Actualités 2013… The Conjuring

the-conjuring-poster1-405x600THE CONJURING

(CONJURING : LES DOSSIERS WARREN)

2013, de James Wan – USA

Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Joey King, Hayley McFarland, Shanley Caswell et Kyla Deaver.

Scénario : Chad Hayes et Carey W. Hayes

Directeur de la photographie : John R. Leonetti

Musique : Joseph Bishara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Grand Huit du Number Wan

 

Refrain connu… Bien décidée à entamer une nouvelle vie, une gentille famille américaine vient s’installer dans une vieille demeure isolée à la campagne, un endroit à priori idyllique. Bientôt, de violentes manifestations surnaturelles se mettent à tourmenter ces nouveaux habitants qui, entre deux cris d’effroi, se demandent à juste titre si leur nouvelle maison ne serait pas légèrement hantée…

 

Arrêtez-moi si vous la connaissez… Ce postulat de départ archi-rebattu représente celui d’à peu près un film fantastique sur deux… Le film de maison hantée et de possession démoniaque est en effet devenu un genre prolifique difficile à renouveler tant les franchises interminables du genre Amityville ou plus récemment Paranormal Activity, ont – la plupart du temps sans grande imagination – exploité le filon jusqu’à la corde depuis que Robert Wise visita La Maison du Diable (The Haunting) en 1963 et que Stanley Kubrick nous fit le tour du propriétaire de l’Overlook Hotel de Shining en 1980… Alors pourquoi Diable (puisque c’est toujours de lui et de ses copains qu’il s’agit) devrions-nous nous intéresser, seulement deux ans après l’excellent Insidious du même réalisateur, à un nouveau film de maison hantée ?

 

Une seule et bonne raison : Wan. James Wan.

 

Un grand malentendu régnait encore depuis 2004 jusqu’à la sortie d’Insidious fin 2010 sur la carrière de ce jeune cinéaste (36 ans), propulsé dans la cour des grands du cinéma de genre par le succès de son deuxième long-métrage, Saw (2004). Un succès mondial qui lui assure une fortune personnelle démesurée, encore agrandie par les recettes astronomiques des six (!) suites tant décriées qu’enfante ce petit film malin tourné avec passion et économie. Des suites sur lesquelles James Wan officie uniquement en tant que producteur honorifique, c’est à dire qu’il se contente de ramasser de gros chèques… Revers de la médaille, la critique de l’époque avait vite fait de classer James Wan dans la catégorie des réalisateurs emblématiques du « torture porn » et l’associait beaucoup trop vite à ses successeurs moins talentueux et ses petits copains du « Splat-Pack », notamment Eli Roth (Hostel) et Darren Lynn Bousman (le tâcheron responsable de Saw 2, Saw 3 et Saw 4)… C’est pourtant vite oublier qu’après son Saw tape-à-l’œil et au montage frénétique (qui reste néanmoins un film original, inventif et efficace), James Wan a rapidement su – en tant que réalisateur – évoluer et changer son fusil d’épaule, délaissant le gore pour une horreur plus cérébrale, plus adulte… à croire que – une fois n’est pas coutume – un cinéaste a su écouter les critiques qui lui reprochaient le style si inutilement flashy et un brin vulgaire de ses débuts.

 

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Dès son troisième long métrage, le sous-estimé Dead Silence (2006), Wan freine déjà la cadence et rend un hommage très old school aux films de marionnettes hantées, une œuvre modeste néanmoins handicapée par une poignée d’hideuses images de synthèse assez maladroites. En 2007, il rend un bel hommage old school au thriller urbain et au film de vigilante avec son très solide Death Sentence, enrichi par la prestation excellente d’un Kevin Bacon ayant sans doute revu en boucle Taxi Driver. En 2010, James Wan s’associe avec les producteurs prodiges Jason Blum et Oren Peli de Blumhouse Productions, spécialisés dans les films d’horreur à petits budgets et à rentabilité maximale (la série des  Paranormal Activity, The Bay, Sinister, The Purge… tous d’immenses succès !) pour nous offrir un film de maison hantée old school nommé Insidious, sorte d’hybride réussi entre un épisode d’Amityville et Poltergeist… Le succès est (une fois de plus) phénoménal et le film récolte dix fois la mise de son budget de départ… Alors si la carrière de Wan s’inspire indéniablement de celles d’autres réalisateurs et d’œuvres vues auparavant (Saw était une sorte d’opéra baroque à la Dario Argento, Dead Silence ressemblait à s’y méprendre à un film de Stuart Gordon ou à un épisode de La Quatrième Dimension et Death Silence rendait hommage à William Lustig…), son style propre, son efficacité, son inventivité, le soin apporté à ses cadres et son enthousiasme en ont fait le parfait spécimen de réalisateurs de séries B de qualité.

 

Old school, old school, old school… le terme est lâché et il vient vite définir les notes d’intentions de la carrière post-Saw de James Wan ! Alors que les critiques l’avaient un peu trop vite cantonné au torture porn, le réalisateur a su très vite se réinventer en cinéaste « classique », peaufinant au fil de ses œuvres son art de la direction artistique, du cadrage, des décors, du rythme, de la belle image et de la direction d’acteurs. De petit phénomène branché, Wan est donc très vite devenu un solide artisan au style classique (dans le meilleur sens du terme !) sincèrement amoureux du cinéma fantastique. Le Number Wan de sa génération en quelque sorte, devenu avec le temps un de ces cinéastes au style personnel immédiatement reconnaissable, digne héritier des « Masters of Horror » des années 70 et 80. Un jeune cinéaste maniant l’art de la peur avec économie mais toujours beaucoup d’efficacité.

 

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Si Insidious accomplissait l’exploit de créer l’effroi avec un budget dérisoire et trois malheureux décors, son scénario se perdait néanmoins un peu dans un dernier acte moins brillant, haute numéro de voltige qui réussissait de justesse à ne pas sombrer dans le ridicule dans ses tentatives d’explorer des dimensions parallèles… La fidélité en amitié n’étant pas souvent payante dans le monde artistique, n’hésitons pas à désigner cruellement du doigt le maillon faible de la filmographie de James Wan : son ami et fidèle collaborateur, le scénariste et acteur Leigh Whannel, acteur sympathique (le héros du premier Saw, c’était lui !) mais scénariste brouillon, ayant tendance à recourir aux effets chocs gratuits, parfois sans véritable raison.

 

Amputé de la présence de Leigh Whannell, remplacé au scénario par Chad et Carey Hayes (House of Wax et The Reaping, deux modestes  productions horrifiques de Joel Silver), The Conjuring allait-il remédier à tout ça ? Dès l’annonce du projet, les sourcils des cinéphiles se transforment en accents circonflexes : entre Insidious et un Insidious, Chapitre 2 déjà annoncé (qui sort chez nous en octobre, soit trois mois après le film qui nous occupe), James Wan annonce… un nouveau film de maison hantée produit à moindre frais avec Patrick Wilson en tête d’affiche!… Le jeune cinéaste prodige commencerait-il donc à tourner en rond ?…

 

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Dès une séquence pré-générique d’anthologie, véritable prologue terrifiant en forme de petit court-métrage nous narrant les plaisanteries macabres d’Annabelle, une capricieuse poupée de porcelaine antique et hantée, The Conjuring vient vite nous rassurer et remettre les choses en place : non seulement James Wan ne se contente pas de refaire Insidious (visuellement, les deux films sont aux antipodes), mais – en l’absence de Leigh Whannell – il va réaliser ce qui restera probablement son meilleur film, voire – chuchotons-le – son chef d’œuvre !… Cette réussite artistique éclatante qui fait de The Conjuring un nouveau monument du film de trouille passe avant tout par le sérieux avec lequel il aborde un sujet que des esprits cyniques pourraient qualifier de farfelu et surtout par l’amour sincère qu’a le réalisateur pour ses personnages. Et quels personnages !…

 

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Ed (Patrick Wilson) et Lorraine Warren (Vera Farmiga), sortes de Mulder et Scully version seventies, sont un couple de parapsychologues (il est expert en démonologie et étudie l’art de l’exorcisme, elle est une médium qui voit les esprits des morts errant sur terre) qui ont pour particularité… d’exister réellement !… En effet, The Conjuring est une adaptation des dossiers surnaturels traités par le couple ayant enquêté sur de nombreux cas de possession dès la fin des années 60 jusqu’aux années 80, notamment sur la célèbre histoire de la maison d’Amityville… Ed est décédé en 2006 mais Lorraine Warren, aujourd’hui âgée de 79 ans a officié en tant que consultante technique sur le projet, preuve du grand sérieux et de la révérence avec lesquels le scénario fut abordé. Les Warren sont d’emblée considérés comme des professionnels à la sincérité digne du réalisateur les mettant en scène et non pas comme des charlatans… Une approche sans cynisme qui valut néanmoins à Wan quelques critiques acerbes, accusant son film de tomber dans la bondieuserie… des arguments absolument ridicules puisque l’on sait que la majorité des films d’horreur, c’est la règle du genre, se basent sur des éléments surnaturels ou religieux !!! Chez Wan, pas de cynisme ou de second degré… il prend le genre au sérieux, comme peu de ses contemporains peuvent encore s’en vanter dans cette ère post-Scream où tout est pris à la rigolade et au second degré…

 

The Conjuring est donc un film d’époque situé en 1971 et il est très distrayant de voir James Wan s’amuser à recréer les looks « pattes d’eph’ –  rouflaquettes – chemises à fleurs » de cette époque post-hippies, tout en parsemant sa bande-son de quelques tubes vintage comme le fameux Time of the Season des Zombies ou encore Sleepwalk de Johnny & Santo déjà popularisée dans Sleepwalkers (La Nuit Déchirée), de Mick Garris et Stephen King. Un peu de nostalgie bienvenue, injectant une dose d’humour dans un film où les personnages n’auront que peu d’occasions de rire. La direction artistique, comme nous l’avons dit précédemment est tout simplement stupéfiante : de ce décor de maison gigantesque (située à Rhode Island), typique de l’American Way of Life pré-récession, située en bord de lac avec des cordes à linge tendues dans le jardin et une balançoire en forme de pneu… en passant par la superbe photographie automnale de John R. Leonetti (Piranha 3D, Insidious), tout dans The Conjuring contribue à donner au projet un cachet old school, familier, chaleureux et attachant rappelant le cinéma des seventies… un univers aux textures très « American Gothic » qui se verra bien entendu très vite mis à mal par le fantôme d’une sorcière particulièrement vicelarde. Si déclarer qu’un décor « est un personnage à part entière » est devenu un cliché promotionnel, le design impeccable de ceux-ci rend chaque recoin de la maison et du « musée des horreurs » rempli de reliques terrifiantes, niché au sein de la demeure des Warren, à la fois familiers et dangereux… Il y a fort à parier que vous éviterez de descendre à la cave le jour où vous découvrirez ce film !…

 

THE CONJURING

 

Ses personnages, James Wan les aime tous : la famille qui vient s’installer dans cette superbe demeure a beau compter sept membres (les parents – Ron Livingston et Lili Taylor, ainsi que leurs cinq filles âgées de 5 à 16 ans), nous nous attachons à chacun d’entre eux et Wan passe suffisamment de temps à nous les présenter au point d’oublier le couple Warren jusqu’en milieu de film. The Conjuring nous est présenté du point de vue du couple de ghostbusters, et pas une seule seconde James Wan ne nous permet de douter de la bienveillance d’Ed et Lorraine vis à vis des victimes de cette possession démoniaque. Il les présente comme deux professeurs dictant toutes les règles à observer en cas de possession, s’adressant aussi bien à la famille Perron qu’aux spectateurs avertis. Personne ne met leur parole en doute car là n’est pas le sujet… Les Warren sont un couple de la middle-class ayant du mal à joindre les deux bouts, eux-mêmes parents d’une jeune fillette, et ils deviennent très vite amis avec leurs nouveaux « clients ». Ed est décrit comme un professionnel au sérieux imperturbable, follement amoureux de sa femme, qu’il aimerait protéger par dessus tout, quelques mois après un rituel traumatisant (et mystérieux) qui a mal tourné pour sa jeune épouse… Patrick Wilson est une fois de plus impeccable, faisant de Ed un homme courageux aux fêlures pourtant bien visibles. Lorraine, à peine sortie de cette épreuve (dont nous ignorons tout mais qui l’a laissée totalement muette pendant une semaine) est une mère de famille aimante et sensible, déterminée à aider coûte que coûte cette famille nombreuse, n’hésitant jamais à se mettre physiquement en danger. Vera Farmiga lui prête son infinie douceur, sa beauté diaphane et son immense talent.

 

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« 1) Infestation. 2) Oppression. 3) Possession. », voici donc le modus operandi des terrifiants êtres « entre deux mondes » sur lesquels enquêtent les Warren. Après l’éprouvant prologue en forme d’apéritif, les Warren auront affaire à leur adversaire la plus coriace : le fantôme d’une sorcière de Salem ayant noyé son bébé et jeté un sort sur les futurs propriétaires de ses terres, avant de se suicider… Prénommée Bathseba, cette vilaine madame particulièrement furibarde justifie à elle-seule le classement R que le film a reçu aux Etats-Unis. En effet, The Conjuring est une de ces denrées rares dans le sens où – pour la première fois depuis bien longtemps (enfin, depuis Insidious en fait…) – un film d’horreur se révèle absolument terrifiant, sans s’en excuser, sans faire retomber la tension avec des notes d’humour malvenues et n’est pas calibré pour plaire uniquement à un public adolescent.

 

Chez James Wan, ce n’est pas un hasard, l’effroi est… insidieux… parce que ses personnages, enfants compris, subissent les pires sévices commis par des forces surnaturelles particulièrement malintentionnées. Les scènes horrifiques, nombreuses, se succèdent dans un grand huit éprouvant et les spectateurs les plus valeureux, même les gros tatoués cessent très très vite de faire leurs malins… Le sort réservé à la mère de famille Carolyn Perron (la toujours excellente Lili Taylor, de retour dans le genre après le catastrophique remake de The Haunting par Jan De Bont en 1999) rappelle évidemment L’Exorciste, inévitable maître-étalon du film de possession démoniaque, mais surtout le moins connu L’Emprise dans lequel la belle Barbara Hershey subissait les assauts répétés d’un esprit libidineux. La possession ici, s’apparente fortement à un viol… et James Wan n’oublie jamais de montrer les conséquences psychologiques de ces expériences surnaturelles et violentes sur ses protagonistes. La fin du film arrivée, quel que soit le sort des personnages, vient ce sentiment de tristesse : leur vie ne sera plus jamais la même et de cette épreuve, ils ne ressortiront pas indemnes. Ça tombe bien, nous non plus !…

 

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Pour arriver à ses fins, Wan utilise pourtant un arsenal de vieux tours, des procédés classiques déjà vus maintes fois dans divers films de maisons hantées, de malédictions et d’exorcismes : portes qui grincent, cadres qui se décrochent des murs, objets divers se déplaçant tout seuls, esprits frappeurs martelant les murs, fantômes venant tirer les pieds d’une fillette endormie, horloges s’arrêtant toutes à l’unisson, le chien qui refuse d’entrer dans la maison hantée, une boite à musique qui permet d’apercevoir les esprits, une cave secrète abritant des horreurs innommables, une garde-robe qui s’ouvre toute seule, une fillette effrayée regardant ce qui peut bien se cacher sous son lit, une jeune femme possédée qui acquiert une force surnaturelle, des draps de lit vengeurs… tout y passe ! Rien de follement original dans cette liste non-exhaustive et pourtant – l’atmosphère familière, les effets sonores, les performances des acteurs et la beauté magistrale des décors aidant – tout ça marche à merveille grâce à un sens consommé de la mise en image et du rythme ! The Conjuring s’avère donc être bien plus que la simple somme de ses composants. James Wan réinvente toutes ces vieilles formules poussiéreuses, son talent lui permettant de transformer de vieux clichés en purs moments d’angoisse. Il orchestre un véritable crescendo dans la terreur pure, qui culmine de manière brillante avec une scène d’anthologie pourtant créée à l’aide de… rien du tout : une fillette soutient mordicus à sa sœur que « quelqu’un » se tient debout à côté de la porte de leur chambre. Wan cadre alors longuement cette porte plongée dans la pénombre et la moitié du public dans la salle, essayant de scruter une apparition, sait dès lors qu’il devra très vite changer de sous-vêtements une fois de retour à la maison. A l’aide d’une simple porte, James Wan parvient avec une économie bluffante à nous mettre le trouillomètre à zéro !

 

Le jeune réalisateur réussit donc autant à nous effrayer autant qu’à nous concerner par le sort de ses protagonistes. Pour ce faire, il n’utilise pratiquement d’aucun artifice « moderne » : pas de CGI, pas de montage saccadé, mais des effets assénés au compte-goutte faisant preuve de son art de la suggestion, des maquillages traditionnels très réussis (en particulier celui de Lili Taylor possédée en fin de film), des apparitions inattendues cadrées de manière à provoquer l’effroi (le cadavre d’une pendue se révélant subitement derrière Patrick Wilson, la poupée maléfique du prologue jouant à cache-cache avec ses propriétaires, une silhouette apparaissant furtivement dans le miroir d’une boite à musique…) souvent accompagnées d’effets sonores dévastateurs à vous flanquer une crise cardiaque !… Wan réussit là où le récent (et néanmoins honorable) Mama d’Andres Muschietti, échouait à créer la tension en faisant apparaître trop tôt et bien trop souvent son fantôme créé en images de synthèse un peu foireuses, un dosage de l’effroi mal équilibré faisant décrocher le spectateur d’un spectacle pourtant rehaussé par une certaine poésie due à l’influence de son producteur Guillermo Del Toro… Par sa facture technique, The Conjuring serait presque l’antithèse de Mama, si ce n’était l’intérêt commun et la grande affection que portent les deux œuvres à leurs personnages féminins…

 

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A une seule reprise, James Wan se montre pourtant moins inspiré : lors de l’inévitable exorcisme final, il recourt à un montage un peu trop frénétique sur un déluge d’images filmées en shaky-cam dans le bruit et la fureur… comme si le réalisateur avait eu peur de se frotter au chef d’œuvre de William Friedkin lors de cette scène emblématique. C’est la seule scène du film où l’on ressent un léger manque d’assurance de sa part. Quelques plans moins réussis dans un film qui arrive à terrifier de bout en bout… on lui pardonnera volontiers cette offense. Tout comme on lui pardonnera UNE ligne de dialogue conférant au comique involontaire et déclamée avec sérieux par une des fillettes : « Maman a emporté nos petites sœurs. Elle sentait la viande avariée. »… une ligne qui, sortie de son contexte (les esprits errants dégageant, nous explique Ed Warren, une odeur de viande pourrie) prête évidemment à sourire. Deux très légères scories qui ne gâchent en aucun cas l’excellente tenue de cet ultime film de maison hantée qui ferait passer la demeure d’Amityville pour le champignon du Grand Schtroumpf…

 

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Insidious Chapitre 2 mis en boite, James Wan déclare maintenant vouloir délaisser l’horreur pour aller explorer des horizons nouveaux. Une rumeur tenace le placerait à la tête d’une version cinéma de la série télé kitschissime des eighties MacGyver (!) mais c’est son projet le plus immédiat qui nous intrigue davantage : sa note d’intention concernant Fast & Furious 7, dont le tournage vient de commencer et sur lequel il remplace Justin Lin, réalisateur des quatre épisodes précédents de cette saga automobile, laisse rêveur : « Je veux retrouver l’intensité des polars américains à suspense des années 70 comme Bullitt, ces œuvres qui mettaient en scène Steve McQueen ou Paul Newman dans des couses poursuites effrénées. Fast & Furious 7 aura un petit côté rétro et nostalgique de cette grande époque… »

 

Vince Diesel / Steve McQueen, même combat?…  Old school un jour, old school toujours ! La nostalgie, camarade !…

 

Produit pour un « maigre » budget de 20 millions de dollars, The Conjuring, dont l’exploitation en salles n’est pas terminée, en a déjà rapporté 135 dans son pays d’origine et 259 en exploitation globale autour du monde, faisant du sixième film de James Wan l’un des films fantastiques les plus rentables de l’histoire du cinéma. Après Insidious et alors qu’Insidious Chapitre 2 connaît lui aussi un fulgurant démarrage en fanfare aux États-Unis pour son premier weekend d’exploitation, The Conjuring est un nouveau triomphe personnel et financier pour James Wan. Plus important, il s’agit avant tout d’un grand pas en avant pour le genre : un film fantastique adulte, qui ose terrifier avec virtuosité sans la moindre édulcoration sous prétexte d’être destiné à un public d’adolescents crétins. De quoi donner des leçons aux frères Weinstein, tristes pourvoyeurs du genre depuis les années 90 via leur firme Dimension… The Conjuring s’impose dès ses premières images comme le nouveau modèle à suivre!

 

The Conjuring fait peur. The Conjuring fait mal… The Conjuring fait du bien par où il passe… en plus de s’avérer finalement extrêmement didactique puisque – à l’instar des Dents de la Mer qui nous a appris à nous méfier des flots bleus et du Grand Requin Blanc – The Conjuring est porteur d’une leçon de survie assez essentielle dans la vie de tous les jours : ne jouez jamais à cache-cache les yeux bandés dans une maison hantée par le fantôme violent d’une sorcière de Salem ayant noyé son bébé dans un lac avant de se pendre… Je vous en conjure…

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

 

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