BIFFF 2016… Howl

fid15218HOWL

 

2015, de Paul Hyett – UK

Scénario : Mark Huckerby et Nick Ostler

Avec Ed Speleers, Holly Weston, Shauna MacDonald, Elliot Cowan, Sam Gittins, Sean Pertwee et Rosie Day

Directeur de la photographie : Adam Biddle

Musique : Paul E. Francis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prudence avec les loups!

 

Un soir, un train… de la banlieue londonienne est stoppé net à la tombée de la nuit lorsqu’il percute un cerf sur la voie. Lorsque le chauffeur sort du véhicule afin de dégager la carcasse fumante, il est attaqué, tué et réduit en charpie par la mystérieuse créature qui poursuivait l’animal : un dangereux humanoïde proche du loup-garou. Barricadés dans le train à l’arrêt, sans le moindre moyen de prévenir l’extérieur, une dizaine de survivants, sous la supervision du contrôleur, Joe (Ed Speleers), doivent trouver un moyen de survivre à cette nuit de pleine lune qui s’annonce violente, d’autant plus que les hurlements du monstre et du reste de sa famille ne rassurent personne. Pas plus que cette vieille dame fiévreuse et délirante qui a été mordue à la jambe et qui risque de se métamorphoser d’une minute à l’autre… A l’intérieur du train, le débat fait rage, entre ceux qui préfèrent se barricader en attendant les secours et ceux qui optent pour une tentative de fuite risquée à travers les bois. C’est à Joe, jeune homme timide et manquant cruellement de confiance en lui, qu’incombe la responsabilité d’éviter à son troupeau apeuré de se faire dévorer tout cru.

 

howl

 

Nous pouvons bien l’avouer aujourd’hui, nous avions détesté The Seasoning House (2012), premier film de l’anglais Paul Hyett, dans lequel, durant le conflit des Balkans, des jeunes filles arrachées à leurs familles, étaient séquestrées, droguées et livrées sexuellement à des criminels de guerre. Redéfinissant à lui-seul le terme « exploitation film », The Seasoning House, sorte de Hostel sans second degré, se complaisait dans le sordide et s’avérait bien trop brutal et réaliste pour plaire. Maladroitement, Hyett se saisissait d’un sujet brûlant (le commerce sexuel) de manière opportuniste afin de créer un suspense… inexistant ! Une occasion ratée, sans la moindre qualité rédemptrice, qui, certes, connait pourtant quelques défenseurs.

 

Nous n’attendions donc pas monts et merveilles du deuxième film de Paul Hyett qui, avant de se lancer dans la réalisation, était connu comme un très prolifique maquilleur spécialisé dans les effets horrifiques, comme le prouvent ses travaux sur diverses œuvres (principalement anglaises) comme Lighthouse, Dog Soldiers, The Descent 1 et 2, Wilderness, Doomsday, Heartless, Eden Lake, Harry Brown, Centurion, Ironclad, Attack the Block et The Woman In Black. La bonne surprise que représente Howl, dont le style rappelle l’excellent Creep de Christopher Smith (avec des loups garous maléfiques en lieu et place de son mutant psychopathe) n’en est que plus agréable !

 

Partant d’un postulat mille fois vu ailleurs, Howl a le mérite de ne jamais prétendre révolutionner le film de loup-garou, un genre qui a été revisité à toutes les sauces. Hyett signe néanmoins une petite série B extrêmement nerveuse, courte, carrée, dans laquelle les scènes d’attaques des lycanthropes s’avèrent pour la plupart très réussies et – c’est assez rare pour le signaler – réellement effrayantes !

 

howl-2015

 

Se donnant pour mission de rendre hommage au mémorable The Howling (Hurlements), de Joe Dante, Paul Hyett signe, comme l’avait déjà fait son ami et fréquent collaborateur Neil Marshall en 2002 avec l’excellent Dog Soldiers, une œuvre qui aurait parfaitement fonctionné en tant que suite officielle du film culte de 1981. Rappelons que les droits de la franchise The Howling, pour de sombres histoires de copyright, avait échappé aux mains de Joe Dante et connu pas moins de sept suites officielles, toutes plus lamentables les unes que les autres (mentions spéciales aux épisodes 2 et 7), des séries Z tellement fauchées et éloignées du concept du film original que certaines d’entre elles ne montraient même plus de loups garous ! (Une pensée émue pour l’épisode 3 et de ses « marsupiaux-garous » !)…

 

Avec sa plaisante photographie nocturne et une mythologie passionnante entourant ses monstres, Howl, bien que largement inférieur, s’impose en tant que digne successeur du film de Joe Dante par le design de ses créatures, ses effets sanglants n’hésitant jamais à forcer sur l’hémoglobine et son mélange réussi d’humour (noir) et d’horreur. Ce n’est sans doute pas un hasard si le loup-garou principal, dont beaucoup de journalistes rabat-joies ont néanmoins critiqué le look un peu trop « cheap » à leur goût, ressemble à s’y méprendre au personnage d’Eddie en pleine métamorphose, comme l’incarnait autrefois Robert Picardo dans The Howling. Avouons-le, ces nouveaux loups garous, affamés, avec leurs dents acérées, leurs yeux luisant dans l’obscurité et leurs mains tellement sales qu’on dirait des pieds, capables de décapiter un quidam malchanceux d’un seul coup de leurs grosses papattes velues, nous ont beaucoup plu !  Les bestiaux ont fière allure mais n’ont pas des tronches de porte-bonheurs : leurs faciès déformés laissent deviner des origines humaines et leur confèrent un certain aspect pathétique : ni tout à fait loups, plus tout à fait humains, mais 100% de mauvais poil… Abominables, vicieuses et bien méchantes, à faire passer la mythique Bête du Gévaudan pour un aristochat, les créatures sont réalisées avec du bon vieux latex plutôt qu’en images de synthèse.

 

howl_14

 

Certes, il est tout à fait permis de reprocher à Howl de ne jamais s’affranchir des formules éculées du genre, ainsi que de souligner une caractérisation des personnages particulièrement paresseuse. Le héros du film, Joe, est un jeune contrôleur de train malchanceux, qui déteste son métier et qui vient de se voir refuser une grosse promotion, mais qui est tout de même envoyé in extremis en mission de nuit pour un dernier trajet. Ce sera l’occasion pour lui de montrer (littéralement ?) ce qu’il a dans les tripes… Aucun des autres personnages ne dépasse le statut de cliché, le manque d’originalité de l’écriture se ressentant notamment dans la liste des victimes et l’ordre dans lequel elles disparaissent. Paul Hyett nous sert donc un odieux beauf irascible, lâche et sexiste, une adolescente idiote rivée à son téléphone portable, un gentil couple de vieux, sages et rassurants, un obèse fainéant à la flatulence facile… et enfin, une jeune femme fragile (mais sexy, car elle est incarnée par Shauna MacDonald, l’héroïne de The Descent) qui, dans la dernière bobine, retrouvera du poil de la bête et castagnera du lycanthrope avec une énergie que personne – sauf le spectateur – ne lui soupçonnait ! Leurs actions, allant de l’imprudence à la bêtise, s’avèrent souvent trop illogiques pour que l’on puisse s’identifier à cette triste bande de bras cassés.

 

BIFFF 2016Prévisible, déjà vu, mal écrit, Howl réussit néanmoins à nous faire oublier ses nombreux défauts et à maintenir notre attention, par sa nervosité, sa bonne humeur, ses scènes d’action qui font mal, son gore généreux, ses créatures de toute beauté et son efficace suspense en huis-clos, revendiquant fièrement son statut de série B, modeste, sympathique et terriblement divertissante. Paul Hyett semble avoir retenu les leçons du ratage de son précédent long métrage et nous livre un deuxième film dont l’esprit, réjouissant, à tout pour plaire…

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>