Actualités 2013… Carrie

CarrieCARRIE

(CARRIE, LA VENGEANCE)

2013, Kimberly Peirce – USA

Scénario : Lawrence D. Cohen et Roberto Aguirre-Sacasa, d’après le roman de Stephen King

Avec Chlöe Grace Moretz, Julianne Moore, Judy Greer, Gabriella Wilde, Portia Doubleday, Ansel Elgort et Alex Russell

Directeur de la photographie : Steve Yedlin

Musique : Marco Beltrami

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dent de Scie

 

Pour le public adolescent mal informé de 2013, Carrie n’est pas une préquelle du Dentiste de Brian Yuzna mais bien le remake du classique homonyme de Brian De Palma (1976), ainsi qu’une nouvelle adaptation du tout premier roman de Stephen King, paru en 1974. L’histoire, vous la connaissez : tourmentée par sa mère folle de messe, névrosée et tyrannique, la vie n’est pas rose pour la jeune Carrie White, une adolescente empotée, disgracieuse et mal dans sa peau. D’autant que, suite à la traumatisante découverte de ses premières règles sous la douche du cours de gym, une expérience à laquelle personne ne l’avait préparée, Carrie devient la tête de turc des filles du collège. La jeune fille ne fait que subir et ne peut rendre les coups… jusqu’à ce qu’elle se découvre d’inquiétantes facultés surnaturelles!…

 

Malheureusement, comme nous allons le constater, la nouvelle version signée Kimberly Peirce, malgré de belles promesses et des images promo plutôt prometteuses, n’est en fin de compte que le parent pauvre, une photocopie éhontée et brouillonne du chef d’œuvre de De Palma, débarrassée d’à peu près tout ce qui en faisait la saveur et, plus grave encore, de toute ambition cinématographique notable.

 

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Malgré son statut d’énième remake d’un classique de l’horreur, le projet s’annonçait pourtant sous de bonnes auspices puisque la jolie réalisatrice de l’oscarisé Boys Don’t Cry, un beau film aux thèmes similaires (une adolescente cachant un lourd secret est martyrisée par ses congénères…) déclarait (chanson connue) vouloir « revenir aux fondamentaux du roman de Stephen King et en livrer une adaptation plus fidèle », avec un casting composé de deux excellentes actrices de prestige. Première inquiétude : les propos promotionnels promettaient une relecture « féministe » d’un roman dont les protagonistes sont des femmes… sans aucune autre raison valable que parce que l’on retrouve une femme aux commandes et qu’il s’agit du récit par le surnaturel d’une puberté féminine particulièrement douloureuse (les pouvoirs de Carrie se développent en même temps que son corps de femme). La belle affaire ! Pendant le tournage et pour la promo, Kimberly Peirce (qui signe ici, après Stop-Loss, drame lourdaud sur fond de guerre en Irak, son troisième film) s’évertue par ailleurs à déclarer à qui veut l’entendre qu’elle est « une amie de longue date de Brian De Palma, et que ce dernier lui a donné son approbation »… Tant mieux pour elle !… Las, ces belles intentions cachaient en fait une vaste supercherie et un nouveau remake inutile d’une œuvre culte, adorée des fantasticophiles, rejoignant Hitcher 2007, The Fog 2005, A Nightmare On Elm Street 2010 et tant d’autres dans la pile des remakes à côté de la plaque (dentaire) et l’interminable liste des adaptations ratées de l’œuvre maintes fois vandalisée de l’écrivain du Maine.

 

Les signes avant-coureurs de ce mini-désastre – outre le fait, toujours annonciateur de sérieux problèmes, que le film n’a pas été présenté à la presse – sont apparus au public dès la première bande-annonce apparue sur le net, dans laquelle, lors d’une image-clé du fameux bal final, (séquence classique du cinéma d’horreur par excellence dans le film de De Palma), le sang de porc (en images de synthèse) qui se déverse cruellement sur la pauvre Carrie alors qu’elle vient de monter sur l’estrade dans sa robe étincelante, était de couleur… GRISE !… le studio MGM ayant sans doute jugé que du sang rouge (!!!) serait bien trop horrible pour un public adolescent auquel – c’est maintenant limpide – le film s’adresse en priorité. Triste époque où les films d’horreur « grand public » sont conçus avant tout afin de ne pas choquer nos petites sœurs… Exemple type du règne d’une certaine hypocrisie et du sacro-saint politiquement correct, le nouveau Carrie, sous ses dehors mensongers de vision féministe (whatever that means) est le genre de long métrage faux-cul dans lequel des jeunes filles prennent leur douche en sous-vêtements (!) et s’envoient mollement en l’air en soutien-gorges… Voilà un élément auquel nous savons pertinemment que Brian De Palma n’aurait pas donné son aval…

 

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Difficile dans ces conditions de prendre les déclarations et la note d’intention de Kimberly Peirce au sérieux : ainsi, son film se voudrait une nouvelle relecture, plus fidèle au roman de Stephen King. Or, comme les lecteurs le savent, le roman se déroulait sous forme épistolaire et sa structure éclatée ne permettait pas une lecture chronologique. En 1976, c’est le scénariste Lawrence D. Cohen (spécialiste des adaptations de Stephen King) qui s’était dépatouillé avec le livre de 200 pages pour en tirer le solide scénario du film de De Palma. Lawrence D. Cohen, bien que n’ayant pas travaillé sur cette nouvelle mouture est pourtant crédité au générique… ce qui en dit long sur le caractère opportuniste de l’entreprise ! On se demande donc bien pourquoi un deuxième scénariste, en l’occurrence Roberto Aguirre-Sacasa (la série Glee, parangon du PG-13 pour les ados de la génération Twitter) est crédité lui aussi, et quel fut son rôle exact dans le processus, à part celui de donner un petit coup de polish pour rendre le récit plus moderne, tant ce remake ne s’avère en fin de compte (à une ou deux exceptions près) qu’un copier-coller honteux, scène par scène de son illustre prédécesseur… Que la structure scénaristique soit parfaitement similaire, passe encore, que pratiquement rien ne soit apporté au discours et aux thématiques du film de 1976, passe encore… mais – comble de la paresse – les dialogues du film original sont récités A L’IDENTIQUE du début à la fin, au point que cela devient vite gênant pour les nombreux cinéphiles qui connaissent par cœur le chef d’œuvre de De Palma… la bande-son allant même jusqu’à recycler le fameux « They’re gonna laugh at you » prononcé en 1976 par Piper Laurie, phrase qui tourne en boucle dans l’esprit de Carrie lorsqu’elle est humiliée en public et qui déclenche sa fureur meurtrière…

 

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Malgré tout, quelques bonnes intentions subsistent : Kimberly Peirce essaie bien d’aborder avec insistance et de moderniser le thème éternel de la persécution de l’adolescente par ses cruelles camarades de classe. Ainsi, la fameuse séquence des premières règles dans les douches est filmée sur un iPhone et se retrouve sur YouTube, au vu de toute l’école… une idée qui serait originale si on ne la trouvait pas déjà (de manière détournée) dans la risible et tardive suite « officielle » du film de De Palma, The Rage : Carrie 2 en 1999… une série B dans lequel on inventait une demi-sœur tout aussi torturée à notre tragique héroïne… La perversité du monde adolescent que l’on retrouvait en 1976 dans chaque geste ou regard de la sublime Nancy Allen est ici anéantie par la performance anonyme de Portia Doubleday et par un casting de seconds rôles dans l’ensemble rapidement oubliables et pas attachants pour un sou… n’arrivant jamais, triste signe des temps, à incarner la joyeuse naïveté et nonchalance des pré-adultes, des qualités remplacées par un cynisme laborieux… L’actrice Gabriella Wilde, qui succède à Amy Irving dans le rôle de Sue (l’adolescente en proie à des remords et qui tente d’aider Carrie) est certes très jolie, mais ressemble davantage à un top model irréel qu’à une adolescente lambda… En 1976, Carrie avait révélé les talents de Sissy Spacek (déjà remarquée dans Badlands, quand même…), Amy Irving, P.J. Soles, Nancy Allen et un certain John Travolta particulièrement loufoque et idiot… Il y a peu de chances que cette version 2013 réitère un tel exploit tant ce casting de têtes interchangeables sorties d’un épisode de Twilight s’avère très vite irritant : les filles sont des poupées Barbie accrochées à leurs portables et les mecs des clones décérébrés à têtes d’endives, rappelant l’ex-espoir masculin aujourd’hui retourné dans l’anonymat, Taylor Lautner.

 

Chloe Moretz stars in Metro-Goldwyn-Mayer Pictures and Screen Gems' CARRIE.

 

Alors une fois la colère passée, que reste-t-il de ce film destiné au public adolescent ? Une sorte de patchwork en accéléré des meilleures scènes du film original, sans le style, la classe, l’érotisme suranné et la sophistication formelle du chef d’œuvre de 1976, ni encore la fascinante perversité que De Palma et King conféraient à leurs récits respectifs. Chez De Palma, c’étaient les petits moments « calmes » qui conféraient sa force à l’histoire : la tendresse et la pitié de la prof de gym envers la jeune fille, le côté introverti et naïf de Carrie, notamment lorsqu’elle récite un poème en classe, l’humour gentiment absurde (l’image et le son accélérés) de la séquence d’essayage des costumes pour le bal… Chez Peirce, tous ces moments sont bien présents, mais on dirait que, paralysée par le poids de De Palma, la réalisatrice les expédie et les bâcle afin d’arriver le plus rapidement possible aux scènes « choc », à savoir celles du bal et de la destruction par Carrie de la moitié de la ville… Malheureusement, le bât blesse aussi de ce côté-là puisque cette Carrie cuvée 2013 s’avère bien pauvre en comparaison, s’apparentant davantage à certaines séries B récentes qu’à son modèle.

 

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Pour preuve, comparons la mythique scène du « seau de sang » chez les deux réalisateurs respectifs : De Palma, sans le moindre dialogue créait une formidable scène à suspense dans un long et fascinant plan-séquence au steadycam (sa marque de fabrique), qui culminait avec un gros plan sur le pincement de lèvres le plus érotique de l’histoire du cinéma (celui de Nancy Allen), avant d’envoyer la sauce sur les pauvres Sissy Spacek et William Katt… Inoubliable… Terrifiant… Choquant… Cruel… D’une tristesse infinie… De Palma faisait passer son personnage principal et son public par une multitude d’émotions fortes en l’espace de quelques instants, mais en prolongeant un suspense insoutenable (les frémissements du seau avant la chute, le ralenti interminable, la réaction de Sue dans le public…) Au sommet de son talent en 1976, De Palma n’avait pas son pareil pour transcender une scène dont nous connaissons pourtant l’issue. On appelle ça « la mise en scène »…

 

En 2013, chez Kimberly Peirce, cette même scène se résume à un simple et vulgaire champ / contrechamp entre le regard de Sue qui aperçoit le seau suspendu à une poulie au plafond… On peut donc vraiment se poser la question de l’utilité – outre l’aspect financier – de ce remake dont le seul démarquage vis à vis de son modèle est de lui ôter son efficacité et toutes ses brillantes idées de mise en scène, pour les remplacer par une réalisation plate, anonyme, voire télévisuelle… De Palma interprétait le roman à son style inimitable, Peirce se contente de l’illustrer fidèlement, paresseusement, refilmant en vitesse les mêmes scènes sans la moindre inspiration, pire encore, sans nous permettre de nous attacher à des personnages qui ne restent que des stéréotypes. Question de style et de personnalité… Même remarque pour la scène finale : en 1976, le cauchemar de Sue après la mort tragique de Carrie aura terrifié toute une génération et ce final d’anthologie aura été maintes fois copié… une simple main sortant d’une tombe suffisait à nous mettre le trouillomètre à zéro ! Kimberly Peirce, quant à elle, ne trouve rien de mieux à offrir qu’une pierre tombale qui se craquèle à grands coups d’effets numériques avant d’envoyer le générique… Même pas peur !… La conséquence inévitable du poids des comparaisons, c’est que la réalisatrice, désormais incapable de cacher son manque de point de vue, n’essaie même pas de se distinguer et que tout dans son approche semble timoré et terriblement formaté.

 

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Le manque d’intérêt de Kimberly Peirce pour nous « installer » dans son récit et savourer le paysage pour mieux aller à l’essentiel (ou du moins ce qu’elle croit être l’essentiel) est le modèle à ne pas suivre en matière de développement de personnages, et le reproche principal que l’on peut adresser à ce film qui ne prend jamais le temps de « respirer ». Ainsi, Carrie semble découvrir et maîtriser ses pouvoirs télékinésiques en un temps record, sans trop se poser de questions !… Même le fameux bal, scène du déchaînement infernal de l’adolescente est un véritable pétard mouillé, expédié en quelques minutes dans un décor minimaliste et ne faisant qu’une poignée de victimes, la réalisatrice préférant s’attarder sur la scène suivante où Carrie provoque un accident routier, séquence que l’on croirait sortie tout droit d’un épisode de Destination Finale… Alors que le film de De Palma se montrait ambigu et que Carrie, dans sa rage meurtrière, décimait de manière violente toute l’assemblée, elle semble bien plus parcimonieuse en 2013 et prend le temps d’effectuer une sélection chez ses victimes, épargnant même sa gentille prof de gym (l’attachante Judy Greer, une des rares réussites du casting) alors que le personnage trépassait, sectionnée en deux chez De Palma. Non, décidément dans un film d’horreur pour tous public en 2013, un personnage de « gentille » ne peut pas mourir violemment… Qu’en penseraient les associations parentales, détentrices du bon goût ?

 

Julianne Moore stars in Metro-Goldwyn-Mayer Pictures and Screen Gems' CARRIE.

 

Le personnage attachant autant qu’effrayant de Carrie White, qui valut en son temps une nomination à l’Oscar de la Meilleure Actrice pour Sissy Spacek est cette fois interprété par Chloë Grace Moretz, jeune actrice de talent, du même âge que son personnage (16 ans, alors que Spacek avait 27 quand elle l’incarna…) révélée par les excellents Kick-Ass et Let Me In… Problème, comme on l’a découvert récemment dans le lamentable et vulgaire Kick-Ass 2, la jeune actrice, devenue adolescente, semble avoir développé une série d’énervants tics de jeu dont elle semble avoir bien du mal à se débarrasser. Erreur de casting flagrante, Moretz est trop jolie, trop mignonne, trop « Hollywood » pour incarner ce personnage de vilain petit canard persécuté. L’actrice fait ce qu’elle peut pour sauver les meubles et se cache derrière une sempiternelle mine de chaton apeuré et un accent texan trop forcé, emprunté de manière ridicule à Sissy Spacek…

 

Lors de son déchaînement final, Carrie devient un véritable monstre, proche des fillettes possédées des films fantastiques japonais à la Ring ou The Grudge, en complète possession de ses pouvoirs. Lorsque Sissy Spacek électrocutait ses camarades, elle réussissait l’exploit de rester sympathique. Ce n’est pas le cas de cette nouvelle Carrie, plus monstrueuse, qui, une fois passée du côté obscur de la Force, semble prendre un véritable plaisir sadique dans son méticuleux massacre, une trahison fondamentale du personnage qui nous la rend nettement moins sympathique. Chez De Palma, les pouvoirs de Carrie se déchaînaient sans qu’elle les contrôle, la jeune fille étant tombée dans une sorte de transe destructrice et tuait sans discernement. La Carrie de Chloë Grace Moretz sait exactement ce qu’elle fait, mais le jeu outré de la jeune actrice, surjouant les contorsions corporelles comme dans un vague remake de L’Exorciste ne joue pas en sa faveur et… chuchotons-le, frôle le ridicule… Carrie White est un personnage éminemment complexe dont Moretz n’arrive pas à incarner les tourments, écrasée par le poids de la comparaison avec Sissy Spacek et par un récit qui ne lui laisse que peu de temps pour réellement l’incarner. Est-ce un signe des temps ou le fait que les personnages aux pouvoirs télékinésiques sont passés par là de nombreuses fois auparavant ces dernières années ?… Toujours est-il que la nouvelle Carrie ressemble davantage à un personnage de mutant échappé d’un épisode de X-Men (on pense à une version maléfique de « Rogue », incarnée par Anna Paquin) plutôt qu’à ce personnage tragique qu’elle aurait du rester. Les scènes choc montrant l’apprentissage de ces nouveaux pouvoirs sont dans l’ensemble ratées, reposant davantage sur des effets spéciaux numériques soignés plutôt que sur l’émotion. Malheureusement pour Kimberly Peirce, en 2013, une adolescente qui fait léviter son lit ou virevolter ses bouquins ne fait plus peur à grand monde et la surenchère dans ce genre d’effets en diminue immanquablement l’impact…

 

Julianne-Moore-in-Carrie-2013-Movie-Image-e1345734593191Peut-être est-il injuste de juger Carrie 2013 en le comparant à son modèle plutôt que pour ses qualités propres. Après tout De Palma est un tel génie que n’importe qui ferait pâle figure en comparaison, mais l’exercice du remake rend ces comparaisons inévitables. Tout n’est pas à jeter dans le film de Kimberly Peirce : un éprouvant prologue narrant la naissance de la fillette laisse augurer du meilleur et permet à Julianne Moore (Margaret White) de nous livrer le portrait d’une femme certes monstrueuse, mais sans cesse déchirée entre ses convictions religieuses et son amour pour cette fille qui représente pour elle le pêché originel… Comme à son habitude, Julianne Moore bouffe l’écran. Alors qu’en 1976, Piper Laurie incarnait une Lady MacBeth de dessin-animé, grandiloquente, étouffée de manière presque surnaturelle par son fondamentalisme, la folie de la Margaret White de Julianne Moore est plus mesurée, plus « crédible » : sa ferveur religieuse est une croix à porter et non pas un fier étendard. Ceci dit, était-il vraiment utile de faire de Margaret White une adepte de l’automutilation ? Pas sur… car si le personnage gagne en crédibilité par sa souffrance, elle s’avère également plus humaine mais nettement moins mémorable qu’en 1976… même s’il nous reste la consolation d’admirer tout le talent d’une actrice formidable dont la performance est toujours intéressante. Le visage crispé par la douleur mais aussi par l’amour, Julianne Moore est une des seules raisons valables de se déplacer… tout comme les images sublimes de Steve Yedlin,  directeur de la photo attitré de Rian Johnson (Looper), qui en 2002 avait déjà signé celles de May, le chef d’œuvre de Lucky McKee que l’on est d’ailleurs – coïncidence ? – en droit de considérer comme le seul digne successeur du film de De Palma et du personnage de Carrie… un film inoubliable et émouvant dont Action-Cut vous parlera bientôt dans sa rubrique « Les Chefs d’œuvre oubliés »

 

Prenez un chef d’œuvre du film d’horreur, un film fascinant et inoubliable… Passez-le à l’essoreuse du politiquement correct, retirez-lui au passage son style, son élégance, sa maestria, son érotisme et son humour juvénile naïf et charmant (cette nouvelle version en manque cruellement !)… emballez le tout en filmant paresseusement des scènes cultes en espérant que le jeune public ne connaît pas l’original, rajoutez une brouette d’effets spéciaux modernes, une bande sonore composée de chansons modernes épouvantables et des effets sonores assourdissants, effacez toute forme d’ambiguïté et de subversion, et… servez froid !

 

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Kimberly Peirce se casse donc les dents sur cette Carrie mal soignée, sans personnalité et dont la campagne promo pue le cynisme. Un film pourtant pas forcément plus mauvais qu’un autre pour les novices, mais qui s’oublie dès le début de son générique de fin. Quitte à réinventer le roman de Stephen King, on aurait tendance à lui préférer le téléfilm de 2002 avec Angela Bettis dans le rôle titre (pilote d’une série télé qui n’a jamais vu le jour) ou encore le nullissime mais rigolo et très gore The Rage – Carrie 2, ce qui, vu la qualité respective de ces deux œuvres, en dit très long… En fin de compte, il est évident que cette relecture timorée et trop académique de Carrie ne s’imposait pas et s’apparente narrativement davantage (la qualité de la réalisation en moins) à l’exercice vain que Gus Van Sant avait déjà tenté avec son Psycho de triste mémoire… En sortant de la salle, une seule envie surgit après cette amère déception : revoir le chef d’œuvre d’un Brian De Palma qui – si il n’était encore plus ou moins vivant (ceux qui ont vu son récent Passion ont le droit d’en douter !) – se retournerait  dans sa tombe.

 

Cette nouvelle Carrie White en manque de Tonigencyl peut brûler en enfer !

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

 

 

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