Actualités 2013… A Good Day To Die Hard

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(Die Hard 5 – Belle Journée Pour Mourir)

2013, de John Moore. USA.

Avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastian Koch, Yuliya Snigir, Rasha Bukvic, Cole Hauser et Mary-Elizabeth Winstead.

Scénario : Skip Woods

Directeur de la photographie : Jonathan Sela

Musique : Marco Beltrami

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trop vieux pour ces conneries?

 

 

Comment la même chose peut-elle arriver cinq fois à la même personne ?… Malheureusement, A Good Day To Die Hard, réalisé par John Moore, ne répond pas à la question et trahit d’une bien triste manière l’héritage d’une formidable saga. Pourquoi et comment une telle déconvenue ?… Pour le comprendre, petit retour en arrière…

 

Il y a 25 ans cette année sortait sur nos écrans le premier Die Hard (Piège de Cristal), succès surprise phénoménal d’un genre particulièrement balisé : le film d’action américain à grand spectacle. Surprise ? Oui, car à l’époque le film d’action se résumait aux films un peu bébètes et pas très sérieux mettant en scène des monceaux de muscles comme Stallone, Schwarzenegger, Chuck Norris, Van Damme et leurs amis… Des films souvent bien plus dévoués à mettre en valeur leurs stars charismatiques (mais plus vraies que nature) qu’à soigner leurs scénarios. Des films mis en scène par des réalisateurs anonymes et sans grande personnalité (Sam Firstenberg, Sidney J. Furie, Mark L. Lester, George Pan Cosmatos et consorts…) et produits par des roublards comme Menahem Golan et Yoram Globus, de la célèbre firme Cannon ou encore des Mario Kassar et Andrew Vajna qui cherchaient bien souvent l’efficacité la plus directe au détriment de l’originalité.

 

Comme son héros John McClane est venu – en véritable emmerdeur – déjouer les plans de Hans Gruber et sa clique, Die Hard est donc venu changer la donne et apporter un vent de fraîcheur à un genre qui tournait dangereusement en rond. Car Die Hard, avant toute chose et à la grande surprise des spectateurs un peu blasés, s’est avéré être un vrai film d’auteur et de réalisateur, en l’occurrence celui de John McTiernan. Maîtrisant tout particulièrement le sens de l’espace et de la géographie des lieux, McTiernan s’avère être un vrai maître dans la mise en scène du suspense et de l’émotion, multipliant les scènes inoubliables se succédant l’une après l’autre, faisant de Die Hard le meilleur film d’action de tous les temps, souvent imité, jamais égalé. Un film d’action qui est loin de se limiter à cette appellation puisqu’il est également digne d’un suspense hitchcockien, avec de gros flingues en plus…

 

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Alors connu uniquement pour son excellente série télévisée romantico-comique Moonlighting (Clair de Lune), Bruce Willis y incarnait pour la première fois ce martyr de John McClane, incarnation ultime de l’anti-héros, un simple flic qui se trouvait, par simple malchance, au mauvais endroit au mauvais moment et qui devait survivre en utilisant les moyens du bord, le système D, sa rage de s’en sortir et la simple force du désespoir. Tout le contraire d’un superhéros !… La popularité de ce personnage « humain » crédible permettra au spectateur moyen de s’identifier à ce John McClane sarcastique et désespéré, ne rechignant pas à verser une petite larme de temps à autres, un exploit et une véritable innovation en ces temps où Chuck Norris régnait en maître sur le box-office, Chuck Norris qui, comme nous le savons tous, est dépourvu de canaux lacrymaux….

 

McClane était un rôle prévu à l’origine pour un acteur plus âgé comme dans le roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp, dont le film s’inspire et qui est la suite littéraire de The Detective, adapté au cinéma en 1968 avec Frank Sinatra. C’est en effet au départ à un Frank Sinatra vieillissant (74 ans en 1988) que le rôle est proposé. Sinatra ayant à l’époque pris sa retraite cinématographique, le scénario est repensé pour un acteur plus jeune et est proposé à la fine fleur des stars trentenaires de l’époque : Sylvester Stallone, Richard Gere, Don Johnson, Michael Douglas, Burt Reynolds, Harrison Ford, Mel Gibson et même le type qui jouait McGyver laissent tous passer leur chance (pour des raisons diverses) et permettent ainsi à Bruce Willis de gagner ses galons de star et de créer l’icône ultime du film d’action… Un choix de casting qui va de toute évidence influencer la direction que prendra le scénario puisque Willis est – à l’époque – plus connu pour son rôle romantique à la télévision que pour ses gros bras…

 

A cet égard – et malgré l’évolution musclée de sa carrière – il est toujours un peu incongru de retrouver en 2010 et 2012 Bruce Willis au sein du casting bodybuildé des deux épisodes de The Expendables, au milieu de Stallone, Schwarzenegger, Van Damme, Lundgren, Norris, etc., tant sa carrière et ses talents étaient alors très éloignés de l’œuvre de ses vieux copains les Musclés. Un signe qui – mine de rien – en dit long sur le cinquième épisode de Die Hard.

 

Mais revenons en 1988… En plus d’être un film d’action spectaculaire (mais crédible) et pétaradant (mais toujours humain), Die Hard regorge d’humour et de petits éléments qui en font un classique du genre, le film dont tout le monde connaît aujourd’hui le moindre des dialogues et des petits détails. Une galerie de seconds rôles savoureux et admirablement bien écrits (Bonnie Bedelia, Reginald Veljohnson, Alexander Godunov, William Atherton, Robert Davi), un méchant flamboyant absolument inoubliable (Alan Rickman qui frappait très fort pour son premier rôle au cinéma !), un suspense constant, un concept fantastique (le jeu du chat et de la souris dans un lieu unique), une bonne dose d’humour (noir ou pas), un score inoubliable et envoûtant signé Michael Kamen, une catchphrase iconique en diable (« Yippi-ki-yay, motherfucker ! »), des retournements de situation à gogo, des terroristes mémorables, des bagarres à mains nues cruelles et percutantes, une identification à son « working class hero »… Die Hard est un chef d’œuvre dont le statut de classique n’est pas galvaudé.

 

Alors que les imitations de la formule Die Hard se multiplient comme les petits pains chez le petit Jésus, la saga se poursuit bien vite avec Die Hard 2 – Die Harder (58 Minutes Pour Vivre) (1990), un décalque très plaisant et très réussi du premier épisode (remplaçant le building assailli par des terroristes par un aéroport), qui cachait son relatif manque d’originalité par sa modestie et des scènes d’action très réussies mais ne faisant jamais dans la surenchère. Le sympathique Renny Harlin s’y révélait un élève très appliqué du maître McTiernan et n’avait pas à rougir de ce deuxième opus au succès phénoménal… Tellement phénoménal que la saga se poursuit en 1995 de la plus belle des manières avec Die Hard With a Vengeance (Une Journée en Enfer) qui marque le retour de John McTiernan derrière la caméra après l’échec monumental de son Last Action Hero…  Changement de formule : McClane, flanqué d’un partenaire récalcitrant mais ô combien hilarant (Samuel L. Jackson) n’est plus prisonnier d’un lieu unique mais d’une ville entière : New York, une ville que le réalisateur sublime réellement et montre de manière inédite comme un terrain de jeu gigantesque pour des terroristes encore plus impitoyables. Ce troisième opus est une fois de plus un véritable triomphe : truffé de purs moments de réalisation uniques, inventifs et novateurs (pour la première fois dans un film d’action, certaines scènes sont filmées caméra à l’épaule, donnant au film un rythme et une énergie incroyables), Die Hard With a Vengeance est un nouveau chef d’œuvre au caractère épique que l’on pourra éventuellement juger supérieur au premier épisode. Plus que l’action (pourtant pétaradante), c’est le suspense qui prime et qui marque puisque McClane, plus que jamais mis à rude épreuve, est sans cesse à deux doigts de se retrouver à manger les pissenlits par la racine. Mais plus encore que l’action, c’est le soin apporté au scénario qui va primer : McClane, devenu une véritable épave alcoolique suite à son divorce se remet difficilement d’un terrible mal de tête après une soirée arrosée, un mal de tête qui – astuce scénaristique – lui sauvera la vie. Les sous-intrigues sont passionnantes (la police doit évacuer toutes les écoles de la ville en un temps-record) et une fois de plus, les personnages secondaires et les « méchants » sont inoubliables et iconiques. Jeremy Irons se livre à un grand numéro de méchant farceur, tout comme l’équipe technique qui livre là le film d’action ultime.

 

Douze ans passent. La saga Die Hard semble enterrée. Bruce Willis vieillit et alterne les succès prestigieux (Twelve Monkeys, Pulp Fiction, The Sixth Sense, Unbreakable, Sin City) avec des échecs honteux indignes de son talent (Color of Night, Perfect Stranger, Surrogates, Cop Out)… devenant une véritable superstar souvent considérée comme capricieuse et intraitable avec des réalisateurs qui se doivent d’être acquis à sa cause. N’est-il pas après tout un immense acteur tout autant qu’une star ? Sur le plateau d’un film de Bruce Willis (du moins d’un film où il tient la tête d’affiche, à l’opposé des nombreux seconds rôles qu’il tient également pour des réalisateurs prestigieux), le seul patron est Bruce Willis… Il se prend la tête avec Terry Gilliam sur Twelve Monkeys (L’Armée des Douze Singes), refuse d’adresser la parole à Kevin Smith sur le plateau de Cop Out… bref, Bruce Willis gagne une réputation de diva qu’il est d’ailleurs le premier à revendiquer, allant même jusqu’à parodier cette image tenace dans What Just Happened, de Barry Levinson, dans lequel il incarne… Bruce Willis, une star de film d’action capricieuse et refusant de raser sa longue barbe pour l’affiche de son prochain film. C’est le paradoxe Bruce Willis : coriace, « difficile » et tyrannique mais doté d’un très solide sens de l’humour et d’auto-dérision. Un nouvel exemple de l’importance de ce phénomène de la starification à Hollywood : ce ne sont pas les réalisateurs qui ont leur mot à dire, ils sont la plupart du temps engagés pour obéir et mettre la star en valeur, souvent au détriment de tout bon sens…

 

Le maître d’œuvre sur le quatrième opus de la saga fétiche, Live Free Or Die Hard (2007), c’est bien Bruce Willis et non pas le réalisateur Len Wiseman. Pour la première fois sur la saga, un réalisateur n’est ici qu’un simple technicien dévoué à la star. Le résultat s’en ressent même si paradoxalement, Live Free Or Die Hard a de très beaux restes. Son scénario reste suffisamment bon pour nous intriguer durant deux heures d’action à grande échelle. La réalisation classique de Wiseman nous vaut quelques scènes d’anthologie et tous les éléments d’un Die Hard sont bien présents. Pourtant, quelque chose semble manquer… l’urgence et le sens du danger… Car malheureusement, McClane se transforme dans cet épisode en superhéros monolithique, digne et patriote, serrant la mâchoire comme John Wayne, mais dont les fêlures et les faiblesses semblent avoir été gommées. D’icône du film d’action à visage humain, John McClane se « schwarzeneggerise » ou se « rambo-ise », perdant ainsi ce qui faisait tout son intérêt et sa saveur, du moins dans les scènes d’action… Live Free Or Die Hard reste de surcroit un film d’action supérieur à la moyenne et pulvérise le box-office… encourageant Bruce Willis à reprendre le rôle pour un cinquième épisode… A Good Day To Die Hard (Die Hard 5 – Belle Journée Pour Mourir), sur nos écrans aujourd’hui.

 

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Malheureusement et à la consternation critique générale (le film est démoli un peu partout, à l’unanimité), il s’agit effectivement (et de loin) du pire Die Hard… un film indigne de son prestigieux pédigrée et dont les formules semblent singer la mythique saga plutôt que d’utiliser ses avantages et ses qualités pour créer un film véritablement organique. Pour résumer, ce cinquième épisode très anecdotique rate tout ce que ses prédécesseurs réussissaient avec succès : nous impliquer !

 

Et l’on se rend donc compte à quel point un bon réalisateur fait toute la différence !… Mais si beaucoup semblent rejeter la faute sur John Moore, il est pourtant loin d’être le seul coupable sur le banc des accusés d’avoir « ruiné » la saga Die Hard. Rien dans le C.V. de John Moore ne venait réellement le distinguer et justifier sa place de réalisateur. Yes-man un peu insipide, réalisateur de quelques films d’action très peu mémorables (Behind Enemy Lines, Flight of the Phoenix) et du remake (pas aussi mauvais qu’on a bien voulu le dire) de The Omen (La Malédiction), le dernier fait d’armes du réalisateur irlandais se nommait Max Payne… une ignoble adaptation de jeu vidéo mettant en scène Mark Wahlberg et ayant disparu dans les profondeurs du box-office en 2008. Voir John Moore à la barre du cinquième volet d’une saga aussi prestigieuse et aimée de tous est une nouvelle preuve de la totale mainmise de la star Bruce Willis sur une telle production, une star désireuse de s’entourer d’exécutants obéissant à ses ordres. John Moore faisant preuve de très peu de personnalité (alors que John McTiernan et Renny Harlin sont des gars doués qu’il ne faut pas trop emmerder…), Bruce Willis est donc le principal maître d’œuvre du projet. Ce choix de réalisateur est sans doute – même si Bruce Willis n’en est pas conscient – un premier aveu d’échec et d’incompréhension vis à vis de ce qui a fait le succès de la saga…

 

Mais après tout, pourquoi pas ? Il y a six ans, l’insipide Len Wiseman nous avait proposé un produit tout à fait acceptable dans les mêmes conditions…

 

Malheureusement cette fois nous ne serons pas aussi chanceux puisque c’est principalement au niveau du scénario qu’il faut aller chercher le coupable de ce quasi-désastre : Skip Woods, auteur des piètres scripts de Swordfish, Hitman, X-Men Origins : Wolverine et The A-Team (L’Agence Tous Risques), déjà script-doctor sur l’épisode précédent et pourtant réalisateur du très plaisant et original Thursday, chouette petit thriller de 1998 avec Thomas Jane et Mickey Rourke… Skip Woods signe ici un script indigne de la saga, trahissant fréquemment les acquis de celle-ci, repartant sur les bases des défauts de l’opus précédent et maltraitant plus ou moins tout ce qui faisait le succès de la trilogie… En effet ici, John McClane n’est définitivement plus John McClane, ce type qui se battait avec toute la force du désespoir et qui n’avait qu’une seule envie : sauver sa peau et celle de ses amis. McClane est devenu une machine à tuer indestructible, faisant preuve de beaucoup moins d’humour que par le passé et qui se tire sans mal de situations abracadabrantes mettant le sens de la suspension d’incrédulité à rude épreuve, au point de transformer le personnage en Wile E. Coyote des dessins-animés de Tex Avery ! McClane n’est plus humain… mais un personnage sans saveur de jeu vidéo.

 

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Le scénario de Skip Woods adopte également une des pires tendances des séquelles actuelles et dont Indiana Jones fut récemment la victime : cette manie très américaine et très agaçante de devoir à tout prix nous présenter chaque membre de la famille du héros ! Si la formidable Bonnie Bedelia incarnait avec beaucoup d’aplomb Holly McClane-Genero dans les deux premiers épisodes, son personnage jouait toujours un rôle central dans l’intrigue. Son absence dès le troisième épisode aura d’ailleurs attristé plus d’un fan… Par contre, l’introduction dans le quatrième opus de la fille McClane, Lucy (jouée par la charmante Mary-Elizabeth Winstead qui apparaît à nouveau brièvement dans cet épisode) se faisait de manière nettement plus artificielle : le rôle de la jeune fille se résumait à passer du statut de victime à celui de « dure à cuire » égale à son paternel… une formule que l’on greffe aujourd’hui au personnage du fiston, Jack McClane, agent de la C.I.A. en mission secrète undercover à Moscou et dont l’incarcération (faisant partie d’une machination bien plus compliquée) entraîne son vieux père à se déplacer en Russie… Si le jeune Jai Courtney n’est pas à blâmer (il s’avère plutôt charismatique), la nécessité de remplir l’écran avec des petits « clones » de John McClane reste encore à prouver… et ne fonctionne ici que trop peu souvent puisque les dialogues entre le père et le fils semblent beaucoup trop « fabriqués » et « calculés » pour être honnêtes… Oublié le John McClane dépressif, alcoolique et à bout de nerfs de la bonne époque… le McClane nouveau s’est transformé en père de famille frimeur et carrément enthousiaste à l’idée d’aller « buter du terroriste » en pays étranger pour se rapprocher du fiston en difficulté. Difficile d’ailleurs de s’attacher à ce fiston qui brandit un flingue sur son père dès leur première rencontre, pour mieux ensuite se réconcilier dans la violence et l’amour commun du dynamitage de « bad guys »…

 

Cette caractérisation de McClane trahit donc tout ce qui a fait le succès de la saga : il se transforme ici en sadique enthousiaste  répétant à plusieurs reprises : « We kill scumbags. That’s what we do in our family… » Trahison! McClane, encore plus que dans l’épisode précédent est devenu un superhéros qui ne souffre plus, que plus rien ne peut atteindre, une machine à tuer dépassée et anachronique, gommant tout ce qui faisait le sel du personnage le plus original du film d’action moderne. Un personnage peu aidé par un Bruce Willis qui semble peu impliqué, en pilotage automatique comme il l’était dans quelques films récents (The Cold Light of Day, Catch .44, Fire With Fire)… Bien dirigé et docile, Willis peut pourtant s’avérer formidable comme dans les récents et excellents Moonrise Kingdom (de Wes Anderson) et surtout Looper (de Rian Johnson.) Mais ici, livré à lui-même, Bruce Willis rend son McClane ennuyeux, blasé et sans grand intérêt, faisant preuve de très peu d’humour (il répète quatre fois « I’m here on vacation ! » ), donnant sans doute raison à ce bon vieux Renny Harlin qui, dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé l’année dernière, revenait sur la conception du personnage par Bruce Willis à l’époque du deuxième épisode :

 

« Un autre problème, c’est qu’au départ, Bruce voulait faire un film au ton beaucoup plus sérieux que dans le premier film. Piège de Cristal était un immense succès et Bruce voulait développer son personnage mais sans la moindre note d’humour. Il voulait en faire un personnage réel, très sérieux et torturé. Je l’ai pris à part et je lui ai dit : «Bruce, la raison d’être du personnage, c’est qu’il est un quidam de tous les jours. Il est sérieux, oui, mais il doit garder cette auto-dérision et son humour sarcastique qui l’ont rendu si populaire au départ. » Il m’a regardé et m’a dit « Non, je ne crois pas. » C’est là que Joel Silver a du intervenir parce que Bruce et moi nous chamaillions vraiment comme deux enfants. Silver nous a proposé de tourner les deux versions : « Tu as peut-être raison Bruce, mais essayons aussi la façon de faire de Renny. » Et bien sur, Joel me regardait en disant « je sais que tu as raison ! ». Donc à chaque fois qu’il y a un gag ou un bon mot dans le film, la scène a été tournée de deux manières ! Et finalement quand nous nous sommes attelés au montage, tous les éléments humoristiques sont restés. C’était une bonne leçon pour moi. »

 

Une leçon que John Moore et Skip Woods n’ont de toute évidence pas retenue et dont Bruce Willis n’a jamais voulu entendre parler, allant même en 2007 jusqu’à qualifier le troisième épisode de la saga (un authentique chef d’œuvre !) comme le « pire des quatre » !…

 

Qu’il est triste, à l’instar du destin de George Lucas, de se rendre compte que bien souvent, les principaux artisans de la réussite d’une œuvre marquante n’ont pas conscience de ce qui faisait la réussite de celle-ci !

 

Alors ? Un film d’action avec un McClane trahissant l’essence de McClane… à la limite, cela pourrait donner un bon petit film d’action inoffensif. Malheureusement, John Moore, tout comme Bruce Willis, assure ici le minimum syndical et ses scènes d’action bien que parfois percutantes et violentes n’en sont pas moins beaucoup trop improbables et assez peu mémorables. Pire, la scène d’action principale, une épique course-poursuite entre trois véhicules dans les rues encombrées de Moscou souffre du syndrome « shaky-cam » et d’un terrible manque de repères géographiques (on ne sait jamais qui se trouve dans quel véhicule !) qui ferait se retourner John McTiernan dans sa… cellule pénitentiaire (le réalisateur des opus 1 et 3 est effectivement incarcéré pour une durée d’un an dans le cadre de l’affaire Pellicano…) Peu ou pas du tout de ces combats au corps à corps nerveux ayant fait la renommée de McClane… l’action, répétitive, se résume surtout à de grosses explosions et aux apparitions d’un hélicoptère trucidant tout ce qui se trouve sur son passage. L’interaction du héros avec les trois méchants principaux se réduit au minimum. Les scènes d’action de grande envergure se succèdent sans répit, ne laissant pratiquement aucune chance aux personnages d’exister ni aux spectateurs de « respirer », rendant par conséquent le film très impersonnel. Des craintes que la durée réduite du film (1h37, alors que les autres épisodes tutoyaient tous les deux heures…) est vite venue entériner.

 

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Si vous vous attendiez à ce que John Moore réitère avec Moscou les exploits que John McTiernan avait réussis avec New York, là aussi, vous en serez pour vos frais. Le film pourrait se dérouler partout ailleurs que cela ne changerait rien à l’affaire. Moscou n’est jamais exploitée comme elle le mérite (même Len Wiseman tirait un bien meilleur parti de Washington, D.C.) et ne sert qu’à quelques gags miteux sur la sempiternelle opposition entre américains et soviétiques… des gags qui auraient pu faire rire à l’époque de la Guerre Froide et qui, telles John McClane sont véritablement devenues anachroniques en 2013.

 

Le plus grand échec du film se résume au fait qu’il est assez souvent difficile de se rendre compte que l’on regarde un Die Hard : pratiquement pas d’humour, pas de grand méchant flamboyant et inoubliable comme à la grande époque d’Alan Rickman, Franco Nero ou Jeremy Irons, un seul retournement de situation que l’on voit venir de loin, pas de seconds rôles marquants, pas d’hommes de main sadiques donnant du fil à retordre à McClane (à l’instar d’Alexander Godunov, William Sadler ou encore Maggie Q dans les épisodes précédents), une musique anonyme, pas de sous-intrigues concernant les personnages secondaires (c’est là que l’on se rend compte à quel point Bonnie Bedelia nous manque cruellement !), un côté épique complètement effacé au profit de décors d’usines (le dernier acte se déroule à Tchernobyl) grisâtres et visuellement ternes, aucun petit détail familier qui va distinguer le film d’un énième film d’action produit en série… en résumé : tout le contraire d’un Die Hard !

 

Die Hard était venu chambouler le train-train du film d’action. A Good Day To Die Hard (titre ridicule s’il en est…) vient donc remettre de l’ordre dans tout ça et rentrer dans le rang des films d’action lambda que son grand frère avait su détrôner.

 

Si l’on ne sent jamais que John McClane et son fils sont véritablement en danger, la grosse scène d’action finale, aussi ridicule soit-elle, est assez efficace malgré un abus de ralentis, Les effets spéciaux eux aussi sont très soignés mais ne s’agit-il pas là du minimum syndical sur un Die Hard ? Lors des quinze dernières minutes, John Moore quitte enfin ses charentaises pour essayer de se montrer digne de ses prédécesseurs malgré son manque flagrant de style, de nuance et de personnalité. C’est bien peu pour une franchise qui avait su se démarquer par la qualité de sa réalisation, de ses scripts, de ses détails foisonnants, de ses scènes d’action trépidantes et de ses personnages passionnants. John Moore réussit ainsi l’exploit de nous faire regretter Len Wiseman !

 

Malheureusement, John Moore, Skip Woods et Bruce Willis semblent davantage s’adresser aux spectateurs qu’au méchant de service lorsque McClane sort son obligatoire (et malheureusement mal placée) catchphrase légendaire.

 

“Yippi-ki-yay, motherfuckers…” 

 

Chronique d’une mort annoncée? Ce A Good Day To Die Hard de triste mémoire marque-t-il donc l’arrêt de la saga ? Avant la volée de bois vert critique qu’a reçue le film, Willis, enthousiaste, déclarait être partant pour un sixième épisode. Mais à moins de subir un relooking à la James Bond (Casino Royale, Skyfall) et de réinventer le personnage de McClane afin qu’il retrouve sa fraîcheur originale, on pourra s’en passer… Suggérons donc un scénario digne des derniers Bond ou de la saga Jason Bourne et un réalisateur prestigieux capable de tenir tête à Bruce Willis. Martin Campbell ? Nicholas Winding Refn ? Neil Marshall? John Woo? J.J Abrams? Pourquoi pas Renny Harlin ou… rêvons un peu… Christopher Nolan (qui réintroduirait à coup sur le personnage de McClane dépressif et alcoolique) ou Quentin Tarantino (qui s’approprierait la saga pour en faire un nouveau film personnel et original ?)…

 

La solution semble pourtant toute trouvée : attendre la libération de ce génie de la caméra qu’est John McTiernan pour rendre à cette saga désormais moribonde sa vraie personnalité : celle du poil à gratter dans le dos, de la mouche dans le potage, de l’emmerdeur, de l’empêcheur de tourner en rond du film d’action formaté : le vrai, le seul Die Hard !…

 

Die Hard 5? Must try HARDER…

 

Grégory Cavinato

 

 

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