 

Des créatures impitoyables ont dévasté la planète et décimé la population mondiale. Aveugles, leur ouïe est surdéveloppée et elles sont uniquement attirées par le bruit. Nous suivons une des rares familles ayant survécu au désastre, de la mort brutale de leur plus jeune enfant jusqu’à leur combat frontal contre ces ennemis venus de l’espace… Certaines critiques ont reproché à John Krasinski de ne pas aller jusqu’au bout de son concept. Un film où le moindre bruit est synonyme de danger de mort aurait-il mieux fonctionné sans le moindre dialogue, bruit d’ambiance ou musique orchestrale superflue? Peut-être… L’utilisation de la chanson Harvest Moon, de Neil Young, procure pourtant au film un de ses moments les plus inspirés. Le côté expérimental de l’entreprise est donc vite évacué après un premier acte sans le moindre dialogue. (La famille communique par langage des signes…) Mais avec son astucieux concept, d’une simplicité telle qu’il est étonnant qu’il n’ait jamais été illustré auparavant, A Quiet Place s’avère brillant de bout en bout, accumulant les scènes de suspense insoutenables et des moments intimes admirablement joués par un casting d’exception, Emily Blunt en tête. Très influencé par le cinéma de M. Night Shyamalan (on pense beaucoup à The Village…), ce pur film de trouille réinvente un genre moribond. Krasinski, que l’on n’attendait pas à la tête d’une telle réussite, passe maître dans l’art d’agencer les petits éléments épars qui feront basculer le récit dans la terreur : un clou dépassant d’un plancher, le tintement d’un verre, une grossesse inattendue qui annonce un drame… Le silence  complet que le film a provoqué dans les salles de cinéma est la preuve la plus éclatante de l’efficacité du film!

 

 

 

 

9.

LUCKY

2017, de John Carroll Lynch – USA

Scénario : Logan Sparks et Drago Sumonja

Avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston, Tom Skerritt et Ed Begley, Jr.

Directeur de la photographie : Tim Suhrstedt

Musique : Elvis Kuehn

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Harry Dean Stanton est Lucky. Mais c’est nous qui avons de la chance d’assister à l’ultime performance de cet éternel second couteau du cinéma américain. Décédé en 2017 à l’âge de 91 ans, Stanton traverse ce film-testament comme il a traversé sa longue carrière : avec cet irrésistible mélange de stoïcisme, d’insouciance, de charme et d’humour, le tout gravé sur son impayable mine de vieux chien battu. Lucky est un vieillard solitaire qui commence chaque journée par des exercices de yoga en fumant ses cigarettes. Après un malaise et une visite à l’hôpital, le vieil homme, qui refuse de mourir, commence à contempler sa mortalité et se met à parcourir les rues désertes de son petit bled paumé du Texas afin d’y faire de nouvelles rencontres. Il y croise notamment un hilarant David Lynch, bien embêté parce qu’il a perdu sa tortue… Ce drôle de petit film tragi-comique, première réalisation de l’acteur John Carroll Lynch (vu dans Fargo, Zodiac, Gran Torino et American Horror Story) se veut un écho élégiaque à Paris, Texas, de Wim Wenders, qui donnait à Stanton l’un de ses meilleurs rôles. Anti-spectaculaire au possible et émouvant en diable, Lucky trouve ses meilleurs moments dans les errances de son « héros », ainsi que dans quelques conversations anodines autour d’un bar. On pense au Paterson de Jim Jarmusch et l’on sourit de plus belle lorsque Lucky débarque à l’improviste à un mariage et se met à chanter une douce sérénade qui enchante les jeunes mariés. Comme adieux, difficile de faire mieux…

 

 

 

 

8.

WERK OHNE AUTOR

(NEVER LOOK AWAY)

2018, de Florian Henckel von Donnersmarck – Allemagne / Italie

Scénario : Florian Henckel von Donnersmarck

Avec Tom Schilling, Paula Beer, Sebastian Koch, Saskia Rosendahl et Oliver Masucci

Directeur de la photographie : Caleb Deschanel

Musique : Max Richter

Werk Ohn Autor

 

« Ne détourne pas le regard. Tout ce qui est vrai est beau. » Voilà la devise inculqué à Kurt, enfant, par sa jeune tante, disparue tragiquement sous le régime nazi après avoir été internée dans un asile psychiatrique. Le nouveau film du réalisateur de La Vie des Autres suit la trajectoire d’un jeune artiste peintre dont la famille fut détruite par la guerre et dont la vie sentimentale sera à jamais chamboulée par l’assassinat de cette lumineuse et fantasque jeune femme dont il était amoureux. Adolescent, Kurt (Tom Schilling) entre dans une école d’art où il rencontre la belle Ellie (Paula Beer) qui lui rappelle son amour défunt… mais dont le père (Sebastian Koch), un ancien dignitaire nazi qui tente désormais d’échapper aux forces de l’ordre, a autrefois joué un rôle déterminant dans l’extermination de sa famille… Si, à première vue, la structure de Werk Ohne Autor est digne d’un feuilleton à l’eau de rose, la puissance exceptionnelle de la mise en scène et l’universalité des thèmes abordés en font l’un des grands films romanesques les plus irrésistibles de l’histoire du cinéma allemand. Réflexion passionnante sur l’importance du pardon, sur la place de l’art et de la beauté dans une société en guerre, histoire d’amour éternelle doublée d’un film de guerre à grand spectacle, prenant pour moteur les questionnements identitaires d’un artiste qui peine à trouver sa voie, Werk Ohne Autor ne plaira peut-être pas à la critique et aux cyniques, mais possède toutes les qualités des plus grands films populaires.

 

 

 

 

 

7.

DISOBEDIENCE

(DÉSOBÉISSANCE)

2017, de Sebastian Lelio – USA / Irlande

Scénario : Sebastian Lelio et Rebecca Lenkiewicz, d’après le roman de Naomi Alderman

Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola et Anton Lesser

Directeur de la photographie : Danny Cohen

Musique : Matthew Herbert

7. Disobedience

 

Quelques mois après Una Mujer Fantastica, le chilien Sebastian Lelio revient avec un nouveau récit de secrets enfouis et de couple interdit. Adapté d’un roman de Naomi Alderman, Disobedience, son premier film en langue anglaise, nous plonge dans la communauté juive orthodoxe de Londres, marquée par une nette résistance à l’évolution des mœurs. Ronit (Rachel Weisz), qui a quitté ce microcosme depuis longtemps, revient au bercail pour l’enterrement de son père. Elle retrouve Dovid (Alessandro Nivola), qui doit être intronisé rabbin et Esti (Rachel McAdams), ses amis d’enfance, devenus un couple marié très pieux. Ce retour va pulvériser l’équilibre de la petite communauté et réactiver l’attirance entre les deux femmes qui, autrefois, devaient se cacher pour vivre librement leur histoire d’amour. Lelio signe une magnifique ode à la tolérance sans pour autant condamner le mari trompé ni stigmatiser la religion et ses coutumes, le cinéaste refusant catégoriquement de se poser en juge. Il signe un récit passionnant qui met en évidence les dilemmes qui ébranlent les certitudes de trois personnages interprétés par un trio d’acteurs (Weisz, McAdams et Nivola) au sommet de leur art. Le cinéaste sème le trouble avant de tout faire imploser et de libérer ses personnages du déni dont ils étaient prisonniers. Et filme au passage l’une des scènes d’amour les plus fiévreuses et passionnées que l’on a vu sur un écran de cinéma depuis belle lurette. Un film d’une beauté renversante!

 

 

 

6.

THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI

(THREE BILLBOARDS : LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE)

2017, de Martin McDonagh – USA

Scénario : Martin McDonagh

Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, Abbie Cornish, Lucas Hedges, Caleb Landry Jones, John Hawkes, Samara Weaving et Zeljko Ivanek

Directeur de la photographie : Ben Davis

Musique : Carter Burwell

6. Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

 

Réalisateur de l’irrésistible Bons Baisers de Bruges et auteur de nombreuses pièces de théâtre, Martin McDonagh revient en force avec un petit bijou inclassable, qui brasse les genres cinématographiques sans jamais se reposer sur une seule tonalité, capable de modifier du tout au tout la nature d’une scène en une seconde, comme le démontre la scène « du saignement de nez ». Exercice d’équilibriste périlleux, Three Billboards… suit Mildred Hayes (Frances McDormand, Oscar de la Meilleure Actrice pour la seconde fois), une mère de famille qui cherche à élucider le viol et le meurtre de sa fille, frustrée par une enquête qui piétine. L’assassin court toujours et aucune piste n’est privilégiée. Elle relance la machine en faisant passer un message sur les panneaux publicitaires de la ville, accusant le Shériff (Woody Harrelson, dans un rôle qui vous fera verser toutes les larmes de votre corps) et ses adjoints (dont un Sam Rockwell épatant en idiot raciste) de se tourner les pouces. Western moderne, polar, comédie de mœurs, fable philosophique, morale et politique, décrivant les réactions des habitants de la petite communauté de cette ville (fictive) du Missouri face à la provocation de Mildred, Three Billboards… est un épatant mille-feuille où l’humour noir et le romanesque se tirent constamment dans les pattes. Avec ses personnages nuancés, y compris ceux qui semblent définitivement irrécupérables, le film nous pousse constamment à revoir notre jugement sur une galerie inoubliable de personnages complexes.

 

 

 

5.

THE POST

(THE PENTAGON PAPERS)

2017, de Steven Spielberg – USA

Scénario : Liz Hannah et Josh Singer

Avec Meryl Streep, Tom Hanks, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Bradley Whitford, Tracy Letts, Alison Brie, Jesse Plemons, Carrie Coon, Bruce Greenwood, Matthew Rhys, Michael Stuhlbarg et David Cross

Directeur de la photograhie : Janusz Kaminski

Musique : John Williams

5. The Post

Steven Spielberg n’est, à priori, pas le cinéaste le plus engagé du cinéma américain. Mais à l’heure où le Président Trump s’ingénie quotidiennement à museler la presse et à inventer des « faits alternatifs » pour duper le peuple, proposer un film en forme de plaidoyer pour la liberté de la presse, hommage revendiqué au journalisme d’investigation, est un acte politique presque inédit dans la carrière du papa d’Indiana Jones. Sur le modèle assumé des Hommes du Président et de tous ces merveilleux thrillers paranoïaques des années 70, The Post nous replonge en 1971, lorsque le Washington Post décide de publier un dossier militaire top secret qui révèle les mensonges du gouvernement sur les pertes humaines pendant la guerre du Vietnam. Le Président Nixon intente une action en justice pour interrompre la publication des documents. Le rédacteur en chef du Post (incarné par Tom Hanks) entend publier les documents dans les plus brefs délais, confrontant la patronne du journal (Meryl Streep) à un dilemme délicat : veuve isolée dans un monde masculin qui la regarde avec condescendance, elle doit prendre LA bonne décision pour la survie de son journal sans pour autant négliger la vérité!… Acteurs au sommet de leur art, casting de seconds rôles inouï, maîtrise exceptionnelle du suspense, touches d’humour bienvenues… A plus de 70 ans, Spielberg signe un de ses meilleurs films, situé quelque part entre les univers d’Oliver Stone et de Frank Capra. Quand on sait qu’entre la lecture du scénario et la sortie du film, ne se sont écoulés que six mois, on ne peut qu’admirer ce « petit » film entré en production pour patienter pendant que les effets spéciaux de Ready Player One se perfectionnaient lentement…

 

 

 

4.

MANDY

2018, de Panos Cosmatos – USA / UK / Belgique

Scénario : Panos Cosmatos et Aaron Stewart-Ahn

Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache, Ned Dennehy, Bill Duke, Olwen Fouéré et Richard Brake

Directeur de la photographie : Benjamin Loeb

Musique : Johann Johannsson

4. Mandy

 

Nicolas Cage, visage ensanglanté et tronçonneuse à la main, face aux membres d’une secte démoniaque. Nicolas Cage en slip, hurlant dans sa salle de bain en avalant des litres de vodka (pendant cinq minutes). Nicolas Cage crucifié, regardant impuissant le cadavre de son épouse en train de se calciner. Nicolas Cage et son arbalète, combattant des démons bardés de cuir et de métal au beau milieu d’une forêt perdue dans un étrange monde post-apocalyptique. Le tout filmé en Belgique… Étant donné les séries B peu recommandables dans lesquelles l’acteur est apparu ces dix dernières années pour éponger ses dettes et faire amende honorable auprès du FISC américain, nous ne donnions pas cher de ce curieux Mandy, dont le pitch semblait sortir de la poubelle de l’agent de Christophe Lambert. Nous avions tort. Et bien tort! Opéra rock psychédélique aux visions cauchemardesques pratiquement inédites à l’écran, le deuxième film du surdoué Panos Cosmatos (Beyond the Black Rainbow), sorte de version filmée sous acide d’une couverture d’album de heavy metal, n’a pas manqué de diviser. Extrêmement lent à démarrer (les 30 premières minutes ne comptent pratiquement que des ralentis et de nombreuses digressions poétiques), d’un mauvais goût parfaitement assumé, Mandy  est une audacieuse bande-dessinée pour adultes dans le style de Métal Hurlant, voyage hystérique aux confins de la folie, rempli de cris, de fureur et d’ultraviolence. Voilà l’exemple type du midnight movie parfait, futur film culte ne reculant devant aucune audace et que seul Nicolas Cage, à un degré extrême de nicolascagitude, pouvait rendre aussi fascinant.

 

 

 

 

3.

SWEET COUNTRY

2017, de Warwick Thornton – Australie

Scénario : Steven McGregor et David Tranter

Avec Bryan Brown, Sam Neill, Hamilton Morris, Matt Day, Ewen Leslie et Thomas M. Wright

Directeurs de la photographie : Dylan River et Warwick Thornton

Musique : Damien Lane

 

3. Sweet Country

 

Dans ce crépusculaire western australien, l’aborigène Sam (Hamilton Morris) est jugé et condamné à mort pour avoir tué en légitime défense un propriétaire terrien qui le maltraitait, lui et sa famille. Confronté au racisme et à la violence d’une société (l’Australie sauvage des années 20) où les chiens sont mieux traités que les aborigènes, Sam s’enfuit dans le bush avec son épouse, poursuivi par le terrible sergent Fletcher (Bryan Brown), bien décidé à venger cet affront. Auscultant avec minutie les liens unissant blancs et aborigènes, Warwick Thornton (lui-même aborigène) interroge le passé de l’Australie, un pays qui, comme les États-Unis, trouve son origine dans la négation de l’identité de ses habitants originels. Il n’oublie pas au passage de proposer quelques vrais bons morceaux de cinéma : paysages grandioses, courses-poursuites et fusillades haletantes, personnages passionnants interprétés par des acteurs investis… sans oublier un brin d’humanité qui vient souffler sur la poussière de ce formidable western à l’ancienne.

 

 

 

2.

THE KINDERGARTEN TEACHER

2018, de Sara Colangelo – USA

Scénario : Sara Colangelo, d’après le scénario original de Nadav Lapid

Avec Maggie Gyllenhaal, Gael Garcia Bernal, Michael Chernus, Ato Blankson-Wood, Rosa Salazar et Parker Sevak

Directeur de la photographie : Pepe Avila del Pino

Musique : Asher Goldschmidt

2. The Kindergarten Teacher

 

Remake supérieur d’un film israélien de 2014, le deuxième film de Sara Colangelo (Little Accidents) évoque de manière subtile l’éveil à l’art et à la beauté d’un petit garçon doué pour la poésie, mais aussi les efforts (vains?) de son institutrice ultrasensible pour encourager son génie. Lisa (exceptionnelle Maggie Gyllenhaal) s’est donné pour mission d’éveiller ses très jeunes élèves à l’art et à la culture. Mais lorsqu’elle repère un authentique génie dans sa classe, elle se heurte aux réalités et à la médiocrité d’un monde décevant, où ses propres enfants ne la prennent pas au sérieux, où l’imagination, le savoir et les aptitudes artistiques sont sans cesse brimés par l’apathie grandissante. Passionnante réflexion sur les changements d’une société en flagrante régression intellectuelle et sur la nécessité de l’art, The Kindergarten Teacher, sorte de version féminine de Captain Fantastic, est surtout le portrait déchirant d’une femme aux fêlures insoupçonnées, d’une idéaliste dépressive en décalage total avec le cynisme ambiant.

 

 

 

 

1.

PHANTOM THREAD

2017, de Paul Thomas Anderson – USA

Scénario : Paul Thomas Anderson

Avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford et Gina McKee

Directeur de la photographie : Paul Thomas Anderson

Musique : Johnny Greenwood

1. Phantom Thread

 

Dix ans après There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson et Daniel Day-Lewis se retrouvent pour un nouveau portrait de monstre narcissique et monomaniaque. Imprévisible, rythmé par d’astucieuses ruptures de ton, ne dévoilant sa vraie nature qu’au compte-goutte, le drame mondain contemplatif que l’on pouvait redouter se transforme peu à peu en comédie noire (la mémorable scène des asperges au beurre!), puis en thriller implacable, nous régalant avec un duel psychologique entre un grand couturier et sa nouvelle muse, où le plus fort n’est pas forcément celui que l’on croit. Face à Daniel Day-Lewis (qui a annoncé qu’il s’agissait là de son dernier rôle), la luxembourgeoise Vicky Krieps, révélation de l’année, n’a aucun mal à s’imposer, aussi crédible en jeune mannequin un peu mièvre qu’en garce manipulatrice. Entre faux-semblants, névroses profondes, monologues d’anthologie (sur l’invention du mot « chic ») et métaphores culinaires, Phantom Thread est un film d’une drôlerie insoupçonnée dans lequel le microcosme de la mode en prend pour son grade. La mise en scène de PTA, d’une stupéfiante maîtrise technique, singe à merveille les codes du classicisme à l’anglaise pour mieux les transgresser. Aucun doute là-dessus, Phantom Thread, moins austère qu’il en a l’air, est le film le plus audacieux et divertissant de son réalisateur depuis Boogie Nights!

 

 

 

 

Autres bons points à distribuer (par ordre alphabétique) à : 22 JULY (UN 22 JUILLET) (de Paul Greengrass – Norvège / USA), AU POSTE! (de Quentin Dupieux – France), AVENGERS : INFINITY WAR (de Anthony Russo et Joe Russo – USA), BAD TIMES AT THE EL ROYALE (SALE TEMPS A L’HÔTEL EL ROYALE) (de Drew Goddard – USA), BEAST (JERSEY AFFAIR) (de Michael Pearce – UK), BLACKKKLANSMAN (de Spike Lee – USA), BLUE MY MIND (de Lisa Brühlmann – Suisse), CLIMAX (de Gaspar Noé – France / USA), COLD WAR (de Pawel Pawlikowski – Pologne / UK/ France), CREED 2 (de Steven Caple, Jr. – USA), THE DISASTER ARTIST (de James Franco – USA), DOWNSIZING (de Alexander Payne – USA), THE FAVOURITE (LA FAVORITE) (de Yorgos Lanthimos – USA / Grèce), FIRST MAN (FIRST MAN : LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE) (de Damien Chazelle – USA), FIRST REFORMED (SUR LE CHEMIN DE LA REDEMPTION) (de Paul Schrader – USA), GASPARD VA AU MARIAGE (de Antony Cordier – France / Belgique), GHOSTLAND (de Pascal Laugier – France / Canada), GIRL (de Lukas Dhont – Belgique), GOOD MANNERS (LES BONNES MANIERES) (de Marco Dutra et Juliana Rojas – Brésil), GUY (d’Alex Lutz – France), INCREDIBLES 2 (LES INDESTRUCTIBLES 2) (de Brad Bird – USA), ISLE OF DOGS (L’ILE AUX CHIENS) (de Wes Anderson – USA), JUSQU’À LA GARDE (de Xavier Legrand – France), LITTLE FOREST (de Soon-rye Yim – Corée du Sud), MARY POPPINS RETURNS (LE RETOUR DE MARY POPPINS) (de Rob Marshall – USA), MEMOIR OF A MURDERER (de Shin-yeon Won – Corée du Sud), NIET SCHIETEN! (de Stijn Coninx – Belgique), ON CHESIL BEACH (SUR LA PLAGE DE CHESIL) (de Dominic Cooke – UK), PLACE PUBLIQUE (d’Agnès Jaoui – France), PUPILLE (de Jeanne Herry – France), ROMA (de Alfonso Cuaron – Mexique / USA), THE SCYTHIAN (SKIF / RAGE) (de Rustam Mosafir – Russie), SHOPLIFTERS (UNE AFFAIRE DE FAMILLE) (de Hirokazu Kore-eda – Japon), SPIDER-MAN : INTO THE SPIDER-VERSE (SPIDER-MAN : NEW GENERATION) (de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman – USA), THE SPY GONE NORTH (de Jong-bin Yoon – Corée du Sud), UNDER THE SILVER LAKE (de David Robert Mitchell – USA), VICE (d’Adam McKay – USA) et WIDOWS (LES VEUVES) (de Steve McQueen – USA).

 

 

Dossier rédigé par Grégory Cavinato

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