Bilan 2013 : FLOP 10 des pires films de l’année

Chaque année cinématographique apporte son lot de déceptions et 2013 n’a pas dérogé à la règle. L’ère des franchises, des films destinés au public adolescent, des suites et remakes en tous genres est loin d’être finie et de plus en plus de grands réalisateurs reconnus ont du mal à monter leurs projets. La faute à la crise ? Oui mais pas que… La faute à la frilosité généralisée de producteurs qui refusent de prendre le moindre risque, la faute à des blockbusters qui s’écrivent désormais en comités, dictés par des assemblées décisionnaires plutôt que par l’envie sincère… de faire du cinéma.

 

Parfois cependant, lorsqu’on laisse une grande liberté à de grands réalisateurs, qui se passent de producteurs assez forts pour contenir leur enthousiasme ou leur trop-plein d’inventivité, cela ne donne pas toujours d’excellents résultats. On le voit avec les derniers films de réalisateurs d’exception comme Brian De Palma, Dario Argento, Jean-Pierre Jeunet, Terry Gilliam, M. Night Shyamalan, Oliver Hirschbiegel ou encore Rob Zombie… Des films qui démontrent que de grands réalisateurs sans surveillance, livrés à eux-mêmes, peuvent parfois être leurs propres pires ennemis… Intéressant paradoxe !

 

De son côté, le cinéma belge, dont certains sites nous vantent les mérites (sans vraiment parvenir à convaincre qui que ce soit), souffre malheureusement de plus en plus d’un terrible manque d’ambition narrative et de véritables projets cinématographiques mettant la réalisation au premier plan. Notre cinématographie (du moins du côté wallon) se retrouve encore trop souvent polluée par une esthétique et des sujets de téléfilms, des mentalités étriquées, un manque d’audace particulièrement frustrant… et des poses auteuristes véritablement malvenues au vu des résultats obtenus. Le retour du cinéma de papa!… Contrairement au cliché du belge qui ne se prend pas au sérieux, une image véhiculée en France et partout ailleurs, le cinéma belge et ses réalisateurs ont le gros cou… En résulte désormais chaque année cette risible Cérémonie des Magritte du Cinéma, l’occasion idéale pour des « artistes » mal rasés ne sachant pas s’exprimer dans un français correct, de remercier une industrie qui n’en est pas vraiment une, pour leur participation à des films que personne n’a vraiment envie d’aller voir… Le système du financement du cinéma belge est donc entièrement à revoir, mais les améliorations de notre cinéma national dépendront avant tout d’un changement des mentalités absolument indispensables… Aucun film belge ne figure dans ce FLOP 2013… puisque nous avons déjà oublié les quelques films que nous avons vus.

 

Retrouvez ici notre TOP 10 des MEILLEURS FILMS de 2013

 

Et notre TOP 10 des MEILLEURES SERIES de 2013

 

 

Avant de passer à notre FLOP 10, voyons quels furent les 10 malheureux lauréats suivants…

 

 

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20) THE YOUNG AND PRODIGIOUS T.S. SPIVET (L’EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET) (2013, de Jean-Pierre Jeunet) : Jeunet tente, sans jamais y parvenir, de retrouver le charme, l’humour et la poésie du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, jusque dans ce titre difficile à retenir et à prononcer devant la caissière peu souriante du Cinéma De Brouckère. Il se retrouve avec une œuvre dont la poésie semble trop fabriquée pour être honnête et – c’est une première dans son cinéma – des décors désuets qui, 3D aidant, s’avèrent d’une laideur épouvantable. Exemple type du film d’un réalisateur qui tourne en rond, T.S. Spivet ne vaut que pour la prestation toute en douceur d’Helena Bonham-Carter. C’est bien peu.

 

19) AFTER EARTH (2013, de M. Night Shyamalan) : Pas aussi épouvantable qu’on a bien voulu le dire, After Earth n’est certes pas le nouveau Battlefield : Earth, mais n’en est pas brillant pour autant. Shyamalan se tire une balle dans le pied avec les performances atroces de son duo principal : Will Smith en militaire sévère à la Patton (détestable de bout en bout) et l’antéchrist Jaden Smith en adolescent pleurnicheur et tête à claques. Difficile de s’attacher à une œuvre où l’on préférerait voir les personnages principaux se faire bouffer illico par le monstre terrifiant qui les traque !

 

18) WORLD WAR Z (2013, de Marc Forster) : Avec son approche timorée et PG-13 du film de zombies, World War Z est symptomatique des limites actuelles du cinéma de divertissement hollywoodien.

 

Retrouvez notre critique complète ICI.

 

 

17) THE GREAT GATSBY (GATSBY LE MAGNIFIQUE) (2013, de Baz Luhrmann) : Fidèle au style de Luhrmann, c’est-à-dire trop bling bling et sans la moindre substance, The Great Gatsby trahit sans vergogne le roman de Fitzgerald. Pour un brillant Di Caprio en riche dégénéré, préférez « The Gross Gatsby (Gatsby le Dégueulasse) », plus connu sous le titre The Wolf of Wall Street, de Martin Scorsese.

 

16) PASSION (2012, de Brian De Palma) : De Palma (qui nous manquait) tente vainement dans cette co-production allemande de retrouver un peu de sa superbe de l’époque d’ObsessionDressed To Kill et Blow Out. Jamais il ne retrouve l’ampleur de ses chefs d’œuvre d’antan et le réalisateur se fourvoie malheureusement dans une esthétique vulgaire de téléfilm érotique qui fait mal aux yeux. Un échec spectaculaire pour le réalisateur favori de la rédaction !

 

15) DRACULA 3D (2012, de Dario Argento) Depuis une dizaine d’années, Argento n’est plus que l’ombre de lui-même et semble ne plus avoir toute sa tête. On le sait, on l’accepte… mais on ne peut s’empêcher d’espérer un retour en forme qui ne se produira sans doute jamais. Dario confirme ce terrifiant déclin amorcé depuis Mother of Tears et Giallo. Sa relecture datée de Bram Stoker n’est pas le pire des trois et s’avère amusante par moments, mais pour de mauvaises raisons. Avec des effets spéciaux d’un autre âge (il faut voir pour le croire Dracula se transformer en mante religieuse géante !), une Asia Argento d’une vulgarité repoussante et des acteurs atroces qui jouent comme Dominique Farrugia dans La Cité de la Peur, Dracula 3D, loin des fulgurances opératiques, horrifiques et émotionnelles dont le réalisateur était autrefois le spécialiste, tient davantage du plaisir coupable dont on rit en silence que d’un des chefs d’oeuvres lointains de l’auteur de Suspiria.

 

14) THE LORDS OF SALEM (2012, de Rob Zombie) L’excellent Rob Zombie tente le film d’auteur horrifique dans ce qu’il espérait être un hommage à Ken Russell, Alejandro Jodorowski et Terence Fisher. Il s’embourbe malheureusement dans un récit terriblement maladroit, des séquences supposées dérangeantes qui ne provoquent que l’ennui et une direction d’acteur encore plus à la ramasse que d’habitude. Que le réalisateur amoureux filme les fesses de son épouse (Sheri Moon Zombie) sous toutes les coutures ne rend pas cette dernière meilleure actrice… Ce Lords Of Salem ambitieux mais raté, réservé à un public underground de cinéma expérimental, nous fait espérer que le réalisateur revienne vite à un cinéma plus commercial et moins nombriliste. La sincérité et les bonnes intentions n’engendrent pas toujours de bons films…

 

13) L’ECUME DES JOURS (2013, de Michel Gondry) Nous aimons l’excentricité de Michel Gondry mais sa tentative de retrouver la poésie du roman de Boris Vian via d’exaspérants effets spéciaux « à l’ancienne » du style Chapi Chapo tourne très vite à l’indigestion visuelle. Peu ou pas d’émotion, un Romain Duris transparent et un casting bobo  irritant (Gad Elmaleh, Omar Sy) finissent de faire de cette adaptation ratée une trahison du roman et le plus mauvais film à ce jour de son talentueux réalisateur.

 

12) THE FAMILY (MALAVITA) (2013, de Luc Besson) Réunir Robert De Niro, Michelle Pfeiffer et Tommy Lee Jones dans une comédie mafieuse sur le choc des cultures était une idée réjouissante. Encore aurait-il fallu leur donner quelque chose à jouer (ils sont tous en pilotage automatique et semblent s’ennuyer ferme) et un scénario digne de ce nom. Nullissime, bêtement post-moderne (le personnage de De Niro présente une projection des « Affranchis »…), terriblement mal écrit et très vite oublié, The Family est l’un des pires crimes contre l’humanité du récidiviste Luc Besson. C’est dire.

 

11) PAIN & GAIN (NO PAIN, NI GAIN) (2013, de Michael Bay) La presse s’était un peu vite extasiée sur le fait que Michael Bay, l’auteur d’Armageddon, de la trilogie Transformers et de Fanny et Alexandre s’offrait une récréation loin des blockbusters avec un petit projet personnel « à budget réduit ». Budget (relativement) réduit ou pas, Michael Bay continue à faire du Michael Bay et aggrave son cas avec une comédie noire à l’humour potache et lourdingue, peuplée de personnages aussi détestables que stupides. Montages, chansons pop-rock dégoulinantes, couchers de soleil orangés, bimbos en bikinis et héros marchant loin des explosions au ralenti… Pain et Gain ressemble au mieux à du sous-Tony Scott, au pire à un clip vidéo des années 90 : la vulgarité cinématographique à l’état pur… Comme le répétaient les auteurs de Team America dans leur chanson « Pearl Harbor sucks » : « Why does Michael Bay get to keep on doing movies ? »… La question reste posée.

 

 

Sans plus attendre, passons en revue les dix plus grosses bévues sorties sur nos écrans en l’an 2013…

 

 

 

10.

SONG FOR MARION

 

2012, de Paul Andrew Williams – UK

Avec Terence Stamp, Vanessa Redgrave, Gemma Arterton, Christopher Eccleston et Anne Reid

Scénario : Paul Andrew Williams

Directeur de la photographie : Carlos Catalan

Musique : Laura Rossi

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1009999_fr_song_for_marion_1364541656156On nous a déjà fait le coup plusieurs fois… Un vieillard se remet difficilement de la mort d’un proche mais retrouve goût à la vie grâce à une activité artistique et une compétition déterminante qui va lui rendre le sourire… Les vieillards ont la côte sur nos écrans ces derniers temps et nous  voulions sincèrement apprécier ce Song For Marion, qui a le bon goût de réunir à l’écran les divins Terence Stamp et Vanessa Redgrave. Malheureusement le bon goût s’arrête là puisque le film de Paul Andrew Williams se vautre constamment et sans vergogne dans une guimauve carrément dangereuse pour un public diabétique.

 

A force de montrer la grande dignité et la grandeur d’esprit de l’épouse condamnée (Redgrave), le scénario oublie de nous présenter l’envers du décor : la décrépitude physique, l’angoisse, les conséquences familiales… Loin de nous l’idée de suggérer à Paul Andrew Williams de transformer son film en une resucée d’Amour… mais force est de constater qu’au pays des Bisounours, tout le monde reste très brave et très gentil face à la mort imminente de Marion. On s’amuse, on pleure, on rit. Il y a des méchants et des gentils. Et pour sortir des moments difficiles, avoir des amis c’est très utile… Voilà à peu près le seul message que Song For Marion a à nous offrir.

 

Pour se remonter le moral et oublier son cancer, Marion prend des cours de chant dans une chorale composée de vieillards volontaires mais tellement gâteux et caricaturaux que ces nombreuses scènes en deviennent douloureusement artificielles… A la mort de Marion, son mari Arthur, un vieux grincheux têtu comme une mule et incapable d’exprimer ses sentiments, est courtisé par la chorale pour une compétition nationale qui arrive à grand pas… Malheureusement, Paul Andrew Williams confond sincérité et populisme et favorise les nombreuses scènes où le gang de grabataires apprend à rapper (!) ou à répéter des chansons généralement idiotes (True Colors, de Cindy Lauper) entre deux dégustations de tarte au riz et de discussions mal écrites sur des problèmes de dents, de vessies et de prostates.

 

Vanessa Redgrave est tellement brave et perpétuellement joyeuse face à l’adversité qu’on lui donnerait le bon dieu sans confession. Cette actrice admirable (et toujours belle à l’approche de ses 80 ans) se dépatouille comme elle peut avec un rôle unidimensionnel, mal écrit et qui finit par agacer… Gemma Arterton (la jeune et jolie prof de chant) s’en tire encore moins bien et constitue une effarante erreur de casting puisque l’ex-Bond Girl à la beauté prodigieuse joue une jeune femme solitaire et maladroite, incapable de se dénicher un boyfriend… Il faut voir cette dernière, casquette à l’envers vissée sur le crâne, se déhancher sur « Let’s Talk About Sex » devant ses élèves pour donner une idée du niveau de sophistication d’un film qui tente en vain de réitérer le succès des récents et admirables The Best Exotic Marigold Hotel et Quartet, deux films qui exploraient chez leurs vieillards autre chose que des clichés… Le réalisateur essaie, avec ses gros sabots pour seules armes, de nous tirer des larmes par des procédés faciles et éculés. Mais les surprises sont rares et les mouchoirs resteront désespérément secs, à l’exception possible de ceux de nos vieilles mamans…

 

Il nous reste pour consolation la prestation émouvante et bien plus intéressante de Terence Stamp en vieux ronchon inconsolable et mélancolique. Sa relation difficile avec son fils (Christopher Eccleston) est la seule qui provoque l’émotion et ne semble pas « fabriquée »… Terence Stamp n’arrive pas à sauver le film, mais il en sort la tête haute.

 

 

 

9.

THE BUTLER

(LE MAJORDOME)

 

2013, de Lee Daniels – USA

Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Robin Williams, Liev Schreiber, James Marsden, John Cusack, Alan Rickman, Jane Fonda, Vanessa Redgrave, Mariah Carey, Cuba Gooding, Jr., Terrence Howard et Lenny Kravitz

Scénario : Danny Strong

Directeur de la photographie : Andrew Dunn

Musique : Rodrigo Leão

Film Review The Butler

 

TheButler-Glove-FINAL-jpg_165328A première vue, The Butler (ou plutôt « Lee Daniels’s The Butler » comme il fut renommé suite à une plainte hautement ridicule de la Warner Bros, soit disant pour ne pas être confondu avec le célèbre (!) The Butler, court métrage muet de 1916 aujourd’hui perdu à tout jamais…) a tout d’un grand film précalibré pour faire plaisir aux votants des Oscars. Un casting prestigieux comptant pas moins de 6 vainqueurs de la statuette dorée, un grand et important sujet de société sérieux et fédérateur, des figures historiques toujours appréciées des votants… Tout était calculé et calibré pour remporter un maximum de statuettes…

 

The Butler relate la vie de Cecil Gaines (inspiré de la vie d’Eugene Allen), majordome à la Maison Blanche pendant 34 turbulentes années (des années 50 aux années 80, de Eisenhower à Reagan) et, par son entremise, de l’expérience des noirs d’Amérique au cours du 20ème siècle. Lee Daniels essaie d’humaniser les remous politiques d’après-Guerre par le biais de ce témoin privilégié des coulisses de l’histoire politique américaine et de l’impact des décisions historiques des présidents successifs sur les gens ordinaires. Des intentions à priori louables… Or là où ça coince, c’est que The Butler est produit, interprété et fut développé par Oprah Winfrey. La star du talk show américaine, peu connue pour sa subtilité, est devenue pour notre plus grand malheur la grande gardienne des consciences et de la morale en Amérique. The Butler s’avère donc malheureusement conforme à son détestable show télévisé : manipulateur, moralisateur, bien pensant, outrageusement larmoyant, bardé de raccourcis historiques bien pratiques et sans la moindre note de subtilité. Ajoutons à cela l’émotion factice qui tombe régulièrement dans la facilité… Des tares que The Butler partage avec Precious (2010), produit et réalisé par les mêmes coupables.

 

Si le film se suit néanmoins sans grand déplaisir c’est uniquement grâce à la performance habitée, résolue et toujours digne de Forest Whitaker, un immense acteur qui se retrouve trop souvent dans des produits indignes de son talent. Dans le rôle de Gaines, il livre à nouveau une prestation dans laquelle chaque émotion (frustration, colère, impuissance, résignation) se lit sur son visage, dans les gestes que lance son grand corps dégingandé… Whitaker est formidable mais on ne peut pas en dire autant du reste de ce casting de prestige promis par le poster : Oprah Winfrey (en personne) en épouse alcoolique, infidèle et bouffie par ses addictions n’arrive jamais à nous attacher à un personnage éminemment détestable et irrécupérable. Le défilé de Présidents (dont les apparitions à l’écran sont souvent de très courte durée) tient davantage de caricatures grotesques dans le style des Guignols de l’Info plutôt que de portraits sincères de ces grands hommes connus du monde entier. Seuls John Cusack (un Richard Nixon bouffi, vulgaire et suant à grosses gouttes) et Liev Schreiber (un Lyndon B. Johnson qui dirige le monde depuis sa cuvette des w.c. !) font leur petit effet. Mais les apparitions de Robin Williams (Eisenhower), James Marsden (Kennedy), Alan Rickman (Reagan) et Jane Fonda (Nancy Reagan) sont gênantes car les acteurs, dissimulés sous des maquillages peu convaincants incarnent des clichés, des lieux communs et des idées préconçues plutôt que des personnages.

 

Chaque film tiré de faits historiques prend des libertés nécessaires avec la réalité. C’est la loi du genre et du septième art. Mais dans le cas de The Butler, la réalité historique est bafouée, profanée et réinventée à l’envi pour accentuer l’effet dramatique et pour propager un message martelé à gros coups de burin. A savoir, la promotion à tout prix, au détriment de la vérité historique, des Droits Civils du peuple noir… Le personnage de Cecil Gaines a pour seul point commun avec son équivalent dans la vie réelle, Eugene Allen, d’être noir et d’avoir servi à la Maison Blanche. Tout le reste est inventé ! Dans la réalité, la mère d’Allen n’a pas été violée par le propriétaire de la plantation dans laquelle la famille vivait comme esclaves. Son père n’a pas été assassiné. Allen n’avait qu’un seul fils. Dans le film, Gaines en a deux : un qui meurt au Vietnam, l’autre (David Oyelowo) qui devient un des leaders de la lutte pour les droits civils et qui côtoie Martin Luther King, puis les Black Panthers, personnages clé de l’histoire… Or, rien de tout ça n’est véridique ! Le fils d’Eugene Allen n’a jamais été activiste… A se demander de quel droit le film se dit « tiré d’une histoire vraie » tant le scénario verse dans l’affabulation à des fins scénaristiques bien pratiques, dans le but avoué de confronter le majordome à son obéissance aveugle aux autorités et aux Présidents qu’il sert docilement. Pour créer l’antithèse du personnage de Gaines, Lee Daniels lui invente donc ce fils totalement fictionnel qui s’oppose systématiquement à toutes ses convictions. Pratique mais malhonnête ! Daniels n’a, semble-t-il, qu’un objectif en tête : créer à tout prix un grand drame « important » et émouvant sur l’ expérience noire américaine. L’objectif est louable mais les moyens de l’atteindre sont détestables et manipulateurs au possible. Sous son vernis d’œuvre éminemment « respectable », The Butler est en fin de compte une gênante supercherie, bien plus proche de Forrest Gump (un autre niais témoin d’évènements historiques qui rencontre les grands de ce monde) que des œuvres coups de poing de Spike Lee (Malcolm X) et de Steve McQueen (12 Years a Slave.) Le problème, c’est que Forrest Gump était une comédie consciente de son ridicule. Un mémo que Lee Daniels n’a apparemment jamais reçu…  Car le ridicule, Lee Daniels l’atteint souvent par son style de mise en scène : gros plans peu flatteurs sur des visages suintant la sueur, vulgarité exacerbée dans les dialogues, outrances dans la mise en image. Certes, Lee Daniels a un style reconnaissable depuis Precious et The Paperboy… mais il est permis de le trouver repoussant !

 

Quand arrive la fin des aventures de Cecil Gaines, le projet de Lee Daniels et Oprah Winfrey se révèle enfin pour ce qu’il est vraiment : un pamphlet pro-Obama d’une telle lourdeur (« Yes we can » est prononcé) que l’on ne peut finalement qu’en rire. Obama, certes, est le premier Président noir de l’histoire américaine et un symbole d’une force et d’une importance historique indéniables. Ici, ce n’est pas Obama l’homme et le politicien qui est évoqué, uniquement Obama le symbole. The Butler reste constamment à la surface des choses, se contentant de mettre l’accent sur l’importance de la couleur du Président élu au détriment de ses idées… The Butler n’est pas le premier film à rester à la surface des choses, mais il le fait avec une telle arrogance, une telle dose de sentimentalisme sirupeux et tellement de suffisance qu’il en devient tout simplement insupportable… Oprah Winfrey a bien travaillé pour obtenir son Oscar d’Honneur. The Butler, lui, trop manipulateur et moralisateur pour faire honneur à l’importance des évènements historiques qu’il relate, repartira de la cérémonie des Oscars les mains vides.

 

 

 

8.

A GOOD DAY TO DIE HARD

(DIE HARD 5 – BELLE JOURNEE POUR MOURIR)

 

2013, de John Moore – USA

Avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastian Koch, Yuliya Snigir, Cole Hauser et Mary-Elizabeth Winstead

Scénario : Skip Woods

Directeur de la photographie : Jonathan Sela

Musique : Marco Beltrami

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Un réalisateur anonyme, une trahison totale de tous les éléments qui ont fait le succès de cette superbe franchise (suspense, action étalée sur une géographie bien définie, méchant charismatique, petits détails à foison rendant tous les personnages humains), sans oublier un Bruce Willis de mauvaise volonté et en pilotage automatique… Le bilan est lourd pour ce Die Hard 5 qui vient flinguer d’un coup une franchise jusqu’ici pratiquement parfaite. Un Die Hard se doit d’être bien plus qu’un simple film d’action bêta et aussi vite oublié !… Yippee-kay-yay, motherfuckers !

 

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7.

PIRANHA 3DD

 

2012, de John Gulager – USA

Avec Danielle Panabaker, Ving Rhames, Christopher Lloyd, David Hasselhoff, David Koechner et Gary Busey

Scénario : Patrick Melton, Marcus Dunstan et Joel Soisson

Directeur de la photographie : Alexandre Lehmann

Musique : Elia Cmiral

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FA_couv_000174« En ce qui concerne la suite de Piranha, j’avais un bon scénario et j’avais très envie de le réaliser. Nous étions allés dans une direction différente avec un sujet qui selon moi était parfait mais Harvey Weinstein voulait plutôt faire quelque chose de rapide pour des raisons purement commerciales. Ils ne voulaient malheureusement pas débourser un budget trop important. Piranha est un film qui a coûté 25 millions de dollars. Si ils m’avaient proposé seulement 5 millions pour la suite, sans pouvoir montrer de poissons ou d’effets spéciaux ça ne m’intéressait pas ! » (Alexandre Aja, réalisateur de Piranha 3D en 2010.)

 

Sans s’en rendre compte, John Gulager prend le contre-pied total de l’excellent Piranha d’Alexandre Aja, une œuvre terriblement féroce et satyrique qui utilisait le gore, la vulgarité et la nudité comme des armes subversives pour dénoncer l’attitude stupide des adolescents célébrant Spring Break et relater la revanche de la nature bafouée sur les humains qui ont trop longtemps abusé d’elle…

 

Gulager tombe dans le piège et – sous l’illusion que ce sont ces seuls éléments qui ont fait le grand succès du premier opus – il fait du gore, de la vulgarité et de la nudité son seul projet cinématographique. La faute aussi à un studio (Dimension Films, la branche horrifique des frères Weinstein) qui, croyant répliquer le succès de l’original en n’investissant que le cinquième de son budget, fait boire la flotte à un film qui n’en est pas vraiment un… En fait de film, Piranha 3DD est un objet d’une laideur et d’une bêtise terrifiantes, ressemblant davantage à un assemblage de scènes coupées et de bêtisiers que l’on trouverait en bonus sur le DVD. Les effets spéciaux (les omnivores préhistoriques du titre) se font très rares et quand ils pointent le bout de leurs… museaux (?), les piranhas ressemblent à des rejetons d’une production Asylum et font pâle figure à côté des miracles visuels que nous offrait Aja en 2010. Photographie plate, effets spéciaux catastrophiques (que les poissons soient en CGI ou en latex, ils sont ridicules), décor unique (un parc aquatique, sans doute construit dans le jardin d’Harvey Weinstein), cascades indignes d’un épisode de L’Agence Tous Risques, guest stars « comiques » (Gary Busey, David Koechner) et rescapés du premier épisode (Christopher Lloyd, Ving Rhames) venus reprendre brièvement leurs rôles respectifs uniquement pour pouvoir payer leurs impôts, Piranha 3DD fait peine à voir et met de mauvaise humeur… Le réalisateur préfère filmer platement des seins et des postérieurs sans le moindre recul distanciateur qui faisait le succès de Piranha, un film d’auteur déguisé en blockbuster dont – selon Alexandre Aja lui-même – Harvey Weinstein n’a jamais compris les enjeux.

 

piranha3dd-hasselhoffEn lieu et place de scénario, Piranha 3DD accumule des références acculées et furieusement pas drôles à la pop culture. Quand les 30 dernières minutes d’un film qui dure moins d’1h20 sont consacrées à des gags d’un autre âge sur David Hasselhoff (en maillot de bain rouge) et sa prestation dans Baywatch, quand le générique final est suivi… d’autres gags d’un autre âge sur David Hasselhoff (en maillot de bain rouge) et sa prestation dans Baywatch… il y a de quoi désespérer d’avoir un tant soit peu espéré retrouver l’esprit contestataire du film hilarant d’Alexandre Aja ni même le côté bon enfant de celui de Joe Dante. Voir Hasselhoff insulter un enfant, rentrer sa bedaine dès que la caméra est sur lui ou discuter des grands moments de sa carrière (Anaconda 3) est un gag qui est drôle pendant une minute. Sur 30, on frôle l’indigestion… Piranha 3DD accomplit donc l’impensable : nous faire regretter le pourtant gratiné Piranha 2 – The Flying Killers, le tout premier film de James Cameron.

 

Piranha 3DD n’est pas un film, c’est très une mauvaise blague doublée d’une supercherie qui ne fera rire personne. Malhonnête !

 

 

 

6.

R.I.P.D.

(R.I.P.D. – BRIGADE FANTOME)

 

2013, de Robert Schwentke – USA

Avec Jeff Bridges, Ryan Reynolds, Kevin Bacon, Mary-Louise Parker et James Hong

Scénario : Phil Hay, Matt Manfredi et David Dobkin

Directeur de la photographie : Alwin H. Kuchler

Musique : Christophe Beck

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mza_5597234133024239505L’année 2013 fut marquée par un grand nombre de productions à gros budgets qui se sont vautrées méchamment (à la grande surprise des studios) dans les abysses du box-office. The Lone Ranger, Ender’s Game, White House Down, After Earth, Jack le Chasseur de Géant, The Hangover 3, Angélique… d’énormes blockbusters déficitaires dont les budgets respectifs avoisinent en moyenne (pour les productions américaines) les 200 millions de dollars… et qui en ont péniblement récupéré moins de la moitié. Des gouffres financiers démontrant chacun à sa façon les failles d’un cinéma hollywoodien désormais sclérosé par le manque d’originalité et de sujets neufs. L’été dernier, R.I.P.D. est venu rejoindre cette triste liste puisqu’avec son budget incompréhensible de 130 millions, il en a récupéré seulement 78 (tous territoires confondus.)

 

Loin de nous l’idée stupide de comparer la qualité intrinsèque d’un film avec la taille de son budget mais force est de constater que R.I.P.D. (adaptation d’une obscure bande dessinée) est symptomatique de ce système de production hollywoodien qui part en vrille. Car au vu du résultat, il est permis de se demander où sont passés les 130 millions du budget… et pourquoi trois scénaristes se sont succédés sur cette adaptation d’une obscure bande dessinée que l’on croirait écrite par un nourrisson qu’un simple pet ferait rire aux éclats…

 

R.I.P.D. est l’histoire d’un flic de Boston (Ryan Reynolds) abattu en traître par son ripou de partenaire (Kevin Bacon) et qui se retrouve dans l’au-delà, assigné au R.I.P.D., le « Rest in Peace Department » dont la mission est d’intercepter les fantômes, esprits et autres monstres bien décidés à rendre visite aux vivants. On lui assigne pour partenaire un vieux Marshall ronchon de l’époque du Far West (Jeff Bridges) et comme vous pouvez l’imaginer aisément, les gags (généralement pas drôles et scatologiques à souhait) s’ensuivent. Le duo de flics mal assortis se retrouve sur terre sous couverture, Reynolds dans la peau d’un vieux chinois, Bridges dans l’enveloppe corporelle d’une pulpeuse blonde…

 

Vous l’aurez reconnu, il s’agit à quelques détails près du scénario de Men In Black dans lequel on a remplacé les extraterrestres par des fantômes. Chaque gag, chaque scène d’action semblent littéralement empruntés à un autre film. Mais là n’est pas vraiment le problème. Si la prémisse du film n’est pas plus mauvaise qu’une autre, on a trop souvent l’impression que les scénaristes en sont restés au stade du concept. R.I.P.D. est totalement dénué d’inspiration et d’enthousiasme et ressemble au blockbuster d’un fonctionnaire peu intéressé à l’idée de faire du bon travail. C’est bien simple : rien ne marche ! Aucun gag ou concept n’atteint sa cible et la logique semble n’avoir intéressé personne, un peu comme si les scénaristes s’étaient dits « allons boire un verre, on verra bien si ça marche »… Le spectateur, comme les fantômes du film montant au ciel, se trouvent aspirés dans un trou noir, dans le vide absolu et n’en sort qu’1h30 plus tard lorsque le film se termine de manière aussi banale qu’il a commencé. Pour un film avec ce budget-là, le ratage est carrément honteux. La réalisation est paresseuse, les scènes d’action routinières, et les pauvres acteurs sont livrés à eux-mêmes. Ryan Reynolds est totalement transparent et Jeff Bridges, le seul à y croire, se contente de nous livrer une version parodique du cowboy qu’il incarnait dans True Grit. Confronté à un scénario qui ne lui donne rien à jouer, Bridges, un acteur exceptionnel, cabotine, éructe et grimace de plus belle comme un Johnny Depp sous acide. Malheureusement ses gesticulations font beaucoup de bruit pour rien.  Bon joueur et philosophe, Jeff Bridges a d’ailleurs critiqué le pire film de sa carrière quelques mois après sa sortie…

 

« Je me souviens de ce que nous avons tourné et je me disais que ça pouvait donner un film amusant. Puis je l’ai vu et j’étais… plutôt déçu. Mon opinion, c’est que le studio a fait des choix que – pour rester poli – je n’aurais pas faits. »

 

Aaaah, les choix du studio…. Serait-ce donc Universal Pictures qui a décidé en post-production de substituer la poésie par le mauvais goût et les gags par des flatulences (multiples !) qui ont transformé cette production incolore, insipide (mais malheureusement pas inodore) en l’un des exemples les plus lamentables de l’infantilisation galopante des blockbusters à gros budgets? Les effets spéciaux en CGI des revenants de l’au-delà sont d’une rare laideur et donnent une fâcheuse impression d’inachevé. On sait que les plus grands artistes des effets spéciaux actuels se plaignent de plus en plus du manque de temps imparti à ce genre de productions et des décisions prises en comités par des financiers… R.I.P.D. en est un nouvel exemple… Que l’on nous explique pourquoi un film dont le thème principal est la mort, le deuil et le contact entre morts et vivants dépeint nos chers disparus comme des monstres agressifs, obèses et puants ? Apparemment pour attirer plus d’adolescents dans les salles… Sauf que pour le coup, les salles sont restées vides…

 

Confiez un sujet similaire à Peter Jackson et de derrière les fagots, il vous mijote The Frighteners (Fantômes Contre Fantômes), une vrai blockbuster populaire mariant horreur et comédie, aussi effrayant que réellement émouvant et ayant coûté le quart de ce qu’a coûté R.I.P.D., son antithèse parfaite. R.I.P.D. est donc une bien triste débâcle qui démontre que certains producteurs ne comprennent pas ce que demande le public et que certains comic books devraient rester à jamais… au magasin de comic books

 

 

 

5.

TEXAS CHAINSAW 3D

(MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 3D)

 

2013, de John Luessenhop – USA

Avec Alexandra Daddario, Tania Raymonde, Scott Eastwood, Dan Yeager, Richard Riehle et Bill Moseley

Scénario : Adam Marcus, Debra Sullivan, Kirsten Elms et Stephen Susco

Directeur de la photographie : Anastas N. Michos

Musique : John Frizzell

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texas-chainsaw-3dThe Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la Tronçonneuse), de Tobe Hooper, est un chef d’œuvre viscéral, une date dans l’histoire du film d’horreur, une expérience traumatisante, unique en son genre dont on ne sort pas indemne, au ton et à l’humour tellement uniques que les films qui lui ont emboîté le pas se sont plantés dans les grandes largeurs et n’ont jamais réussi à retrouver son intensité ni la durable impression de malaise qu’il laissait. Tobe Hooper lui-même, à l’exception notable de Poltergeist n’a jamais réussi à retrouver le génie du film qui l’a rendu célèbre.

 

The Texas Chainsaw Massacre 2 (Massacre à la Tronçonneuse 2) (1986, de Tobe Hooper) renchérissait sans grand succès dans le gore et l’humour hystérique au second degré. Leatherface – The Texas Chainsaw Massacre 3 (Leatherface – Massacre à la Tronçonneuse 3) (1990, de Jeff Burr) était un pale remake officieux, très peu mémorable. Return of the Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la Tronçonneuse : La Nouvelle Génération) (1994, de Kim Henkel), avec son  scénario débile à base de conspiration mafieuse était une terrible trahison de l’original, doublée d’une série Z d’un ennui mortel. Le remake officiel, The Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la Tronçonneuse) (2003, de Marcus Nispel) n’était certes pas le pire film de la vague de remakes des classiques de l’horreur, mais se situait très loin de l’urgence, du côté crade et des sensations de folie de l’original. The Texas Chainsaw Massacre : The Beginning (Massacre à la Tronçonneuse : Les Origines) (2006, de Jonathan Liebesman) était le plus réussi du lot mais en racontant sa petite enfance et les raisons profondes de sa folie, cette préquelle très gore privait le personnage iconique de Leatherface de ses zones d’ombre et de la fascination morbide qu’il exerce. Ce que ces films oublient trop souvent, une leçon que Freddy Krueger, Michael Myers et Jason Voorhees ont appris à grand frais, c’est que dans le cas de ces boogeymen iconiques du cinéma d’horreur, moins on en sait sur leurs origines, plus ils s’avèrent effrayants !…

 

D’un chef d’œuvre satyrique marqué au fer rouge par les fantômes de la guerre du Vietnam, dans lequel des personnages au bord de la folie étaient perpétuellement assommés par la chaleur, la franchise avait donc par la suite basculé dans les travers du film d’horreur routinier de série B, se contentant d’iconiser le tueur à la tronçonneuse dans des films généralement peu soignés narrativement. Il était donc légitime de douter de l’utilité d’une énième suite, particulièrement avec un titre aussi racoleur que Texas Chainsaw 3D. Réalisé par John Luessenhop (la série B Takers, avec Matt Dillon et Paul Walker), ce septième film de la saga fait fi des évènements des précédents pour enchaîner directement sur la fin de l’original dont il reprend des extraits. Un procédé dangereux qui donne au film de Luessenhop la corde pour se faire pendre puisqu’au jeu de la comparaison, les différents matériaux filmiques démontrent dès les premières minutes la supériorité évidente des images inoubliables de 1974.

 

La jeune Heather (Alexandra Daddario) reçoit le testament d’une grand-mère qu’elle ne connaissait pas, qui lui apprend qu’elle est la seule survivante du clan Sawyer, les cannibales détraqués du Massacre à la Tronçonneuse original. Elle fut kidnappée bébé par ses parents adoptifs lorsque les Sawyers périrent brûlés lors du siège de leur maison, un incendie provoqué par la foule en furie venue se venger pour le massacre de leurs proches et de dizaines de victimes. Leatherface (Dan Yeager), le défunt tueur en série qui se confectionnait des masques en peau humaine, était donc le vieux cousin de la jeune femme… Heather revient au Texas en compagnie de quelques amis pour prendre possession de la superbe mansion familiale. Bien entendu, quelqu’un a survécu dans la cave pendant toutes ces années et le bruit de sa tronçonneuse ne va pas tarder, près de 40 ans plus tard, à traumatiser la petite bourgade…

 

Malheureusement, rien à sauver dans ces nouvelles aventures macabres du tueur à la Black & Decker, qui marquent, à cause d’un scénario inepte et d’une crétinerie hallucinante, un nouveau record dans la franche nullité. On verra à de nombreuses reprises que la logique n’est pas la considération essentielle de ce Texas Chainsaw 3D dont le scénario est tellement truffé d’incohérences, d’erreurs de logique, de retournements de situations saugrenus, de raccourcis et autres approximations, qu’il se transforme en un monument de comique involontaire, avec des personnages dont les motivations sont tantôt incompréhensibles, tantôt illogiques, tantôt véritablement crétines. Tout ça par cette volonté de proposer un « twist » différent mais auquel on ne croit pas un seul instant…

 

Petit tour d’horizon de ces incohérences, à commencer par la confusion des dates… Texas Chainsaw 3D se déroule en 2012. Heather devrait donc en toute logique afficher 38-39 ans au compteur… Or cette dernière, dans le but avoué d’attirer un public adolescent, nous est présentée comme une jeune femme d’à peine 20 ans ! Leatherface quant à lui, doit avoisiner les 70 balais mais soulève son bel engin avec la force d’un jeune homme… Tous les documents ou autres preuves faisant référence au film de Tobe Hooper, filmé ET situé en 1974 (pierres tombales, documents de police) dissimulent la date de manière pas très subtile. La raison de cette entourloupe ? : le placement de produits ! iPhone, smartphone, dernier single du rappeur Trey Songz (qui fait également l’acteur)… des éléments modernes qui auraient fait tâche en 1992… L’entreprise démontre ainsi que son cynisme et son opportunisme n’auront pas de limites !

 

La famille Sawyer du film de Tobe Hooper était composée de 4 hommes. Quand le nouveau film commence, quelques minutes après la fin du premier, leur maison est remplie d’un véritable clan de Sawyers, tous sexes confondus, sortis comme par magie d’on ne sait où… Plus tard, après que Leatherface ait massacré ses amis, puis l’ait longuement poursuivie et torturée, Heather se rend compte que les villageois qui se sont fait justice 40 ans plus tôt sont les vrais salauds de l’histoire puisqu’ils ont exterminé sa famille… La jeune femme va donc faire alliance avec ce cousin dégénéré qui ne respecte et ne comprend que les liens du sang. La transformation de Heather en un personnage obscur obsédé par ce lien familial et le fait que les plus pourris ne sont pas forcément ceux que l’on croit ne sont pas forcément de mauvaises idées. Mais les développements capillotractés et ridicules que leur réserve le scénario ne fonctionnent pas une seconde, surtout lorsque l’on tente de nous faire adhérer à l’idée que Leatherface, le tueur le plus sadique et le plus glauque de l’histoire du cinéma, n’est finalement qu’une victime, un simplet travesti à la force herculéenne qui garde en tête le massacre des siens et voit tout intrus comme une menace potentielle… Le problème, c’est que Heather est représentée tout du long comme une jeune et jolie femme très équilibrée, mais qui retourne sa veste lorsqu’elle apprend qu’elle a été engendrée par des psychopathes cannibales qui tronçonnaient sans remords des jeunes gens handicapés, et dont le dernier membre survivant vient tout juste d’exterminer ses meilleurs amis… Quelques heures seulement après ce massacre, Heather lui pardonne ! Les deux cousins (qu’une cinquantaine d’années séparent) finiront par vivre ensemble dans la grande maison de leur défunte grand mère…

 

On entend déjà les rires engendrés par la sitcom « Heather Loves Leather »…

 

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Puis arrive la palme de la séquence la plus idiote de l’année (de la décennie ?)… Leatherface vient de perturber une fête foraine remplie d’enfants, juste après avoir commis trois meurtres atroces… Les forces de l’ordre, pas trop au taquet malgré une belle collection de preuves, se disent quelques heures après coup qu’il ne serait pas inutile d’aller enquêter dans la maison du tronçonneur, coupable, rappelons-le, de dizaines, voire de centaines de meurtres… C’est Marvin qui s’y colle, un flic freluquet armé d’un petit pistolet et d’un smartphone. Marvin pénètre seul dans l’antre du plus dangereux tueur du Texas. Il découvre des litres de sang frais dès la porte d’entrée mais ni lui ni ses supérieurs (avec lesquels il communique) ne semblent s’en inquiéter. Alors qu’il filme les lieux jonchés de cadavres frais découpés (en prenant son temps), ses supérieurs regardent la scène, à l’abri, en commentant les macabres trouvailles comme ils commenteraient un match de foot, mais ne pensent pas une seule seconde à lui envoyer des renforts (l’armée ou la garde nationale par exemple) qui mettraient de toute façon des plombes à arriver. Bien entendu, le brave flic pas bien malin finira en chair à saucisse pendant que ses supérieurs, pas trop inquiets que son smartphone se soit éteint, ressassent le passé…

 

Le scénario le plus abominable depuis belle lurette n’est pas secondé par un aspect visuel racoleur et gratuit… Même avec beaucoup d’imagination, il est rageant de penser que Texas Chainsaw 3D, avec son esthétique proprette et passe-partout se fait passer pour la suite « officielle » de l’original, qui reste le plus grand film d’horreur de tous les temps. Une telle note d’intention laisse songeur sur le cynisme déplacé de l’entreprise! De plus, l’aspect « redneck » et le physique authentiquement dérangeant des acteurs principaux de l’original (qui n’étaient pas tous professionnels) manque cruellement ici puisque les acteurs ont des têtes à jouer dans Melrose Place. Texas Chainsaw 3D est inoffensif et confortable à l’oeil… ce qui en soi, représente une nouvelle trahison du film de Hooper… La grande maison des Sawyer est agréable, bien entretenue, très loin du bouge infâme et puant, écrasé par la chaleur que l’on a connu. Dans Texas Chainsaw 3D, la défunte famille des cannibales possède un très grand domaine de rêve, digne de la villa italienne de George Clooney! On est quand même très loin des bouseux du premier film, devenus meurtriers et cannibales parce qu’ils étaient dans le besoin… Luessenhop et ses scénaristes semblent n’avoir rien compris au film de Hooper au point où l’on se demande parfois même si ils l’ont vu! Ils préfèrent se concentrer sur ce qu’ils pensent être l’essentiel d’une production horrifique : l’anatomie (très agréable au demeurant) de ses deux jeunes actrices principales, Alexandra Daddario et Tania Raymonde. Le réalisateur les filme au ras des fesses et des nibards, rendant son film et ses personnages incroyablement vulgaires, tout en restant dans le cadre puritain d’une production classée PG-13 : une tronçonneuse dans la tronche : oui ! Un téton : non !… Alexandra Daddario en particulier passe le plus clair de son temps à nous titiller avec sa chemise complètement ouverte sur cette appétissante poitrine que nous ne verrons jamais !

 

Et Leatherface dans tout ça ? Le boogeyman travesti a lui aussi peu fière allure. On le suppose vieilli mais il est un peu ridicule avec son pullover saumon tricoté par grand-mère, une tentative de le féminiser comme chez Tobe Hooper. Grassouillet et affublé de masques peu convaincants, il nous fait regretter le look d’enfer que Marcus Nispel et Jonathan Liebesman lui avaient conféré dès 2003. Malgré ses tentatives de modernisation à tout prix, Texas Chainsaw 3D réussit l’exploit de donner au boogeyman iconique une piètre allure de méchant de série Z…

 

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Le bilan est donc très lourd. Incapable d’instaurer une atmosphère ou des frissons, coupable de dialogues ineptes, d’une scène gore en images de synthèse complètement ratée (la scène de la broyeuse) et de scènes gratuites de très mauvais goût (Leatherface se lêchant les babines en gros plan quand il enfile sur son visage la peau de sa dernière victime), faisant l’impasse sur l’humour noir et le commentaire politique instaurés par Tobe Hooper, John Luessenhop tente de se racheter avec une technologie 3D qui n’est pas fondamentalement indispensable mais dont les effets de relief sortis tout droit de 1983 amusent vaguement, avec des jaillissements de sang qui donnent l’impression que la tronçonneuse va nous réduire en charpie… C’est bien peu mais ça fait passer le temps.

 

Un tel ratage nous vaut la réflexion suivante : le seul réalisateur actuel susceptible de réaliser une séquelle digne de ce nom au chef d’oeuvre de Tobe Hooper est Rob Zombie (qui lui aussi vient de signer un film décevant avec The Lords of Salem). Sa mise en scène brutale, nostalgique, hallucinée et peuplée de rednecks psychopathes aurait collé à merveille à cet univers qui se rapproche de son excellent The Devil’s Rejects. Malheureusement, le destin en a décidé autrement puisque Zombie a préféré réinventer (avec succès) une autre saga horrifique : Halloween, laissant le pauvre Leatherface aux mains d’une bande d’incapables notoires… Quand la torture n’a plus lieu sur l’écran, mais dans la salle de cinéma, il est grand temps de remiser la tronçonneuse dans les cartons du film d’horreur !…

 

 

 

4.

KICK-ASS 2

 

2013, de Jeff Wadlow – USA

Avec Aaron Taylor-Johnson, Chloë Grace Moretz, Christopher Mintz-Plasse, Jim Carrey et John Leguizamo

Scénario : Jeff Wadlow, d’après le comic book de Mark Millar et John Romita, Jr.

Directeur de la photographie : Tim Maurice-Jones

Musique : Henry Jackman et Matthew Margeson

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Kick_Ass_2_Poster_7_12_13En 2010, Kick-Ass était une agréable surprise qui faisait souffler un vent d’air frais dans l’univers codifié des super-héros : insolent par son langage ordurier et son extrême violence de cartoon particulièrement jouissive (notamment parce qu’elle était infligée par et sur une fillette de 11 ans), le film de Matthew Vaughn avait réussi à créer des personnages particulièrement attachants (la relation père – fille entre Nicolas Cage / Big Daddy et Chloë Grace Moretz / Hit Girl fonctionnait à merveille) mais également à proposer une véritable réflexion sur le thème de l’auto-défense. Aussi drôle qu’intelligent, brillamment réalisé pour un budget modeste, Kick-Ass accumulait les scènes d’anthologie dans la bonne humeur et l’irrévérence et arrivait à détourner les conventions des films de superhéros autant qu’à les célébrer.

 

Dans l’inévitable deuxième épisode, Dave Lizewski (Aaron Taylor-Johnson) reprend la tunique verte de son alter-ego , Kick-Ass pour rejoindre « Justice Forever », une milice armée composée de « vigilantes » amateurs, tous plus ou moins schizophrènes. Ce triste groupe est dirigé par le dénommé Colonel Stars and Stripes (Jim Carrey), un ancien mafieux complètement cinglé, reconverti dans l’art de la vengeance, qui dresse son berger allemand à mordre ses ennemis à l’endroit le plus sensible de leur anatomie… De son côté, Hit Girl tente (sans succès) d’oublier sa vie antérieure et de devenir une adolescente comme les autres. Elle ne se doutait pas que les adolescentes comme les autres sont des ennemies bien plus terrifiantes que les mafieux qu’elle pourfendait à coup de nunchakus… Chris D’Amico, le fils idiot du méchant anéanti par Kick-Ass à la fin du premier épisode a juré de se venger de ses deux ennemis et s’invente une subtile nouvelle identité de super-méchant : « The Motherfucker », dont le costume en cuir à tendance sado-masochiste est retrouvé dans la garde-robe de sa défunte mère. Il engage un gang de dangereux mercenaires, les « Toxic Mega Cunts » (subtilité toujours…) pour l’aider dans sa tâche.

 

A l’instar de Piranha 3DD et Machete Kills !, Kick-Ass 2, toujours adapté du comic book créé par Mark Millar et John Romita, Jr., oublie toutes les leçons d’un modèle dont il n’a apparemment pas compris les raisons du succès. Plutôt que de s’appuyer sur les relations attachantes entre les personnages, cette suite réalisée par le médiocre Jeff Wadlow (le slasher Cry Wolf, le film d’action Never Back Down) ne reprend que les éléments les plus gratuits et les plus voyants (le langage ordurier, des décapitations, l’accoutrement farfelu du méchant…) pour en accentuer la vulgarité. Ce faisant, il sacrifie sans raison valable et de manière très étrange le personnage de Katie (Lyndsy Fonseca) et en une seule scène transforme celle qui fut l’adorable petite amie du héros en une détestable peste…

 

Tout ce qui faisait le charme du premier épisode disparaît pour laisser la place à une surenchère de violence et de scènes d’action filmées de manière mollassonne par un réalisateur au style anonyme. Wadlow n’arrive pratiquement jamais à dynamiser son film à cause d’un montage maladroit, mais également d’une esthétique et d’une photographie d’une rare laideur, qui confèrent à ce deuxième épisode des airs de productions fauchées de l’écurie Troma, mais sans l’esprit contestataire. Les trois scènes d’action centrales (une fusillade dans un cimetière, une attaque en plein centre-ville mené par Mother Russia, une culturiste indestructible ressemblant à la sœur de Dolph Lundgren et une bataille finale dans laquelle sont supposés s’affronter des centaines de gugusses costumés) ne sont qu’une enfilade d’images filmées sans le moindre point de vue et sans grande envergure. De fait, on ne verra pratiquement rien de ce climax alléchant sur le papier puisque le réalisateur fait une ellipse frustrante pour se concentrer sur l’affrontement final entre deux couples d’adversaires (Kick-Ass vs. The Motherfucker, Hit Girl vs. Mother Russia). Kick-Ass 2, dont la note d’intention semble se résumer à la surenchère, n’a donc pas les moyens de ses ambitions. Alors que le premier épisode arrivait à créer des merveilles de scènes d’action grâce à une inventivité folle, celles de Kick-Ass 2, déjà vues mille fois, sont terriblement communes et peu mémorables. Cette fois, personne ne s’envole dans un jet-pack pour exterminer un méchant au bazooka et l’action se résume à quelques bagarres à mains nues qui tentent de masquer leur manque total d’originalité par une surenchère malvenue dans la brutalité.

 

Heureusement, Wadlow peut se reposer sur le talent de l’épatante Chloë Grace Moretz, aussi à l’aise dans la comédie et le drame que dans le bottage de culs, mais il sous-emploie de manière éhontée un Jim Carrey caricatural et (il faut le faire !) pas très drôle, qui ne fait de toute façon que passer. A l’annonce de l’arrivée de Carrey sur le projet, on l’imaginait se lancer dans un de ces numéros comiques de haute voltige dont il a le secret, pour palier à l’absence de Nicolas Cage dont le personnage trépassait dans Kick-Ass. Les fans du comique canadien en seront pour leurs frais. Difficile en effet de s’attacher à ce personnage indéfendable qui a toute l’intégrité du vigile à chien que dénonçait Renaud dans sa chanson « Dans mon HLM »…

 

Kick-Ass 2 n’est évidemment pas aidé par le fait que l’effet de surprise qui faisait la réussite du premier film est maintenant éventé. Voir une gamine de 11 ans jurer comme un charretier et trucider des gros durs avait quelque chose d’irrésistible, voire de mignon ! Lorsque que c’est une adolescente de 15 ans qui fait de même, le procédé n’a plus le même impact, ni cette petite touche d’ambiguïté.

 

Tout ça ne serait finalement pas bien grave si la morale du film n’était pas à l’exact opposé de son modèle. « On n’a pas besoin de super-héros, faisons justice nous-mêmes ! » : telle est la conclusion dangereusement réactionnaire d’un film qui célèbre l’auto-défense plutôt que de s’en moquer et d’en condamner les dérives, comme le faisait si bien Matthew Vaughn. Là où l’original relatait avec beaucoup d’humour les gamelles pathétiques d’un héros de pacotille qui compensait par le courage ce qui lui manquait en force physique, cette suite fait du personnage de Kick-Ass un culturiste balèze et idiot, dénué de tout ce qui faisait sa particularité et son charme. Un changement de perspective totalement injustifié qui laisse le spectateur pantois et furieux. Kick-Ass 2 tombe trop souvent dans les clichés du film d’action dont se moquait brillamment son prédécesseur. Le ton incertain du film pose également problème : en passant de la comédie adolescente scatologique (la scène de la cafétéria) à la violence la plus brutale, on finit par se demander à qui s’adresse réellement ce Kick-Ass 2 aussi hideux que véritablement déplaisant.

 

La seule réponse possible : pas à ceux qui ont aimé le premier…

 

 

 

3.

ANTIVIRAL

 

2012, de Brandon Cronenberg – CANADA

Avec Caleb Landry-Jones, Lisa Berry, Sarah Gadon, Malcolm McDowell et Douglas Smith

Scénario : Brandon Cronenberg

Directeur de la photographie : Karim Hussain

Musique : E.C. Woodley

Antiviral-01

 

antiviral-dvd-cover-94Brandon Cronenberg a hérité de son père David le goût du « body horror », un genre cinématographique que son illustre papa a pratiquement inventé à lui tout seul. Les corps déchirés par des maladies vénériennes, des organismes humains qui fusionnent avec des machines, des mutations gynécologiques… Depuis presque 40 ans, David Cronenberg triture les corps et les âmes de ses héros, avec un talent subversif et un flair cinématographique qui ne se sont jamais démentis. Le fiston, à ses risques et périls, se lance dans le jeu dangereux des inévitables comparaisons et emprunte à son père le thème de la maladie et de la mutation. Malheureusement, avec Antiviral, il signe un film malformé qui manque terriblement d’âme.

 

Alors que David Cronenberg lui-même signait le plus mauvais film de sa longue carrière (Cosmopolis), les espoirs se sont tournés vers le fiston à l’annonce de son premier long métrage. C’est là qu’un grand malentendu s’est installé dans la presse spécialisée, qui a tout de suite porté aux nues Brandon Cronenberg, espérant trouver en lui un nouvel héritier digne du talent de son aîné, un peu comme Sofia Coppola avant lui. L’ambition et les thèmes abordés par Antiviral ont tout de suite été salués, les premières critiques étaient élogieuses et puis… nous avons vu le film…

 

Situé dans un monde (légèrement) futuriste où la culture de la célébrité a pris des proportions tellement énormes que le public collectionne les maladies (avec copyright) de leurs stars favorites (du simple furoncle au cancer, en passant par les maladies les plus rares, qui se disputent à des prix exorbitants), Antiviral a pour protagoniste Syd March (Caleb Landry Jones), vendeur et collectionneur de virus. Syd travaille pour la Lucas Clinic, une énorme corporation qui a le monopole des précieux échantillons et des contrats d’exclusivité avec les stars dont ils prélèvent l’ADN afin d’inoculer leurs maladies à leurs clients. Syd est lui-même accro à ces virus qu’il s’inocule en cachette et qu’il vend en secret au marché noir, à des bouchers qui créent de dégoûtants « steaks d’ADN » incolores qu’ils revendent à bas prix… Syd se voit bientôt poursuivi par une société concurrente qui l’oblige à faire de l’espionnage industriel en leur livrant un échantillon de la maladie rare que vient de contracter Hannah Geist (Sarah Gadon), la jeune starlette la plus connue de la planète (sans la moindre raison valable) avant qu’elle ne meure. Syd s’inocule la maladie d’Hannah (dont il tombe amoureux) et doit lutter pour sa propre survie.

 

Autant dealer que vampire, ce jeune homme au teint blafard terriblement antipathique est l’un des gros points faibles du film et révèle une leçon que Cronenberg Jr. n’a pas apprise de papa. Dans les films de Cronenberg Père, les héros (Christopher Walken dans Dead Zone, James Woods dans Videodrome, Jeff Goldblum dans The Fly, Jeremy Irons dans Dead Ringers et M. Butterfly, Viggo Mortensen dans A History of Violence et Eastern Promises, etc. ) subissent systématiquement une transformation physique et / ou psychologique qui, bien souvent, les mène à leur perte. Or dans Antiviral, Syd est – sans raison valable – un personnage malade et terriblement antipathique dès le début du film, dont les problèmes ne sont jamais véritablement expliqués ni développés. Impossible donc de s’identifier à ce personnage détestable joué de manière monolithique par un jeune acteur très mal dirigé. Son évolution n’en est pas une puisque Syd reste un protagoniste absolument misérable du début à la fin, ce qui a pour conséquence d’amoindrir terriblement l’impact de toutes les épreuves qu’il subit durant le reste du film. Impossible de ressentir pour lui la moindre sympathie…

 

Essayer de se situer dans un univers thématiquement proche de celui de son père n’est pas ce que l’on reproche à Brandon Cronenberg. Syd porte les mêmes vêtements tous les jours (comme Seth Brundle dans The Fly), est forcé de faire de l’espionnage industriel (comme Max Renn dans Videodrome) et Hannah Geist est atteinte de déformations vaginales (comme Claire dans Dead Ringers)… Ces citations ne nuisent jamais à l’histoire mais ont cette fâcheuse tendance à nous rappeler une série de films nettement supérieurs. On reprochera par contre au réalisateur ses carences en termes de direction d’acteurs, mais surtout l’aspect visuel très amateur de son film, éclairé par le pourtant talentueux Karim Hussain. Situé, comme THX 1138, le chef d’œuvre de George Lucas, presque exclusivement dans des décors blancs de laboratoires et de cliniques (parfois aspergés de sang), Antiviral est un véritable calvaire pour les yeux, mais également le film le plus douloureusement soporifique que l’on ait vu depuis longtemps. Sans oublier que le thème principal, qui se voudrait subversif, est (malgré sa nature « cronenbergienne ») terriblement tiré par les cheveux et teste les limites de notre crédibilité. On comprend très bien l’envie du jeune cinéaste de dénoncer la culture de la « célébrité à tout prix », une société qui comme la nôtre porte aux nues des starlettes sans talent à la Justin Bieber… Mais le futur qu’il décrit s’avère trop inconcevable pour que l’on adhère à un récit peu crédible qui tombe souvent dans le ridicule.

 

Brandon Cronenberg partage avec son père cette capacité à rendre des idées complexes limpides à l’écran. Malheureusement, le jeune cinéaste reste coincé au niveau des bonnes intentions et ne s’est apparemment pas inoculé le talent de son papa. Long, sans rythme, terriblement prétentieux et animé par des personnages qui laissent froid, Antiviral, malgré une ambition que nous ne nions pas, est une véritable épreuve d’endurance et le nouveau maître étalon en matière d’ennui au cinéma.

 

La nouvelle chair est bien triste…

 

 

 

2.

MACHETE KILLS !

 

2013, de Robert Rodriguez – USA

Avec Danny Trejo, Mel Gibson, Michelle Rodriguez, Jessica Alba, Antonio Banderas, Amber Heard, Lady Gaga, Demian Bichir, Charlie Sheen, Cuba Gooding, Jr., Sofia Vergara, Vanessa Hudgens et Tom Savini

Scénario : Robert Rodriguez, Marcel Rodriguez et Kyle Ward

Directeur de la photographie : Robert Rodriguez

Musique : Robert Rodriguez et Carl Thiel

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Machete-KillsPersonne ne l’avait réclamé et pourtant, Machete revient, réquisitionné par le Président des Etats-Unis pour stopper un fou furieux avec une arme nucléaire pointée sur Washington…

 

Tout commença par une plaisanterie lorsque en 2007, Robert Rodriguez et Quentin Tarantino décidèrent de rendre hommage aux films « grindhouse » (un néologisme désignant les films d’exploitation aux bobines fatiguées projetés dans les cinémas de quartier) avec un projet logiquement nommé… Grindhouse, composé de deux parties aussi distinctes que réjouissantes : le film de zombies Planet Terror, de Rodriguez et le film d’action automobile Death Proof, de Tarantino. Les deux compères font appel à des amis cinéastes pour créer des bandes annonces à diffuser avant et entre les deux métrages. Des faux trailers de 2 minutes parodiant les films d’exploitation des années 70-80. Eli Roth réalise Thanksgiving, parodie des slashers à la Halloween et Friday the 13th, Edgar Wright signe Don’t, qui rend hommage au giallo italien et Rob Zombie lâche ses Werewolf Women of the SS, mélange de « nazisploitation » et de film de loup-garou, interprété par un Nicolas Cage démentiel dans le rôle de Fu Manchu… Robert Rodriguez lui-même en signera une quatrième, intitulée Machete, dans laquelle son acteur fétiche, le buriné Danny Trejo incarne un agent fédéral mexicain à la recherche de l’assassin de son frère. Pastiche à la sauce mexicaine des films de vengeance de Charles Bronson, Machete mélangeait des scènes d’action outrageusement gore à un érotisme typiquement seventies, avec tout ce que cela sous-entend de sexisme, de tripailles et de moustaches viriles. Le projet des deux cinéastes se plante au box-office mais fait beaucoup parler de lui et lance un revival « grindhouse » accouchant d’œuvres folles, tordues, fauchées mais réjouissantes comme Hobo With a Shotgun ou The Baytown OutlawsMachete Kills !, malheureusement ne sera pas l’une d’entre elles et marquera sans le vouloir la fin de ce revival qui n’a pas fait long feu.

 

L’enthousiasme envers cette bande annonce en forme de plaisanterie et le personnage de Machete au potentiel iconique évident poussent Rodriguez à lui offrir en 2010 son propre film. Tout comme les films auxquels il rend hommage (ou qu’il parodie, selon les opinions), Machete, présentait bon nombre de problèmes mais s’avérait en fin de compte un gros délire amusant et régressif, ainsi qu’une virulente critique politiquement incorrecte des problèmes d’immigration entre le Mexique et les USA. Des stars comme Robert De Niro, Steven Seagal, Lindsay Lohan, Michelle Rodriguez, Jessica Alba, Don Johnson, Cheech Marin et Jeff Fahey venaient s’amuser à créer des personnages plus vrais que nature dans un film assez drôle et original pour donner envie de redécouvrir les œuvres des années 70-80 dont il s’inspirait. Loin d’être un chef d’œuvre, Machete souffrait par moments d’une réalisation hasardeuse et d’une facture technique déficiente, héritées du modèle de production de Rodriguez. Farouchement indépendant, le cinéaste fait tout lui-même (réalisation, scénario, production, musique, montage, photographie…) et tourne la plupart de ses scènes dans sa propriété d’Austin au Texas avec des amis acteurs acceptant pour lui de baisser leurs cachets… Comme chez un certain 007, le générique de fin indiquait « MACHETE WILL RETURN »… Rodriguez faisait là une nouvelle plaisanterie, même si l’idée de créér sa propre franchise avec un personnage aux origines si particulières n’était sans doute pas pour lui déplaire. Trois ans plus tard, Rodriguez a tenu sa promesse… mais avec le retour de Machete, il signe en fin de compte le pire film d’une carrière qui compte pourtant déjà quatre épisodes de Spy Kids ainsi que The Adventures of Sharkboy & LavaGirl 3D, d’horripilantes aventures destinées aux marmots, bourrées d’effets spéciaux hideux.

 

Dès les premiers instants (le film débute par la fausse bande annonce d’un potentiel troisième épisode, Machete Kills Again… In Space !), Rodriguez semble oublier la note d’intention et les raisons de l’existence de Machete. Le réalisateur se trompe de cible avec un ton terriblement hésitant. Parodiant maintenant (plus ou moins) les space opera à la Star Wars ou encore Moonraker (dans lequel James Bond s’aventurait dans l’espace), Machete Kills ! n’a pratiquement plus le moindre rapport avec la vague grindhouse ou son prédécesseur. Il devient très vite une pénible autoparodie d’autoparodie d’autoparodie… dans laquelle Danny Trejo, charismatique mais totalement inexpressif et arthritique (l’acteur affiche quand même 69 ans au compteur !) semble complètement perdu. Peu doué pour la comédie, Trejo a l’air de se demander ce qu’il peut bien foutre dans cette comédie potache qui tente de retrouver le second degré des films des ZAZ (Airplane, The Naked Gun) mais s’avère aussi péniblement lourdingue et dénuée de rires que les parodies récentes du style Epic Movie, Disaster Movie, Vampires Suck et compagnie… Confirmant les limites de Robert Rodriguez en matière d’humour parodique, Machete Kills ! s’oriente pourtant vers un final que l’on croirait calqué sur Austin Powers, avec Danny Trejo dans le rôle d’Austin et Mel Gibson dans celui du Docteur Evil… Sauf que ce n’est JAMAIS drôle, jamais malin et complètement dénué d’inventivité.

 

Le premier épisode, malgré le délire ambiant, bénéficiait d’un scénario linéaire et d’une vraie intrigue. Ici, à force de vouloir enchaîner, pour un budget apparemment encore plus étriqué, les moments de bravoure et les caméos de stars, Rodriguez finit par nous livrer un film à sketches foutraque, à la facture visuelle hideuse et souffrant de gros problèmes conceptuels. Trejo est souvent relégué au second plan. Machete répète sans cesse qu’il n’envoie pas de textos et qu’il ne “tweete” pas… en fait, le héros ne fait pas grand-chose dans son propre film, à part tuer ici et là un méchant de manière totalement monotone… Des costumes aux effets spéciaux digitaux en passant par des cascades mollassonnes, tout tombe à plat. La violence graphique et les scènes sexy qui faisaient le sel du premier épisode sont terriblement édulcorés et d’un conservatisme étonnant de la part du réalisateur des violents (et brillants) From Dusk Till Dawn et Sin City. Rodriguez chercherait-il à faire de son mexicain un héros familial pour récupérer le public de ses épuisants Spy Kids ? On n’est pas loin de le penser…

 

Le scénario n’est donc plus qu’un vague prétexte pour enchaîner les apparitions décousues (et souvent peu reliées à l’intrigue principale) d’un défilé de guest stars qui ont filmé leurs scènes de leur côté sans jamais se croiser, suivant leurs disponibilités : Antonio Banderas, Cuba Gooding, Jr., Walton Goggins et Lady Gaga (vous avez bien lu…) jouent le même personnage : un tueur mystérieux changeant de visage, surnommé « El Cameleon ». Une idée qui (comme tout le reste) n’est pas développée au-delà du simple concept. Charlie Sheen (qui n’a plus joué d’autre rôle que « Charlie Sheen » depuis 1990) joue (comme toujours) de son image décadente en incarnant un « President of the Fucking United States » adepte des prostituées, des substances illicites et d’un langage ordurierOn espérait beaucoup du retour de Mel Gibson à l’écran, dans le rôle du grand méchant de service. Malheureusement notre Mad Max préféré (n’en déplaise à Tom Hardy…) n’a pas grand-chose d’autre à jouer qu’une version plus violente du rôle de Michael Lonsdale dans Moonraker. Face à un Danny Trejo immobile comme un Playmobil, le pauvre Gibson a l’air de s’ennuyer ferme et n’a pas vraiment l’occasion de jouer les scènes de folie auxquelles il avait droit et qui resteront dans notre imagination…

 

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La mise en scène d’une paresse épouvantable dessert les productions auxquelles Machete Kills ! est sensé rendre hommage. Le réalisateur débrouillard qui truffait autrefois ses œuvres d’une bonne idée à la minute fait ici du cinéma de fonctionnaire et dénature complètement l’esprit du personnage principal. Robert Rodriguez n’est plus que l’ombre de lui-même et s’apparente désormais à un vieil oncle bourré : à force de raconter la même vieille blague depuis des années, plus personne ne l’écoute !… Cette Machete émoussée est une plaisanterie qui a duré beaucoup trop longtemps. On espère donc que, suite à la débâcle financière compréhensible du film au box-office, Machete Kills Again… In Space ! en restera au stade d’une (mauvaise) bande annonce. Le premier Machete était un sincère cri d’amour au cinéma d’exploitation. Dans ce Machete Kills ! embarrassant pour le CV de son réalisateur, le cœur n’y est plus : au lieu de faire du cinéma, Rodriguez fait du business. Savoir quand s’arrêter est une qualité non négligeable que Rodriguez ne possède apparemment pas… Vu le niveau de cette désolante pantalonnade, il est permis de s’inquiéter de la qualité de Sin City 2, suite du meilleur film du réalisateur, dont la sortie américaine est prévue le 22 août prochain.

 

 

 

1.

DIANA

 

2013, de Oliver Hirschbiegel – UK / FRANCE

Avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Geraldine James, Cas Anvar et Juliette Stevenson

Scénario : Stephen Jeffreys

Directeur de la photographie : Rainer Klausmann

Musique : Keefus Ciancia et David Holmes

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21023376_20130730121416649Le biopic est un exercice particulièrement périlleux dans lequel la mention « tiré de faits réels » est forcément trahie par des adaptations nécessaires à la licence poétique et dramatique nécessaire à tout récit digne de ce nom.

 

Seulement, lorsque la Princesse Diana se dispute avec son nouveau petit ami chirurgien, le Dr. Hasnat Khan, qu’elle traverse Kensington Palace en ouvrant violemment toutes les portes puis qu’elle s’asseoit à son piano pour marteler du Bach, avec l’air sombre, la licence poétique est remplacée d’emblée par des éclats de rire dans les salles et la limite du ridicule est franchie sans possibilité de retour.

 

Le récent Jobs (biopic de Steve Jobs) souffrait de l’interprétation épouvantable d’Ashton Kutcher, terrible erreur de casting et l’on se souvient d’exemples effarants de biopics, comme lorsqu’un producteur crut bon de confier à John Wayne la tunique et la moustache de Gengis Khan… Avec Diana, le problème ne vient pas de son actrice, la pauvre Naomi Watts (une actrice précieuse que l’on adore) qui fait ce qu’elle peut pour rester digne dans cette véritable débâcle artistique. Non. Le problème vient de Diana elle-même. Sa vie en montagnes russes, sa mort tragique, ses histoires d’amour, son côté petite fille riche et grande princesse du cœur, amie des déshérités en ont fait un personnage facilement caricaturable et bien peu cinématographique. Connue du monde entier, la vie de Diana était déjà du cinéma… mais du mauvais cinéma à l’eau de rose, indigne des plus mauvais romans de la collection Harlequin. Malgré les apparences, Diana n’était donc pas la candidate idéale pour un biopic. Naomi Watts espérait sans doute trouver avec ce projet un de ces rôles iconiques qui ont valu des Oscars à Helen Mirren (The Queen) ou Meryl Streep (The Iron Lady). C’était sans compter sur un scénario maladroitement fictionalisé, plus intéressé par la vie amoureuse de « la Princesse du Coeur » que par des thèmes plus importants comme celui de ses différends avec la monarchie (dont il n’est pratiquement pas question), ses qualités d’ambassadrice et des thèmes susceptibles de résonner avec le statut d’icône de la princesse (devoir, ambition, dévotion…) Rien de tout ça ! Le film d’Oliver Hirschbiegel ne semble s’intéresser qu’à la vie privée rose bonbon de la Princesse martyrisée « qui voulait seulement être aimée ». Dans son récit simpliste, Diana est l’héroïne et les médias sont les méchants. Le voyeurisme prévaut et le récit a toute l’intégrité de photos prises en douce par des paparazzis.

 

Ce manque d’ambition et ce côté « Aventures de Martine » ou roman-photo touristique (« Diana en Angola », « Diana en Sardaigne », « Diana dans le champ de mines », « Diana au MacDo »…) s’avèrent terriblement gênants, quand il n’est pas insultant pour la mémoire de la défunte. Mais ce n’est encore rien face à des situations et des dialogues édifiants qui finissent d’enterrer la pauvre Princesse sous le ridicule. Confronté à la lourde tâche de conférer des dialogues à des évènements avérés (ou lourdement fictionalisés) et ainsi, de réinventer Diana en personnage réel et en héroïne tragique de cinéma, le scénariste Stephen Jeffreys (qui adapte le livre « Diana : Her Last Love », un volume composé presque exclusivement de ragots) crée un nouveau record dans le comique involontaire. « I love it when you put your hand there » dit une Diana amoureuse à son amant (Naveen Andrews, de la série Lost) après leurs ébats, telle une jouvencelle qui vient de découvrir l’amour… « So, hearts cannot actually be broken ? » demande-t-elle à son amant chirurgien vasculaire après l’avoir observé à l’œuvre dans la salle d’opération… Ce à quoi il lui répond que « you don’t perform the operation, the operation performs you. »… ce qui ne veut strictement rien dire mais qui laisse le public, hésitant entre un éclat de rire salvateur et un haussement de sourcils, complètement bouche bée… Difficile de rester de marbre face à ces dialogues qui transforment cette histoire d’amour illicite et méconnue du grand public en un salmigondis de scènes risibles où Diana et le Docteur Khan s’apparentent à deux adolescents idiots qui jouent à touche-pipi… Le film se concentre donc sur cette relation secrète avec cet homme qui semble ne s’exprimer qu’en platitudes comme lorsqu’il déclare à Diana « If I marry you, I have to marry the whole world ! »… Et ce n’est pas fini : Diana, bien décidée à cuisiner pour son beau docteur demande à une amie si les pâtes en forme de spirale sont plus difficiles à cuire que les pâtes ordinaires… Une scène sans aucun doute destinée à humaniser la princesse, à la rendre plus proche du peuple… Ce qui donne là une idée terrifiante de ce que le scénariste doit penser du peuple !

 

Le ridicule tue encore lors des scènes où la Princesse, pour passer incognito, s’affuble d’une longue perruque noire et s’en va calmer ses nerfs, pieds-nus dans les rues de Londres en pleine nuit ou se déchaînant sur le dance-floor d’une boite de nuit. Un épisode encore plus bizarre, au ton curieux, fait de la Princesse une véritable furie schizophrène, lorsqu’elle pénètre impulsivement par effraction dans l’appartement de l’amant qui vient de la quitter et calme ses nerfs en faisant le ménage. « Yes, I’ve been a mad bitch » déclare-t-elle à Khan, surpris, lorsqu’il rentre à la maison… La mad bitch complote ensuite avec des paparazzis qui prennent des clichés d’elle en vacances avec Dodi Fayed, dans le seul but de rendre son ex-amant jaloux… Glenn Close dans Fatal Attraction n’aurait pas osé… Peut-être que ces évènements improbables sont réellement arrivés à Diana… Le problème, c’est qu’ils ne sont pas crédibles dans le cadre d’un film de cinéma et qu’ils confèrent au long métrage des lamentables allures de téléfilm du dimanche du style des biographies racoleuses, kitsch et destinées à nos grands-mères de Karen Carpenter, Jayne Mansfield ou Jackie Kennedy. On en vient à se poser la question de la réaction du vrai Dr. Khan, un homme privé, dont ce film doit constituer le pire cauchemar…

 

Naomi Watts a beaucoup travaillé pour retrouver l’élocution de la Princesse, notamment lors de la fameuse interview dans l’émission Panorama où l’actrice réplique les mimiques, hésitations et le moindre battement de cil de Diana à la perfection. Mais les situations ridicules dans lesquelles le « personnage » se retrouve ne rendent jamais justice à ces louables efforts. A plusieurs reprises, on sent l’actrice mal à l’aise. Tout au long du film, on a trop souvent la désagréable impression que personne ne savait vraiment que faire de Diana… Il est d’autant plus incompréhensible de constater ce ratage interstellaire puisque le réalisateur allemand Oliver Hirschbiegel était l’auteur de deux authentiques chefs d’œuvre : le célèbre Der Untergang (La Chute - 2004), sur les derniers jours d’Hitler dans son bunker et le méconnu Five Minutes of Heaven (2009), un drame exceptionnel avec Liam Neeson et James Nesbitt sur les conséquences des attentats de l’IRA…

 

Diana a vécu une vie tragique digne d’un grand opéra. Diana, le film transforme celle-ci en un risible SOAP opera de mauvais goût. Les paparazzi avaient provoqué sa mort… Oliver Hirschbiegel l’a définitivement enterrée.

 

Grégory Cavinato

 

 

Runner ups : The Smurfs 2, Movie 43, Grown Ups 2, Jobs, Hansel & Gretel : Witch Hunters, The Host, The Big Wedding, 47 Ronin, The Incredible Burt Wonderstone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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