BIFFF 2015… The Guest

the-guest-teaser-posterTHE GUEST

 

2014, de Adam Wingard

Scénario : Simon Barrett

Avec Dan Stevens, Maika Monroe, Sheila Kelley, Leland Orser, Brendan Meyer, Joel David Moore, Ethan Embry, A.J. Bowen et Lance Reddick

Directeur de la photographie : Robby Baumgartner

Musique : Steve Moore

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Loup dans la bergerie

 

Avoir écumé les vidéoclubs dans les années 80 peut désormais s’avérer fort utile pour se construire une carrière hollywoodienne dans le cinéma de genre. Mais seuls les réalisateurs de talent (Quantin Tarantino et Nicholas Winding Refn en tête, Eli Roth et Robert Rodriguez loin derrière) arrivent à transcender l’exercice de l’hommage nostalgique pour faire du neuf avec du vieux. A cet exercice, beaucoup s’y sont cassé les dents, comme l’ont prouvé les dizaines de mauvais films estampillés « grindhouse » qui ont suivi Death Proof et Planet Terror, le diptyque nostalgique signé Tarantino et Rodriguez en 2007. Néanmoins, la nostalgie fait souvent recette, signe d’une époque où les œuvres réellement originales sont une denrée rare.

 

The-Guest-11

 

En 2011, Adam Wingard signait You’re Next, un petit slasher particulièrement malin, sur lequel personne n’aurait misé un kopeck. Modèle de mise en scène dans les conditions d’un budget étriqué, You’re Next, énergique et constamment surprenant, a marqué les mémoires et propulsé le réalisateur, un des fers de lance du mouvement mumblecore (les films indépendants californiens à très petits budgets) sur la liste des réalisateurs à suivre.

 

Citations, ironie, humour noir, nostalgie, situations « hénaurmes » à l’absurdité préfabriquée, personnages hauts en couleur, bande originale très « hype »… voilà la formule gagnante adoptée par Wingard (et son fidèle scénariste Simon Barrett), pour le plaisir des geeks et le chagrin d’une certaine critique détestant ce « retour en arrière » vers tout un pan de la série B postmoderne et cartoonesque des années 80. The Guest, dans sa démesure et son culot n’est pas sans rappeler, le côté parodique en plus, les productions Cannon produites par Menahem Golan et Yoram Globus, dont l’humour était bien souvent très involontaire. Dès les premières images (des bottes militaires qui piétinent le désert brûlant, suivies d’un titrage rouge sang qui n’est pas sans rappeler l’univers de Dario Argento), il est évident que Wingard a l’intention de nous emmener dans un univers très familier qu’il va s’amuser à détourner, un peu comme si il avait décidé de revisiter le très culte Road House (avec Patrick Swayze en videur philosophe et karatéka), le gore de bande dessinée et l’ironie en plus.

 

THE GUEST

 

Mais The Guest semble également destiné à convertir les fans de la série Downtown Abbey au côté obscur de la Force et à les faire tomber en pâmoison puisqu’il met en scène le beau Dan Stevens (Matthew Crawley dans la série) dans le rôle-titre de l’invité surprise : « David », crédité au générique avec des guillemets. Vétéran de la Guerre en Irak récemment revenu du front en Afghanistan, « David » débarque un beau matin chez les Peterson, une famille d’américains moyens (très moyens diront les mauvaises langues) dont il aurait côtoyé le fils, mort au combat quelques mois plus tôt. A la force des ses biceps, de son charme animal, de ses yeux bleus, de son intelligence remarquable et de son slip musclé, il va, un peu à l’instar de l’Agence Tous Risques (mais à lui tout seul), régler tous les problèmes de cette tribu chez qui il s’incruste et qui l’adopte petit à petit, l’invitant à occuper la chambre de leur défunt fils. « David » devient presque immédiatement un fantasme pour la mère (Sheila Kelley), une ménagère un peu fanée et que l’on imagine frustrée dans son couple, un confident et compagnon de beuverie pour le père (Leland Orser), un loser sans la moindre autorité sur sa famille, un père de substitution et un modèle pour le fils (Brendan Meyer), à qui il apprend l’art noble de l’auto-défense à l’école à grands coups de queues de billard et un grand frère protecteur pour la belle Anna (Maika Monroe, la révélation de It Follows), une ado turbulente mais bien plus futée que le reste de sa famille. Anna sera la première à se poser des questions sur l’identité réelle de « David », notamment lorsque les cadavres commencent à se multiplier dans la région, tués par balles, à l’arme blanche ou battus à mort.

 

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« David », plus cool tu meurs, devient très vite l’attraction principale de ce trou perdu mais, à l’instar de Terry O’Quinn dans The Stepfather, il est évidemment loin d’être celui qu’il prétend. Pas difficile pour un soldat habitué à se glisser en territoire ennemi de jouer les gendres idéaux dans une gentille famille, d’autant plus qu’il lui suffit de répondre « c’est classé secret défense » lorsqu’ils vont fouiller d’un peu trop près dans son mystérieux passé. Wingard confère à son film une dynamique habile : les Peterson ont besoin de « David » autant qu’ils le craignent. Pourtant, dès les premières images, il est évident qu’il est déjà trop tard pour la gentille famille : le loup est entré dans la bergerie et aucun mouton ne sera épargné…

 

0d623050-1a8e-0132-0862-0eae5eefacd9.previewFormidablement divertissant et ne craignant jamais d’enfreindre les lois du politiquement correct, The Guest assume jusqu’au bout son statut de semi-parodie, notamment lors d’une scène finale particulièrement « What the Fuck ?!!? » qui fait un clin d’œil complice au public. Le film de Wingard bénéficie d’une mise en scène soignée et de choix judicieux, notamment le score aux synthés de Steve Moore, très évocateur de celui de Terminator, qui déchire tout simplement les oreilles. Les scènes où « David » dévoile sa vraie nature s’avèrent les plus amusantes car Dan Stevens s’en donne à cœur joie et bouffe l’écran, brisant des os et ridiculisant des ploucs pour protéger sa famille d’adoption comme à la grande époque où Chuck Norris « mettait les pieds où il voulait – souvent dans la gueule… » Mais contrairement à l’impassible Chuck, Stevens fait preuve d’un charisme extraordinaire et s’amuse à ridiculiser son image de beau gosse en la décuplant. La caméra filme amoureusement chaque détail de ses muscles saillants et de son regard bleu azur à la Alain Delon, comme un mannequin dans une publicité pour déodorant. Mais très vite, il devient clair que quelque chose cloche chez ce personnage trop parfait pour être vrai et sa transformation de protecteur viril en Terminator déglingué et sadique est sans aucun doute LE grand plaisir du film.

 

Tour à tour cool comme Drive et kitsch comme une guirlande de Noël, pas subtil pour un sou, The Guest, malgré un dernier acte légèrement en deçà de ce qui a précédé et les motivations un peu brumeuses du personnage principal est le film le plus amusant vu sur un écran de cinéma depuis des lustres. Un film d’action pince-sans-rire à la Commando, qui ne se prend jamais au sérieux et qui tombe régulièrement dans des scènes gore et horrifiques « pour rire », qui laissent le spectateur avec un grand sourire béat.

 

poster2015_frImaginez un astucieux mélange de Terminator, Road House et The Stepfather dans lequel, à la place de tuer Sarah Connor, le terrifiant androïde deviendrait son colocataire et vous aurez une petite idée de la folie propagée dans The Guest, futur film culte par excellence, à voir de préférence en festival ou entre amis, en compagnie d’un public déchaîné !

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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