BIFFF 2017… Safe Neighborhood

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2016, de Chris Peckover  – AUSTRALIE

Scénario : Zack Kahn et Chris Peckover

Avec Olivia DeJonge, Levi Miller, Dacre Montgomery, Virginia Madsen, Patrick Warburton, et Ed Oxenbould

Directeur de la photographie : Carl Robertson

Musique : Brian Cachia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Sapin a les Boules

 

Noël et les films d’horreur ont toujours fait bon ménage au grand écran, particulièrement dans les petites bourgades provinciales américaines où les fêtes de fin d’années sont souvent l’occasion d’un déchaînement de violence. Pères Noëls psychopathes (Silent Night, Deadly Night, 36-15 Code Père Noël, Saint, Rare Exports), cinglés fraîchement échappés de l’asile pour venir farcir la dinde (Black Christmas et son remake), créatures maléfiques en pagaille (Gremlins, Krampus), Chevy Chase qui pète un câble (National Lampoon’s Christmas Vacation)… cette fête religieuse ayant donné naissance à mille téléfilms familiaux dégoulinant de bon sentiments est régulièrement malmenée par un genre subversif en diable, l’horreur, qui fait office de poil à gratter pour en offrir une alternative brutale et jouissive, avec la promesse pour les victimes d’un autre genre de sapin…

 

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Pour son deuxième long métrage, après le très peu remarquable Undocumented (2010), énième found footage qui abordait sur le ton de l’humour le sujet de l’immigration clandestine, l’australien Chris Peckover reprend à son compte la formule du Noël sanglant et signe un scénario particulièrement malin, jouant avec une très grande dose d’humour (noir) des clichés des slashers à la Scream. Pour ses efforts, le réalisateur a remporté le Corbeau d’Or de la 35ème édition du BIFFF, récompense suprême bien méritée qui, on l’espère, permettra à ce petit film discret mais réjouissant, une des plus sympathiques surprises de l’année, de connaître une carrière dépassant le simple statut de « direct-to-dvd » auquel il était destiné.

 

Luke (Levi Miller), 12 ans, un garnement avec les hormones en ébullition, est en joie : il va passer le réveillon de Noël seul avec Ashley (Olivia De Jonge), sa babysitter canon, pendant que ses parents (Patrick Warburton et Virginia Madsen) vont passer la soirée chez des amis. La belle Ashley est une grande d’au moins 16 ans qui a l’art de lui beurrer les cookies avec un doigté qui lui remue quelque peu le tirelipimpon. Mais l’objet de ses rêves doit bientôt partir pour la fac et Luke sait qu’il tient sa dernière chance de lui déclarer sa flamme. C’est ce soir ou jamais ! Il a donc prévu de sortir le grand jeu : musique romantique, dîner aux chandelles, apéricubes, bouteille de champomy et surtout… des chips ! Malheureusement pour le pré-ado qui adore quand un plan se déroule sans accro, rien ne va se dérouler comme il l’avait imaginé ! C’est ce soir-là qu’Ashley arrive totalement bouleversée par des problèmes de boyfriends et surtout, que des cambrioleurs particulièrement vicelards, animés de TRES mauvaises intentions décident de leur rendre visite. Complètement isolés, Luke et Ashley vont devoir reporter leur soirée au coin du feu et tenter de se remémorer les pièges inventés par Macauley Culkin dans Maman j’ai raté l’avion afin d’assurer leur survie! Oui, des boites de peintures seront balancées violemment sur les crânes des intrus. Non, le résultat ne sera pas le même que dans le film de Chris Columbus…

 

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Rencontre improbable mais hautement réjouissante entre les aventures burlesques du petit Macauley, de Scream (le coup de téléphone obligatoire) et du Funny Games de Michael Haneke (pour la torture, physique et psychologique infligée à une héroïne complètement dépassée par la situation), Safe Neighborhood réussit à instiller une joyeuse ambiance très années 80 et met, comme souvent dans ce genre de films, une gentille héroïne face à un terrifiant psychopathe plein de ressources et beaucoup plus futé qu’il n’en a l’air. L’identité de ce dernier ne nous sera dévoilée qu’en cours de route, le scénario de Chris Peckover réservant une savoureuse révélation à mi-parcours qui transforme de manière astucieuse ce thriller haletant en comédie extrême et incontrôlable. Impossible d’en révéler davantage sans dévoiler la surprise, disons juste que Safe Neighborhood est tout sauf un home invasion classique ! Comme dans le récent Get Out, de Jordan Peele, le réalisateur s’amuse comme un petit fou à bouleverser les clichés et la nature de la menace n’est pas celle que l’on croyait.

 

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Le premier acte joue avec les codes du genre d’une manière on ne peut plus classique et fait monter le suspense crescendo : Ashley se dispute au téléphone avec un petit copain du genre collant, une pizza arrive sans que personne ne l’ait commandée et Luke entame une bouteille de champagne afin de se donner du courage pour embrasser sa belle. Les choses dégénèrent méchamment lors d’un deuxième acte mettant en scène un méchant d’anthologie, qui transforme le film en une sorte de comédie de mœurs méchante et terriblement drôle, entièrement débarrassée de toute notion de politiquement correct et mettant le doigt sur une problématique, le harcèlement, tristement d’actualité. Le sadisme et l’égocentrisme de l’antagoniste, qui n’hésite pas à frapper, attacher et humilier sexuellement l’héroïne, sont mis en avant lors d’un duel verbal où Ashley et Luke devront redoubler d’intelligence pour vaincre leur adversaire, comme dans une partie d’échecs particulièrement vicieuse. La grande intelligence du script est de permettre aux spectateurs de toujours émettre un doute quant à la véracité de la menace. Il pourrait s’agir d’un énorme canular poussé à l’extrême par un psychopathe farceur ne connaissant pas ses limites ! Se déroulant presque entièrement en huis-clos dans la maison de Luke, l’action est agencée de manière astucieuse et chaque objet ménager (lampe de poche, couteau de cuisine, tondeuse à gazon, pots de peinture) est une arme mortelle en puissance !

 

On reprochera éventuellement à Safe Neighborhood sa mise en scène beaucoup trop classique, à laquelle manque l’audace de son excellent scénario. Encore un peu frileux derrière la caméra, Chris Peckover se contente de plans fixes qui rendent son film un peu plan-plan. Rien de bien grave cependant puisque l’on s’amuse énormément et que l’on s’attache instantanément aux personnages, incarnés par un trio d’excellents jeunes acteurs. Olivia DeJonge (vue dans The Visit, de M. Night Shyamalan) est excellente en babysitter sexy, objet des fantasmes du jeune héros, dans un rôle qu’auraient tenu Ally Sheedy ou Phoebe Cates dans les années 80. Ed Oxenbould (également vu dans The Visit) est le parfait « comic relief » du film, un gamin naïf et un peu idiot qui vient contrecarrer les plans romantiques de son meilleur ami et reste coincé dans la maison lorsque les ennuis commencent. Mais c’est surtout Levi Miller (Peter Pan dans le récent Pan) qui étonne dans le rôle d’un pré-ado adorable et plein de ressources, enfant modèle berçant de nombreuses frustrations et dont la grande lâcheté contrecarre sa volonté de se montrer plus adulte pour impressionner sa bien-aimée.

 

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En jouant avec ironie de tous les clichés du genre, Chris Peckover prend un malin plaisir à en détourner les codes et multiplie les trouvailles à un rythme soutenu (le film ne dure qu’1h25) qui laisse à peine le temps de reprendre son souffle, la tension et l’humour noir fonctionnant à plein régime. Catalogue de mauvais comportements et futur classique des fêtes de fin d’année dont le twist d’anthologie en surprendra plus d’un, Safe Neighborhood est un petit bijou de comédie horrifique, imprévisible et sadique à souhait, beaucoup plus originale que sa modestie apparente ne le laisse paraître…

 

Grégory Cavinato

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