BIFFF 2015… Frankenstein

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2015, de Bernard Rose – UK

Scénario : Bernard Rose

Avec Xavier Samuel, Danny Huston, Carrie-Anne Moss, Tony Todd, Dave Pressler et Carol Ann Watts

Directeur de la photographie : Candace Higgins

Musique : Halli Cauthery

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alive and kicking !

 

183… c’est le nombre de films, téléfilms et séries télévisées dans lequel apparaît la Créature de Frankenstein, d’après le site imdb.

 

La créature et son créateur furent popularisés au cinéma en 1931 et 1935 par les deux classiques de James Whale (Frankenstein et Bride of Frankenstein), adaptations très libres produites par les studios Universal, avant de se voir réinventés en icônes du film d’horreur sanglant par la Hammer et Terence Fisher en Angleterre dans les années 50, avec Christopher Lee et Peter Cushing. En 1994, Kenneth Branagh nous livra une brillante (et sous-estimée) relecture, plus fidèle aux écrits de Shelley, avec un Robert De Niro plus grimaçant que jamais dans le rôle de la Créature. Mel Brooks quant à lui, parodia brillamment le mythe et les films de James Whale dans Young Frankenstein, l’une des comédies les plus hilarantes de l’histoire du cinéma. Mais Frankenstein au cinéma c’est également des dizaines de séries B faisant intervenir les personnages et les thèmes imaginés par Shelley. L’année dernière, la Créature était réinventée en superhéros immortel traversant les âges à l’instar du Highlander dans le nullissime I, Frankenstein, puis en assassin romantique et poète dans la série Penny Dreadful. Plus tard cette année, une nouvelle relecture gothique, vue à travers les yeux d’Igor (le domestique bossu du Baron, absent du roman) verra le jour dans Victor Frankenstein, sous la caméra de Paul McGuigan, avec James McAvoy en Baron et Daniel Radcliffe dans le rôle d’Igor. Le studio Universal envisage sérieusement de réinventer à nouveau le mythe dans le cadre de leur entreprise de création d’un « Universal Monsters Cinematic Universe » entamée l’an dernier avec Dracula Untold et qui offrira de nouvelles relectures des grands classiques horrifiques des années 30 : Frankenstein, La Momie, The Wolfman, L’Homme Invisible, La Créature du Lagon Noir… tous y passeront !

 

Alors, que peut-on encore bien apporter au mythe créé par Mary Shelley en 2015, particulièrement dans un énième film titré simplement (serait-ce là une provocation ?) « Frankenstein » ?

 

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Eloigné depuis belle lurette de l’horreur et des grands studios, recyclé depuis une quinzaine d’années dans le drame low-budget (IvansXTC, Snuff-Movie, The Kreutzer Sonata, Two Jacks, Boxing Day) Bernard Rose répond à cette question épineuse en adaptant le style de ses derniers films au mythe : réaliste, urgent, sans fioritures, parfois tourné dans la rue au milieu des passants, sans (grandes) stars et avec un budget très limité, son Frankenstein à lui se veut une relecture la plus réaliste possible du récit de Mary Shelley, remis au goût du jour selon les avancées biologiques et scientifiques du XXIème siècle, même si sur le fond, rien ne change…

 

C’était l’une des grandes exclusivités de cette édition 2015 du BIFFF puisqu’il s’agissait d’une diffusion en première mondiale! Tellement exclusif que nous n’avons d’ailleurs qu’une seule photo du film à vous montrer!… La bonne nouvelle, c’est que Bernard Rose réussit à proposer une approche assez nouvelle de l’œuvre. Le réalisateur hispano-britannique de l’excellent Candyman (1992), qui fut lauréat du Corbeau d’Or au BIFFF en 1990 pour Paperhouse était de retour en Belgique afin de présenter sa nouvelle création. Bonne idée puisqu’il est à nouveau reparti avec le Grand Prix entre les mains!

 

Ainsi, la Créature, prénommée Adam, n’est plus composée de différentes parties « empruntées » à des cadavres, mais un clone né en laboratoire, dans une sorte d’imprimante 3D révolutionnaire, une expérience ayant viré à la tragédie. Né avec l’apparence parfaite d’un homme adulte de 20 ans, la Créature n’est pourtant qu’un bébé, nourri au biberon, qui a pour parents deux brillants et excentriques scientifiques, Elizabeth et Victor Frankenstein incarnés par Carrie-Anne Moss et Danny Huston (dans son sixième film pour le réalisateur.) Aimants et attentionnés dans un premier temps, les deux scientifiques déchantent très vite, lorsqu’une anomalie génétique apparaît sur la peau du nouveau-né : son visage se déforme et se couvre de terribles pustules, tandis que son corps et sa peau se détériorent rapidement, allant jusqu’à rendre son apparence monstrueuse. Insatisfait, Victor Frankenstein ordonne que cette aberration soit (discrètement) supprimée mais il va se heurter à une difficulté de taille. Conduite au crématorium, la Créature, particulièrement résistante, arrive à s’échapper en tuant (grâce à sa force surhumaine) plusieurs membres du personnel du laboratoire, une institution que l’on suppose secrète et illégale. Rejeté et abandonné dans la nature, Adam se retrouve très vite confronté à un monde agressif et violent, à des gens incapables de le comprendre. Il se retrouve à la rue, à traîner dans les quartiers les plus pauvres, parmi les sans-abris. Son apparence se dégrade au fur et à mesure que son esprit et sa force se développent. C’est là qu’il fait la connaissance d’Eddie (Tony Todd, le Candyman en personne), un guitariste aveugle un peu mac sur les bords, qui le prend sous son aile.

 

Très fidèle aux thèmes du roman de Shelley, Bernard Rose nous offre une relecture fascinante de péripéties mille fois vues au cinéma : ainsi, l’épisode du meurtre de la fillette est ici transposé de manière ingénieuse : tel un grand enfant innocent, Adam jette une gamine dans la mer et éclate de rire, ne comprenant pas qu’il vient de la mettre en danger de mort. La foule, témoin de cette scène terrible, pourchasse Adam comme autrefois les villageois armés de torches chassaient Boris Karloff.

 

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Bernard Rose donne une grande importance au personnage d’Elizabeth qui symbolise dans un premier temps l’amour maternel aux yeux du monstre, mais qui l’abandonne ensuite à son sort et dit à la police ne pas le reconnaître. La mère d’Adam n’est d’ailleurs pas la seule à le rejeter, puisque plus tard, une prostituée révulsée refuse de s’offrir à lui, une fois son corps nu révélé en entier. Un rejet qui pousse Adam dans une folie meurtrière et le met sur le chemin d’une vengeance particulièrement sanglante.

 

poster2015_frPar le biais de cette éternelle histoire de science-fiction, Rose s’intéresse aux démunis et situe une partie de son récit dans les bas quartiers de Los Angeles. Bien plus qu’une icône réinventée du cinéma de science-fiction, Adam / la Créature dans sa version « réaliste » interprétée par Xavier Samuel, devient une métaphore évidente des sans-abris, des marginaux, des freaks, des handicapés, des laissés pour compte… Incapable de se réconcilier avec son apparence monstrueuse, Adam rencontre une humanité qui est peut-être bien plus affreuse que lui.

 

Cette version « réaliste » et « cheap » est donc bourrée d’idées originales mais ne manque pas de passages très sanglants, propres à satisfaire les amateurs de gore ultra-réaliste. Le maquillage spécial d’Adam, conçu par Jennifer Cabezas, est particulièrement efficace (en plus d’être très différent du maquillage iconique de Karloff) et les effets gore créés par Matthew Lathrol versent dans un réalisme terriblement brutal et violent. Il faut certes reconnaître que la patine visuelle choisie par Bernard Rose ne rend pas toujours hommage à ses ambitions. L’image, verdâtre et plutôt moche dans les scènes d’extérieur, rappellent l’univers réalistico-trash de Frank Henenlotter (Basket Case, Frankenhooker) et contraste avec des scènes d’intérieur à l’aspect plus clinique, beaucoup plus réussies.

 

Bernard Rose ne raconte rien de nouveau, n’invente rien de plus que (par exemple), Splice (2009), de Vincenzo Natali, mais il le fait avec style, talent et beaucoup de cœur, transformant une icône immortelle du cinéma de science-fiction en un représentant des laissés pour compte qui jonchent les rues de nos grandes villes… en attendant la révolte !

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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