BIFFF 2015… Hard Day

Hard-Day-afficheHARD DAY

(KKEUT-KKA-JI-GAN-DA)

(끝까지 간다)

 

2014, de Seong-hoon Kim – COREE DU SUD

Scénario : Seong hoon-Kim et Hae-jun Lee

Avec Sun-kyun Lee, Man-shik Jeong, Jin-Woong Jo, Dong-Young Kim, Dong-mi Shin et Jeong-geun Sin

Directeur de la photographie : Tae-Sung Kim

Musique : Young-Jin Mok

 

 

 

 

 

 

 

 

Ripoux contre ripoux

 

Rares sont les réalisateurs capables de mélanger avec harmonie film policier, violence et comédie noire. Depuis le succès de Seven, de David Fincher, le polar n’est plus à la joie et aurait tendance à se vautrer dans le glauque mélancolique et morbide. Quant aux comédies policières (principalement américaines), elles sont envahies par une infantilisation galopante, un peu comme si l’art de marier élégamment les deux genres s’était perdu. Seong-hoon Kim va venir changer tout ça !

 

Nouvelle preuve de la bonne santé exceptionnelle du cinéma sud coréen après des réussites majeures telles que Memories Of Murder, The Host, The Chaser ou encore I Saw the Devil, Hard Day, dont le titre original, « 끝까지 간다 », ou « Kkeut-kka-ji-gan-da » pourrait se traduire par « Tenir jusqu’au bout », prend son concept à bras le corps et le tient admirablement bien jusqu’à un final explosif. Ce concept : le pétrin inextricable dans lequel se plonge un jeune policier ripou (mais gentil), confronté à bien plus dangereux que lui et l’escalade dans les emmerdes qui ruine sa semaine (la traduction du titre est problématique car, après cette « dure journée », l’intrigue se poursuit sur plusieurs jours…) et met ses collègues et sa famille en grand danger.

 

A-Hard-Day-1

 

Ce jour-là, le détective de la brigade homicide Ko (l’excellent Lee Sun-Kyun, très à l’aise dans l’art de la comédie physique) aurait mieux fait de rester au lit. Sa femme lui demande le divorce, sa vieille mère décède, tandis qu’avec trois collègues, il est investigué par les services internes de la police pour une histoire de pots de vin, dont il est coupable. En retard sur le chemin de la maison mortuaire où repose sa maman, peu attentif à la route, il évite un chien et renverse un piéton qui meurt sur le coup. Paniqué et en retard, plutôt que de reporter l’accident, l’inspecteur cache le cadavre dans le coffre de sa voiture et décide de réfléchir à une solution plus tard.

 

Les ennuis commencent quand il est arrêté par pour un contrôle d’alcoolémie et qu’il est obligé de jouer de son statut d’inspecteur pour éviter que son coffre ne soit ouvert, rabaissant ses collègues pour sauver sa peau. Une fois arrivé à la morgue, juste à temps pour la mise en bière de la défunte, il reçoit un appel lui annonçant que sa voiture et son domicile vont être fouillés. Ko doit donc recourir d’ingéniosité. Dans une véritable course contre la montre, il réussit à cacher le cadavre encombrant… dans le cercueil de sa maman ! Ce qu’il ne pouvait pas prévoir, c’est que le lendemain, on le met sur une nouvelle affaire et qu’il est chargé de retrouver… l’homme qu’il a accidentellement tué, un criminel notoire ! Pas de chance pour lui, il n’est pas le seul à rechercher la victime, qui contiendrait sur lui des informations importantes. Un mystérieux appel anonyme le menace et lui annonce avoir assisté à la scène, tandis que ses collègues sont envoyés sur les lieux de l’accident, qui a été filmé par une caméra. Victime de ce mystérieux maître-chanteur, Ko va devoir retourner au cimetière et effacer les traces de son crime, mais chaque tentative de se tirer d’affaire semble lui exploser à la figure…

 

L’inspecteur se rend vite compte que son accident n’était pas du au hasard et qu’il est lui-même la marionnette d’un flic sadique, haut placé et corrompu au plus haut niveau (Jin-Woong Jo), qui cherche à récupérer une mystérieuse clé cachée dans l’estomac du cadavre et qui va bien vite s’avérer aussi déterminé qu’indestructible.

 

2014 - A Hard Day (still 1)

 

Second film du réalisateur Seong-hoon Kim après un mystérieux How the Lack of Love Affects Two Men, comédie datant de 2006, Hard Day repose sur un scénario formidablement astucieux, à l’humour très noir (tous les policiers sont présentés comme corrompus, à divers degrés, comme si c’était la norme) qui se démarque de la vague de thrillers coréens ultra-violents pour privilégier la comédie. Hard Day enchaîne les péripéties malheureuses et plonge sans cesse son pauvre anti-héros impuissant et médusé dans une série de calamités allant crescendo, victime de la « Loi de Murphy » qui dicte que chaque calamité susceptible de se produire, se produira.

 

C’est surtout la grande inventivité de la mise en scène qui frappe ici. Chaque scène est filmée comme un mini-film en soi et n’hésite jamais à aller jusqu’au bout de ses hilarants concept. Ainsi, la scène dite de « Comment cacher un cadavre dans un cercueil déjà occupé » vaut son pesant de cacahuètes. A la morgue, l’inspecteur, feignant une grande tristesse, a obtenu 15 minutes « seul avec sa maman », un laps de temps très court pour 1) dévisser les clous du cercueil avec ses lacets de chaussures, 2) faire passer le cadavre de sa victime dans les conduites du plafond grâce à un petit soldat téléguidé emprunté à sa fille, 3) placer le cadavre tout frais au-dessus de celui de sa défunte mère, le tout dans l’urgence et sans faire de bruit. Les détails comiques abondent : le petit soldat téléguidé s’arrête régulièrement de ramper dans la coursive pour tirer quelques salves, ce qui accroît le suspense et la nervosité de l’inspecteur, sans parler de la sonnerie du portable du mort qui retentit une fois le cercueil refermé…

 

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Plus tard, nous aurons droit à une voiture subitement écrasée par un container comme dans un dessin-animé de Bib Bip et Coyote. L’inspecteur avoue enfin toute la vérité à un de ses collègues, puis sort de sa voiture pour répondre aux menaces de son ennemi qui l’appelle sur son portable. Le plan est élaboré de sorte que, avec l’acteur au premier plan et la voiture à l’arrière-plan, on s’attende à une traditionnelle explosion du véhicule. Jouant habilement sur ce vieux cliché cinématographique et les attentes du spectateurs, le réalisateur s’amuse à nous surprendre avec ce gag visuel à la Tex Avery.

 

Seong-hoon Kim n’a pas son pareil pour nous surprendre avec une inventivité toujours renouvelée dans sa mise en scène, notamment lors d’une très longue échauffourée dans un appartement où les deux combattants, le ripou et son alter ego maléfique, se servent de tous les objets mis à leur disposition et se battent à coups d’étagères et d’aquariums dans la tronche !

 

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Si le film s’avère très original, on n’a aucun mal à en identifier l’ADN : avec un scénario rappelant After Hours, de Martin Scorsese (un homme plongé en quelques heures dans une série de catastrophes provoquant une réaction en chaîne), Hard Day aurait très bien pu être écrit dans les années 80 par Shane Black, avec un Mel Gibson dans le rôle principal : le mélange d’humour, de cruauté et de violence en aurait fait un parfait véhicule pour le duo responsable de Lethal Weapon. La qualité et l’inventivité du scénario peuvent également faire penser (la violence en moins) au cinéma de Francis Veber. Ce personnage malchanceux à qui toutes les calamités tombent sur le rable n’est-il pas après tout un décalque de ceux interprétés par Pierre Richard ? On pense également à des comédies du style A Fish Called Wanda pour le côté physique des situations impensables dans lesquelles se retrouvent les comédiens et au cinéma des Frères Coen pour sa galerie de seconds rôles exubérants et surtout, ses dialogues d’une drôlerie exemplaire. (« -Quelle est l’ambition de tout policier qui se respecte ? » « -Une pension confortable ! »…)

 

poster2015_frGrâce à une mise en place savante du suspense et un rythme qui ne faiblit jamais, Kim crée un film dans lequel chaque plan, chaque scène a son importance et dont les nombreux rebondissements ne cessent jamais d’étonner et d’amuser. Le spectateur ne sait jamais où le réalisateur l’emmène mais se laisse entraîner avec un plaisir fou. Hard Day a donc tout du futur film culte et nous ne doutons pas qu’il aura bientôt droit à son inévitable remake américain…

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

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