Actualités 2013… Evil Dead

684652252_1368806864EVIL DEAD

2013, de Fede Alvarez – USA

Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Jessica Lucas et Elizabeth Blackmore

Scénario : Fede Alvarez, Rodo Sayagues et Diablo Cody (non-créditée), d’après le scenario original de Sam Raimi

Directeur de la photographie : Aaron Morton

Musique : Roque Baños

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Groovy or not Groovy?

 

 Des remakes y’en a de toutes les couleurs (ogué ogué) 

Ceux qui sont là juste pour faire leur beurre (ogué ogué) 

J’en ai vu des impulsifs pulvériser le box-office (Massacre à la Tronçonneuse),

J’en ai vu des moins voraces faire roupiller les masses (A Nightmare On Elm Street !)

Celui d’un allemand plein de paresse

Qui nous refait un pauvre Vendredi 13

Y’a le remake tout con d’un imposteur (ogué ogué)

Qui nous refait The Fog sans nous faire peur (ogué ogué)

J’ai vu le remake réussi du déjà très bon Zombie

Et pour celui de Piranha, j’aime Alexandre Aja ! 

Le nouveau Godzilla qu’était bien nul !

Celui de Wicker Man si ridicule !

 

J’ai vu les remakes américains (ogué ogué)

De petits japonais bien plus malins (ogué ogué)

Des remakes à gros budgets

De petits films cultes tout fauchés

Qui en trahissaient l’esprit et la douce folie (The Vanishing)

Aujourd’hui pour rembourser ses dettes

Sam Raimi nous refait son Evil Dead

 

Tout, tout, tout, je vous dirai tout sur Sam Raimi…

 

 

Bonnes intentions? L’éternel débat sur l’utilité de cette vague de remakes qui déferle sur nos écrans depuis une bonne dizaine d’années – particulièrement ceux des classiques du film d’horreur des seventies et eighties – pourrait nous occuper durant des pages et des pages sans que l’on ne fasse avancer le schmilblick du moindre chouïa. Il n’y a donc pas à  tergiverser, il faut bien se faire une raison et avaler la pilule : après Massacre à la Tronçonneuse, La Dernière Maison sur la Gauche, Halloween et une épuisante ribambelle d’autres grands classiques du cinéma horrifique (voire du cinéma tout court), Evil Dead – le film le plus terrifiant de tous les temps ! (c’est Stephen King en personne qui le déclarait sur le poster) a désormais lui aussi son propre remake…

 

Evil-Dead

 

A bien y réfléchir, ce vieux débat qui enflamme les cinéphiles souvent outrés de voir leurs classiques préférés refaits à grands frais par des cinéastes en culottes courtes et par les grands studios appâtés par le gain ne serait-il pas stérile ? Après tout, les remakes ne sont pas si différents des autres « genres » et existent depuis les débuts du cinéma : certaines de ces relectures sont donc excellentes et révèlent de nouveaux talents (Massacre à la Tronçonneuse 2003, Dawn of the Dead 2004, Piranha 2010, Maniac 2012), certaines font carrément mieux que l’original (La Mouche 1986, Cape Fear 1991, The Hills Have Eyes 2006), d’autres aussi sont tout simplement honteuses et indignes de leurs modèles (The Fog 2005, The Hitcher 2007, A Nightmare On Elm Street 2010, Conan le Barbare 2011) alors que certaines suscitent la controverse (le Psycho 1998 « plan par plan » de Gus Van Sant, le Halloween 2007 version redneck de Rob Zombie…) Bien entendu, beaucoup sont là uniquement pour des raisons de sousous dans la popoche et pour capitaliser sur une « marque » bien connue, voire même sur une date de sortie collant avec le sujet du film comme ce fut le cas de La Malédiction version 2006, un film conçu presque uniquement pour sortir dans les salles américaines le 6 juin 2006, « 666 » était bien entendu la marque du Diable en personne… D’autres, à force de vouloir se distancier du modèle original s’en éloignent au point de tomber dans la caricature et dans le grand n’importe quoi (La Planète des Singes 2001 revue par Tim Burton, avec son final WTF incompréhensible écrit sous influence) et c’est dans ces cas extrêmes, que l’on se retrouve à visionner les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte et le sourcil qui frise, un spectacle aussi absurde qu’un Nicolas Cage déguisé en ours, menaçant l’arme au poing de voler leurs vélos à de jeunes bigoudaines, puis assommant des femmes obèses à grand renfort de kickboxing (The Wicker Man 2006, à voir absolument pour le croire)…

 

Le seul argument valable contre cette vague de remakes, c’est leur systématisme, ce côté inévitable… Qu’un film mérite d’être revisité ou pas, il le sera malgré tout puisque tous les grands classiques semblent y passer l’un après l’autre avec des fortunes diverses… Dans les mois qui viennent, nous aurons ainsi l’occasion de voir de nouvelles versions de Carrie, Suspiria, Old Boy, RoboCop, Highlander, The Crow, Godzilla et Poltergeist… L’exercice du remake est désormais devenu un argument commercial comme un autre, et d’ailleurs particulièrement profitable : plus aucun bon concept ne se perd, tout se recycle sans la moindre honte ou hésitation. Mais si un remake ne se base par définition pas sur une idée originale, ils peuvent néanmoins parfois s’avérer des terrains d’expérimentation formidables et des exercices de haute voltige pour de jeunes cinéastes, comme en atteste le récent Maniac de Franck Khalfoun, qui jouait de manière très intelligente avec le concept du film original de William Lustig. Certes, peu sont aussi réussis que leurs modèles et rares sont ceux dans lesquels les auteurs de l’œuvre originale sont réellement impliqués.

 

Chanson différente avec Evil Dead puisque une fois n’est pas coutume, c’est Sam Raimi et ses deux complices Robert Tapert et Bruce Campbell, c’est-à-dire les trois instigateurs du cultissime film original qui, à la surprise générale, annoncent un remake de leur propre œuvre, alors que les nombreux fans réclamaient depuis 20 ans un éventuel Evil Dead 4 / Army of Darkness 2 poursuivant les aventures délirantes du crétin le plus cool et le plus malmené de l’histoire du cinéma, Ash (Bruce Campbell)… un projet que le succès commercial de ce remake pourrait d’ailleurs faire renaître prochainement…

 

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Les motivations ? Evil Dead ayant été tourné douloureusement, dans un semi-amateurisme, par une équipe très jeune, avec des moitiés ou des restants de bouts de ficelles, Sam Raimi n’a jamais vraiment pu faire l’ultime film de trouille qu’il avait en tête, ce qui n’a d’ailleurs pas empêché son bébé de traumatiser les foules… autant que de les faire rire ! Evil Dead version 1981 reste pourtant le film le plus inventif, énergique et complètement barré que les fans de films d’horreur pouvaient espérer ! Seul son successeur direct, ce chef d’œuvre de folie cinématographique pure qu’est Evil Dead 2 en 1987 (lui même déjà un remake du premier) lui arrive à la cheville (et le surpasse) en matière de pure énergie, de folie, d’inventivité, d’insolence, d’humour absurde et d’un amour sincère du cinéma, visible dans chaque plan.

 

L’amour du cinéma ce n’est pas ce qui manque à Fede Alvarez, le jeune réalisateur uruguayen sélectionné par Raimi pour tenir les rênes de ce remake, sur la seule base de son court métrage fait maison, l’épatant Ataque de Panico (Panic Attack), posté sur YouTube en 2009 et ayant connu un succès considérable sur le net. Ce nouvel Evil Dead représente donc un challenge pour Sam Raimi : plutôt que de confier son bébé à un réalisateur confirmé ou à une gloire du fantastique, plutôt que de le refaire lui même (rares sont les intrépides comme Alfred Hitchcock, Francis Veber ou Dick Maas ayant réalisé eux-mêmes le remake d’un de leurs propres films…), il en confie la réalisation à un jeunot signant ici son premier long métrage… Une manière de rappeler qu’Evil Dead version 1981 était lui aussi un premier film… Si le trio de producteurs, gardiens du temple qu’est la trilogie Evil Dead ne semblent de prime abord pas trop prendre de risques (Evil Dead étant devenu une « marque » susceptible de rapporter gros), il s’agit malgré tout de ne pas s’attirer les foudres des nombreux fans de la franchise tout en attirant la nouvelle génération n’ayant pas vu (les sots !) l’original… Un équilibre très difficile à atteindre surtout lorsque l’on apprend que Bruce Campbell ne fera pas partie de la distribution et que son personnage, Ash, indissociable de la réussite de la trilogie à force de marcher sur des peaux de banane démoniaques et de tomber tête la première sur des objets pointus, ne figurera pas dans cette nouvelle mouture… Dans ces conditions, il était donc permis de  saluer l’audace de la démarche, autant que de douter de la qualité du projet, surtout lorsque l’on pense à la peu brillante carrière de producteur de Raimi (et sa boite de production Ghost House Pictures), avec des titres aussi médiocres et anecdotiques que The Grudge (et ses suites), Boogeyman (et ses suites), The Messengers (et sa suite) ou Rise – Blood Hunter (sans suite), des films de genre à budgets modestes emballés par des « yes-men » serviles peu inspirés, parmi lesquels surnageait jusqu’ici un seul titre : l’excellent 30 Days of Night, de David Slade… Tout ça pour dire qu’un remake d’Evil Dead ne s’annonçait pas forcément sous les meilleures augures.

 

Mais comme pour n’importe quel projet, quatre éléments essentiels allaient faire la différence : 1) les intentions, 2) la qualité et l’originalité du scénario, 3) la personnalité du réalisateur en charge et 4) la liberté que lui laisseraient ses producteurs… Heureusement, entre Raimi et son nouveau protégé, le courant passe. Très occupé à la réalisation de Oz, the Great and Powerful, Raimi laisse une paix royale à Fede Alvarez et le tournage est supervisé de près par Robert Tapert qui n’intervient que très peu dans les choix artistiques. Alvarez a donc une liberté toute relative, puisqu’il se retrouve quand même avec la tâche herculéenne de devoir réinventer LE film d’horreur le plus adoré, le plus copié et le plus influent des années 80…

 

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Cinq jeunes gens se retrouvent donc coincés dans une cabane au Canada, pardon… au fond des bois et sont confrontés à des forces surnaturelles maléfiques qui vont les décimer un à un. Arrêtez-moi si vous la connaissez, même Line Renaud en a fait une chanson… Ceux qui ont vu (et de toute évidence adoré) le génial et malin The Cabin in the Woods (2012), parodie post-moderne sur les limites des concepts des films d’horreur, le savent : il est difficile aujourd’hui de renouveler le canevas ultra-classique et archi-rabâché des jeunes idiots perdus dans les bois… un sous-genre à lui tout seul dont Evil Dead et Evil Dead 2 représentent le mètre-étalon. Un genre que Raimi a pratiquement inventé à lui tout seul et qui depuis 1981 a connu des centaines d’ersatz.

 

Mais la tâche ne fait pas peur à Fede Alvarez qui énonce très vite ses intentions : le film original ayant (surtout à cause de l’amalgame créé avec le cartoonesque Evil Dead 2) acquis une réputation un peu faussée de « comédie d’horreur ultime » avec ses scènes de slapstick, ses effets spéciaux farfelus en plasticine et la performance survoltée de Bruce Campbell… Cette nouvelle version sera au contraire éprouvante, cruelle et… totalement dénuée d’humour ! En bref, un vrai film d’horreur et de trouille comme le promettait une pré-affiche pas forcément très modeste, sur laquelle on pouvait lire en grand : « THE MOST TERRIFYING FILM YOU WILL EVER EXPERIENCE ! »… Rien que ça ! Fede Alvarez déclare avoir voulu réaliser sa version fantasmée du film original, c’est-à-dire le film que nous vendaient en 1981 une série de fameuses photos promotionnelles… qui ne figuraient pas dans le film (et mettant en scène différentes actrices !)

 

Alors, pari réussi ?

 

En grande partie, oui, le premier film d’Alvarez s’avère une franche réussite, à quelques réserves près. Evil Dead 2013 n’est effectivement pas le film le plus terrifiant dont vous ferez l’expérience, mais Fede Alvarez nous a concocté une expérience d’une efficacité indéniable, dont l’énergie, la passion et le professionnalisme sautent aux yeux, même si quelques défauts parfois gênants viennent un peu gâcher la fête.

 

Est-ce un défaut ou une qualité ? On a souvent l’impression avec cette nouvelle version de ne pas regarder un épisode d’Evil Dead mais un survival plutôt brillant ne partageant avec son aîné que le canevas de départ. S’éloignant résolument du ton rigolard et pince-sans-rire de la trilogie, Alvarez envisage avant tout son récit comme un terrible drame familial : Mia (Jane Levy) est une toxicomane récidiviste et suicidaire que ses meilleurs amis et son frère David (Shiloh Fernandez) décident de sevrer en la privant de ses substances le temps d’un séjour prolongé dans le vieux chalet familial abandonné au beau milieu de nulle part, dans une forêt touffue. Quoi qu’il arrive, pour son propre bien, ses amis ne la laisseront pas partir avant d’être « guérie »… Ce qu’ils ne savent pas c’est que la cabane fut l’autel d’un terrible sacrifice humain et qu’elle abrite dans sa cave le fameux « Livre des Morts » (qui – pour d’obscures histoires de copyright – ne s’appelle pas cette fois « Le Necronomicon » mais c’est tout comme…) Evidemment, dès qu’un passage du Livre est lu à voix haute, les forces du Mal se déchaînent et vont se décider à trucider et à posséder un à un les cinq jeunots, à commencer bien entendu par la pauvre Mia qui, sous l’emprise de la possession démoniaque fait penser dans un premier temps à ses amis qu’elle vit les syndromes d’une terrible rechute… Une idée très originale et particulièrement bien amenée : Alvarez emmène le spectateur sur une piste alternative : le comportement de Mia, puis de son frère (qui souffre de schizophrénie) est-il du à leur passé familial chargé ou aux forces de l’Enfer qui se déchaînent ? Evidemment, l’ambiguïté ne dure pas bien longtemps et la réponse ne fait pas de doute… A la place de cet idiot de Ash malmené et torturé de mille manières toutes plus cruelles les unes que les autres, Fede Alvarez nous offre le portrait d’une jeune suicidaire qui va se retrouver violée aussi bien littéralement (par la végétation, scène reprise de l’original) que mentalement. Le niveau de cruauté est donc particulièrement élevé, faisant de ce nouvel Evil Dead une expérience résolument plus adulte et plus « réaliste » (avec des milliers de guillemets) et qui plus souvent qu’à son tour vous fera frissonner de dégoût.

 

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Car Fede Alvarez aborde l’horreur non pas à la manière d’un Sam Raimi mais plutôt comme le David Cronenberg des débuts, avec son concept de « body horror » : ici, les corps sont  mis à rude épreuve de manière très graphique : déchirés, retournés, éventrés, transpercés, dans un exercice de haute voltige qui réussit de justesse à éviter le piège du « torture porn ». Langue coupée en deux, bras sectionné à faire passer le 127 Heures de Danny Boyle pour un aimable pique-nique, visage brûlé au dernier degré, mâchoire arrachée avec un morceau de verre, corps perforé par un fusil à clous, chair pénétrée à plusieurs reprises par la lame acérée d’une machette… Pas ou peu de créatures de l’au-delà à signaler dans cette relecture ; ici, l’horreur vient de l’intérieur. Dans ce sens, cette relecture ressemble davantage à un mélange de l’univers de Cronenberg, agrémenté ici et là d’éléments inspirés des films fantastiques japonais (les possédés bougent de manière saccadée et font craquer les muscles de leurs cous comme les petites filles aux cheveux noirs de The Grudge et The Ring…) Pour venir confirmer cette direction différente, moins portée sur les transformations en créatures difformes, les maquillages des possédés (particulièrement Mia) rappellent fortement L’Exorciste, bien plus que la trilogie caoutchouteuse de Raimi.

 

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Techniquement, le film d’Alvarez est un véritable festin pour les yeux : la photo d’Aaron Morton rend fascinants les bois sombres de la Nouvelle Zélande (où le film fut tourné…) et les effets spéciaux « à l’ancienne » sont effectués « pour de vrai », avec très peu d’apport de CGI : ainsi, chaque membre arraché, chaque bout de peau sanglant dégoulinant hors des corps torturés, chaque viscère éventré est mis en valeur avec une véritable jouissance dans l’art de la douleur. Les 20 dernières minutes, culminant dans un véritable opéra gore sont d’une beauté plastique spectaculaire : une fois n’est pas coutume, l’expression « bain de sang » n’est absolument pas galvaudée! Le film de Fede Alvarez est sans le moindre doute un des films les plus violents et les plus dégoûtants vus de mémoire de cinéphile. Ici, les blessures font mal, TRES mal… et le spectateur aura plus d’une fois la tentation de fermer les yeux et de gesticuler de malaise dans son siège. La scène dite « de la machette à travers le mur » restera désormais un des moments de tension et de douleur à surpasser. Un véritable « goregasme »…

 

Malheureusement, Evil Dead 2013 contient aussi de grosses erreurs de jeunesse qui viennent  amoindrir l’enthousiasme général. Serait-ce la loi du genre ? Quoi qu’il en soit, l’interprétation s’avère assez pauvre, à l’exception notable de l’excellente Jane Levy dans le rôle principal. Ses partenaires (particulièrement les messieurs, Shiloh Fernandez et Lou Taylor Pucci, tous deux carrément mauvais) sont de jeunes acteurs anonymes n’arrivant jamais à dépasser le stade des jeunes idiots paumé dans les bois, récitant des dialogues dans l’ensemble assez pauvres (malgré l’apport non-crédité au scénario de l’Oscarisée Diablo « Juno » Cody) et parfois même carrément ridicules qui ne viennent pas arranger leur cas.

 

“-Everything’s gonna be okay. You’re fine.

-Your girlfriend just cut her fucking arm off. Does that sound fine?…”

 

… Ou l’impression parfois désagréable de se retrouver dans Les Dents de la Mouche, la parodie des Inconnus! La note d’intention « sans humour » ne précisait pas « et sans humour involontaire »… La catchphrase / insulte proférée par Mia lorsqu’elle est possédée par le démon « Mia’s not here you fucking idiot! Your little sister’s being raped in Hell! » ne vaut pas les excès langagiers d’anthologie de la jeune Reagan et de son crucifix dans L’Exorciste, des profanités que cette nouvelle version essaie de copier de manière trop automatique, sans y parvenir… Fede Alvarez et son coscénariste Rodo Savagues ne remplaceront donc pas d’aussitôt William Shakespeare, Aaron Sorkin ou David Mamet… A l’exception de Mia, les autres personnages de ce Scooby Gang ne dépassent jamais les tristes clichés habituels (ce que le film de Raimi n’arrivait d’ailleurs pas à faire non plus !) : le frérot, David (Shiloh Fernandez) est le beau gosse héroïque avec un sombre secret, Olivia (Jessica Lucas) est la black tête à claques donneuse de leçons, Eric (Lou Taylor Pucci) est le baba cool chevelu provoquant l’Apocalypse en lisant à haute voix des passages du Livre des Morts. Quant à la blonde de service, elle est jouée par une blonde de service (Elizabeth Blackmore), sans la moindre personnalité et dont le sort funeste ne fait aucun doute dès sa première apparition. Au point tel qu’on aurait tout aussi bien pu la surnommer « Blondie » ou « Protagoniste n°5 » au générique, un personnage qui devient beaucoup plus vivant… lorsqu’il est mort !

 

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Le manque total d’humour revendiqué (par peur d’être trop kitsch ou de se retrouver comparé à Raimi ?) marque un certain manque de confiance de la part du jeune réalisateur et risque à plusieurs reprises de faire penser que le film se prend un peu trop au sérieux… Le film débute par un prologue de série Z complètement raté, tentant de manière trop scolaire de faire la lumière sur certaines zones d’ombre (la présence du Livre des Morts dans la cabane) qui auraient tout à fait pu y rester (dans l’ombre !) Cette tentative maladroite et agaçante d’expliciter à tout prix les origines d’une histoire pourtant assez limpide va dans le (mauvais) sens d’autres remakes ayant récemment commis la même erreur : en effet, quel est le besoin dans un nouveau Massacre à la Tronçonneuse que l’on nous bassine avec des explications fumeuses racontant comment Leatherface est devenu très méchant parce que ses petits camarades en culottes courtes se moquaient de lui à la récré?… Trop d’explications, trop de logique et de rationalisme tuent la peur ! Pareil ici avec ces cinq premières minutes inutiles et qui n’augurent rien de bon.

 

Heureusement, une fois que le magnifique générique du début se termine, Fede Alvarez reprend du poil de la Bête et sa narration redevient intelligente, sa mise en scène se fait percutante grâce à ce scénario de qualité qui s’éloigne suffisamment de l’original, grâce à la cruauté et au sens de malaise qu’il parvient à créer et grâce à un sens visuel hors du commun!… Carré, professionnel, efficace, techniquement supérieur, éprouvant… ce nouvel Evil Dead, malgré toutes ses indéniables qualités n’arrivera pourtant pas à remplacer dans le cœur des cinéphiles le film culte de Raimi. Pour preuve, il suffit de comparer les fameux plans en vue subjective des « Forces Démoniaques » : dans le film de Raimi, la caméra à ras le sol cassait tout sur son passage à une vitesse incroyable, dans une cacophonie de râles gutturaux terrifiante, dérangeante et un poil comique… Dans celui d’Alvarez, la caméra semble glisser sans le moindre problème entre les arbres, presque majestueusement… Une différence de taille puisque ce plan était l’un des plans les plus emblématiques du style fou de Sam Raimi. Il est ici retranscrit d’une manière beaucoup plus impersonnelle, scolaire, un peu comme un passage obligé qu’Alvarez craignait trop. De ce fait, malgré toutes ses indéniables qualités, le film d’Alvarez met mal à l’aise bien plus qu’il ne provoque la peur…

 

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« Une évidence, en repensant aux films qui m’ont réellement terrifié, c’est que la plupart des films d’horreur de qualité étaient des films à petit budget dont les effets spéciaux artisanaux ont été fabriqués dans la cave du réalisateur » déclarait Stephen King. Et c’est bien là que fait toute la différence… et une des raisons pour lesquelles cette nouvelle cuvée d’Evil Dead ne fait pas peur… Trop modeste, le Sam Raimi producteur semble parfois « s’excuser » de n’avoir su faire un film parfait dans ses jeunes années, ce à quoi on lui rétorquera que c’était son inexpérience, sa folie et sa jeunesse qui ont fait de son premier long métrage bien plus qu’un simple film : une véritable expérience cinématographique aux effets durables ! Trop maîtrisé, trop calculé, trop formaté, trop « professionnel », son remake n’a pas ce grain de folie essentiel à la réussite d’un épisode d’Evil Dead pour emporter totalement l’adhésion. C’est seulement considéré à part que le film d’Alvarez prend toute sa valeur : tout en gardant une trame identique, il s’éloigne suffisamment de celui de Raimi pour trouver petit à petit sa propre personnalité. Il est donc essentiel pour apprécier à sa juste valeur cette « cover version » de ne pas la comparer à tout prix à son modèle, ses qualités intrinsèques, son côté dérangeant permettant de l’apprécier pour ce qu’il est : un film d’horreur honnête, d’une beauté visuelle indéniable, généreux dans l’excès, terriblement percutant, brutal, nerveux et terriblement douloureux…

 

Et si les puristes cherchant la petite bête et les détracteurs d’humeur chafouine rejettent – par pur principe – ce remake en majeure partie réussi, envoyons-leur la jeune Mia pour qu’elle reproduise devant leurs yeux ébahis cette magnifique scène où elle enfonce avec une certaine jouissance sa tronçonneuse dans la gorge d’une goule maléfique :

 

« Feast on this, motherf***** ! »

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge) 

 

 

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