BIFFF 2018… The Scythian (Rage)

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(SKIF)

(RAGE)

 

2018, de Rustam Mosafir – Russie

Scénario : Vadim Golovanov et Rustam Mosafir

Avec Aleksey Faddeev, Alexander Kuznetsov, Yuriy Tsurilo, Izmaylova Vasilisa, Vitaly Kravchenko

Directeur de la photographie : Dzmitry Karnachyk

Musique : ?

 

 

 

 

 

 

 

 

De bruit et de fureur

 

Eurasie centrale, aux environs du XIème siècle. Depuis des centaines d’années, les mythiques guerriers Scythes sont en voie d’extinction et leurs rares descendants se sont sédentarisés. Au cours des siècles, ces nomades ont bataillé, selon des alliances souvent éphémères, contre ou aux côtés des peuples des steppes allant de l’Ukraine à l’Altaï. Seul un petit groupe de leurs descendants subsiste en respectant leurs anciennes coutumes. Païens, barbares comme il se doit, redoutables bretteurs et chevaliers, ils subsistent en tant que mercenaires, proposant leurs services aux plus offrants. Au cours d’un raid destiné à tuer un roi slave, ils enlèvent la femme et le nouveau-né du soldat Lutobor, lui-même un lointain descendant des scythes. Parfait bouc-émissaire, Lutobor est soupçonné d’espionnage, de tentative d’assassinat et de haute trahison. Côté cour, la conspiration fonctionne au poil : le roi meurt et Lutobor se retrouve dans les geôles. Côté jardin, par contre, on se la joue finaude : le roi ressuscite en petit comité et Lutobor, en qui le roi place toute sa confiance, obtient quelques jours de vacances à l’air libre afin de découvrir qui se cache derrière le complot. Lutobor se lance donc à la poursuite de ses assaillants, guidé dans sa quête par le dangereux Kounitsa, un scythe méchamment tatoué, sacrifié par les siens durant l’assaut. Les deux ennemis, perdus au sein de contrées redoutables et entourés de traîtres, vont devoir faire équipe et, en chemin, seront la proie de différentes tribus hostiles et de sorciers surgis des âges obscurs. Les cadavres vont s’amonceler sur les steppes sauvages. Le corps martyrisé par différents combats, Lutobor n’a pas d’autre choix que de se transformer en bête sauvage. C’est non seulement sa famille qu’il va devoir sauver, mais également sa propre humanité, menacée par ses instincts primaires. A-t-il dépassé le point de rupture ?

 

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Superbe film d’action épique et brutal en forme de voyage initiatique, The Scythian se construit comme un fourre-tout pharamineux, son réalisateur piochant à gauche et à droite diverses influences cinématographiques et historiques pour mieux les mélanger, évinçant la perspective encyclopédique au profit de l’utopie, diversifiant les peuplades et leurs coutumes pour insuffler à ce périple mortel une pincée d’exotisme. Les différentes cultures vues à l’écran ont fait l’objet de recherches très approfondies. Que ce soit au niveau des religions, des dialectes, des costumes, des décorations, des styles de combat, tout le film est ancré dans un réalisme historique avéré. Rustam Mosafir semble vouloir nous dire qu’une civilisation en chasse une autre et ainsi de suite, l’aspect universitaire (instructif au demeurant) ne servant que de charpente à une fantaisie barbare follement divertissante qui fait fi de toute chronologie historique. Synthèse sur deux heures de plusieurs siècles de combats, The Scythian revendique fièrement ses anachronismes et n’est pas situé dans un siècle précis. C’est sur une bande-son folklorique et un environnement visuel et sonore d’une puissance indéniable que ces civilisations perdues se font exterminer les unes après les autres dans des bains de sang. Les scènes de combats, dans la boue et dans les tripes, sont filmées caméra à l’épaule pour mieux faire ressentir l’urgence de la situation, la frustration, la rage et la bestialité croissantes du héros.

 

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En prenant pour sujet un peuple mythique toujours méconnu, dispersé géographiquement et sur lequel plane encore beaucoup de mystère, Mosafir (dont c’est le second long métrage) nous offre une généreuse et surprenante mosaïque punk, un fantasme visuel où imagination et réalisme font bon ménage. Le réalisateur fait la synthèse de ses recherches historiques et artistiques et rend un hommage appuyé (mais néanmoins très personnel) à tout un pan de l’Heroic Fantasy ainsi qu’à ses aînés, auteurs (Robert E. Howard), illustrateurs (Frank Frazetta), peintres (Brueghel en tête, pour la vitalité émanant de ses toiles, mais également Jérome Bosch et Egon Schiele) et évidemment, cinéastes. Mosafir cite pour principales influences le cinéma de George Miller (Mad Max et ses suites), Nicholas Winding Refn (Valhalla Rising), John McTiernan (l’ambiance du méconnu Treizième Guerrier, avec ses guerriers ayant conservé un solide code d’honneur, n’est jamais très loin), mais également (en vrac) Akira Kurosawa, Werner Herzog (Fitzcarraldo), Andrei Tarkovski (Andreï Roublev), John Milius (Conan le Barbare) et Mel Gibson (Apocalypto). Son film n’a pas à rougir de ces prestigieuses influences et autres emprunts. Nous apprécierons en particulier LA séquence choc du métrage, hommage revendiqué au troisième épisode de Mad Max, Beyond Thunderdome. Lutobor et Kounitsa sont fait prisonniers par un peuple préhistorique primitif d’hommes-oiseaux nécrophages qui les jette en pâture à un monstrueux colosse capable d’acquérir une force surhumaine lorsqu’il rentre en transe, et qu’ils vont devoir affronter dans une minuscule arène jonchée de squelettes. Mémorable et d’une violence inouïe, cette séquence déjà culte fera date !

 

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Si les historiens crieront à la trahison, ils pourront néanmoins apprécier la justesse de la reconstruction. Les cinéphiles, eux, crieront aussi. Mais de joie ! Marquant la naissance d’un genre, l’ « ostern » (équivalent soviétique du western) qui, jusqu’à très récemment, n’existait pas en Russie, The Scythian oscille donc entre western (héros hors-la-loi, chasse à l’homme, poursuites équestres, frontières sauvages, méchants assimilés à des indiens, rituels sacrés) et chambara (Lutobor, inféodé à son châtelain, puis isolé, s’apparente à un samouraï), tout en maniant brillamment les codes du film d’action moderne, avec ce que cela implique de violence, d’excès gore, de suspense, de sueur et de montée de testostérone. La plupart des combats (à mains nues, au couteau), magnifiquement chorégraphiés, sont filmés en élégants plans-séquences ajoutant à l’authenticité de l’ensemble. On pourra regretter des rôles féminins sacrifiés et caricaturaux (les femmes sont là pour servir d’épouses, d’esclaves ou de simple MacGuffin mais surtout pas pour parler ou participer à l’action), mais The Scythian, entièrement tourné en extérieurs dans des paysages fascinants, n’en reste pas moins une réussite totale, une Odyssée sombre, féroce et fantasmagorique comme on n’en voit que trop peu.

 

Grégory Cavinato

Remerciements à Jonathan Lenaerts et à toute l’équipe du festival.

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