Actualités 2013… Bullet To the Head

bullet-to-the-head-posterBULLET TO THE HEAD

(Du Plomb Dans la Tête)

2012, de Walter Hill. USA.

Avec Sylvester Stallone, Sung Kang, Jason Momoa, Sarah Shahi, Christian Slater, Jon Seda et Adewale Akinnuoye-Agbaje.

Scénario : Alessandro Camon, d’après la B.D. de Alexis Nolent

Directeur de la photographie : Lloyd Ahem

Musique : Steve Mazzaro

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stallone : Standing Alone

 

Au milieu de la vague de panne d’inspiration d’Hollywood qui nous vaut depuis une bonne dizaine d’années une avalanche de séquelles, préquelles, remakes, reboots, spin-off et adaptations de licences venues d’autres médias (pour les plus aventureux), le retour des action stars des années quatre-vingt n’est pas le phénomène le moins intéressant.

 

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Ce mois-ci sort quasi confidentiellement le nouveau film mettant en scène Sylvester Stallone. Bullet To The Head s’inspire d’une bande dessinée française (cocorico! enfin, non en fait…) dont il ne reste pas grand chose; est signé par un producteur (Walter Hill) qui n’avait plus rien réalisé depuis dix ans (ô surprise, il a remplacé au pied levé Wayne Kramer avec qui la star s’est pris le chou) et, si ça ne vous suffisait pas, c’est un buddy movie! Stallone est un tueur à gages obligé de faire équipe avec un flic coréen contre des flics ripoux. Hilarity ensues… Sauf que non. Hilarity reste largement dans son coin. Les gunfights (et les fights tout court) sont brutaux, les filles sont nues, les dialogues épicés et le tout baigne dans l’ambiance poisseuse d’une Nouvelle-Orléans post-Katrina, bluegrass à l’appui. Sans parler de miracle, on peut dire que Bullet to the Head revient de loin (de la contrée où git Die Hard 5, cf. notre critique). Bref, celui qui sait apprécier un action flick sans prétention y passera un bon moment.

 

Cela est largement du à la seule présence de Stallone (Sly, pour les intimes, et à partir de maintenant dans cet article). Il est évident qu’en plus de sa gueule qui a l’air d’être revenue de tout et de ses biceps à toute épreuve, il traîne derrière lui une filmographie parsemée de films, sinon légendaires, du moins témoins d’une époque où tout semblait plus simple. Où l’on ne parlait pas de la crise et du chômage, où les guerres avaient l’air propres à la télé et où l’avenir nous souriait. Tout ça emballé dans une centaine de kilos de testostérone, ça fait un package bien tentant.

 

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Mais tentant pour qui exactement? À qui s’adresse cette vague de revival ‘80? Le public de ces films est-il celui qui allait voir Chuck Norris du temps où il faisait des films de cinéma, ou plutôt celui qui s’échange ses calembours hilarants via Twitter? C’est-à-dire, ceux qui ont tout juste connu les années 80. Ceux qui sont nés dedans, ont à peine pu y goûter, puis se sont retrouvés embarqués dans les années 90 (décennie maudite cinématographiquement) et les années post-onze septembre (décennie maudite tout court). Aujourd’hui ces spectateurs, ces 25-35 ans pour parler cœur de cible, commencent péniblement à se relever et à réaliser que c’est à eux de bâtir le futur. Et pour ça, ils auront bien besoin de l’aide de Sly, de Schwarzie, de Bruce Willis et même de cet idiot de Van Damme ou de ce facho de Chuck Norris! Pour les ados, Vin Diesel et Jason Statham peuvent faire illusion, mais un vrai homme sait qu’il a besoin de se reposer sur des valeurs sûrs, des figures paternelles!

 

Le résultat? Une flopée de films de merde! Ben oui, à quoi vous attendiez-vous? Ces films étaient déjà nuls dans les années quatre-vingts, pourquoi seraient-ils géniaux aujourd’hui? Et, tel le fan de Star Wars qui refuse d’admettre qu’une Menace Fantôme vaut bien un Retour du Jedi, le fan de biceps se dit que, définitivement, le poète avait raison: c’était mieux avant! Illusion bien entendu… Il faut considérer les films qui ont survécu à cette époque dans nos mémoires comme d’heureux accidents industriels. Le Hollywood des eighties n’a jamais cherché à produire de chefs-d’œuvre. Il ne pouvait pas savoir qu’en confiant une histoire de robot tueur du futur au réalisateur de Piranha 2 il enfanterait un Terminator!

 

Oui, il y a eu des rencontres magnifiques entre des acteurs que l’on qualifiera gentiment de «physiques» et des réalisateurs de talent. L’erreur dans le revival actuel est de croire que c’était la star qui faisait la magie. Et l’on se retrouve donc avec une kyrielle d’actionners sans goût, mais qui en plus ont cette fois de la prétention! Triste époque.

 

Dans ce paysage, Sly est à part. Sly est une montagne de muscles avec un registre de jeu réduit, certes. Mais Sly est un artiste, à l’inverse de ses petits amis. Et son refus récent d’embrasser ce rôle-là est responsable du naufrage de The Expendables 2, le paroxysme de cette vague nostalgique qui n’est que deux heures de bruit et de déception. Dans Bullet to the Head on sent clairement sa patte, on sait qu’il dirige le réalisateur et la production. De toute façon le film n’existe que par et pour lui.

 

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Il ne faudrait pas oublier que Sly s’est écrit le rôle de sa vie, Rocky, quand personne ne voulait de lui. Rocky, pur chef-d’oeuvre seventies, qu’un esprit ouvert pourrait surnommer anachroniquement Rosetta fait de la boxe. Mais si! Dans ce film fondateur, il y avait la peinture d’une réalité sociale absente des médias officiels, il y avait un vrai désir cinématographique que John G. Avildsen et Stallone scénariste ont porté à bout de bras. Cette magie, Stallone réalisateur est parvenu à la faire survivre le temps d’une suite, avant de devenir, comme son personnage dans ce deuxième opus, une caricature de lui-même. Non pas que la démesure de Rocky III et IV ne soient appréciables (stopper la guerre froide d’un seul discours enflammé, quand on était presque analphabète au début de sa carrière, en voilà du rêve américain!). Mais lorsque Avildsen revient pour diriger Rocky V, plus personne, devant ou derrière l’écran, n’y croit.

 

Et puis il y eut le miracle Rocky Balboa. 2006, Sly de retour devant et derrière la caméra, et le public devant les écrans, ravi. C’est le film que l’on pensait impossible à réussir, celui qui a tout changé, qui nous fait croire que cette vague de retours pouvait nous apporter quelque chose de bon. Mais ce film était lui aussi une exception: l’effort d’un homme qui avait retrouvé une rage de filmer, d’écrire quelque chose de bon, de montrer au monde qu’il en avait encore dans le bide après une longue série d’échecs. Jamais l’identification entre Rocky (devenu restaurateur fauché) et son créateur (revenu de la faillite de Planet Hollywood) n’avait été aussi forte. Il en allait de même avec John Rambo, qui a certes un peu plus divisé, mais qui rendait bien mieux hommage à l’original qu’à ses dérives talibanesques (rappelons que dans dans Rambo III, John, puisque c’est son prénom à présent, aide et arme les futurs disciples de Ben Laden contre les dangereux communistes).

 

Rendons également justice au premier Rambo qui d’ailleurs ne s’appelait pas Rambo mais First Blood et dans ce changement de nom a posteriori tout est dit, comme avec Rocky.

 

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First Blood est adapté d’un roman décrivant ni plus ni moins que le traumatisme d’un soldat revenu du Vietnam et qui ne retrouve plus sa place dans son pays. Stallone scénariste en fait un asocial, harcelé par les représentants de l’ordre d’une petite bourgade, rendant compte de la haine du peuple pour une sale guerre qui a tué ses enfants. Ni de droite, ni de gauche, le film pose des questions délicates sur la place des soldats dans la société, sur leur responsabilité ou pas, sur leur capacité à redevenir des êtres humains. Jusqu’à ce que la montagne de muscles explose en pleurs en criant «C’était pas ma guerre!», réplique tristement vidée de son sens par trente ans de moqueries.

 

Dans John Rambo, vingt-six ans plus tard, le héros n’a toujours pas de guerre et pas de cause, il se terre, il ne suit que son instinct et va finir par affronter la junte cambodgienne pour sauver une femme (frêle et forte Julie Benz) qui se bat, elle, pour quelque chose. Peu importe son combat et ses méthodes (l’humanitaire), Rambo l’admire (l’aime?) parce qu’elle n’est pas morte à l’intérieur, comme lui. Elle est un soldat des temps modernes égaré dans un territoire coupé du monde, où la guerre (civile) est encore sale et sanglante, le seul refuge possible pour Rambo et son désir de mort inavouable. Tout cela par petites touches, au milieu d’un film d’action qui remplit à merveille son contrat de divertissement (pour les adultes tout de même, le divertissement). Il y a là un trait de génie, et c’est celui de Stallone.

 

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Stallone, un esprit torturé dans un corps body-buildé, un homme libre érigé en apôtre de Reagan, un artiste prisonnier du rôle d’un acteur de films sans cervelle. Condamné par le succès à faire trop souvent et contre sa nature le choix de la facilité, comme un Johnny Hallyday de cinéma (ok, Johnny Hallyday fait du cinéma mais ça ça ne compte pas!). Deux autres preuves se trouvent dans sa filmographie : Copland et Get Carter. Votre seule chance de voir le mythe qu’aurait pu devenir Stallone, si son public n’avait insisté pour qu’il reste Sly. Et puis il y a ce biopic d’Edgar Poe qu’il a si longtemps tenté de mettre en scène, mais qu’aucun studio n’a osé lui confier.

 

Alors oubliez Arrête ou ma mère va tirer, Demolition Man ou Judge Dredd (dont une adaptation enfin décente sort par ailleurs en DVD) et la prochaine fois que vous croisez Stallone, essayez de voir tout cela dans ses yeux de chien battu, dans son visage d’acier que les rides rattrapent. Et je vous conseille volontiers de le faire dans Bullet to the Head, car sa prochaine apparition, The Tomb, le verra en tandem avec Schwarzenegger, son antithèse cinématographique, pure machine à «faire», Mustang qui ne se conduit pas toute seule, tout comme il n’est pas inutile de rappeler que Chuck Norris n’écrit pas les blagues sur Chuck Norris. Si proches et pourtant si éloignées nos vieilles action stars, comme Brassens, Brel et Ferré.

 

Ce mec-là, Sly, est à part. Une oeuvre d’art contemporain en lui-même, une installation vivante! Et un jour, la statue de Rocky érigée à Philadelphia ne sera plus ridicule. Un jour. Ok, je m’emballe un peu. Mais juste un peu.

 

Matthieu Reynaert

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