Bilan 2014 : FLOP 20 des pires films de l’année

Chaque année cinématographique apporte son lot de déceptions et 2014 n’a pas dérogé à la règle. L’ère des franchises, des films destinés au public adolescent, des suites et remakes en tous genres est loin d’être finie et de plus en plus de grands réalisateurs reconnus ont du mal à monter leurs projets. La faute à la crise ? Oui mais pas que… La faute à la frilosité généralisée de producteurs qui refusent de prendre le moindre risque, la faute à des blockbusters qui s’écrivent désormais en comités, dictés par des assemblées décisionnaires plutôt que par une envie sincère de cinéma. La faute parfois à des producteurs tous puissants (Harvey Weinstein, Thomas Langmann, Luc Besson) qui castrent leurs artistes au point de livrer des produits tellement calibrés qu’on a du mal à leur trouver un quelconque intérêt.

 

Paradoxe intéressant, notre ami Fabrice Du Welz se retrouve cette année en bonne place dans notre TOP et dans notre FLOP. Il est intéressant de voir le même réalisateur, bourré de talent, signer un film libre et magistral (Alléluia) pour se remettre d’une expérience cauchemardesque avec un grosse production française (Colt 45) au cours de laquelle il n’a pu démontrer – la faute à un système malade – sa singularité et son talent.

 

Comme chaque année, des cinéastes que nous adorons nous ont déçus. Ce fut le cas de Woody Allen avec son paresseux Magic in the Moonlight, George Clooney avec son Monuments Men trop nonchalant pour être honnête et surtout Terry Gilliam, avec son ennuyeux Zero Theorem, à l’esthétique très moche, sorte de brouillon dépassé de son mythique Brazil.

 

 

Retrouvez ici notre TOP 10 des MEILLEURS FILMS de 2014

 

Avant de passer à notre FLOP 10, passons en revue les 10 lauréats suivants…

 

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20) THE EQUALIZER (2014, de Antoine Fuqua) Denzel Washington retrouve le réalisateur de Training Day, qui lui valut un Oscar, et incarne un « MacGijver » de bas étage dans une série B violente, déplaisante et prévisible, digne d’un quelconque DTV de Steven Seagal. La série dont le film est adapté avait au moins le mérite de présenter un personnage original. Denzel quant à lui, nous ressort le même vieux numéro routinier auquel il nous a habitués. Indestructible, zen et d’une intelligence supérieure, son  « justicier dans la ville » est le héros d’un film prévisible et au Q.I. proche du zéro pointé. Une fois de plus, Denzel se complait dans un produit indigne de son grand talent. Dans le même genre, on préférera nettement John Wick, avec Keanu Reeves, qui se prend beaucoup moins au sérieux !

 

19) SEX TAPE (2014, de Jake Kasdan) Comédie de mœurs ou vile opération commerciale destinée à vendre des ipads? Le film de Jake Kasdan, modèle honteux de product placement, est une de ces comédies soit-disant « adultes » qui cache en fait une morale résolument infantile et puritaine. Le sexe, dans la comédie américaine, reste malheureusement encore trop souvent un sujet tabou dont on rit. A sauver : la prestation hilarante de Rob Lowe. Et rien d’autre…

 

18) THE EXPENDABLES 3 (2014, de Patrick Hughes) Certes, les deux premiers épisodes n’étaient pas des chefs d’œuvre de subtilité, mais l’on s’y amusait énormément en compagnie de vieux amis rescapés des années 80. Ce troisième épisode vire malheureusement à la surenchère avec un nombre incroyable de personnages inutiles à l’intrigue, des acteurs en roue libre (Antonio Banderas n’a jamais été plus mauvais), des scènes d’action extrêmement brouillonnes et à la violence édulcorée pour s’assurer un classement PG-13. Trop de monde, pas assez d’humour, un scénario prétexte… Avec un casting aussi prestigieux, il n’est pas interdit de parler de gâchis. Dommage, car en ex-Expendable revanchard, Mel Gibson en impose sérieusement et nous rappelle à quel point il nous manque !

 

17) ROBOCOP (2014, de José Padilha) : Recréer le chef d’œuvre satyrique de Paul Verhoeven relevait du suicide artistique. Animé de bonnes intentions et d’un casting en béton (Gary Oldman, Michael Keaton, Samuel L. Jackson, Jackie Earle Haley, Abbie Cornish), le brésilien José Padilha crée un ersatz impersonnel, dont les scènes d’action, ratées, semblent sortir tout droit d’un jeu vidéo et dont la satire est amenée avec lourdeur. Le propos et les thématiques, passionnants, sont éclipsés par une galerie de personnages peu mémorables et un Robocop new look aux allures d’Iron Man, beaucoup moins attachant que celui incarné brillamment par Peter Weller.

 

16) A MILLION WAYS TO DIE IN THE WEST (ALBERT A L’OUEST, 2014, de Seth MacFarlane) Dieu sait que nous aimons Seth MacFarlane et son humour politiquement incorrect et bon enfant, notamment dans Family Guy et Ted. Il met malheureusement son talent au service d’une grosse erreur de parcours, un western parodique dénué de bons gags et privilégiant la scatologie. Erreur plus grave encore : il se réserve cette fois le rôle principal dans un film en forme de « vanity project » ! Auteur, scénariste, réalisateur, présentateur, comédien et imitateur de grand talent… MacFarlane vient d’apprendre dans la douleur que faire l’acteur n’était pas son talent le plus éclatant, loin de là ! Un point en plus pour l’apparition inattendue de Christopher Lloyd en Doc Brown, époque Retour vers le Futur 3 !

 

15) A PROMISE (UNE PROMESSE, 2013, de Patrice Leconte) Si vous ne devez voir qu’un seul film adapté de Stefan Zweig cette année, nous vous conseillons The Grand Budapest Hotel. Si vous devez en voir deux, revoyez The Grand Budapest Hotel une deuxième fois, à la place de cette Promesse en l’air! Avec ce mélodrame l’eau de rose, lourdaud et  anémique, ankylosé par les performances gênantes de Rebecca Hall et Richard Madden, qui semblent avoir été amidonnés pour l’occasion, Patrice Leconte, pour son premier film en langue anglaise, gâche le talent considérable d’Alan Rickman et signe le pire film de sa carrière. Nous parlons quand même du type dangereux qui a réalisé Les Bronzés 3

 

14) ABLATIONS (2014, de Arnold De Parscau) Le niveau zéro du film de genre français. Une histoire d’amnésie et de trafic d’organes peuplée de personnages vulgaires (Florence Thomassin en tête) et dont le héros, incarné par le monolithique Denis Ménochet (qui se prend pour Lino Ventura) semble dormir debout comme dans un vieux Derrick. Visuellement et narrativement, Ablations s’apparente d’ailleurs davantage à un épisode sous sédatif d’une quelconque série allemande et se vautre dans le ridicule le plus total dès qu’arrive à l’écran le couple de méchants incarnés par Philippe Nahon et Yolande Moreau. Dialogues pauvres, mise en scène à l’avenant, scénario sombrant dans le ridicule le plus complet, sans doute signé par Benoît Delépine (scénariste et producteur) après une longue nuit de cuite, Ablations est l’une des pires séries Z françaises de mémoire de cinéphile.

 

13) I, FRANKENSTEIN (2014, de Stuart Beattie) Réinventer la créature de Frankenstein en un superhéros moderne, sauveur de l’humanité, pris en otage dans un combat ancestral entre gargouilles et démons, à la manière de la franchise Underworld, n’était certes pas la manière la plus habile de rendre hommage au personnage de Mary Shelley. Aaron Eckhart, mâchoire serrée et muscles saillants, fait le boulot, mais sa créature, transformée en un gentil justicier indestructible, instruit et intelligent, n’a conservé aucune des caractéristiques du personnage mythique. Aussi ridicule qu’il en a l’air, I, Frankenstein n’est de plus pas vraiment aidé par des effets digitaux absolument hideux.

 

12) POMPEII (2014, de Paul W.S. Anderson) Entre deux épisodes de Resident Evil, le mari de Milla Jovovich tente de marier le film catastrophe avec des scènes de combat à la Gladiator et une romance impossible à la Titanic, au pied du méchant volcan. Pompant sans gêne le film de James Cameron tant qu’il le peut, Anderson n’est pas aidé dans sa tâche par un casting hautement ridicule, composé de joyeux cabotins : Kit Harrington en esclave amoureux, Carrie-Ann Moss en gentille matriarche, Kiefer Sutherland, hilarant en méchant romain à jupette… Opportuniste en diable, on retiendra de Pompeii quelques jolies scènes de destruction massive et l’envie pressante de revoir Titanic.

 

11) LES TROIS FRERES : LE RETOUR (2014, de Didier Bourdon et Bernard Campan) L’art comique est très fragile. Incontournables et au sommet de leur talent il y a 20 ans, les Inconnus, privés de leurs producteurs (Claude Berri, Paul Lederman) ont voulu relancer la machine. Ringard en tous points, Les Trois Frères 2 fait peine à voir. Techniquement indigent (photo hideuse, réalisation digne d’un mauvais téléfilm), il sert surtout à faire le point sur l’évolution dramatique de trois comédiens de génie devenus de grossières caricatures, du style des cibles qu’ils parodiaient brillamment il y a 20 ans. On prend certes un certain plaisir à les retrouver et l’on rit même (avec indulgence) à quelques reprises, même si Didier Bourdon n’a plus vraiment forme humaine. Mais devant l’indigence de gags extrêmement pauvres, on ne peut qu’écraser une petite larme de nostalgie. Les Inconnus, nous vous avons tant aimés…

 

 

Sans plus attendre, passons en revue les dix plus grosses bévues sorties sur nos écrans en l’an 2014…

 

10.

 GODZILLA

 

2014, de Gareth Edwards – USA

Avec Bryan Cranston, Aaron Taylor-Johnson, Elizabeth Olsen, Ken Watanabe, Sally Hawkins, David Strathairn et Juliette Binoche

Scénario : Max Borenstein et Dave Callaham

Directeur de la photographie : Seamus McGarvey

Musique : Alexandre Desplat

 

GODZILLA

 

167915Les monstres du temps perdu

 

A la suite de catastrophes inexpliquées, des scientifiques découvrent aux Philippines l’existence de monstres géants susceptibles de détruire le monde, nés des conséquences des essais nucléaires américains. Un seul espoir subsiste, venu des fonds de l’Océan et de la Préhistoire : le géant Godzilla, une force de la nature sensée apporter l’équilibre nécessaire à la survie des deux espèces

 

Images superbes, scènes guerrières à l’ampleur inédite rappelant Apocalypse Now, plans magnifiques, cadres dantesques, photographie chaude et immersive, monstres ancestraux effrayants et de toute beauté, mise en scène appliquée par un jeune prodige de l’image… En apparence, Godzilla version 2014 ne manque pas de qualités. L’emballage est superbe. Alors, se demande déjà le lecteur le plus attentif, que vient faire le film de Gareth Edwards dans notre FLOP 10 ? L’équipe d’Action-Cut aurait-elle une fois de plus abusé de certaines substances pendant les fêtes ?

 

Eh bien non ! Enfin si… Mais là n’est pas question ! Godzilla, malgré ses nombreuses qualités visuelles absolument indéniables, malgré son statut de rêve ultime de geek, est une amère déception doublée d’un véritable bras d’honneur aux fans de la star japonaise, créée en 1954 par la Toho.

 

La faute à des choix narratifs incompréhensibles ou plutôt, trop dans l’air du temps pour être honnêtes. En essayant à tout prix de singer l’approche réaliste, sérieuse et sombre de Christopher Nolan, la marque de fabrique du réalisateur d’Interstellar appliquée à ses propres blockbusters, Godzilla se complait sans cesse dans des poses auteurisantes auquel le sujet ne se prête absolument pas. Car bon sang de bois, si il y a bien UN film qui méritait de ne pas trop se prendre au sérieux et de se montrer généreux, c’est bien celui sur un gros lézard de 110 mètres de haut, sorti de la mer pour venir faire la java dans les rues de Hawaii et de San Francisco ! Dès les premières minutes, le ton « nolanien » est donné : musique à la Hans Zimmer, travellings aériens, trauma personnel pour justifier l’épopée des personnages principaux… Même Ken Watanabe, fidèle de Nolan, est de la partie ! La dynamique et la structure collent parfaitement à celles de The Dark Knight ou Inception.

 

Gareth Edwards, auteur célébré de Monsters (2011), un petit film « phénomène » à la réputation surfaite, dans lequel les monstres du titre n’apparaissaient finalement que pour mettre en avant l’histoire d’amour entre ses deux héros humains, réitère son parti-pris du titre trompeur et s’avère une fois de plus bien peu généreux dès qu’il s’agit de dévoiler sa star. Le problème, c’est que cette fois-ci, il n’opère pas dans le cadre d’un petit film indépendant sans le sou, mais dans celui d’un énorme blockbuster estival au budget indécent. Loin de nous l’idée de réclamer un festival d’effets visuels qui font mal aux yeux, comme s’en rend régulièrement coupable Michael Bay avec ses infâmes et débilitants Transformers, des films sortis du cerveau malade d’un réalisateur schizophrène atteint d’attention deficit disorder… Non merci. Mais il s’agirait quand même de trouver la bonne mesure afin de ne pas frustrer les spectateurs avides de grand spectacle plutôt que de les faire bailler aux corneilles..

 

Edwards revendique ouvertement l’influence de Jaws (Les Dents de la Mer) et de Jurassic Park, deux films de Steven Spielberg, à qui il emprunte également le thème de la séparation familiale. Des œuvres dans lesquelles, soit par limitations techniques, soit par un génie consommé de la narration, les effets se faisaient rares avant d’être dévoilés dans toute leur splendeur avec un sens consommé de la terreur et du merveilleux ! Malheureusement ici, cette méthode fait l’effet d’un pétard mouillé, ne nous dévoilant la plupart du temps que quelques très courts plans des échauffourées entre Godzilla et ses deux adversaires, un couple de monstres copulateurs et amoureux surnommés « MUTOs » (« Massive Unidentified Terrestrial Organism »), beaucoup plus présents dans le film que « la star ».

 

Etant donné que dans son propre film (d’une durée de 2h05), Godzilla n’apparaît que 11 petites minutes (et encore, on ne lui voit souvent que le bout de la queue), il y a de quoi sortir de la salle passablement énervé. Pour citer le personnage de Jeff Goldblum dans Jurassic Park, frustré de ne voir aucun dinosaure lors de sa première visite du parc : « Euh… Allo?… Est-ce que vous avez pensé à montrer Godzilla dans votre film sur… Godzilla?… Allo? »

 

Se différencier dans une industrie où le « toujours plus » est désormais de mise, pourquoi pas ? Se différencier d’un Michael Bay ? Encore mieux ! Mais ne suffit-il pas pour ça d’être possesseur d’un cerveau sain et en bon état de marche ? Gareth Evans, qui adopte pourtant l’approche à la mode de Christopher Nolan, semble intéressé avant tout à l’idée de se DISTINGUER et par conséquent, prend le genre de haut, oubliant au passage que Godzilla est un personnage déjà célèbre dans le monde entier. Le réalisateur, tel un adolescent rebelle, opte pour l’anti-spectaculaire réaliste et nous vend un film catastrophe dans lequel A CHAQUE FOIS que deux monstres s’apprêtent à en découdre, on bascule sur le point de vue humain. Pour dévoiler son bestiaire, des monstres de 150m de hauteur, il choisit souvent un civil observant à 300 mètres de distance à travers une vitre brisée ou un reportage télé d’une chaîne d’information. Edwards croit bon de couper subitement pour nous montrer Aaron Taylor-Kick-Ass-Johnson en costume de bidasse essayer de désamorcer une bombe ou de sauver un pauvre petit nenfant alors que la baston tant attendue est montrée de loin ou en arrière-plan sur des écrans de télévision !

 

Godzilla - Mar 2014

 

Dans Jaws, quand Spielberg choisissait de ne pas nous montrer le requin, il n’y avait aucune frustration, aucune ellipse, parce que nous savions que sous la surface, pendant que Brody, Quint et Hooper chantaient des chansons paillardes, le squale n’était pas en train de livrer un combat dantesque contre un poulpe géant ! Pourtant, Edwards croit dur comme fer à l’utilité de cette parcimonie et de ses foutues ellipses qui ruinent le film. Le but de la manœuvre ? Faire monter le suspense et rester « à hauteur d’hommes »… des intentions certes louables mais qui dans ce cas-ci s’avèrent malhonnêtes et absolument pas payantes, étant donné que les spectateurs du monde entier savent déjà quelle est la nature du mythique « Roi des Monstres ». Edwards trouve malin de faire de son monstre-vedette un secret bien gardé, alors qu’il est déjà apparu dans 29 films précédents ! Hormis le dernier quart d’heure, les combats entre les grosses bébêtes qu’on nous avait promis resteront désespérément hors champ ! Ce pervers d’Edwards semble même vouloir nous provoquer avec un véritable pied de nez. « Let them fight !!! » s’écrie Ken Watanabe en observant les monstres au loin… juste avant que le réalisateur ne quitte à nouveau ses monstres pour retrouver son casting humain !

 

La frustration ne fait que monter tout au long de ce film beaucoup trop long et le procédé systématique du « on le verra, on le verra pas ? » agace très vite, surtout quand on comprend que non finalement, on ne le verra pas… ou si peu ! Le résultat c’est que le jeune réalisateur donne l’impression de prendre la pose en privant les spectateurs du spectacle qu’ils espéraient! Il oublie qu’un film ne se fait pas en réaction à des formules établies, mais en les intégrant et en les digérant. En cela, il échoue complètement là où Peter Jackson (avec King Kong) et Guillermo Del Toro (avec Pacific Rim) avaient réussi : créer un spectacle monstrueux et généreux sans pour autant délaisser le point de vue humain et des thématiques passionnantes.

 

Godzilla, superbe au demeurant, joue donc les grands timides. A la place, nous nous retrouvons à suivre les aventures d’une poignée de personnages mal dégrossis qui ne dépassent jamais leur statut de clichés ambulants : le brave scientifique qui sait tout mais que personne ne croit (Bryan Cranston, avec un postiche qui ne fait pas illusion), son épouse décédée lors d’un premier incident mystérieux (Juliette Binoche, présente uniquement parce qu’elle avait autrefois refusé le rôle de Laura Dern dans Jurassic Park), leur fiston devenu grand, musclé, courageux… et assez con (le très fade Aaron Taylor-Johnson), sa jolie épouse (la pauvre Elizabeth Olsen, dont le rôle particulièrement ingrat se résume à… être une jolie épouse, coincée durant tout le film à l’autre bout du téléphone), le scientifique japonais qui sans raison particulière (outre le fait d’être japonais) semble déjà tout savoir de Godzilla (Ken Watanabe), une scientifique américaine chargée de nous expliquer régulièrement le scénario (Sally Hawkins, tellement mal à l’aise que l’on croirait qu’elle va exploser de rire à chaque fin de phrase) et enfin, le militaire mal-intentionné (David Strathairn, qui pourrait jouer ce genre de rôle dans son sommeil) qui prend toutes les mauvaises décisions.

 

Aucun d’entre eux n’aura vraiment de rôle décisif ou d’impact sur la suite des festivités, une fois les monstres lâchés dans la nature. Au point où l’on se demande si il n’aurait pas mieux valu se passer d’acteurs et laisser les monstres discuter entre eux. Tenter de nous apitoyer sur le sort de ces personnages mal écrits s’avère un très mauvais calcul, car en l’absence de Godzilla, il faut bien avouer que l’on s’ennuie terriblement devant ce spectacle trop didactique, distancié, prévisible et mal rythmé. Le comble, pour un film qui nous propose non pas un, mais trois monstres géants très énervés ! Quand les monstres ne sont pas à l’écran, il ne reste malheureusement qu’une succession de clichés (le soldat qui voyage à travers le monde pour rejoindre sa famille, des scientifiques qui débattent dans des bureaux, des scènes de foules en panique…) ainsi qu’une poignée de scènes absolument superbes (le saut en HALO) mais qui n’ont pas vraiment de justification dans l’intrigue. Avec un ton plus ludique, les limites évidentes du film seraient apparues moins gênantes. Mais dans cet univers hyper-réaliste, ces incohérences s’avèrent bien trop voyantes ne font que renforcer la pauvreté du scénario.

 

Edwards essaie bien, comme Nolan, d’ancrer son récit dans la modernité, en adoptant toute une imagerie qui fait référence aux récents conflits guerriers et en réveillant les blessures des bombardements nucléaires américains et des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Mais le réalisateur reste toujours coincé le cul entre deux chaises, entre l’envie d’adopter cette approche hyper-réaliste et l’obligation de rendre hommage à un pur personnage de série B. Malheureusement, on en conclut très vite que, malgré un nouveau design sublime (museau canin, écailles dorsales meurtrières), de Godzilla, le « Roi des Monstres », le réalisateur s’en moque un peu…

 

Godzilla 2014 est donc un fameux gâchis parce qu’il aurait pu être le nouveau film de monstres définitif! A force de ne pas savoir si il veut émouvoir, impressionner ou rassurer avec un spectacle pour toute la famille, Edwards n’atteint aucun de ses objectifs et signe un film prétentieux dont les (très) beaux restent ne font qu’amplifier ce sentiment de frustration. Certes, il s’agit surtout d’un problème de mesure mais c’est un réel problème que le nullissime Godzilla version 1998, signé Roland Emmerich, n’avait pas ! Gareth Edwards aurait-il réussi l’exploit de nous faire regretter ce terrible nanar friqué, avec sa créature d’une incroyable laideur (Godzilla, pas Jean Reno…) et ses gags puérils ? Peut-être pas… Mais si le navet d’Emmerich provoquait souvent la consternation, jamais il ne provoquait l’ennui !

 

En fin de compte, ce nouveau Godzilla c’est un peu l’équivalent d’un grand film porno, censuré de toute ses scènes de sexe pour mieux se concentrer sur les déplacements des « héros » d’un appartement à l’autre. Ni effrayant, ni prenant, ni émouvant, Godzilla s’oublie vite et n’émerveille personne, passant un fois de plus à côté de son immense potentiel.

 

Malgré ces tares et suite au succès mondial (prévisible) du film, Gareth Edwards vient toutefois d’être engagé pour réaliser le premier spin-off de la saga Star Wars, prévu en 2016, un an après l’Episode 7 (The Force Awakens) signé J.J. Abrams. Préparez-vous donc pour un Star Wars sans sabres lasers, sans batailles spatiales, sans chevaliers jedi et sans humour, se concentrant sur les états d’âmes de deux droïdes enfermés dans un hangar…

 

 

9.

INTO THE STORM

(BLACK STORM)

 

2014, de Steven Quale – USA

Avec Richard Armitage, Sarah Wayne Callies, Matt Walsh, Max Deacon, Alycia Debnam Carey et Nathan Kress

Scénario : John Swetnam

Directeur de la photographie : Brian Pearson

Musique : Brian Tyler

 

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140810-PERS-Into-the-Storm-ftrComme un Ouragan

 

Avec ses nombreuses scènes intenses et étonnamment belles de destruction massive, Into the Storm n’est certes pas le pire film de l’année, mais il se place sans aucun doute dans la catégorie des belles occasions manquées. La faute à un choix narratif crucial hérité d’impératifs commerciaux « à la mode » mais complètement dépassés : ce foutu et déprimant procédé dépassé du « found footage », que les fans d’horreur mangent à toutes les sauces depuis trop longtemps et qui est utilisé à tort et à travers pour permettre à des réalisateurs peu consciencieux de composer des plans hideux soit-disant « dictés par les impératifs du scénario », mais également à une direction d’acteurs tout simplement honteuse.

 

Revisiter Twister et les ravages de ces terrifiants phénomènes naturels que sont les tornades géantes s’avérait à priori une idée plutôt excitante, même si certains avanceront l’argument qu’il n’est pas du meilleur goût de sortir un film recréant à grand renfort d’effets spéciaux de pointe ces monstres gigantesques qui ont dévasté et appauvri tant de régions des Etats-Unis… On imagine mal Into the Storm faire un carton à la Nouvelle Orléans…

 

Peu importe. Le grand spectacle, généreux, est au rendez-vous et les images de destruction massive, filmées de manière réaliste et naturaliste, sont absolument fascinantes. Les « monstres » sont terriblement impressionnants et les scènes de carnage intégral relèvent pratiquement du jamais vu, reléguant les tornades de Twister à un pet de fourmi. Seulement voilà, les seuls qui sortent gagnants d’Into the Storm, sont les techniciens des effets spéciaux en charge de ces multiples tornades qui déciment entièrement une petite ville typiquement américaine sur leur passage. Les problèmes commencent dès que le réalisateur décide de faire parler ses personnages…

 

Jamais (écrivons-le en majuscules pour insister : JAMAIS) le procédé du found footage (de gueule) ne s’avère utile à la narration. Deux jeunes frères (aussi tête à claques l’un que l’autre) sont chargés par leur père, le sévère proviseur de leur lycée, de filmer la cérémonie de graduation de fin d’année. C’est à ce moment-là, c’est bien échu, que frappent trois tornades dévastatrices et que la famille, séparée après que l’école se soit envolée (« mais oui, mais oui, l’école est finie… »), se retrouve mêlée à une équipe de chasseurs de tornades dont les membres correspondent aux clichés d’un atelier d’écriture scénaristique pour débutants : la jolie météorologue qui veut juste rentrer chez elle pour retrouver sa fille, le méchant boss qui finira pourtant par montrer son bon cœur et par se sacrifier et le jeune scientifique anonyme dont c’est la première mission et qui est le premier à mourir…

 

Comme dans tout mauvais « found footage », on se retrouve à suivre les pérégrinations d’un personnage qui, sans la moindre raison valable, ne lâche jamais sa caméra et ce, au péril de sa vie, de celles de ses amis et en dépit de toute notion de bon sens. Plutôt que de courir pour se sauver ou sauver ses proches, l’adolescent préfère à tout prix se placer sur le chemin de la tornade pour filmer les évènements catastrophiques qui s’abattent sur eux… Le procédé est donc malhonnête et ne se justifie jamais puisqu’il crée un nombre d’invraisemblances beaucoup trop nombreuses pour les énumérer ici. Into the Storm teste donc les limites de notre suspension d’incrédulité et les dépasse allégrement, provoquant, selon l’humeur, le rire involontaire, l’indignation ou un profond sentiment de vide…

 

Ce n’est encore rien par rapport à la caractérisation d’une ribambelle de personnages détestables et très « tendance », que l’on aimerait voir disparaître très vite plutôt que de continuer à les entendre parler. Richard Armitage (le chef des nains dans la trilogie du Hobbit), à qui on conseille vivement d’avoir une vive discussion avec son agent, se retrouve à devoir jouer des scènes familiales douloureuses où il doit faire semblant de regretter ses rapports conflictuels avec son fils aîné. Pas facile lorsque la caméra zoome sur son visage lors d’un gênant silence après une dispute. Le personnage est-il triste ou simplement très constipé ? Le scénario ne le précise jamais… Ce n’est pas tellement que Richard Armitage soit mauvais, c’est plutôt que l’on comprend bien, dès le début du film, qu’il n’y croit pas une seconde parce qu’il est confronté aux deux véritables héros du film, à savoir ses deux fistons adolescents… Tous deux coiffés d’une coupe de lesbienne à la Justin Bieber, ils s’avèrent tellement insupportables, par leur vanité, leur bêtise et leur « coolitude » de jeunes branchés typiques de notre époque où la vanité est reine, que Into the Storm devient très vite une épreuve d’endurance.

 

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Rarement personnages aussi détestables auront gâché un film aussi amusant. Le summum est atteint lors de la confession face caméra (enfin, face à un smartphone) du fils aîné, quand celui-ci et sa petite amie se trouvent coincés sous les décombres d’un entrepôt. Sans doute écrit par un scénariste de La Petite Maison dans la Prairie, cette séquence aux relents bondieusards, où l’ado en appelle au fantôme de sa défunte mère et gonfle son ego en faisant valoir son sens du sacrifice, fait très mal aux oreilles et touche le fond du ridicule.

 

Après le fond, les tréfonds… Le réalisateur Steven Quale (Destination Finale 5) nous inflige également un improbable duo en guise de ressort comique : deux jeunes rednecks gras du bide, paresseux, idiots, suicidaires et au chômage, qui s’amusent à braver les tornades avec une canette de bière en main, comme s’ils étaient dans un épisode extrême de Jackass. En les faisant survivre lors d’une scène post-générique, alors que tout indique qu’ils furent emportés par la tornade, le réalisateur, irresponsable, montre enfin ses vraies couleurs et la nature profonde du projet : « plus vous agissez comme de véritables idiots, plus vous aurez de chances de survivre… » ou « la chance sourit aux alcooliques »…

 

Pour des tornades dévastatrices, de mauvais acteurs et des rires involontaires, préférons donc le rigolo Sharknado, un nanar qui s’assume, à ce navet qui s’ignore.

 

 

 

8.

 TRANSFORMERS : AGE OF EXTINCTION

(TRANSFORMERS 4 : L’AGE DE L’EXTINCTION)

 

2014, de Michael Bay – USA

Avec Mark Wahlberg, Stanley Tucci, Nicola Peltz, Kelsey Grammer, Jack Reynor, Titus Welliver, Sophia Myles, Bingbing Li, Thomas Lennon et les voix de Peter Cullen, Frank Welker, Ken Watanabe et John Goodman

Scénario : Ehren Kruger

Directeur de la photographie : Amir Mokri

Musique : Steve Jablonsky

 

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Transformers-4-Age-of-Extinction-ทรานส์ฟอร์เมอร์ส-มหาวิบัติยุคสูญพันธุ์-2014Jeux de vilains

 

« Certains hommes sont sans but logique. On ne peut les intimider, les raisonner ou négocier avec eux. Certains hommes veulent juste voir le monde brûler… » Voilà ce que racontait Alfred à Batman dans The Dark Knight. Une citation qui s’applique à merveille au cinéaste Michael Bay… un homme qui veut juste voir tous les bâtiments du monde exploser.

 

Toute une génération d’enfants des années 80 a joué avec les figurines « Transformers », « Maîtres de l’Univers », « G.I. Joe » et autres « Bisounours » (pour les plus délicats). Signe des temps et d’une infantilisation galopante du cinéma de pur divertissement américain, tous ces jouets, à l’aube des années 2010, sont devenus des héros de cinéma… pour le pire et pour le bien pire encore !

 

Confier des jouets guerriers à l’homme qui a réinventé Pearl Harbor en victoire américaine n’était certes pas la garantie d’un film particulièrement subtil. Et même si nous ne nous attendions pas à du Bergman ou de l’Antonioni, revoir (en accéléré bien sur) la trilogie Transformers (2007, 2009, 2011), c’est surtout se rendre compte à quel point le cinéma de divertissement familial est devenu un terrain d’expérimentation pour des cinéastes adeptes du je-m’en-foutisme et du grand n’importe quoi. Robert Rodriguez est passé par là avec ses horripilants Spy Kids. Michael Bay, chantre du mauvais goût et de la vulgarité sur grand écran, se sert des Transformers pour parfaire son sens de la démesure, sa mégalomanie, son sexisme, son racisme primaire, sa beaufitude… mais surtout ses limites en tant que cinéaste et narrateur.

 

Les défenseurs de Bay nous diront que son cinéma n’est rien d’autre que du pur divertissement pétaradant, inoffensif et qu’il s’agit de « laisser son cerveau au vestiaire » en entrant dans la salle. Le problème c’est que dans cette même salle, on y laisse des neurones, des illusions et une certaine imagerie de notre douce enfance, définitivement souillée par un cinéaste pervers, un irresponsable patenté auquel on alloue des budgets beaucoup trop importants. Confier la réalisation d’un blockbuster à Michael Bay, c’est un peu comme laisser les commandes d’une navette spatiale à Leslie Nielsen… cela ne peut que terminer en catastrophe et les victimes se comptent par milliers .

 

Soit disant repensé en long et en large pour contenter les déçus d’un épisode 3 qui avait moins marché que les précédents, cet épisode 4 raconte évidemment exactement la même chose que les trois premiers. Cette « réécriture », en langage hollywoodien, signifie simplement que l’on a changé d’acteur principal. Shia LaBeouf n’étant désormais « plus célèbre » et préférant faire le gugusse dans sa vie privée plutôt qu’à l’écran, le choix de l’acteur principal s’est donc porté sur Mark Wahlberg, déjà héros de Pain and Gain, précédent film de Bay (voir notre FLOP 2013.) Pourquoi Wahlberg ? Sans doute parce que l’acteur n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il parle à des objets inanimés, comme l’a prouvé le désopilant The Happening (Phénomènes), sommet du comique involontaire signé M. Night Shyamalan, où l’ex-Marky Mark, dans une performance hallucinante d’abandon dans le grotesque, tentait de parlementer le plus sérieusement du monde avec une plante verte. Seulement, voilà, dans Transformers 4, nous sommes loin de l’humour politiquement incorrect de Ted et l’acteur, pourtant très doué chez d’autres cinéastes, se retrouve coincé dans un rôle de vieux loser, un père indigne, maladivement jaloux et protecteur envers sa fille adolescente (Nicola Pelz), menaçant à tout bout de champ de l’envoyer au couvent ou de torturer son petit ami (lequel, ça tombe bien, s’avère être un pilote de course extrêmement doué pour échapper à des robots géants lancés à ses trousses…) Wahlberg cherche à retrouver l’esprit des personnages d’homme ordinaire à la Richard Dreyfuss dans les films de Steven Spielberg, mais se retrouve à camper un odieux redneck tellement bête, antipathique et violent qu’il est impossible d’avoir la moindre empathie envers lui. Beaucoup de bruit et de fureur, mais pas la moindre trace de cœur dans le film de Michael Bay…

 

Certains se consoleront en remarquant que Mark Wahlberg sonne exactement comme la caricature qu’Andy Samberg faisait de lui dans le Saturday Night Live… Tout ça n’est de toute façon pas bien grave puisque le script d’Ehren Kruger place ce héros pathétique au beau milieu d’une série d’évènements (traduire par « explosions à répétition ») dont il n’influence jamais l’issue. Le script se contente paresseusement de prêter à son héros des compétences bien pratiques à des moments-clés du récit, au détriment de toute crédibilité. En deux temps trois mouvements, Wahlberg devient ainsi très habile avec un gros tromblon tombé de l’espace et se transforme en pilote expert d’un vaisseau extraterrestre…

 

Wahlberg incarne Cade Yeager, un « working class hero », inventeur de son état (il le répète à longueur de film) qui tombe sur la carcasse en sale état d’Optimus Prime, désormais déclaré « roboto non grata » sur Terre puisque tous les Transformers (bons ou méchants) ont maintenant le statut d’illégaux sur notre belle planète et (pour résumer vite parce que l’heure tourne…) se retrouve impliqué dans une énième histoire de tentative d’éradication totale de la race humaine par des robots très très méchants, aidés par Kelsey Gramer (méchant du gouvernement) et Stanley Tucci (inventeur du « Transformium », substance permettant de répliquer l’ADN des robots), tous deux en roue libre. Le scénario de l’autrefois inspiré Ehren Kruger (l’excellent thriller Arlington Road), devenu aujourd’hui un vil mercenaire du script pour adolescents boutonneux, est tellement brouillon qu’il doit même s’arrêter à intervalles réguliers pour que Wahlberg nous explique en voix off ce qui se passe à l’écran Sans distinction, Stanley Tucci passe d’une scène à l’autre du statut de terrifiant industriel maléfique à celui du bouffon de service, gaffeur et héroïque, selon les besoins de la scène…

 

On se demande un peu ce que le vrai père de Nicola Peltz aura pensé en voyant sa fille à l’écran, reluquée sous tous les angles par une caméra voyeuse et perverse. C’est désormais une constante dans « l’œuvre » de Michael Bay : les jeunes femmes à peine post-pubères sont filmées avec la jupe à ras le bonbon et la caméra qui s’attarde inlassablement le long de leurs cuisses luisantes. Une scène entière, peut-être le dialogue le plus long du film, est consacrée à exposer en détails tous les arguments favorables à ce qu’un homme de 20 ans puisse sortir avec une fille de 17. Message reçu, Michael, tu prêches un converti… Le rôle des femmes dans Transformers 4 ferait d’ailleurs passer Luc Besson pour un ardent féministe : lorsqu’elles ne braillent pas comme des demoiselles apeurées face aux carnages des robots, leur fonction s’avère purement décorative. Sophia Myles en particulier devrait sérieusement penser à virer son agent. Son rôle de scientifique, apparemment primordial dans le premier quart d’heure du film (elle est chargée de nous exposer l’intrigue) disparaît pendant deux heures, avant de réapparaître pour la finale sans la moindre ligne de dialogue, son rôle se résumant juste à « être présente »…

 

A part ça, rien de nouveau sous le soleil, le scénario, largement incohérent, reste donc pratiquement inchangé : « gentils robots + explosions + méchants robots + explosions (+ méchants humains) = BOUM ! » Sauf que tout ça dure quand même 2h45 ! Pour une intrigue qui tiendrait facilement sur un timbre-poste, c’est un peu pousser mémé dans les orties ! Cette durée excessive, qui fait mal aux fesses au sens propre et au sens figuré, est devenue elle aussi une des constantes du cinéma de Michael Bay…

 

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTION

 

Pour une raison encore assez nébuleuse, une race de « Dinobots » (des robots dinosaures donc, suivez un peu…) fait une brève apparition dans le dernier acte. Mais malgré leur présence sur le matériel promotionnel, les bestiaux n’ont pas la moindre raison d’être là, encore moins des personnalités et apparences distinctes qui nous permettraient de les différencier, ce qui, avouons-le, serait quand même bien pratique pour ceux qui ont décidé, les braves, de rester jusqu’au bout…

 

A quoi bon encore chercher un sens quelconque à ce blockbuster sans âme, pure opération commerciale dont le dernier acte se déroule en Chine pour la seule raison qu’il s’agit du pays dans lequel la série a réalisé la majorité de ses entrées ? Typique d’une approche de plus en plus « feuilletonnante » du cinéma de divertissement à gros budget, Transformers 4, à l’instar de The Amazing Spider-Man 2, laisse un grand nombre d’intrigues secondaires (voire principales) irrésolues dans l’optique d’un cinquième épisode…

 

D’une rare vulgarité, réactionnaire, débilitant, n’arrachant pas le moindre sourire ou un quelconque sens du merveilleux, Transformers 4 se moque même ouvertement des cinéphiles lors d’une séquence au culot tellement poussé qu’on en reste bouche bée : Wahlberg, en visite dans un cinéma désaffecté rencontre un vieux projectionniste qui souligne les effets dévastateurs des suites et des remakes à gros budget sur les petites salles indépendantes, laissées à l’abandon. Un cynisme d’autant plus incompréhensible que le producteur exécutif de la saga n’est autre que… Steven Spielberg en personne ! Garant devant l’éternel d’un cinéma de divertissement de qualité, qu’il a réinventé à de nombreuses reprises (faisons comme si le dernier volet d’Indiana Jones n’existait pas…) et dont il a même récemment violemment fustigé les dérives, Spielberg et sa filmographie sont l’antithèse parfaite des partis-pris et du manque de rigueur de Bay. Certes, le nom au générique du papa d’E.T. n’est rien d’autre qu’une caution financière (Spielberg n’intervient pas directement sur ces films) mais voir son nom associé à cette chose informe et infecte n’est pas loin d’être un véritable scandale !

 

Dans sa dernière heure, Transformers : Age of Extinction enchaîne à une allure soporifique une myriade de scènes de carnage absolument incompréhensibles, interminables… des images sans queues ni têtes, se résumant à de la tôle froissée en perpétuel mouvement dans tous les sens, entre deux explosions et destructions de bâtiments. Les meilleures scènes d’action dans les blockbusters estivaux se doivent de donner le tournis, comme a très bien su le faire le récent et ambitieux Interstellar (voir notre TOP 10 de l’année 2014). Ici, c’est la nausée et l’overdose qui guettent. Le montage frénétique n’offre aucun répit, au point que l’œil humain normalement constitué ne finit plus par voir que différentes couleurs qui s’agitent vainement. Transformers 4 tourne à vide mais finit toujours par raconter la même chose, sans jamais insuffler la moindre notion de danger, de suspense ou d’efficacité… un peu comme si tous les plans coupés, les bêtisiers et les essais caméra étaient intégrés au montage final. Les nombreux robots étant tous plus ou moins similaires (et d’une impardonnable laideur), impossible de s’y retrouver et, comme c’était déjà le cas avec les deux épisodes précédents (pourtant moins longs), la migraine est inévitable.

 

La qualité d’un réalisateur ne réside-t-elle pas dans sa capacité à s’auto-éditer, à éviter les redites, à aller à l’essentiel pour optimiser l’impact de la narration ? Si encore les griefs à l’encontre de Bay se résumaient à sa bêtise, sa mégalomanie, son racisme (à Hong Kong, tous les chinois sont champions de kung fu !), son sexisme et son humour indigne d’un Jean-Marie Bigard en slip, à ses tics habituels comme les couchers de soleil orangés, les ballades rock mièvres, les drapeaux américains flottant au vent dans un plan sur deux, un art du product placement éhonté (cet épisode de Transformers vous est offert par les pneus Goodyear et la boisson Red Bull. Red Bull vous donne des ailes !…) empruntés à Tony Scott, un cinéaste autrement plus doué… peut-être pourrait-on envisager de lui pardonner ses offenses à la cause cinématographique. Mais son laisser-aller, son cynisme et une sorte de renoncement artistique complet nous en empêchent définitivement. Au fil des ans, Michael Bay est devenu un enfant hyperactif lâché dans sa salle de jeux, bien décidé à assommer ses spectateurs et n’écoutant que les « boum » dans son petit cerveau dérangé. C’est bien simple, Michael Bay ferait passer Roland Emmerich pour Michael Haneke.

 

Interminable cacophonie sans âme, Transformers 4 est un peu l’équivalent cinématographique de cet épisode des Pokémon qui avait provoqué des crises d’épilepsie chez les enfants japonais. Merci Michael Bay !

 

 

 

7.

 THE AMAZING SPIDER-MAN 2

(THE AMAZING SPIDER-MAN 2 : LE DESTIN D’UN HEROS)

 

2014, de Marc Webb – USA

Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx, Dane De Haan, Paul Giamatti, Sally Field, Chris Cooper, Campbell Scott, Embeth Davidtz, Colm Feore, Felicity Jones, Marton Csokas, Sarah Gadon et Denis Leary

Scénario : Alex Kurtzman, Roberto Orci, Jeff Pinkner et James Vanderbilt

Directeur de la photographie : Dan Mindel

Musique : Johnny Marr, Pharrell Williams et Hans Zimmer

 

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11180032_800L’araignée a pèté…

 

La sentence est tombée : il n’y aura pas d’Amazing Spider-Man 3, du moins pas avec Marc Webb à la barre, ni avec Andrew Garfield dans le collant bleu et rouge de l’homme-araignée. Le studio Sony s’est retrouvé une fois de plus dans une impasse totale vis à vis de ce personnage qu’il s’évertue depuis 2007 à massacrer à l’écran. Après deux premiers opus exceptionnels signés Sam Raimi (en 2002 et 2004), véritables modèles du film de superhéros, les pontes du studio avaient contraint le réalisateur prodige à mettre en images un scénario qu’il détestait à l’occasion de Spider-Man 3, un récit confus, encombré de trop nombreux méchants et d’un ton indécis. Le semi-échec de cet opus 3 avait valu à Raimi d’être remercié manu-militari, alors qu’il était en pleine pré-production de Spider-Man 4, un projet tué dans l’œuf. Bien entendu, à Hollywood, rien ne se perd, tout se recycle et à la place de cet épisode 4, nous avons eu droit au lancement du reboot de 2012, signé… Marc Webb, un « yes-man » docile et sans génie qui avait rendu une copie entièrement dénuée de personnalité et dont la seule qualification apparente pour mettre en scène une aventure du tisseur semble être son patronyme.

 

Le succès financier de The Amazing Spider-Man avait presque fait oublier son échec artistique et réjoui les dirigeants de Sony qui imaginaient déjà une lucrative deuxième trilogie, suivie de spin-offs sur le modèle de l’univers cinématographique créé par la maison Marvel, notamment avec l’introduction dans les deux premiers films d’éléments supposés apparaître dans The Sinister Six, un « super-film » prévu pour 2017, racontant les efforts combinés des principaux méchants de la saga, situé après le troisième épisode des aventures de Spidey. Or voilà, The Amazing Spider-Man 3 vient d’être annulé et The Sinister Six risque bien de connaître le même sort…

 

La faute à l’échec financier totalement imprévu de The Amazing Spider-Man 2, un film qui reprend tous les défauts déjà présents dans son prédécesseur et qui semble n’avoir tiré aucune leçon des problèmes qui avaient coulé Spider-Man 3 en 2007. Dommage, car une fois débarrassé des passages obligés (la morsure de l’araignée, la mort de l’Oncle Ben), Marc Webb avait enfin l’occasion de se différencier de la trilogie de Sam Raimi. Or, comme nous allons le voir, le scénario de ce deuxième film se contente de suivre à la lettre la structure du premier. Prévisibles en diable, les nouvelles aventures du jeune héros font bailler plus que de raison, un comble pour un film au titre aussi peu modeste. « Amazing » ? Pas exactement…

 

Peter Parker (Andrew Garfield) s’est habitué à son costume de superhéros mais est toujours hanté par la disparition inexpliquée de ses parents, qui l’ont abandonné à son oncle et à sa tante quand il était marmot. Sa romance avec Gwen Stacy (Emma Stone) se poursuit tant bien que mal, même si Peter a toujours quelques remords, personnifiés par le souvenir du père de sa petite amie, décédé à la fin de l’épisode précédant et qui lui avait fait jurer dans son dernier souffle de rester à l’écart de Gwen pour l’éloigner de tout danger. L’occasion pour l’acteur Denis Leary d’apparaître dans un rôle quasiment muet mais carrément insultant, dans des inserts où il se contente d’être debout dans divers environnements et de regarder méchamment vers la caméra.

 

Pendant ce temps, Max Dillon (Jamie Foxx), un fan solitaire et sinistre de Spider-Man, déçu que sa maman ait oublié son anniversaire et que son héros ne l’ait pas reconnu pas dans la foule, tombe dans un tube fluorescent rempli d’anguilles et se transforme en Schtroumpf Grognon, capable de manipuler l’électricité à sa guise, tout en cabotinant de plus belle, comme Schwarzenegger dans Batman & Robin. Oh, et un nouveau Bouffon Vert, Harry Osborne (Dane De Haan), humilié par son papa mourant (Chris Cooper) menace lui aussi d’éradiquer New York parce qu’il est en bisbille avec Peter, qu’il jalouse terriblement. Voilà pour les ennemis et leurs « motivations »… Seulement voilà, au fur et à mesure que le Bouffon Vert prend de l’importance, le Schtroumpf Grognon (qui se fait appeler « Electro », pour frimer) se retrouve à jouer les figurants superflus et le script s’en débarrasse tellement vite qu’on se demande encore à quoi bon l’avoir fait intervenir dès le départ…

 

Ce n’est là qu’un des nombreux problèmes d’écriture d’un film, plus préoccupé à l’idée d’accumuler les noms d’acteurs prestigieux que de raconter un histoire qui tient debout. Comment expliquer autrement que l’on engage une actrice populaire (Shailene Woodley) pour interpréter un des personnages les plus emblématiques de la saga (Mary-Jane Watson), pour ensuite couper toutes ses scènes et rester vague quant à son avenir… « Peut-être la retrouverons-nous dans l’épisode 3 », voilà pour l’excuse officielle… La vérité c’est qu’à force de miser sur le calcul marketing et d’oublier d’être sincère, le scénario de ce deuxième opus, non finalisé au début du tournage, part dans tous les sens sans véritables raisons, reporte nombre d’éléments « qui seront résolus la prochaine fois » et oublie de raconter une vraie histoire avec un début, un milieu, une fin et des personnages aux motivations claires. Tout bon scénariste aurait regroupé les deux principaux méchants en un seul personnage. Ici, les deux s’annihilent mutuellement… On comprend bien l’idée de confronter les traumas des deux antagonistes à ceux vécus par le héros, qui, malgré la perte de ses proches, a su se relever et rester relativement équilibré. Mais l’accumulation de personnages flamboyants et le laisser-aller narratif fait que l’on s’en moque. Et ce n’est pas un cinéaste mercenaire sans le moindre point de vue apparent qui va arranger les choses ! Le scénario est donc davantage un prétexte pour préparer le futur de la franchise plutôt que de se concentrer sur le présent. The Pathetic Spider-Man 2 révèle donc sa vraie nature : une bande-annonce géante dans laquelle certains personnages sont à peine esquissés dans l’espoir de les voir revenir régulièrement aux prochains épisodes, toujours sur le modèle incontournable des productions Marvel.

 

Les dommages collatéraux arrivent donc fort logiquement dans le troisième acte. Lorsqu’un personnage essentiel à la saga finit par trépasser subitement, la surprise est tellement éventée que la scène n’a pas le moindre impact émotionnel.

 

Les scènes d’action, toujours très attendues dans ce genre de film, sont à l’avenant. Purement illustratives, jamais mémorables, elles dénoncent une fois de plus le manque d’audace et de personnalité du réalisateur. On se retrouve davantage dans un immense jeu vidéo (Spider-Man se retrouve coincé dans un flipper géant, effets sonores ridicules à l’appui) qui ne révèle rien de neuf sur les personnages et qui relègue les notions de suspense et de danger aux oubliettes. On regarde donc tout ça en baillant, en se disant qu’au pire, ces images désincarnées pourraient faire de jolis fonds d’écrans.

 

Ayant savamment calculé que les films de superhéros et les franchises pour jeunes adultes (Twilight, The Hunger Games) sont les rares films du moment à rapporter des montagnes d’argent, les dirigeants de Sony eurent une idée qui confine au pur génie : et pourquoi ne pas combiner les deux ?

 

The Average Spider-Man 2, c’est donc la version pour adolescents, terriblement infantile d’un personnage que Sam Raimi avait su rendre mythique, universel et romantique. Ici, nous avons un Andrew Garfield bourré de tics, qui confond en permanence bouffonnerie juvénile et charisme, au point que l’on se demande parfois si Dominique Farrugia n’aurait pas été plus crédible. C’est bien simple, l’acteur, exaspérant, en fait trop, essayant sans cesse d’attirer l’attention sur lui alors qu’un peu de retenue et d’humilité auraient bénéficié à ce personnage torturé. Gauche mais adorable dans la trilogie de Raimi, Spider-Man se transforme donc ici en un authentique petit con qui aime « se la jouer cool avec sa meuf » et qui s’avère terriblement arrogant envers ses divers ennemis, sans arrêt à leur lancer des punchlines plus foireuses que l’intégralité de celles prononcées dans la saga Expendables.

 

Quant à Emma Stone, grimaçant de plus belle, hautaine, loin du jeu un peu niais mais toujours sincère de Kirsten Dunst, elle incarne une gamine branchouille et je-sais-tout, dénuée de charme, dont même la coupe de cheveux (supposée rajeunir l’actrice) semble avoir fait l’objet de nombreux débats internes. Gwen Stacy ne semble en fin de compte intéressée que par l’idée de ridiculiser son boyfriend et SURTOUT, de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Il faut la voir se lancer aveuglément dans l’action et, sans le moindre remords, mettre des vies en danger à cause de son « caractère bien trempé »… Le résultat, c’est qu’elle finit toujours Gros-Jean comme devant, à provoquer des catastrophes et à attendre que son beau Spider-Man vienne la sauver. Girl power !

 

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Voir ces deux imbéciles autistes se tourner autour pendant près de 2h20 s’avère donc par moments particulièrement douloureux. Tout ici semble manquer de sincérité, du jeu des acteurs à leurs costumes, en passant par les traumas obligatoires des méchants et les interventions d’un nombre incroyable d’acteurs de prestige nous offrant le minimum syndical pour toucher un gros cachet et une place assurée dans les films à venir : Denis Leary en fantôme muet, donc, mais également Martin Sheen en flashback (3 secondes de présence à l’écran), Paul Giamatti dans le rôle du Rhino, un autre méchant supposé intervenir dans The Sinister Six (moins de 5 minutes de présence à l’écran), un Chris Cooper grisâtre, alité ou filmé en flashbacks (chi-ching !), mais également les jolies Sarah Gadon et Felicity Jones dont la présence dans des apparitions furtives ne sert qu’à introduire des personnages qui prendront de l’importance dans l’épisode suivant… celui qui ne verra donc jamais le jour !

 

Pour être tout à fait honnête, on gardera de cette aventure gâchée la prestation fiévreuse du jeune Dane DeHaan, le seul à y croire un minimum. Sosie juvénile de Leonardo DiCaprio, l’acteur n’a pas reçu le même mémo que Jamie Foxx, le prévenant qu’il n’était pas la peine de se fatiguer. DeHaan incarne un jeune fils à papa constamment à fleur de peau, un nerf mis à vif dont la terrible douleur, aussi bien physique que psychologique fait véritablement peine à voir. C’est bien simple, dès que l’acteur apparaît à l’écran, il éclipse tous ses partenaires et le film gagne en intérêt.

 

Le film de Marc Webb en est-il vraiment un ? A ce degré de cynisme, impossible d’y voir autre chose qu’un objet industriel dont les décisions relevant du pur marketing sont prises en comités et dont la seule raison d’être est le product placement à tout va (des produits « Sony » apparaissent à l’écran toutes les 5 minutes) et la garantie d’un avenir juteux pour la franchise, avant que les droits du personnage ne soient récupérés par la maison-mère, Marvel…

 

Sauf que cette fois, tous ces beaux calculs de bas étage n’ont pas payé. Le public a compris la supercherie et pour un budget de 200 millions de dollars, le film n’en a récolté que 202 dans son pays natal. Les pontes de Sony, pris de panique, sont donc en train de plancher sur l’avenir de leur franchise malade. Film animé? Spin-off portant sur le personnage de Tante May ? (Ne riez pas, ils l’envisagent réellement…) Retour dans le giron de Marvel ? Nouveau reboot indépendant avec des acteurs et un réalisateur différents ?

 

Pendant ce temps-là, Sam Raimi, déguisé en Bouffon Vert, ricane de plus belle : « Alors, c’est qui le bouffon, maintenant ? »…

 

 

 

6.

 AUX YEUX DES VIVANTS

 

2014, de Alexandre Bustillo et Julien Maury – FRANCE

Avec Anne Marivin, Théo Fernandez, Zacharie Chasseriaud, Damien Ferdel, Francis Renaud, Fabien Jegoudez, Chloé Coulloud, Dominique Frot et Béatrice Dalle

Scénario et dialogues : Alexandre Bustillo et Julien Maury

Directeur de la photographie : Antoine Sanier

Musique : Raphaël Gesqua

 

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Aux Yeux des Vivants… ou comment par un grand manque de rigueur et un scénario vaseux, le film de genre français le plus intrigant de l’année s’est transformé en une mauvaise version longue de « Red is Dead ». Entre comique involontaire, fautes de français, prétentions auteuristes et cynisme déplaisant, le fantastique français a bien triste mine. Ca méritait bien un coup de gueule…

 

Retrouvez notre CRITIQUE COMPLETE parue en mai dernier

 

 

 

5.

 COLT 45

 

2014, de Fabrice DuWelz  – FRANCE

Avec Ymanol Perset, Gérard Lanvin, JoeyStarr, Alice Taglioni, Simon Abkarian, Richard Sammel, Antoine Basler, Jo Prestia et Philippe Nahon

Scénario : Fathi Beddiar et Fabrice DuWelz

Directeurs de la photographie : Benoît Debie

Musique : Raphaël Hamburger

 

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Tout le talent de Fabrice Du Welz ne peut sauver ce film de commande trop peu personnel. Avec son scénario scolaire, des dialogues vulgaires à souhait et une galerie de personnages uniformément monolithiques, ce Colt 45 n’est malheureusement qu’un pétard mouillé. Pour retrouver le talent brut du réalisateur, reportez-vous à notre TOP 10 2014 pour notre critique d’Alléluia, son meilleur film à ce jour…

 

Mais avant de relire notre CRITIQUE COMPLETE de Colt 45, publiée en septembre dernier, voici quelques précisions apportées par Fabrice quant au calvaire qu’il a vécu sur son propre tournage. Des propos recueillis par nos collègues de L’Avenir.net

 

-C’est encore douloureux à évoquer Colt 45 ?


-Fabrice : Le film est incomplet, il m’a échappé, que dire de plus ? J’ai ma part de responsabilité. Il manque trente pages. C’est un film malade, je ne l’ai pas terminé ni mixé, ils ont mis de la musique de merde, des effets sonores de merde. Ce n’est pas du tout le film que j’avais en tête. Je voulais faire un film noir à la Melville, pas à la Olivier Marchal qui est un cinéaste que je respecte mais dont je ne me sens absolument pas proche. Ils ont fait un travail de porc sur Colt 45. Le résultat ne rend absolument pas justice au scénario de Fathi Beddiar qui était incroyable. Tout le monde lui jette des tomates alors que c’est la production qui a charcuté son scénario tout ça pour engraisser ces comédiens vedettes qui prennent un pognon incroyable par jour. Ce film se faisait pour les mauvaises raisons. On m’a imposé un cast et au début j’y croyais, j’ai ma part de responsabilité, je ne me dédouane de rien. Je me suis battu pour imposer Ymanol Perset que j’aime beaucoup mais tout le reste m’a échappé. Si on avait eu deux semaines de tournages en plus et d’autres stars que Gérard Lanvin et Joey Starr, on aurait fait un truc magnifique. Je me suis tapé papy Lanvin, « le révolutionnaire » et l’autre imbécile qui est impossible à gérer ! J’avais l’impression d’être Herzog et de me taper Kinski. J’ai même été interdit de plateau parce que j’avais de gros problèmes avec Joey Starr. Et puis comment veux-tu qu’ils te respectent ? Tu gagnes quinze fois moins qu’eux, ils ne savent même pas qui tu es, ils n’ont aucun respect pour toi… ce qui fait qu’à un moment donné le film t’échappe complètement. Mais comme il fallait quand même sortir le film, puisque Warner a misé dessus, ils l’ont rafistolé n’importe comment. J’ai ma part de responsabilité et j’assume… c’est pour ça que j’ai signé le film, je l’ai entamé. Ce n’est pas un de mes films mais je l’ai réalisé, les images sont de moi… la plupart du moins car il y a eu des scènes retournées. C’est vraiment particulier à la boite de production du film. Le seigneur de la maison c’est Caligula (Thomas Langmann, ndlr), il a tout le monde à sa botte et maintenant il a un Oscar. Tout le monde le sait dans l’industrie mais personne ne le dit. On m’avait pourtant prévenu mais j’y suis allé quand même, persuadé que j’allais faire un super film. Je ne suis pas le premier et je ne serais pas le dernier. Orson Welles disait « Dans ce métier bête, les gens n’ont que ce qu’ils méritent. » Parfois tu te poses des questions…

 

 

 4.

 GRACE OF MONACO

(GRACE DE MONACO)

2014, de Olivier Dahan – FRANCE / USA

Avec Nicole Kidman, Tim Roth, Frank Langella, Paz Vega, Parker Posey, Derek Jacobi, Milo Ventimiglia et Jeanne Balibar

Scénario : Arash Amel

Directeur de la photographie : Eric Gautier

Musique : Christopher Gunning

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Comme si l’affligeant Diana, d’Oliver Hirschbiegel, n’avait pas suffi à rebuter le public avide de drames princiers, voilà qu’une autre princesse célèbre au destin tragique et à la popularité mondiale voit sa vie adaptée à l’écran dans une grosse production bling bling, un « glossbuster » davantage destiné à en mettre plein la vue que de raconter le parcours d’une femme avec honnêteté artistique.

 

Cette fois cependant, plutôt que de réinventer le personnage avec un scénario digne de « Martine à la plage » et de le réinventer totalement dans des scènes sorties de l’imagination d’un dangereux pervers (on se souviendra longtemps de la Princesse Diana et de ses longues perruques noires, harcelant son petit ami en s’introduisant en douce dans son appartement…), Grace of Monaco a au moins le vague mérite d’aborder quelques thèmes intéressants : la difficulté de devenir une princesse en terre étrangère, son isolement, l’abandon d’une vie artistique extrêmement riche… Le problème, c’est la manière absolument risible dont tous ces thèmes passionnants seront traités à l’écran.

 

En 1956, Grace Kelly (Nicole Kidman), star hollywoodienne à la carrière remarquable, annonçait l’arrêt de sa carrière d’actrice et épousait le séduisant Prince Rainier de Monaco (Tim Roth) avant de s’exiler sur le rocher monégasque. Elle comprend vite que la vie de princesse n’est pas le conte de fée qu’elle avait imaginé, d’autant plus que le protocole très strict imposé par ses nouvelles fonctions l’empêche de se réunir avec son mentor, Alfred Hitchcock, obligé de la remplacer par Tippi Hedren sur son nouveau film, Marnie (Pas de Printemps pour Marnie). Six ans plus tard, en 1962, la princesse désabusée a le mal du pays et veut divorcer. Cernée par les intrigues de cour, Grace ne supporte plus sa « prison dorée ». Rainier, froid et distant, avec qui elle fait chambre à part, est de plus en plus préoccupé par un conflit avec le gouvernement français qui risque de voir Monaco perdre son indépendance et son statut de paradis fiscal. Par soumission conjugale, Grace décide de remplir son devoir d’épouse de chef d’État. Telle une Mata-Hari de la haute société, elle va déjouer un coup d’état ourdi par sa belle-sœur sournoise, espionner à la solde du gouvernement françaiset obtenir carte blanche de la part de son mari pour l’aider à résoudre le conflit qui l’oppose à Charles De Gaulle.

 

Beaucoup de films, bons ou mauvais, ont été sifflés à Cannes mais rares sont ceux dont l’accueil particulièrement glacial a retardé ou annulé la sortie sur plusieurs territoires, un vent froid qui a transformé le grand film événement des Frères Weinstein, qui faisait l’ouverture de l’édition 2014 du festival, en l’un des plus gros flops de l’histoire du cinéma.

 

Il faut dire que Grace of Monaco avait tout du désastre annoncé : reporté d’un an suite à une longue dispute concernant le montage final entre le réalisateur Olivier Dahan et son producteur Harvey Weinstein, le film arrivait juste après le désastre historique de Diana. De plus, malgré un casting de prestige et des production values à faire pâlir d’envie Baz Luhrmann, on ne pouvait décemment que redouter un nouveau film du réalisateur de La Môme : Olivier Dahan, un cinéaste « hype » dont le succès mondial avec son biopic sur Edith Piaf avait provoqué un terrible malentendu : les américains en particulier avaient commencé à croire qu’ils tenaient là le nouveau grand auteur français… Or, ceux qui connaissent sa filmographie et ont vu son conte de fée raté Le Petit Poucet (2001), son authentique nanar Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l’Apocalypse (2004), avec ses moines adeptes du kung fu et sa comédie 100 % pas drôle Les Seigneurs (2012) savent que le succès monté en épingle de La Môme (2007), un film brouillon à la construction terriblement confuse, n’était qu’une exception, une anomalie du système Dahan, dont l’incompétence narrative notoire n’a d’égale que sa prétention mal placée.

 

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La Môme ne devait son immense succès à l’étranger qu’à la performance émouvante de son actrice principale (Marion Cotillard) et à la renommée mondiale d’Edith Piaf. A bien y regarder, La Môme regorgeait déjà d’invraisemblances grossières et d’impardonnables fautes de goût, comme celle d’enterrer sa star sous un masque en latex hideux qui lui donnait des faux airs de Charles Trenet vieux ou une sorte de version de Piaf revue par Les Guignols de l’Info… Le film suivant du réalisateur, le road movie musical My Own Love Song (2010), avec Renee Zellweger et Forest Whitaker était resté sur les étagères pendant plus de deux ans et, ayant pâti d’une réputation désastreuse malgré des chansons signées Bob Dylan, reste toujours inédit en France. Autant dire (pardonnez le mauvais jeu de mot) que Grace de Monaco était attendue au tournant.

 

Non content de relater des évènements dont l’insignifiance historique absolue confère à son film des allures de grosse guimauve boursouflée, Dahan se retrouve coincé avec l’héroïne la plus improbable de l’histoire du cinéma : une grande actrice devenue princesse, obligée de devenir une espionne et un fin stratège politique afin d’amadouer un peuple qui se méfie d’elle, mais surtout pour retrouver les faveurs d’un mari en tous points détestable. Grace of Monaco, en fin de compte, ne parle pas de la libération d’une femme aimée du monde entier, mais de sa soumission totale à une vie et à des valeurs qu’elle a en horreur. Tout au long du film, Grace va progressivement rentrer dans le rang, remiser ses principes au placard et se soumettre aux lois dictées par son mari tyrannique. Selon Dahan, Grace Kelly se résume donc à un modèle féminin assez pitoyable, même si sa soumission est évidemment décrite dans le film comme une grande victoire !

 

« Historiquement, politiquement, sociologiquement et humainement, il n’y a pas une scène ni une réplique du film qui soit conforme à la réalité ni même à la vraisemblance » a déclaré l’historien Jean des Cars, spécialiste de la famille monégasque après la projection du film… C’est bien entendu son boulot de l’affirmer, d’autant plus que la famille royale, quant à elle, a refusé d’apporter sa contribution au film et l’a même publiquement condamné. Il n’est cependant pas difficile de croire l’historien sur parole… Pour sa défense, Olivier Dahan a répondu qu’il était un artiste, pas un historien ! Portant en étendard son argument / prétexte de licence artistique, Dahan ne fait pas illusion. Son biopic de pacotille, extravagant et hautement imaginaire est à peu près aussi fidèle à la réalité que Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires ou Bubba Ho-Tepp, dans lequel un Elvis Presley grabataire combattait une momie ancestrale…

 

Voltigeant d’un pastiche de film d’espionnage des années 50 à un drame télévisuel simpliste, du style « la politique mondiale pour les nuls », Dahan n’est jamais certain du ton à adopter. D’un côté nous avons le drame d’une femme prisonnière dans son propre palace, grouillant d’ennemis, sans cesse surveillée par une inquiétante et mutique dame en noir (Parker Posey, absolument ridicule) pour le compte de son mari. Olivier Dahan tente l’approche d’un suspense hitchcockien à la Rebecca, mettant en scène une héroïne tragique, anxieuse et suicidaire, une « jeune femme en détresse » comme Grace Kelly en a joué dans les films du bon Alfred. Hitchcock en personne fait d’ailleurs une apparition en début de film, en visite sur le Rocher pour tenter de convaincre Grace de sortir de sa retraite et d’accepter de jouer dans Marnie. Dans le rôle, Roger Ashton-Griffiths, qui ne ressemble en rien au réalisateur de Psycho, en livre une grossière caricature qui le ridiculise bien plus qu’il ne lui rend hommage.

 

Nous avons ensuite un mauvais film d’espionnage dans lequel Grace, par son simple charme, va influencer l’issue d’un conflit politique, un peu comme le faisaient Cate Blanchett dans Elizabeth et Colin Firth dans The King’s Speech, des œuvres à succès dont le réalisateur aimerait tant retrouver la formule magique ! Dahan essaie bien de canoniser son héroïne-martyr à l’aide de très longs gros plans sur le beau visage en souffrance de Nicole Kidman, mais rien ne fonctionne réellement d’un point de vue dramatique ou psychologique, tant il s’avère absolument impossible de prendre le film et ses enjeux au sérieux.

 

Dahan filme des discussions politiques dans des boudoirs enfumés et transforme Rainier en une sorte de « parrain » local, ce qui peut s’avérer très amusant mais de manière tout à fait involontaire. Tim Roth, c’est tout à son honneur, s’avère excellent dans le rôle, ne cherchant jamais la caricature et laissant son modèle réel s’en charger pour lui. Le réalisateur pousse le bouchon jusqu’à inventer un confident fictif à son héroïne en la personne du Père Francis (Frank Langella), afin d’installer entre les deux personnages une dynamique « mentor / apprentie » à la My Fair Lady. Le prêtre, qu’on nous présente pourtant comme animé de bonnes intentions, va donc s’atteler à trahir son amie, à transformer Grace en « vraie princesse » (« le meilleur rôle de ta carrière, Gracie !… »), à lui faire oublier ses désirs de liberté et à lui faire comprendre que son mari, le peuple monégasque et ses désirs de pauvre petite fille riche réclament de lourds sacrifices.

 

Un interminable discours de la princesse, sommet de naïveté, parachève en beauté ce navet royal : Grace, enfin gagnée à la cause de ses soit-disant « geôliers » va s’exclamer « I AM MONACO ! », un peu à la manière de Sylvester Stallone sous son casque de Judge Dredd (« I am deuh law ! »)… Nicole Kidman, si l’on excepte quelques choix de carrière peu judicieux, n’a finalement pas grand chose à se faire pardonner. Malgré un flagrant manque de ressemblance avec Grace Kelly, elle fait son boulot consciencieusement, mais le ridicule incroyable de ce mélodrame fantastiquement idiot, aux allures de soap opera trop engoncé dans les images d’Epinal, la politique de bazar et des décors de carte postale jaunie, condamne le film à un statut de future comédie culte. Mélo kitsch d’un caricatural consommé, provoquant régulièrement l’hilarité, Grace of Monaco n’est pas le biopic chic que l’on était en droit d’espérer et qu’Harvey Weinstein imaginait déjà sur le podium des prochains Oscars, mais une véritable farce royale, aux rebondissements dignes d’un épisode d’Amour, Gloire et Beauté.

 

La vraie nature de soap opéra du film de Dahan n’est jamais plus évidente que dans cette scène, sensée amener un certain suspense, qui voit la Princesse rouler à vive allure sur les routes serpentées de Monaco. Grace Kelly, bien sur, est morte dans un accident de voiture sur ces mêmes chemins en 1982. Dahan ne trouve donc rien de plus intelligent à faire que de distiller un semblant de suspense en recréant les circonstances d’un décès, qui n’aura lieu que 20 ans après les évènements qu’il décrit.

 

Pendant sa vie d’actrice, Grace Kelly nous a donné High Noon (Le Train Sifflera Trois Fois), Dial M For Murder (Le Crime était Presque Parfait) et Rear Window (Fenêtre sur Cour). Pendant sa vie de princesse, elle nous a donné Albert et Stéphanie de Monaco… Pourrions-nous donc y réfléchir à deux fois avant de lâcher sur nos écrans le prochain biopic princier ?

 

Pour Penelope Cruz en Reine Fabiola, il n’y a donc pas le feu au lac!…

 

 

3.

 THE OTHER WOMAN

(TRIPLE ALLIANCE)

 

2014, de Nick Cassavetes – USA

Avec Cameron Diaz, Leslie Mann, Kate Upton, Nikolaj Coster-Waldau, Don Johnson et Nicki Minaj

Scénario : Melissa Stack

Directeur de la photographie : Robert Fraisse

Musique : Aaron Zigman

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the-other-women-dvd-cover-70Parfums de femmes

 

Une scène du dernier film de Nick Cassavetes (She’s So Lovely, John Q., Alpha Dog), en plus de résumer en un seul « geste » toute l’intégrité du projet, a le mérite de faire le point sur l’état actuel de la comédie américaine. A la fin d’une conversation entre Cameron Diaz et Leslie Mann, le chien de cette dernière, un énorme dogue allemand, défèque  (gros plan à l’appui) sur la carpette. Sans raison. Sans prévenir. Et à l’aide d’images de synthèse…

 

Cette odeur qui émane de l’écran, c’est un mélange de crottes de chien et de désespoir : celui d’essayer à tout prix de trouver l’équilibre entre un genre cinématographique mort-né, le  « girl power » et les gags scatologiques qui ont fait le succès de l’excellent Bridesmaids. Peine perdue…

 

Carly (Cameron Diaz) découvre que Mark (Nikolaj Coster-Waldau), son nouvel amant, celui qu’elle pensait être « le bon » est en fait un homme marié et un arnaqueur né, qui n’a aucune intention de tenir ses engagements romantiques envers elle. Suite à un affreux quiproquo, Carly fait la connaissance de Kate (Leslie Mann), la femme de son amant, dont le monde s’écroule subitement. Alors que la vraie nature de l’horrible infidèle se dévoile petit à petit, les deux femmes, contre toute attente, deviennent très amies. Elles découvrent que Mark est également coupable de fraude fiscale et qu’il utilise le nom de son épouse sur tous les documents falsifiés. C’est donc elle qui se retrouverait derrière les barreaux en cas de problème. Carly et Kate font également la connaissance de la nouvelle maîtresse de Mark, une jeune bimbo nommée Amber (Kate Upton) et lui expliquent la situation. A trois, elles décident de se venger, de le ruiner, de l’envoyer en prison et de lui montrer que la vengeance est un plat qui se mange… fade !

 

Difficile, voire impossible, de s’attacher à ce trio de femmes trompées qui unissent leurs forces pour faire face à leur ennemi commun, tant leur caractérisation simpliste les fait tomber dans les pires travers de la comédie « féministe », du moins tel qu’Hollywood l’entend de nos jours. Diaz est l’avocate frigide, grande gueule et redoutablement intelligente (un rôle de composition, donc), Leslie Mann est la desperate housewife inconsolable et nunuche, Kate Upton est une paire de seins. « The lawyer, the wife and the boobs » comme elles se surnomment elles-mêmes… Tout un programme !

 

Le féminisme en prend donc un sacré coup avec ce trio de péronnelles d’une idiotie tellement insondable que l’on finirait par trouver des circonstances atténuantes à leur affreux époux volage ! Un comble ! La conception de l’amitié féminine selon The Other Woman se résume à d’interminables soirées pyjamas où l’on se saoule en insultant le vilain méchant, en comparant ses collections de chaussures, en écoutant les mélodies sirupeuses de Pat Benatar et en jouant les victimes éplorées.

 

A défaut d’être intelligent, émouvant, d’avoir du cœur ou de proposer des personnages humains (ce qui le différencie définitivement de Bridesmaids), The Other Woman aurait pu faire amende honorable en proposant des gags dignes de ce nom. La comédie potache américaine n’est-elle pas, après tout, devenue un genre à elle seule ? Mais là encore, le bât blesse puisque nous sommes très loin des délires régressifs des géniaux Frères Farrelly, des pastiches à la Adam McKay ou des états d’âmes des vieux adolescents de Judd Apatow (dont Leslie Mann est pourtant l’épouse !)… Nick Cassavetes semble incapable d’insuffler le moindre souffle comique à son film et ses actrices réunies n’ont de toute évidence aucun sens du timing comique. Presque tout tombe à plat, dialogues et situations compris. On a d’ailleurs très souvent la fâcheuse impression que The Other Woman est constitué de prises coupées ou alternatives destinées aux bonus du DVD…

 

La comédie « physique » se résume donc à humilier l’affreux personnage par des moyens faisant appel à tous ses fluides corporels : Kate verse de la crème à épiler les cheveux dans son shampooing, Amber lui arrange un rendez-vos avec un transsexuel, Carly lui injecte des oestrogènes pour lui faire pousser la poitrine et verse du laxatif dans sa boisson, ce qui résulte en une scène consternante où Nikolaj Coster-Waldau (le viril Jamie Lannister de Games of Thrones) se soulage douloureusement dans des toilettes publiques, comme autrefois Jeff Daniels dans Dumb & Dumber. On a beau l’avoir surpris en train de trousser sa sœur, d’étriper des dizaines d’ennemis avec son épée et de pousser un enfant Stark dans le vide dans Game of Thrones, le pauvre acteur, dans le rôle le plus ingrat jamais vu sur un écran de cinéma (il a le double honneur d’être l’enfoiré de service ET le dindon de la farce) nous réserve là une des scènes les plus viles et honteuses de sa (courte) carrière hollywoodienne, qui risque bien de le rester (courte) si il persiste dans ce genre de navets puérils.

 

Le film de Nick Cassavetes, digne d’un article pour magazine féminin du style « Peut-on être copine avec la maîtresse de son mari ? », serait destiné en priorité à un public de copines. Une affirmation qui démontre de la plus triste des manières tout le respect et l’estime que le cinéaste porte à la gent féminine !… La seule fois où ses héroïnes ont une conversation qui ne tourne pas autour des hommes, elles dissertent sur les crottes de chien. Un chien mâle, qui plus est… Le script de Melissa Stack transforme le trio en stéréotypes grossiers, sensés représenter une inspiration et un exemple d’amitié féminine. Mais ces belles intentions ne restent qu’à la surface d’un océan de vulgarité et de bêtise. Les (fausses) aspirations féministes du script sont au choix, peu convaincantes ou terriblement hypocrites. Seules, Carly, Kate et Amber ne sont que des stéréotypes ambulants. A trois, elles ne sont jamais rien d’autre que des furies réactionnaires qui, quand elles ne fomentent pas leur vengeance, passent le plus clair de leur temps à se brosser les cheveux et à essayer leurs dernières tenues haute couture en gloussant de plus belle. Leur seul semblant de dignité, comble de la supercherie, réside dans leur HAINE. Bel exemple !… En guise de message féministe, nous nous retrouvons en fait avec trois femmes qui ne sont RIEN sans leurs hommes, sans leurs amies, sans leur fierté (mal placée) et leur but commun (maléfique). Un des ressorts dramatiques du film voit Kate retomber amoureuse de son horrible mari, malgré ses nombreuses infidélités. Heureusement donc que d’autres hommes (Don Johnson en papy lubrique, Taylor Kinney en gentil loser) les attendent à la fin du film pour venir les sauver ! Voilà donc le genre de « faux-féminisme » que nous sert cette comédie hypocrite et d’une vulgarité sans bornes, à faire passer les dindes de Sex and the City pour des icônes des droits des femmes.

 

L’insupportable Cameron Diaz, que nous aimions pourtant beaucoup dans les années 90, devient coutumière de ce genre de rôles d’idiotes patentées, hautaines et méprisables, comme l’ont prouvé ses prestations (identiques) dans une longue série de navets qui laissent rêveur sur 1) ses capacités cérébrales et intellectuelles, 2) son sens du discernement et 3) les intentions nuisibles de son agent : The Sweetest Thing (2002), What Happens in Vegas (2008), Bad Teacher (2011), What To Expect When You’re Expecting (2012), Gambit (2012) et le récent (et tout aussi mauvais) Sex Tape. Une filmographie qui ferait presque passer celle de Jennifer Aniston pour celle de Jessica Chastain !… Cameron Diaz, à ce jour, est pourtant toujours l’une des actrices les mieux payées du cinéma américain, peu importe qu’elle choisisse ses rôles avec autant de discernement que Reeva Steenkamp (paix à son âme) choisissait ses compagnons. Avec The Other Woman, l’actrice retrouve Nick Cassavetes après My Sister’s Keeper (2009), un lamentable drame sur le cancer indigne d’un téléfilm du dimanche après-midi. Ces gens-là n’apprennent-ils donc jamais de leur erreurs ou bien pire encore, s’en moquent-ils tant que ça marche ?…

 

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Les plus cyniques et les plus courageux s’amuseront peut-être de la « performance » hallucinante de Kate Upton, un mannequin qui donne sans cesse l’impression qu’elle n’a jamais vu un acteur ou regardé un film de sa vie. Perdue, le regard dans le vide, les dialogues (heureusement) réduits à leur strict minimum, elle se rattrape en affichant sa plastique superbe, sujet de nombreux gags pour le réalisateur, qui filme la pauvre débutante en train de courir sur la plage comme Bo Derek dans Ten, sa poitrine ballottant sensuellement au ralenti avec un bruit burlesque de ballon rempli d’eau. Billy Wilder, du fond de sa tombe, peut dormir tranquille… Si la non-performance de Kate Upton inspire une certaine pitié, celle de la « chanteuse » (un terme à propos duquel les qualités requises ont terriblement baissé ces dernières années) Nicki Minaj, dans le rôle secondaire de la secrétaire de Diaz, aurait plutôt tendance à inspirer une certaine haine tenace de l’humanité. Dégueulant ses dialogues comme si sa mâchoire était entravée par des fils barbelés, Nicki Minaj ne semble posséder aucune qualité requise pour prétendre à l’appellation d’ « être humain ». Ce bruit terrible qu’elle émet avec sa bouche doit cesser immédiatement !

 

On s’en doutait un peu, le seul élément à sauver de ce naufrage est Leslie Mann. Délicieuse, élégante, superbe, l’épouse de Judd Apatow apporte la seule touche d’humanité, de charme et surtout, de talent comique à cette entreprise. Dans le rôle de cette femme au bord de la crise de nerfs, elle allie profondeur et pathos avec aisance et joue dans une toute autre catégorie que ses consœurs. Elle élève un rôle d’éternelle victime qui, sur papier, ne relevait que du cliché. Il est incompréhensible de voir cette actrice irrésistible, trop souvent sous-exploitée, gâcher son talent dans un tel sous-film.

 

En 1974, John Cassavetes filmait son épouse Gena Rowlands dans A Woman Under the Influence. Dans le rôle de Mabel, une femme au foyer dépressive et suicidaire, l’actrice trouvait sans doute l’un des rôles féminins les plus riches de l’histoire du cinéma américain. 40 ans plus tard, leur fils Nick filme un chien qui défèque sous les rires consternés de Cameron Diaz et Leslie Mann dans une sorte de remake « jeune » du déjà bien nullissime The First Wives Club (1996, avec Goldie Hawn, Diane Keaton et Bette Midler) pour un public moins indulgent. En sommes-nous vraiment arrivés là ?

 

« L’Enfer n’a pas de fureur égale à celle d’une femme dédaignée », dit le proverbe. The Other Woman, malheureusement pour nous, en est l’illustration la plus douloureuse.

 

 

2.

TRANSCENDENCE

(TRANSCENDANCE)

 

2014, de Wally Pfister – USA

Avec Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany, Morgan Freeman, Cillian Murphy, Kate Mara, Lukas Haas, Cole Hauser, Clifton Collins, Jr. et Xander Berkeley

Scénario : Jack Paglen

Directeur de la photographie : Jess Hall

Musique : Mychael Danna

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Ancien directeur de la photographie attitré de Christopher Nolan, ayant magnifiquement éclairé tous ses films,  de Memento (2000) à The Dark Knight Rises (2012), Wally Pfister a décidé de ne pas réitérer l’expérience sur Interstellar, remplacé par le non moins doué Hoyte Van Hoytema, grand chef opérateur au patronyme tout aussi rigolo. La raison ? Non pas pour faire à Nolan une infidélité en allant fricoter avec un autre grand réalisateur, mais pour  s’en aller réaliser son premier film, d’ailleurs produit par son ancien patron. Malheureusement, au vu du résultat, il y a des chances que Wally Pfister retourne très vite régler ses éclairages. Comme d’autres avant lui (Jack Cardiff, Haskell Wexler, Gordon Willis, Jan De Bont, Janusz Kaminsi, Dean Semler), Wally Pfister semble avoir oublié que de belles images ne suffisent pas à faire un bon film. Le vieux cliché du directeur de la photographie passé à la réalisation avec un film visuellement splendide mais à la narration déficiente se confirme une fois de plus.

 

Transcendence a l’allure d’un Christopher Nolan, la couleur d’un Christopher Nolan, le ton sérieux d’un Christopher Nolan, un casting à la Christopher Nolan (Rebecca Hall, Morgan Freeman, Cillian Murphy, tous des fidèles du réalisateur de Memento !), euh… l’odeur d’un Christopher Nolan (?), mais en ce qui concerne la qualité de l’écriture, Transcendence aurait bien eu besoin du frère de Christopher Nolan (Jonathan, co-scénariste attitré du maître) pour venir instiller un semblant de vie à un récit robotique et soporifique.

 

Film de science-fiction visuellement très ambitieux, Transcendence pâtit en effet d’un scénario de série B terriblement prévisible, le genre d’histoire vue 1000 fois auparavant, ainsi que d’un casting complètement livré à lui-même, interprétant des personnages restés coincés à l’état de concepts, particulièrement mal développés. Sans la moindre direction d’acteur notable, Transcendence se perd dans les travers les plus dangereux des « gros » films de science-fiction et contrairement à ses modèles, à savoir les oeuvres de Nolan, James Cameron, Mamoru Oshii et consorts, s’avère douloureusement dénué d’âme, d’un ennui et d’une monotonie désespérants. Un comble, vu le sujet qu’il aborde…

 

Le Professeur Will Caster (Johnny Depp) est une éminence dans le domaine de l’intelligence artificielle, un gentil scientifique motivé par sa curiosité concernant la nature de l’univers. Il est sur le point de créer un ordinateur sensible capable d’assimiler la somme totale des connaissances de l’Humanité. Il prédit qu’un tel ordinateur créera une singularité technologique une « transcendance » qui mettrait fin à la pollution, aux maladies et à la mort. A peine a-t-il le temps de prononcer son discours révolutionnaire (« L’Homme n’a-t-il pas toujours cherché à créer Dieu ? ») et de défendre tant bien que mal les nombreuses implications morales de son joujou que Will est empoisonné par un groupe d’extrémistes écolo anti-technologie. N’ayant plus que quelques semaines à vivre, Will, avec l’aide de son épouse adorée Evelyn (Rebecca Hall) et de son ami et collègue Max (Paul Bettany), décide de « télécharger » sa conscience dans sa machine quantique… une opération à priori aussi simple que de télécharger son âme sur une clé USB. Max met en doute la sagesse de ce choix et s’oppose à Evelyn, aveuglée par son amour. Le cerveau de Will survit à la mort de son corps et sa voix désincarnée demande à être connectée à internet afin de développer ses capacités et ses connaissances. Ce faisant, Will – ou du moins ce qu’il en reste – devient une sorte d’être omniscient super-puissant, un « cyber-Dieu » capable de manipuler en une nanoseconde toutes les données de tous les ordinateurs du monde entier… et bien plus encore ! Ses ressources sont inépuisables et ses pouvoirs prennent une ampleur insoupçonnée. La question se pose désormais : les intentions de ce nouveau Will, au départ bien décidé à aider l’humanité, sont-elles toujours pacifiques ?

 

Avec l’aide d’Evelyn, « Cyber-Will » utilise la vaste intelligence qu’il a acquise pour construire une utopie technologique dans une ville reculée du désert où il dirige le développement de technologies innovantes dans les domaines de la médecine, de l’énergie, de la biologie et de la nanotechnologie. Mais au fur et à mesure que les pouvoirs de Will et son intelligence s’accroissent, même Evelyn commence à craindre les motivations de cette effrayante entité omnisciente qu’elle ne reconnaît plus. Quand Will démontre sa capacité à contrôler à distance l’esprit des humains entrés en contact avec ses nano-particules et qu’il se crée une armée de sbires doté d’une conscience collective, tels les zombies de Body Snatchers, Evelyn comprend un peu tard l’ampleur de son erreur. Avec l’aide du scientifique Joseph Tagger (Morgan Freeman), qui travaille pour le gouvernement et l’agent du FBI Donald Buchanan (Cillian Murphy), Max et Evelyn tentent d’arrêter la propagation de la singularité technologique. Comme Will a étendu son influence à l’ensemble de la technologie informatique en réseau dans le monde, ils développent un virus informatique dans le but de le supprimer définitivement, un acte qui détruirait par la même occasion la civilisation technologique et tout espoir de guérir des centaines de maladies mortelles.

 

TRANSCENDENCE

 

Certes, le script est ambitieux mais il ne trouve jamais la moindre résonance dans le traitement peu inspiré, médiocre, sans humour et au rythme paresseux et sans suspense que lui inflige Wally Pfister à l’écran. Essayant sans jamais réussir de réconcilier des thèmes science-fictionnels aux considérations morales passionnantes (comme dans les meilleurs films de Kubrick, Cameron, Cronenberg, Spielberg et Nolan) avec un univers visuel fort, Pfister noie toutes ses belles intentions dans des scènes qui rappelleraient plutôt une poignée de séries B peu recommandables des années 90, comme The Net (Traque sur Internet, avec Sandra Bullock), The Lawmmower Man (Le Cobaye, adapté de Stephen King et dont Transcendence pourrait être un remake officieux) et Virtuosity (avec un Russell Crowe hautement ridicule en cyber-serial killer), des films qui parlaient de la fusion / collision inévitable entre l’humanité et la technologie, sans jamais se donner les moyens de leurs ambitions.

 

Transcendence semble avoir rédigé par une intelligence artificielle et tombe régulièrement dans la banalité tant ses rebondissements sont prévisibles. On ne peut que regretter le manque d’audace d’un film qui parle sans cesse des pouvoirs extraordinaires d’un être déifié, mais qui se montre bien incapable de ressasser autre chose que des clichés. Victime de ses ambitions, le film démontre sans cesse qu’il ne possède pas l’intelligence de son propos, ni l’imagination nécessaire à créer le film de science-fiction mémorable qu’on nous promettait. Exemple le plus frappant de ce manque d’audace : la décision finale, dégoulinante de bons sentiments, de Will de faire triompher l’amour et de sauver son épouse plutôt que d’atteindre enfin le summum de sa transcendance. N’ayant pas l’imagination requise pour imaginer une telle séquence, Pfister choisit une solution de facilité et termine son film de manière timorée.

 

Les thème de la nature de la conscience humaine, de la méditation sur la perte d’un amour fou, de la corruption qu’entraîne le pouvoir absolu chez cet homme qui se prend pour Dieu, de l’existence de l’âme, le débat éternel sur les bienfaits et les dangers de la science, ainsi que l’avertissement de ne pas provoquer Mère Nature sont abordés à l’écran avec d’interminables scènes où divers personnages fixent des écrans d’ordinateurs et tapotent sur leurs claviers. Aucune de ces idées passionnantes ne sont développées de manière satisfaisante et le film aurait plutôt tendance à passer de la science-fiction traditionnelle au fantastique peu crédible, puis à l’absurde le plus complet. Les pouvoirs de Will deviennent tellement illimités que la suspension d’incrédulité du spectateur est mise à rude épreuve. Le film, malheureusement, ne s’en remet pas et plutôt que d’embrasser son côté ludique et ridicule comme le faisait le récent Lucy, de Luc Besson (un film aux thèmes incroyablement similaires, tout aussi stupide mais bien plus amusant), il se noie dedans.

 

En l’état, Transcendence, malgré une identité visuelle très solide et quelques effets spéciaux de toute beauté, est aussi vide qu’une mauvaise série B avec des zombies, des robots et des explosions à tout va. Quand on voit la somme des talents réunis à l’écran, le gâchis n’en est que plus frustrant.

 

On parle souvent d’acteurs en pilotage automatique, juste là pour encaisser un gros chèque. Il faudrait inventer un nouveau terme pour définir la performance anémique d’un Johnny Depp endormi, qui « skype » littéralement sa performance, puisqu’après la mort physique de Will, on ne l’entend et ne le voit plus que sur divers écrans vidéos. On sent bien l’envie de l’acteur de jouer, une fois n’est pas coutume, un homme ordinaire, sans chapeaux ridicules, mais il n’empêche qu’à la place de la retenue nécessaire au rôle, Depp a tout simplement l’air de s’ennuyer ferme et de dormir debout. Jamais nous n’entrevoyons chez Will le plaisir pervers de se transformer en un être tout puissant. Pour un cachet de 20 millions de dollars, on ne peut que déplorer l’anti-performance d’un acteur autrefois fascinant et toujours inspiré dans ses choix, dont la filmographie passée était un modèle de discernement.

 

Ses partenaires ne sont pas mieux lotis. La belle Rebecca Hall, en amoureuse transie et anxieuse, aveuglée par la douleur, peine à nous attacher à un personnage terriblement égoïste et irresponsable. Pfister et son scénariste aimeraient sans doute nous faire croire à une grande histoire d’amour tragique et impossible, entravée par la lente transformation physique et la perte progressive de l’humanité de Will. Malheureusement, nous sommes très loin de l’histoire d’amour poignante de Jeff Goldblum et Geena Davis dans La Mouche, un modèle écrasant d’histoire d’amour tuée dans l’œuf, mélange parfait de body-horror et de romance autour de la mutation d’un homme.

 

Signe du manque de rigueur du script, Cillian Murphy et Morgan Freeman (en vieux scientifique sage, incarnant une fois de plus la voix de la raison) jouent deux personnages aux objectifs absolument identiques. Un bon scénario aurait fusionné les rôles pour n’en garder qu’un. Leurs apparitions, redondantes, ne semblent destinées qu’à ajouter des noms prestigieux au générique. Le laisser-aller et le manque d’implication des acteurs s’avère évident lorsque l’on voit Morgan Freeman (qui, coïncidence ?, joue EXACTEMENT le même rôle dans Lucy) passer le dernier acte du film incognito, avec un manteau long, un chapeau et des lunettes noires sur le nez, se contentant d’observer et de commenter l’action de loin avec ses jumelles, tel un touriste égaré le temps de quelques scènes sur le plateau d’un blockbuster…

 

Malgré ce casting de prestige, les personnages de Transcendence, dans les deux camps, sont uniformément sans vie et sans relief. Il devient dès lors difficile de les différencier de l’armée d’hybrides que se fabrique Will, ces drones obéissant au doigt et à l’œil, aux regards vides et dénués d’âmes. Seul le pauvre Paul Bettany, passé dans le camp des technophobes, semble y croire un minimum.

 

Pour une approche plus originale du thème de l’intelligence artifielle et de ses conséquences sur la vie des humains, on préférera l’approche tendre et humoristique de Her, le joli film de Spike Jonze, qui sous ses aspects de gentille comédie romantico-futuriste, en disait davantage sur la perte de l’individualité et sur l’âme humaine.

 

Will se prenait pour Dieu… mais Dieu a horreur de la concurrence ! Wally Pfister, quant à lui, s’est pris pour un réalisateur… A la place de la Transcendence promise, Wally Pfister et Johnny Depp nous ont offert un encéphalogramme définitivement plat.

 

 

Et le pire film de l’année 2014, selon les rédacteurs d’Action-Cut est…

 

 

1.

 THE LOVE PUNCH

(DUO D’ESCROCS)

 

2013, de Joel Hopkins – USA / UK

Avec Pierce Brosnan, Emma Thompson, Timothy Spall, Celia Imrie, Marisa Berenson, Tuppence Middleton, Louise  et Laurent Lafitte

Scénario : Joel Hopkins

Directeur de la photographie : Jérôme Alméras

Musique : Jean-Michel Bernard

 

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The_Love_Punch_PosterTrop vieux pour ces conneries

 

Vieillir gracieusement à l’écran semble être devenu l’une des préoccupations principales de certains acteurs en perte de vitesse. Comme si le fait d’accepter de vieillir et de s’en amuser était devenu synonyme de réhabilitation qualitative, ainsi qu’un prétexte pour effectuer un retour en force dans les mémoires des spectateurs. Si des œuvres comme les charmants The Best Exotic Marigold Hotel, Quartet et (dans un genre très différent) The Expendables sont là pour nous rappeler que « les vieux aussi sont nos amis », cette « gériatrie-mania » connaît déjà des dérives ennuyeuses puisqu’elle devient non pas un exercice sincère de parler des effets du temps qui passe, mais un phénomène de récupération destiné à faire revenir sur le devant de la scènes des stars vieillissantes en perte de vitesse… Ceux qui ont vu le récent Last Vegas, dans lequel Michael Douglas, Robert De Niro, Morgan Freeman et Kevin Kline perdaient ce qui leur restait de dignité, savent de quoi nous parlons…

 

La fin de l’aventure James Bond, Pierce Brosnan l’a très mal vécue. Sous contrat pour apparaître dans un cinquième film après Die Another Day en 2002, l’acteur tombe des nues en apprenant subitement par téléphone que ses services ne seront plus requis. Impossible effectivement pour les producteurs de la franchise de s’enfoncer plus loin dans le ridicule après l’apparition dans ce vingtième opus de la saga d’une voiture invisible et de Madonna… Plutôt que de continuer dans cette voie suicidaire, que même Roger Moore n’aurait osé emprunter, Michael G. Wilson et Barbara Broccoli, producteurs des aventures de 007 changent complètement d’orientation et décident de réinventer (et de rajeunir) le personnage avec une approche plus sérieuse, davantage dans l’air du temps. Pierce Brosnan est out et Daniel Craig, malgré sa blondeur tant décriée, débarque dans le smoking de 007 avec le succès que l’on sait.

 

Dès lors commence pour Brosnan une troisième partie de carrière en dents de scie. Après deux beaux succès dans le registre de l’espionnage (le passionnant The Tailor of Panama, 2001, de John Boorman et la comédie jubilatoire The Matador, 2005, de Richard Shepard, dans lequel il incarne avec brio un ex-espion alcoolique, homosexuel et suicidaire), deux œuvres dans lesquelles il détourne joyeusement son personnage de Bond, l’acteur enchaîne avec régularité une poignée de comédies et de drames romantiques sans grand intérêt (Laws of Attraction, 2004, Mamma Mia !, 2007, Remember Me, 2010, I Don’t Know How She Does It, 2011, Love is All You Need, 2012, A Long Way Down, 2014), des films qui se contentent de capitaliser sur son charme vieillissant et son charisme intact, au point que l’acteur ne semble plus vraiment se fatiguer, se contentant ci et là d’afficher son légendaire sourire carnassier. Certains de ses films (Married Life, 2007, Butterfly  on a Wheel, 2007, The Greatest, 2009, Salvation Boulevard, 2011) restent inédits chez nous et ne rencontrent aucun succès. Seul Roman Polanski lui offre un rôle différent et de qualité, dans lequel l’acteur peut réellement faire étalage de son talent en jouant sur l’ambiguïté de son physique charmeur avec l’excellent The Ghost Writer (2010), dans lequel Brosnan incarne un ex-premier ministre au passé mystérieux.

 

Bien dirigé, comme dans The Matador et The Ghost Writer, l’acteur est encore capable d’étonner et surtout, de jouer intelligemment avec cette image à jamais figée d’espion au service de Sa Majesté. Mal dirigé, cela donne une mini-série adaptée de Stephen King (Bag of Bones, 2011, de Mick Garris), dans laquelle il se ridiculise dans des scènes émotionnelles embarrassantes qui frôlent le comique involontaire. Si vous voulez voir un acteur célèbre tenter de pleurer de manière crédible à l’écran sans y réussir, essayez Bag of Bones (à vos risques et périls)…

 

Déjà sur papier, malgré l’idée alléchante de réunir pour la première fois Brosnan et la toujours délicieuse Emma Thompson, un couple qui ne manque ni de classe ni de talent, The Love Punch, ne promettait pas un très grand film : Kate et Richard, un vieux couple divorcé depuis belle lurette, tous deux malheureux en amour, s’associe pour récupérer l’argent de leur retraite qui leur a été extorqué par un riche homme d’affaire parisien. Leur plan : dérober un gros diamant d’une valeur de 10 millions de dollars, appartenant à la crapule, cadeau de mariage à sa fiancée. Pour ce faire, ils vont se rendre à Paris, puis à Cannes et tenter de s’introduire dans la cérémonie de mariage en prétendant former un couple. Arriveront-ils à se faire justice et, plus important, tomberont-ils à nouveau amoureux l’un de l’autre ?

 

SPOILERS

 

Oui et oui, bien sur.

 

FIN DES SPOILERS.

 

A l’écran… pas mieux ! De ce point de départ qui aurait pu donner lieu à une agréable comédie abordant des thèmes sociaux sur le modèle des comédies anglaises The Full Monty ou Made in Dagenham, The Love Punch, en cherchant vainement à retrouver le charme des comédies Ealing ou de Blake Edwards, devient une énorme farce tellement caricaturale et vulgaire qu’elle tombe très régulièrement dans le ridicule le plus impardonnable. La faute à un scénario bourré d’incohérences, qui ne semble jamais savoir quel ton adopter ni  dans quelle direction il se dirige. Farce ? Romance ? Caricature ?… Un peu tout ça ?…

 

Passe encore que le thème du vieux couple sur le point de ranimer la flamme soit traité avec la plus grande désinvolture, que tous les clichés sur le romantisme de la capitale française soient utilisés comme seul ressort narratif susceptible de pousser les deux acteurs dans les bras l’un de l’autre… Passe encore que Timothy Spall et Celia Imrie soient amenés en renfort dans le rôle d’un couple chamailleur pour voler la vedette au tandem, sans pour autant avoir à jouer autre chose que des grimaces et des gags visuels indignes de leur talent… Passe encore ce défilé de déguisements ridicules qui fait tomber le film dans une farce à la Blake Edwards, version années 80-90, malheureusement bien plus proche du Fils de la Panthère Rose avec Roberto Benigni que de La Panthère Rose avec Peter Sellers…

 

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Non… Le pire, c’est d’assister au spectacle désolant d’un Pierce Brosnan humilié de manière régulière, puisque le scénario nous rappelle sans cesse à quel point il a fait son temps et qu’il est devenu un véritable « has been », un vieux beau dépassé et ridicule. Visiblement mal à l’aise dans la comédie pure (si l’on peut parler), Brosnan n’est pas plus à l’aise dans le romantisme et se promène à l’écran avec l’air de se demander ce qu’il a bien pu venir faire dans cette galère. Les dialogues du couple s’avèrent tellement mécaniques, peu inspirés et bourrés de clichés, les plaisanteries sont si faciles et téléphonées, que l’on se retrouve très vite gêné par le manque de professionnalisme d’un film qui réunit un casting aussi prestigieux.

 

Le comble est de voir Emma Thompson, scénariste et dialoguiste oscarisée de Sense and Sensibility (1995, de Ang Lee) et de Pride and Prejudice (2005, Joe Wright) se complaire dans la comédie la plus mal écrite de l’année. Tout dans The Love Punch laisse à penser que les motivations des acteurs se trouvaient ailleurs : sur les pages d’un script où il était écrit : « EXT. SUD DE LA FRANCE – JOUR. » A l’instar de Woody Allen avec son pénible Magic in the Moonlight, cette année Pierce Brosnan et Emma Thompson se sont donc offerts des vacances tous frais payés, avec un film à tourner entre deux séances de thalasso. Grand bien leur fasse…

 

Comme si cette nonchalance ne suffisait pas à vous désespérer, les performances atroces des deux principaux acteurs français viennent définitivement enfoncer le clou et placer The Love Punch dans la catégorie « nanar » embarrassant.

 

Laurent Lafitte (de la Comédie Française !), déjà assez pénible dans son pays natal, incarne un méchant patron d’entreprise, playboy richissime, arriviste et sournois, caricature dépassée du français fourbe tel que les américains l’envisageaient encore au cinéma à l’époque des aventures de l’Inspecteur Clouseau. Dans un univers crédible, ses manigances devraient en toute logique lui valoir un passage direct par la case prison, mais le personnage semble n’avoir aucun problème avec la police, ce qui rend la quête de nos deux héros absolument insensée… L’acteur des Petits Mouchoirs et de De l’Autre Côté du Périph’ incarne une véritable aberration. Son personnage appartient à une réalité « autre », un dessin-animé peut-être, tant ses manigances et sa méchanceté ne semblent pas très éloignées de celles d’un Gargamel. On s’attendrait presque à le voir friser sa moustache et caresser son chat dans son repaire secret, sous un volcan abandonné, puis de l’entendre crier « je me vengerai » avant d’éclater d’un rire narquois à la fin du film, une fois son compte réglé. Adoptant un accent ridicule mais bien incapable de jouer en anglais, une langue qu’il ne maîtrise pas, Laurent Lafitte ne joue pas dans le même film que le reste du casting : il se croit dans un James Bond mais rappelle la grande époque d’Aldo Maccione dans les films de Philippe Clair, comme (au hasard), Plus Beau que moi, tu meurs

 

Le méchant le plus ridicule de mémoire récente avait bien sur besoin d’un alter ego féminin, sa potiche de fiancée, à la tête d’une grosse fortune, qu’il insulte régulièrement malgré leur mariage prochain, nouvelle preuve d’un scénario inconsistant et sans logique, qui part dans tous les sens sans pour autant en avoir le moindre.

 

Love-Punch-LouiseEvoquer la carrière inconcevable de Louise Bourgoin est une épreuve déjà assez pénible et pavée de mauvais souvenirs pour un critique de cinéma. Actrice la moins talentueuse mais la plus « hype » de sa génération, passablement vulgaire, toujours hautaine et antipathique, Louise Bourgoin a néanmoins réussi à faire illusion dans quelques (mauvais) films, la plupart du temps en se dénudant un maximum pour faire oublier la pauvreté de son jeu. Ce qui ne serait pas si grave si certains magazines de cinéma « sérieux » ne lui réservaient pas ce traitement de « grand espoir du cinéma français » et si elle n’affichait pas un mépris mal placé envers la presse cinématographique… L’ex-Miss Météo de Canal + touche ici le fond avec un rôle qu’elle aimerait sans doute faire disparaître de sa filmographie officielle : celle d’une gentille bimbo désespérément stupide mais au grand cœur… Ayant pris des leçons d’anglais chez le même professeur que Jean Lefèvre dans Le Gendarme à New York, l’actrice s’avère absolument incapable de trouver le ton juste, ni d’incarner de manière crédible un personnage sympathique, à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Avec ce sourire de façade auquel on ne croit pas une seconde, on jurerait que son personnage sort d’une sitcom française du style AB Productions. Evidemment, face à une actrice du calibre d’Emma Thompson (même au plus bas de sa forme), ça finit par se voir un petit peu…  Bourgoin est tout simplement exécrable et à mourir de rire, puisqu’elle redéfinit à elle seule la notion de « comique involontaire ». Si les spectateurs, les pauvres, ne peuvent que ricaner, il y a fort à parier que sa performance, du style « il faut le voir pour le croire » deviendra culte à la manière de celles de Tommy Wiseau dans The Room ou d’Elizabeth Berkeley dans Showgirls

 

Si les plaisanteries sur la ménopause d’Emma Thompson, sur les hémorroïdes et les courbatures de James Bond vous font rire, si les gags visuels très élaborés à base de « Skype » vous font pouffer (le colocataire du fils du couple, toujours en train de faire des choses innommables dès que la fenêtre de conversation s’allume), si vous appréciez les déguisements comiques, les portes qui claquent et les peaux de banane, The Love Punch est pour vous.

 

Encore pire, dans le même style, que le récent et affligeant Gambit, avec Colin Firth et Cameron Diaz, le film de Joel Hopkins, sa deuxième collaboration avec Emma Thompson après la modeste comédie romantique Last Chance Harvey (2008, dans lequel elle tombait amoureuse de Dustin Hoffman) voudrait retrouver l’esprit des grandes comédies burlesques de Blake Edwards ou de John Cleese (A Fish Called Wanda, Fierce Creatures)… mais finit par réveiller accidentellement les souvenirs douloureux de Max Pécas et des nanars français de la grande époque aux titres aussi colorés que C’est facile et ça peut rapporter 20 ans !, Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir?! et On se calme et on boit frais à Saint Tropez… des titres qui auraient pu faire office de traduction pour l’exploitation française, bien que « Duo d’Escrocs » prenne tout son sens une fois le film vu en entier…

 

On peut donc sans mal imaginer le même scénario situé au début des années 80, avec Michel Galabru et Micheline Dax dans les rôles de Brosnan et Thompson, assistés de Paul Préboist et Charlotte Julian (Spall et Imrie)… sans oublier des apparitions amicales et haut en couleur de Jacques Balutin, Sim, Robert Castel, Katia Tchenko, Grosso et Modo, Maurice Risch, Roger Carel et Jean Lefèbvre, les stars incontestées de la grande époque du nanar tropézien honteux.

 

Heureusement pour Pierce Brosnan, l’échec de The Love Punch et l’embarras que le film auraient pu lui causer furent passés sous silence grâce au succès inattendu, en fin d’année, de The November Man (de Roger Donaldson), un film d’espionnage routinier mais très agréable dans lequel il incarne avec un plaisir non-dissimulé… un vieil espion sorti de sa retraite. Comme quoi, l’ex-James Bond n’avait pas besoin de se démener vainement et de venir faire le pitre dans une comédie poussive aussi grasse qu’un loukoum, puisqu’il lui suffisait de tenir un revolver sur l’affiche de son dernier film pour que les spectateurs déboulent en masse.

 

The November Man 2 est prévu pour 2016. The Love Punch 2 ? Aucune nouvelle… l’agent de Louise Bourgoin peut donc sortir sans crainte de sa cachette…

 

 

 

 

Runner-ups, autres mauvais points à distribuer en vrac : Annabelle (de John R. Leonetti), Good People (de Henrik Ruben Genz), Clouds of Sils Maria (d’Olivier Assayas), Winter’s Tale (Un Amour d’Hiver, de Akiva Goldsman),  Homefront (de Gary Fleder), Third Person (Puzzle, de Paul Haggis), Need For Speed (de Scott Waugh), Lovelace (de Rob Epstein et Jeffrey Friedman), The Hundred-Foot Journey (Les Recettes du Bonheur, de Lasse Hallstrom), REC 4 (de Jaume Balaguero), Magic in the Moonlight (de Woody Allen), Les Souvenirs (de Jean-Paul Rouve), My Old Lady (de Israel Horovitz), The Zero Theorem (de Terry Gilliam)…

 

Dossier rédigé par Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

 

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