BIFFF 2017… At the End of the Tunnel

at-the-end-of-the-tunnel.61826AT THE END OF THE TUNNEL

(AL FINAL DEL TUNEL)

(AU BOUT DU TUNNEL)

 

2016, de Rodrigo Grande – Argentine / Espagne

Scénario : Rodrigo Grande

Avec Leonardo Sbaraglia, Clara Lago, Pablo Echarri, Federico Luppi, Uma Salduende, Walter Donado, Laura Faienza et Javier Godino

Directeur de la photographie : Félix Monti

Musique : Lucio Godoy et Federico Jusid

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arnaques, crimes et paraplégie

 

De The Italian Job (L’Or se Barre) à Ocean’s Eleven en passant par Du Rififi chez les Hommes, To Catch a Thief (La Main au Collet), Le Cercle Rouge, The Thomas Crown Affair, Inside Man et des dizaines d’autres, le film de casse est  un sous-genre du film policier particulièrement divertissant. Imaginer les ficelles d’un cambriolage réussi, les pièges dans lesquels les voleurs et la police ne manqueront pas de tomber, créer le suspense quant à la réussite (ou l’échec) de l’entreprise (qui ne se déroule évidemment jamais comme prévu) est un véritable plaisir de scénariste. Rebondissements, coups-bas, répétitions foireuses et victimes qui ne soupçonnent rien avant de découvrir leurs coffres vides sont les recettes gagnantes d’un genre particulièrement populaire.

 

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Après sept années de repos, le réalisateur Rodrigo Grande (Cuestion de Principos, Rosarigasinos), dont l’œuvre touchait jusqu’ici exclusivement à la comédie, s’essaie lui aussi à l’exercice et signe une véritable petite pépite de suspense. At the End of the Tunnel est une œuvre roublarde, astucieuse et d’une classe folle, que n’aurait pas reniée un certain Alfred Hitchcock.

 

Devenu paraplégique suite à un accident de la route qui l’a privé de sa femme et de sa fille, cloué dans un fauteuil roulant, Joaquin (Leonardo Sbaraglia), un ingénieur en informatique, vit reclus dans son énorme maison de Buenos Aires, avec pour seuls compagnons son vieux chien et ses dettes. Devenu asocial et misanthrope, Joachim se sent coupable de la mort de sa famille. Il fait néanmoins la connaissance de la jolie Berta, une stripteaseuse à la personnalité encombrante qui insiste pour louer l’étage du dessus, pour elle et sa petite fille muette, Betsy. Ayant besoin d’argent, Joaquin accepte à contrecœur l’irruption soudaine de cette jeune mère de famille dans sa maison. Joaquim passe le plus clair de son temps à travailler dans sa cave. Un jour, il entend des voix derrière le mur, qui reviennent tous les soirs. Curieux des bribes de conversation qu’il a glanées (avec un simple stéthoscope collé sur la paroi), Joaquin bidouille un système d’espionnage maison et fait passer une minuscule caméra par un trou dans le mur. Il découvre qu’un gang de cambrioleurs est en train de creuser un tunnel sous sa cave, dans le but de cambrioler le coffre de la banque d’en face. Son nouveau passe­‐temps le passionne mais il surprend bientôt Berta sur l’écran, en train de roucouler avec le cambrioleur en chef, le sadique Javi (Pablo Echevarri)… Joaquin comprend qu’il n’est que le dindon de la farce et que les avances et la gentillesse de Berta ne sont qu’une supercherie. Cette dernière traine pourtant plusieurs grosses casseroles. Joaquin comprend bientôt que le mutisme de la petite Betty, qui retrouve goût à la vie grâce à son chien, est la conséquence d’abus sexuels dont Berta ignore tout! Devançant tout ce petit monde dont il connaît désormais tous les secrets, Joaquin décide de dérober le magot une fois le cambriolage réussi et de monter les cambrioleurs les uns contre les autres. Seulement voilà, il n’est pas aisé de ramper dans un tunnel étroit lorsque l’on n’a pas de jambes!

 

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Voici un divertissement typique du samedi soir qui ne prétend pas réinventer un genre mais qui en explore toutes les facettes avec classe, élégance et la maîtrise indéniable d’un suspense redoutable. Influencé autant par un chef d’œuvre du film noir comme Du Rififi chez les Hommes que par The Great Escape de John Sturges, The Ladykillers (version Ealing ou version Frères Coen) et par toute la filmographie d’Alfred Hitchcock (le « voyeurisme auditif » du héros fait évidemment écho à Fenêtre sur Cour), le scénario classique mais plein de surprises propose une savante montée de la tension avant un final malin. Multipliant les incidents techniques dans l’évolution du tunnel, mais également les obstacles dans la lente évolution sentimentale entre Joaquin et Berta (elle est forcée de lui mentir, il le sait et lui ment à son tour, avant d’être obligé de la droguer pour l’empêcher de jouer son rôle…), Grande ajoute une bonne dose de romantisme et d’érotisme au récit, réveillant peu à peu l’héroïsme d’un héros qui se retrouve malgré lui responsable d’une nouvelle famille de substitution.

 

Le réalisateur et son directeur artistique Mariel Ripodas font preuve d’une belle attention au détail, notamment dans la géographie de la maison gigantesque (où se déroule une grande partie de l’action), ainsi que dans le tunnel, dont le moindre recoin s’avère dangereux. Comme Joaquin, le spectateur se retrouve souvent dans une position d’impuissance totale. On le constate lorsque le paraplégique se retrouve coincé dans un sombre recoin du tunnel, à quelques mètres de trois malfrats qui ne l’ont pas vu, sans la moindre possibilité de se cacher. Le handicap de Joaquin est la source de nombreuses scènes haletantes, le héros ayant souvent l’art de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, obligé de s’en sortir avec la seule force de ses bras, se hissant hors du tunnel avec une lenteur qui affecte autant nos nerfs que le derrière de ses pantalons. Les biceps de Sbaraglia en prennent un sacré coup lors d’une performance très physique, l’acteur communiquant presque uniquement avec ses muscles afin de compenser le côté taciturne et taiseux de son personnage. Tout l’inverse de Clara Lago dont le personnage ne la ferme jamais, un trait de caractère trahissant sa nervosité à l’idée de faire le mal et de trahir cet homme auquel elle s’attache petit à petit.

 

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On pourra regretter certains choix malheureux de la part d’un réalisateur plus habitué au registre de la comédie. Ainsi, une séquence de striptease sur le toit de l’immeuble lors d’un orage s’avère complètement ridicule et hors sujet, invitant momentanément le comique involontaire dans un film très sérieux, notamment par l’utilisation d’éclairs qui ponctuent les mouvements de Berta. Un choix esthétique étonnant dans un film qui ne commet pourtant pratiquement aucun faux pas. Un montage audacieux tire le meilleur parti d’actions simultanées, à l’étage, au premier étage et au sous-sol. Visuellement, Rodrigo Grande opte pour une abondance de zones d’ombres et pour une esthétique décrépie qui ne dépareillerait pas dans les meilleurs films noirs américains de la grande époque…

 

Multipliant les références cinématographiques subtiles (le nom du méchant se réfère au Faucon Maltais et ce dernier se déplace avec une cane montrant un grand faucon noir), At the End of the Tunnel est un « petit » divertissement dont les ambitions modestes sont transcendées par une exécution (presque) parfaite. Voilà un film qui n’a pas volé son hold-up au box-office argentin !

 

Grégory Cavinato

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