BIFFF 2014 – Wolf Creek 2

CaptureWOLF CREEK 2

 

2013, de Greg McLean – Australie

Avec John Jarratt, Ryan Corr, Shannon Ashlyn, Philippe Klaus, Shane Connor et Ben Gerrard

Scénario : Greg McLean et Aaron Sterns

Directeur de la photographie : Toby Oliver

Musique : Johnny Klimek

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Another Shrimp on the Barbie

 

Quand il n’est pas le meilleur guitariste des Rolling Stones de 1969 à 1974, Mick Taylor, dont nous avions fait connaissance avec Wolf Creek (2005) est également le serial killer le plus jovial, le plus farceur et le plus cruel de l’Outback australien. Son fond de commerce : profiter des grandes contrées désertiques pour kidnapper et torturer les backpackers, autostoppeurs, motards et autres passants égarés, sans jamais être inquiété… En Australie, comme l’indique le carton d’ouverture (le même que dans le premier épisode), 30000 personnes disparaissent chaque année sans laisser de traces, non loin du site du Wolf Creek National Park, qui contient un cratère formé par une météorite de 50000 tonnes. Situé en plein désert, le site est une curiosité qui attire de nombreux touristes, de la chair à pâté pour l’australien teigneux qui arpente les routes avec son vieux camion à la recherche de ses victimes. Les deux Wolf Creek ont beau se dire « inspirés de faits réels » (en l’occurrence les méfaits d’Ivan Milat et plus tard, de Bradley John Murdoch, deux tueurs en série locaux), il y a fort à parier que Mick Taylor est responsable de la plupart de ces disparitions non-expliquées. Personne, jusqu’à présent n’a pu localiser Mick et ceux qui ont croisé sa route ne sont pas revenus raconter leurs aventures…

 

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Dans le genre pourtant archi-rebattu du film de tueur en série, le premier Wolf Creek était une fascinante exploration de la solitude, une œuvre parcourue de longues scènes contemplatives que n’aurait pas reniées Terrence Malick. Un film superbe qui mettait en avant les magnifiques paysages déserts et la faune d’une Australie aussi belle que sauvage. Un chef d’œuvre d’ambiance mais aussi de cruauté et d’humour noir, lorsque le tueur (incarné par l’excellent John Jarratt), s’étant fait passer pour le sauveur providentiel d’un groupe d’adolescents égarés, révélait sa vraie nature à la moitié du film. Wolf Creek réinventait le mythe du boogeyman moderne, créait une nouvelle icône de l’horreur et surtout, nous faisait faire connaissance avec le réalisateur Greg McLean, un esthète surdoué.

 

Une telle réussite se suffisant à elle-même, l’annonce tardive d’un Wolf Creek 2, 8 ans après le premier, en laissa plus d’un dubitatif, même si les films d’horreur à succès finissent tous par accoucher un jour ou l’autre de suites ou de remakes. Sollicité de toutes parts et à la demande générale d’un public enthousiaste, Greg McLean, qui se faisait rare (il n’aura tourné entre les deux épisodes que l’excellent film de crocodile, Rogue (Solitaire) en 2007) dut donc se résoudre à nous proposer une nouvelle aventure de Mick Taylor, mais voulait le faire à SA manière. La production de cette suite connut donc différents faux départs, aléas malchanceux et autres disputes avec les différents producteurs qui se sont succédés. Désireux de garder à tout prix son indépendance, McLean  voulait éviter de confier son bébé à un mogul du style Harvey Weinstein, capable de s’approprier et de dénaturer le projet… En fin de compte, ce Wolf Creek 2 est l’œuvre intégrale de son réalisateur.

 

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Partant du constat qu’une séquelle ne s’imposait pas vraiment, le réalisateur décide de faire de cette suite une expérience diamétralement opposée au film original. Finie l’introspection ! Finis les longs plans silencieux sur les paysages australiens déserts… Cette fois, McLean va s’amuser comme un petit fou à élaborer une véritable bande dessinée gore sur grand écran, une sorte d’adaptation live des aventures de Bip-Bip et Coyote, mais dans laquelle Coyote choperait Bip-Bip à tous les coups pour lui faire passer un mauvais quart d’heure ! Dès la scène d’ouverture dans laquelle Mick Taylor est confronté à deux agents des forces de l’ordre, McLean annonce la couleur (rouge…) avec une surenchère réjouissante dans le gore, l’action, l’humour noir et la grandiloquence. Un changement de ton et de style totalement assumé sur le modèle de la folle tournure prise par le Gremlins 2 carrément anarchiste et parfumé au poil à gratter de Joe Dante : un réalisateur autrefois timide et surveillé de près par ses producteurs, s’en donne à cœur joie et se lâche complètement dans l’excès et la folie ! Pour preuve, cette scène assez démente dans laquelle une course-poursuite effrénée est interrompue par le passage d’un troupeau de kangourous (en CGI, histoire de ne pas avoir la SPA locale sur le dos !) traversant la route et se transformant en véritables projectiles, s’écrasant avec fracas sur les pare-brises et sous les roues des véhicules… le tout sur l’air joyeux et triomphant de « The Lion Sleeps Tonight » !… Une séquence choc et hilarante qui risque néanmoins de déplaire aux végétariens.

 

Une telle surenchère s’accompagne en général d’une baisse de qualité… c’est le syndrome « toujours plus » qui souligne très souvent l’inutilité gênante de certaines séquelles aux budgets proportionnellement supérieurs à la qualité de leurs scénarios. Ce problème, Greg McLean le contourne en soignant particulièrement sa mise en scène et la structure en trois actes bien distincts de son film. Le premier acte réintroduit le serial killer et ses nouvelles proies, en faussant les pistes (puisque nous suivons pour commencer un couple d’allemands têtes à claques que l’on croit être les héros mais qui se font très vite occire) avant de nous présenter le pauvre Paul (Ryan Corr), qui a eu la mauvaise idée de venir en aide à une rescapée et qui, pour le simple crime « d’être passé par là », va se retrouver dans le rôle de Bip-Bip.

 

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Cette fois, nous n’attendons pas 45 minutes avant de retrouver Mick Taylor. Pas de doute, la vedette c’est lui ! Un Mick Taylor « freddykruegerisé », iconisé dans chaque plan où il apparaît, son éternel rictus narquois, ses plaisanteries incisives et sa silhouette de western provoquant la terreur chez ses proies. Dans le rôle, l’impressionnant John Jarratt, avec son physique rondouillard mais costaud (sorte de Sergi Lopez australien), cabotine comme si sa vie en dépendait et prend un plaisir fou à proférer les pires abominations racistes et sexistes dès qu’il ouvre la bouche. Son enthousiasme est contagieux puisqu’on en vient immanquablement à s’attacher à ce méchant anthologique plutôt qu’à ses victimes… Excellente idée d’avoir fait de Mick Taylor un nationaliste convaincu, dont la xénophobie affichée en étendard n’est qu’un joyeux prétexte pour torturer ces voyageurs étrangers se croyant tous permis, qui s’aventurent sur SON terrain de chasse, bien mal informés sur l’histoire et la géographie australienne. Des adolescents qui pour la plupart ont oublié la première et dernière règle de l’Outback : « Never stop for anyone ! »… 

 

Le dernier acte consiste d’ailleurs un jeu de devinettes entre le tueur et Paul, son prisonnier, en forme de long quizz de culture générale sur le pays des kangourous. Paul doit charmer son bourreau par ses connaissances alors que ce dernier s’enivre… Une excellente idée, très originale, sorte de version longue du gag du film précédent dans lequel Mick faisait mine de se vexer lorsqu’une de ses futures victimes (américaine) imitait l’accent de Crocodile Dundee pour le taquiner ! Une idée qui permet à cette dernière partie (malgré tout la plus faible du film) d’éviter de justesse les écueils du torture porn

 

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C’est principalement dans un très long deuxième acte d’anthologie que Greg McLean se distingue et signe un modèle d’efficacité qui restera dans les annales du suspense et de l’action. Paul doit échapper à l’australien fou dans ce qui s’apparente à une longue scène de course-poursuite, à pied, à cheval et en voiture au bord de l’autoroute, dans la maison d’un couple de gentils vieillards et enfin, dans les grandes étendues désertiques. C’est lors de cette longue poursuite (véritable film dans le film) que Greg McLean convoque les souvenirs des meilleurs films « routiers » comme Duel (le suspense du fou furieux poursuivant un innocent sans relâche et sans raison), The Hitcher (pour le mélange de cruauté et de sympathie du tueur) et particulièrement le génial Mad Max 2, pour la capacité de Greg McLean à nous proposer des cascades automobiles hallucinantes ! Comme George Miller avant lui, McLean filme ses camions et ses voitures, admirablement filmés et écrasés sous un soleil brûlant (formidable photographie signée Toby Oliver) comme de véritables machines de guerre, iconisées à outrance. Du truck porn brillant, excitant et d’une beauté renversante, qui exalte la chaleur du bitume et nous met en appétit avant de découvrir un certain Mad Max : Fury Road en 2015… McLean nous concocte également un véritable sommet de suspense lors d’une scène où le tortionnaire (à cheval), tel un Terminator lubrique, cherche sa proie (à pied) dans un terrain d’herbes hautes…

 

poster2014_bifff-2014Cette mise en scène époustouflante agrémentée d’une imagerie « western » très agréable fait de Wolf Creek 2 un modèle de suite, assez différente du premier épisode pour rester mémorable. Son aspect politiquement incorrect et son méchant d’anthologie rendent le troisième film de Greg McLean aussi hilarant que réjouissant, ce qui n’empêche jamais le suspense de fonctionner du tonnerre.

 

Que ce grand Creek nous croque, on repartirait volontiers en terre australienne pour un troisième épisode en compagnie du vieux Mick !

 

G’ day, mates…

 

 

 Remerciements à Jonathan Lenaerts, Hélène De Koster et toute l’équipe du festival

 

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B., Union de la Presse Cinématographique Belge)

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