BIFFF 2016… Chronicles of the Ghostly Tribe

Chronicles_of_the_Ghostly_Tribe_posterCHRONICLES OF THE GHOSTLY TRIBE

(九層妖塔)

 

2015, de Chuan Lu – CHINE

Scénario : Chuan Lu, Bobby Roth et Nick Roth

Avec Mark Chao, Jin Chen, Li Feng, Chen Li, Guangjie Li, Yan Tang et Rhydian Vaughan

Directeur de la photographie : Cao Yu

Musique : Jesper Kyd

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Histoires de fantômes chinois

De loin, le public occidental entend souvent parler de ces énormes blockbusters asiatiques qui explosent régulièrement le box-office local, que ce soit en Chine, à Hong Kong, au Japon, en Inde ou en Corée du Sud. Des œuvres commerciales à gros budgets qui, pour la plupart, n’ont absolument plus rien à envier en matière de grand spectacle aux films à gros budgets américains. Il est donc regrettable que ces oeuvres ne voyagent que trop rarement en dehors de leurs pays respectifs. Nous pouvons donc chanter les louanges et remercier les divers grands festivals consacrés au fantastique, rares endroits où ces œuvres sont visibles sur grand écran. Nous n’aurions sans doute jamais entendu parler de Chronicles of the Ghostly Tribe si il n’avait été sélectionné au BIFFF. Ce qui aurait été bien dommage, vu la qualité de la bête…

 

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Cinquième film de Chuan Lu, Chronicles of the Ghostly Tribe, retrouve le parfum de magie et d’excitation des bons vieux blockbusters fantastiques des années 80, notamment ceux estampillés Amblin. Sorti sur le territoire chinois en septembre 2015, ce film très populaire a rencontré un succès phénoménal, malgré la sortie 2 mois plus tard d’un projet concurrent adapté du même roman et mettant en scène les mêmes personnages, The Ghouls, de Wuershan, avec la star Angelababy. Succès aidant, une suite de Chronicles of the Ghostly Tribe vient d’être mise en chantier et devrait sortir en 2017…

 

Une vieille légende chinoise, en guise d’avertissement pour les aventuriers, dit que pour entrer en contact avec l’au-delà, un humain doit allumer une bougie dans un lieu sacré, un temple mystérieux perdu depuis longtemps dans les montagnes. Si un esprit éteint la bougie par son souffle, cela signifie que l’intrusion n’était pas désirée et que les visiteurs doivent quitter la sépulture de toute urgence et la laisser intacte. Il s’agit là d’un code destiné à différencier les archéologues sérieux et les vulgaires pilleurs de tombes, qui ne cherchent qu’à s’enrichir. C’était là le point de départ du roman de fantasy « Ghost Blows Out the Light » (2006), de Tianxia Bachang, un bestseller chinois dont Chronicles of the Ghostly Tribe est une adaptation très libre, préférant inventer ses propres péripéties, reprenant uniquement le thème des fantômes venus d’une dimension inconnue et l’identité de son jeune héros, Hu Bayi, sorte de gentil aventurier à la Indiana Jones en quête de richesses, ici réinventé en soldat romantique et patriote. Le roman, d’abord publié en ligne, connut plus de 6 millions de lecteurs. Lorsqu’il fut édité en livre, il dut être réécrit pour supprimer les références au surnaturel, alors encore interdites par l’état… ce qui n’empêcha pas le livre d’être un carton en librairie !

 

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En 1979, dans les montagnes neigeuses de Tangula, non loin de la frontière mongole, le gouvernement chinois a dépêché ses troupes et une équipe d’archéologues afin de déterrer et examiner des fossiles géants, impressionnants squelettes d’animaux inconnus au bataillon, de la taille de dinosaures. Une explosion accidentelle à la dynamite ouvre une brèche dans la montagne. Une équipe de volontaires se risque dans ce passage mystérieux vers le centre de la terre, traversant au cours de leur périple des contrées où la main de l’homme n’a sans doute jamais mis le pied. Le groupe d’explorateurs découvre des paysages de glaciers magnifiques mais se retrouve bientôt confronté à une faune particulièrement dangereuse, notamment des chauves-souris crachant du feu, qui les attaquent. Une grande partie de l’expédition est décimée. Les quelques survivants sont surpris par une avalanche. Parmi eux, le jeune soldat Hu Bayi (la charismatique Mark Chao), l’énigmatique Professeur Yang (Wang Qingxiang), scientifique un peu fou et aux motivations louches, spécialisé dans le paranormal et enfin, la fille de ce dernier, Yang Ping (la belle Yao Chen), dont Hu Bayi est amoureux. Ils se retrouvent dans un temple ancestral, sorte d’autel destiné à communiquer avec une autre dimension et réveillent des entités spectrales de mauvais poil qui auraient bien mieux fait de rester dans l’au-delà ! Avant que le portail ne soit refermé, par le sacrifice du meilleur ami de Hu Bayi, bon nombre d’esprits ont eu le temps de pénétrer sur notre planète. Seul survivant, Hu Bayi (le charismatique Mark Chao) abandonne l’idée d’explorer les lieux en profondeur et rentre au bercail, ayant perdu ses compagnons et sa bien-aimée dans les profondeurs, disparue devant ses yeux, avalée par un gigantesque monstre marin…

 

Quelques années plus tard, le Professeur Chen Dong (Rhydian Vaughan), à la recherche des esprits débarqués sur notre planète, entre en contact avec Hu Bayi afin de lui annoncer sa découverte : Yang Ping, bien vivante, a été retrouvée, amnésique. La jeune femme, frappée d’une terrible malédiction mais dont les intentions sont floues, a totalement changé de personnalité et est désormais dotée d’une force herculéenne… Une nouvelle expédition est envoyée au fin fond du désert afin de livrer un combat dangereux pour la survie de l’Humanité, sous la supervision de Yang Ping (qui se fait désormais appeler Shirley, sans pour autant s’en plaindre comme l’aurait fait Leslie Nielsen…) et mène toute l’expédition à la baguette. Dans le doute, envoyez l’amnésique…

 

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Impossible de ne pas énumérer les références évidentes de ce Chronicles of the Ghostly Tribe particulièrement généreux : le sens de l’exploration dans des contrées souterraines que l’on trouvait dans les romans de Jules Verne (« Voyage au Centre de la Terre »), de Conan Doyle (« Le Monde Perdu ») ou dans les bandes dessinées de Hergé (on pense beaucoup à « Tintin au Tibet »), des monstres vicieux venus d’autres mondes que l’on croirait sortis de l’univers de H.P. Lovecraft, un sens du rythme et de l’aventure hérité du cinéma de Steven Spielberg, la trilogie Indiana Jones en particulier (nous passons volontairement sous silence l’épisode 4), des effets spéciaux rappelant les meilleurs blockbusters des années 80, un sens de l’humour qui rappelle le très culte Big Trouble in Little China (Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin) de John Carpenter, une naïveté et un côté bon enfant évoquant les films épiques (mais fauchés) de Kevin Connor (The Land That Time Forgot, At the Earth’s Core, The People That Time Forgot…), des hommages aux meilleurs films de monstres qui auraient réjoui Ray Harryhausen, une pincée de Ghostbusters… ainsi que l’influence très moderne des films de superhéros, que l’on retrouve dans les pouvoirs de la jeune amnésique. Pas mal pour un seul film !

 

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Epique en diable, le film de Chuan Lu aurait pu très bien n’être qu’une désolante pantalonnade du style de La Momie 3, qui se moquait totalement de ses personnages pour privilégier l’action (molle) et les effets spéciaux (faiblards). C’est loin d’être le cas ici puisque l’excellent Mark Chao incarne un personnage romantique attachant, mi-héroïque, mi-naïf à la Tintin et que ses partenaires, notamment un sosie chinois d’Elvis Presley, inévitable sidekick comique dans la seconde partie du film, sont campés avec sérieux par des acteurs réellement impliqués. L’approche visuelle et les effets spéciaux ont beau faire dans la démesure (combustions spontanées, impressionnant bestiaire de diverses créatures fantastiques, effets de télékinésie, esprits frappeurs, tempête de sable, avalanches…), ils étonnent néanmoins par le soin qui leur est apporté. L’atmosphère « old school », avec ses artefacts magiques, ses créatures en images de synthèse étonnamment « vivantes » et crédibles, ses décors somptueux (montagnes enneigées, grottes remplies de squelettes de monstres, ville abandonnée en ruines, grandiose temple souterrain…) et sa photographie qui sait tirer avantage de lieux de tournage exotiques rapprochent davantage le film de Chuan Lu du premier épisode de La Momie par Stephen Sommers, avant que cette franchise ne morde la poussière, ou des aventures d’Indy dans les artères mystérieuses de son temple maudit… Le film culmine avec une exceptionnelle échauffourée dans le désert entre nos héros et des créatures à fourrure (sortes de tigres / dragons maléfiques sortis tout droit de la préhistoire) magnifiquement rythmée, chorégraphiée et filmée.

 

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BIFFF 2016Sans une once de ce cynisme saoulant et du post-modernisme systématique que l’on retrouve dans la plupart des blockbusters américains, Chronicles of the Ghostly Tribe est l’antidote parfait à des œuvres soit-disant « grand public » sans âme comme le dernier Batman V. Superman. Loin d’être parfait, faisant (comme souvent dans les films chinois) l’apologie des valeurs communistes (« l’union fait la force face aux ténèbres »), le film de Chuan Lu s’impose comme l’exact opposé du film de Zack Snyder : le (ridiculement) sombre Batman V. Superman donnait envie, en sortant de la salle, d’aller torturer de la racaille et de marquer des méchants au fer rouge. Moins sophistiqué, Chronicles of the Ghostly Tribe nous donne juste des envies d’aventure et de rêve. On en ressort avec des tonnes de belles images en tête, qui resteront ancrées dans les mémoires des jeunes spectateurs… de 7 à 77 ans !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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