BIFFF 2016… Summer Camp

summer-camp-posterSUMMER CAMP

 

2015, de Alberto Marini – ESPAGNE

Scénario : Alberto Marini & Danielle Schleif

Avec Jocelin Donahue, Maiara Walsh, Diego Boneta, Andrés Velencoso et Alex Monner

Directeur de la photographie : ?

Musique : Arnau Bataller

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Jolies Colonies de Vacances

 

J’vous écris une petite bafouille

Pour pas qu’vous vous fassiez d’mouron

Ici on est aux p’tits oignons

Je perds toutes mes dents mais j’me débrouille

J’ai une frousse bleue de la monitrice

Nos surveillants sont très méchants

Ils se transforment en vilains mutants

Et saignent par tous les orifices…

 

 

Ah, les films de camps d’été ! Vieux cliché du slasher et du cinéma fantastique en général, ce lieu de farniente bien spécifique aura connu son nombre de meurtres en tous genres, la plupart perpétrés un vendredi 13 par ce vieux Jason Voorhees, un grand enfant mal-aimé portant un masque de hockey, qui ne s’amuse que lorsqu’il trucide de l’adolescent dévergondé avec sa grosse machette !

 

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Pas de tueur en série dans Summer Camp mais une menace invisible qui contamine petit à petit cinq jeunes moniteurs d’un camp d’été (quatre américains, un espagnol), qui, avant l’arrivée des enfants sur le site, en profitent pour faire connaissance avec les lieux : une immense maison perdue dans une forêt touffue, dans un coin perdu de l’Espagne profonde, une destination lointaine mais à priori idyllique. L’été s’annonce bien et tout irait pour le mieux si, sans prévenir, l’un d’entre eux ne contractait subitement une forme super-accélérée et totalement inexpliquée de la rage, qui le pousse de manière irrépressible, dans un état second proche de l’humeur irascible des zombies traditionnels, à tenter d’arracher la gorge d’un de ses collègues avec ses dents ! Sa condition semble, dans un premier temps, contagieuse. Mais nos amis, au-delà de leurs cris de terreur et de leurs tentatives de survie désespérées, comprennent vite qu’ils sont tous infectés ! Comment ? Par quoi ? Par qui ? Ça se soigne, Docteur ?… Ce sont là les grands mystères de Summer Camp, qui ne seront résolus, brillamment, que lors des dix dernières minutes du film, avec un gag tellement énorme et malin qu’il risque bien d’être copié de plus belle dans les années à venir ! Les jeunes gens se retrouvent bientôt coincés sans remède, sans véhicule, sans hôpital aux alentours et sans moyen de contacter l’extérieur.

 

Les films d’infectés, sous-genre d’un autre sous-genre (le film de zombies) s’avère de plus en plus populaire depuis le succès en 2002 de 28 Days Later (de Danny Boyle) et d’autres réussites telles que [REC] (2007, véritable référence du genre), Mutants (2009, de David Morley) et Carriers (Infectés, 2009, des frères Pastor.) L’originalité de l’infection dans Summer Camp, c’est qu’elle n’est que momentanée. Les infectés (crachant du sang, les yeux noircis par la rage et dotés d’une force herculéenne) ne le sont que durant quelques heures, agissant comme des zombies affamés de chair humaine, avant de s’écrouler, épuisés, et de revenir à leur état normal, ayant tout oublié de leurs méfaits… avant de rechuter à nouveau quelques heures plus tard ! La maladie s’estompe subitement et le patient enragé retrouve ses esprits, mais découvre à son tour que ceux qu’il pourchassait quelques minutes auparavant, se métamorphosent eux aussi en l’espace d’un instant ! Au suivant !…

 

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Ce procédé de la contagion éphémère permet au réalisateur d’induire constamment le spectateur et les protagonistes du film en erreur et de faire fi des conventions en projetant ses cinq héros (ou du moins ceux qui survivent) dans un jeu du chat et de la souris particulièrement brutal et tendu. Bien entendu, dès qu’ils se rendent comptent du caractère éphémère de la maladie, ils hésitent forcément à tuer les « monstres » enragés qui les pourchassent, sachant très bien que ceux-ci, leurs amis, redeviendront « normaux » dans très peu de temps ! Un constat qui, moralement, rend toute tentative de défense pratiquement impossible ! Le procédé s’avère particulièrement bien vu pour maintenir une tension constante, mais également pour cultiver savamment le trouble et l’ambiguïté, puisque nos héros ne peuvent faire confiance à personne, eux-mêmes compris. En filigrane, la notion de confiance devient le thème principal du film. Les clans se forment pour mieux se défaire quelques heures plus tard, chacun essayant à tour de rôle d’étriper ses amis avant de guérir, de s’excuser et d’assister à une énième inversion des rôles… Au final, le procédé permet de révéler la vraie nature de chacun d’entre eux. Qui sera le plus lâche ? Qui restera héroïque ? Qui sacrifiera ses amis pour sauver sa propre peau ?… Le dénouement, cruel et inattendu, en dit long sur la nature des personnages principaux, qui ne sont pas toujours aussi braves ou aussi lâches que l’on croit.

 

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Après avoir officié en tant que producteur sur la tétralogie [REC], co-réalisée par Jaume Balaguero et Paco Plaza, Alberto Marini (un italien qui ne tourne qu’en Espagne !) revient derrière la caméra après deux lointains essais dans le court-métrage (Que sera sera, en 1995 et Scomparsa, en 1998) et réalise son premier long, produit, juste retour des choses, par Balaguero. Ne prenant à priori pas trop de risques, le réalisateur nous sert une énième variation sur le thème des infectés, sujet archi-rebattu depuis une quinzaine d’années dans le cinéma d’horreur. Alors, pourquoi nous sommes-nous tant amusés à ce Summer Camp, l’une des meilleures surprises de l’édition 2016 du BIFFF ? Principalement par la qualité d’un scénario rempli de bonnes surprises et par l’efficacité du suspense, Marini ayant, semble-t-il, été à bonne école et appris bien des choses sur les plateaux des films de ses collègues. Faire peur est un art qui s’apprend et, par sa collaboration avec Balaguero, Marini a pu étudier les méthodes d’un des plus grands « Masters of Horror » moderne, combinant pour sa première œuvre la férocité et la violence très crues de [REC] et un sens de l’humour assez sophistiqué.

 

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Le premier acte, classique, se préoccupe de l’exposition nécessaire et des présentations avec des personnages très archétypaux. Dans un premier temps, Summer Camp suit fidèlement les conventions : des bouseux mettent en garde les héros d’un possible danger et les petits jeux sexuels entre les garçons et les filles s’installent. Une alarme résonne dans la tête du fantasticophile qui redoute de se retrouver face au même film qu’il a déjà vu 150 fois auparavant. Bien entendu, il n’en sera rien puisque toutes les conventions du genre seront habilement détournées ! Il est pourtant évident dès la scène d’ouverture que Marini nous mène en bateau : une jeune femme aux yeux bandés court dans les bois pour échapper à une menace invisible, devant éviter toute une série d’obstacles dangereux pour survivre. Nous nous rendons vite compte qu’il ne s’agit là que d’un inoffensif exercice de survie et de confiance en soi auquel s’entraînent les jeunes moniteurs ! Si l’influence de [REC] est évidente, notamment dans le style et dans la forme (les infectés s’avèrent aussi effrayants que ceux du célèbre found footage de l’ami Balaguero), Summer Camp s’avère bien plus original que ce que laisse entendre son titre (d’une banalité confondante) et que ce que nous fait croire le réalisateur lors du premier acte, pour mieux nous manipuler par la suite. Le long métrage d’Alberto Marini ne va pratiquement jamais là où on l’attend!

 

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A commencer par les personnages, clichés ambulants incarnés néanmoins par de jeunes acteurs excellents,surtout quand ces derniers sont des actrices : Jocelin Donahue dans le rôle de l’américaine agaçante qui se plaint sans cesse de son séjour à l’étranger (elle n’a peut-être pas tort…) et Maiara Walsh, la jeune femme positive qui tente toujours de faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’est cette dernière qui s’avère la plus crédible en infectée, se donnant à 100% à la manière d’Isabelle Adjani dans le Possession d’Andrzej Zulawski, se démenant comme une belle diablesse dans la peau malade d’un être qui n’a pratiquement plus rien d’humain et qui contorsionne les muscles de son corps et de son visage… avant de redevenir une douce et adorable jeune femme.

 

Deux scènes d’action et de suspense particulièrement intenses resteront gravées dans les mémoires : la transformation subite d’un des protagonistes au volant de sa camionnette, mettant sa passagère en grand danger, et le calvaire subi par un autre personnage, enfermé dans un poulailler avec une complice elle aussi en train de changer. Sa seule chance de s’extirper de l’enclos et d’échapper à une mort certaine est une minuscule fenêtre destinée aux poules… Pour son premier film, Alberto Marini s’avère particulièrement adroit dans l’art difficile de jouer avec nos nerfs ! Mais les amateurs de gore ne seront pas en reste puisqu’ils assisteront à un véritable carnage, lors de différentes confrontations à mains nues incluant divers outils de jardinerie et ustensiles de cuisine, seules armes impromptues à disposition des combattants !

 

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BIFFF 2016Au beau milieu d’une véritable épidémie de suites, de remakes et de reboots de films d’horreur qui finissent tous par se mordre la queue, Summer Camp arrive à point nommé pour nous rappeler que l’originalité est toujours permise ! En jouant avec beaucoup d’intelligence et d’humour sur les conventions du genre (un peu comme le faisait Drew Goddard avec The Cabin in the Woods en 2012) le réalisateur nous propose un film qui, si il y a une justice, devrait devenir un petit classique, à l’instar de [REC] en 2007. En bonus, le scénario de Summer Camp bénéficie d’un sens de l’humour noir diabolique ! Exercice casse-gueule, le réalisateur et sa co-scénariste Danielle Schleif arrivent pourtant admirablement à insérer une poignée de traits d’humour absolument hilarants au beau milieu du carnage, sans pour autant faire retomber la tension ! Summer Camp est donc un de ces rares films de zombies ou d’infectés qui apportent quelque chose d’unique et de frais à un genre en pleine décomposition artistique ! Voilà donc un virus terriblement contagieux que l’on souhaite aux jeunes cinéastes spécialisés dans l’horreur d’attraper séance tenante !

 

Tous les ans, je voudrais que ça recommence
You kaïdi aïdi aïda !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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