BIFFF 2017… Happy Hunting

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2016, de Joe Dietsch et Louie Gibson  – USA

Scénario : Joe Dietsch et Louie Gibson 

Avec Martin Dingle Wall, Ken Lally, Kenny Wormald, Connor Williams, Gary Sturm, C.J. Baker, Jeremy Lawson et Sherry Leigh

Directeur de la photographie : Joe Dietsch

Musique : Rhyan D’Errico et Simon H. Jay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Triviale poursuite

 

Enième long-métrage inspiré du classique du survival The Most Dangerous Game (Les Chasses du Comte Zaroff), dont il reprend l’idée d’un groupe d’individus pourchassés en terrain dangereux par des chasseurs armés jusqu’aux dents, Happy Hunting s’annonçait à première vue comme le genre de série B vue et revue (The Naked Prey, The Running Man, Hard Target, Surviving the Game, Apocalypto, etc.) dont nous n’attendions rien de nouveau, d’autant plus qu’il s’agit du premier essai dans la réalisation d’un « fils de star », à savoir celui de Louie Gibson, cinquième des neufs enfants d’un certain Mel…

 

Etant donné que durant cette même édition du BIFFF, Sean Brosnan (fils de Pierce) présentait lui aussi son premier long métrage, My Father Die, un sinistre navet, on ne donnait pas cher de la peau du rejeton Gibson. C’était sans compter sur le fait que le petit Louie est allé à bonne école et a su faire preuve d’un évident respect pour le travail de son aîné, allant jusqu’à s’inspirer ouvertement de certains grands moments de l’illustre carrière de Mel Gibson.

 

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Warren Novak (Martin Dingle Wall) est du genre à tremper ses Chocapic dans le whisky dès potron‐minet. Fin gourmet, il accompagne ses cocktails d’une bonne dose de cocaïne ou de crack. A chaque fois qu’il s’endort, affalé dans un vieux divan de fortune ou dans un caniveau, ce misérable junkie ignore s’il se réveillera. Mais aujourd’hui, Warren a une bonne raison de se piquer la ruche puisqu’il vient d’apprendre qu’il est le père d’une adolescente qui vit au Mexique. L’heureuse nouvelle tombe assez mal car Warren vient de dessouder accidentellement deux dealers de crack qui le menaçaient et se retrouve avec leurs collègues à ses basques. Un pneu crevé plus tard, Warren atterrit à Bedford Flats (population : 135), une bourgade paumée au milieu du désert, à quelques kilomètres de la frontière mexicaine, qui sent bon la vieille Amérique de John Wayne et la nouvelle Amérique de Donald Trump. Peuplée de chrétiens très attachés à leurs traditions, Bedford Flats était à sa grande époque ze place to be pour chasser le bison. Les ruminants ayant disparu, la communauté a dû se trouver un nouveau gibier afin de perpétuer la tradition. En l’occurrence, les pécheurs et rebuts de la société de passage dans la région : alcooliques, drogués, clodos, immigrés, prostituées, zonards ou simplement des passants égarés… Avec sa manie de sucrer les fraises quand il est en manque d’éthanol, Warren a le profil idéal pour jouer à Intervilles dans le désert, en compagnie d’autres âmes damnées. Fait prisonnier, il est forcé à effectuer une désintoxication rapide, mais les effets du sevrage se font sentir : ses mains tremblent et le manque se fait de plus en plus douloureux. Avant même d’avoir le temps de dire « tu t’es vu quand t’as bu ? », le voilà en train de détaler comme un lapin avec une escouade, non pas de vachettes, mais d’assassins à ses trousses. Pour la première fois de sa lamentable existence, Warren doit se poser une ou deux questions. Tient-il vraiment à survivre ? Survivre pour quoi ? Pour retourner à ses seringues ? Pour finir en prison ? L’idée de rencontrer la fille qu’il n’a jamais connue va s’avérer une motivation salvatrice…

 

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Certes, il n’y a rien de particulièrement neuf dans le film du duo Dietsch / Gibson, un « Grindhouse film » à budget réduit dont la structure est celle d’une chasse à l’homme mettant en scène des poivrots face à des rednecks teigneux. Des dizaines de films d’exploitation ont été réalisés sur un sujet similaire sans pour autant révolutionner l’histoire du cinéma. Mais ici, le talent et l’ambition formelle indéniables du duo de jeunes réalisateurs vont faire toute la différence ! Happy Hunting a remporté le prix de la meilleure photo au Screamfest de Los Angeles et ce n’est que justice car chaque plan est imprégné d’une ampleur et d’un sens de la belle image assez rares dans le cadre d’une modeste série B. Ce n’est pas un hasard si le directeur de la photographie, cas assez rare pour le signaler, est également co-réalisateur tant Happy Hunting apparait comme une sorte de formidable bande démo pour le talent pictural du duo! Chaque scène propose des tableaux dans lesquels des personnages minuscules sont paumés dans l’immensité du désert. Avec leur poussière et leurs hors-la-loi conduisant des bolides fumants, écrasés sous le soleil, ces étendues arides rendent directement hommage au cinéma épique de George Miller, particulièrement Mad Max 2 et le récent Mad Max : Fury Road. Mais les images de Happy Hunting évoquent également les grandes heures de tout un pan du cinéma australien des années 70-80. On se remémore au gré des séquences des plans aperçus chez Peter Weir, Russell Mulcahy, voire dans le fameux Wake in Fright, le chef d’œuvre désespéré de Ted Kotcheff. Pas mal pour une simple série B sans le sou !

 

Le manque d’originalité du sujet est donc amplement compensé par la qualité de l’exécution. Happy Hunting se montre toujours inventif, très sarcastique dans son sous­‐texte et se fait un malin plaisir d’éliminer d’emblée toute forme de rédemption pour ses protagonistes. L’idée d’un héros criminel, toxicomane et alcoolique au bord du suicide s’avère une excellente idée car Warren doit se battre, non seulement pour se motiver à rester en vie mais également pour gagner notre sympathie. Nous le voyons donc tenter de changer du tout au tout, faire amende honorable en priant pour que ce ne soit pas trop tard. Paradoxalement, cette nouvelle rage de survivre (d’abord par instinct, ensuite par envie) donnerait presque raison à ses poursuivants qui, en le menaçant de mort, lui rendent goût à la vie.

 

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Le film fonctionne parfaitement en tant que simple film d’action, haletant et d’une grande simplicité. Mais Happy Hunting se révèle diablement original par sa dimension humoristique et satirique dans l’air du temps. Les habitants de Bedford Flats sont des américains pur jus, catholiques et terriblement intolérants (comme l’était Jésus Christ, donc…), qui ne souhaitent qu’une chose : annihiler les pécheurs et chasser de leur territoire les laissés pour compte et les gens « différents » en les poussant vers la frontière mexicaine, seul refuge possible. On aura vite compris à quel nouveau Président des Etats-Unis, Happy Hunting fait ouvertement allusion ! Comme le shérif interprété par Brian Dennehy dans le premier Rambo (First Blood), celui de Bedford Flats est un vieil homme qui fut autrefois « dégoûté de la vie à la grande ville où les sans-abris et les bons à rien trainent en rue » et qui ne voit pas d’un bon œil que des étrangers posent le moindre orteil sur SON territoire. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés… On voit donc à l’œuvre les ravages de la haine de l’autre, du manque d’éducation, du fanatisme religieux et du repli communautaire. Bedford Flats n’a pas su évoluer et les mentalités de sa populace, des ploucs ridicules, ramènent au chaos du Far West d’antan. Ils « accueillant » les démunis pour les libérer du poids de leur souffrance par la mort ! Une mission divine et sacrée que seul un illuminé narcissique, malfaisant et grandiloquent (Trump…), agissant comme un grand enfant gâté avide de pouvoir (Trump…) et incapable de distinguer fantasme et réalité (Trump…) peut mener à bien ! Si possible en ridiculisant et rabaissant ses opposants, en faisant appel à la peur et à la colère, sans utiliser la moindre logique ou le moindre argument rationnel (Trump toujours…)

 

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Le charismatique Martin Dingle Wall excelle dans un rôle extrêmement physique. Mais les réalisateurs ont également eu la bonne idée, pour peupler Bedford Flats, d’employer des non-acteurs, des figurants du coin. Le Shérif informe la petite communauté de l’évolution de la chasse par walkie-talkies – chaque foyer en a un allumé en permanence – et l’un des grands plaisirs du film consiste à observer les réactions impayables de ces non-professionnels, particulièrement celles d’un vieux couple qui reste impassible et souriant alors que leur fils, un bon à rien, vient d’être exécuté…

 

Terriblement divertissant, visuellement sublime, Happy Hunting est mis en scène par deux réalisateurs abreuvés de films de genre, qui ont su retranscrire l’urgence de leur récit grâce à d’époustouflants mouvements de caméra et à un esprit mordant, très politiquement incorrect, à mi-chemin entre Délivrance et The Purge, qui fait du bien par les temps qui courent. Certes, le scénario n’est pas l’élément le plus abouti de cette œuvre parfois bien trop répétitive malgré sa courte durée. Mais nous aurions tort de bouder notre plaisir car nous assistons très certainement à la naissance de deux grands cinéastes.

 

Papa Mel peut être fier du fiston… et ne risque pas de reprendre la bouteille de sitôt !

 

Grégory Cavinato

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