Actualité 2017… What Happened to Monday (Seven Sisters)

what-happened-to-mondayPOSTERWHAT HAPPENED TO MONDAY

(SEVEN SISTERS)

 

2017, de Tommy Wirkola

Scénario : Max Botkin et Kerry Williamson

Avec Noomi Rapace (x7), Glenn Close, Willem Dafoe, Marwan Kenzari, Christian Rubeck et Tomiwa Edun

Directeur de la photographie : José David Montero

Musique : Christian Wibe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sept ça suffit!

En 2073, la Terre est surpeuplée. Afin de combattre la famine, des scientifiques ont créé des cultures génétiquement modifiées avec pour effet une augmentation drastique du nombre de naissances multiples. Le gouvernement américain décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le redouté Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide d’une ministre tyrannique, Nicolette Cayman (Glenn Close). Les enfants « excédents », nés illégalement, sont arrachés à leurs familles et congelés dans un centre de cryogénisation, soit disant dans l’attente de jours meilleurs où la surpopulation ne sera plus un problème.

 

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Confronté à la naissance de septuplées (et à la mort de sa fille en couches), Terence Settman (Willem Dafoe) décide de garder secrète l’existence de ses sept petites filles, physiquement identiques. Recluses dans un grand appartement, chacune porte pour prénom un jour de la semaine. Leur grand-père leur interdit formellement de sortir, à l’exception du jour correspondant à leur prénom (pas de chance pour la pauvre Dimanche, éternellement privée de shopping…) Devenues adultes, les sœurs partagent une identité unique, celle de « Karen Settman », une femme d’affaires sans histoires, et font croire au monde entier qu’elles ne sont qu’une seule et même personne. Chaque jour, une d’entre elles se rend au bureau et le soir, raconte en détails sa journée aux autres. C’est presque un miracle que leur secret perdure durant de nombreuses années. Mais l’ingéniosité de leur grand-père et un sens de l’organisation poussé à l’extrême leur permet de survivre et de s’habituer à ce drôle de train-train sans être soupçonnées. Bien entendu, un jour, tout s’effondre ! Lundi disparait sans laisser de traces. Ses six sœurs, démasquées, doivent tout mettre en œuvre pour la retrouver mais une armée d’assassins à la solde du Bureau d’Allocation des Naissances les traquent avec pour directive de les éliminer une à une. C’est non seulement leur famille qui est menacée, mais aussi l’ordre et l’équilibre de la société dans son ensemble.

 

De La Planète des Singes à Soleil Vert, en passant par L’Age de Cristal, V Pour Vendetta ou The Hunger Games, la science-fiction a toujours pris un malin plaisir à plonger le spectateur dans des dystopies quasi-irréalistes. Envisager le pire pour l’éviter, voilà le credo d’un genre particulièrement populaire dans le cinéma américain paranoïaque des années 70 post-Watergate. Signe des temps, à l’heure où un bouffon inconscient et ignare trône à la tête de la plus grande puissance mondiale, où la survie de notre planète semble réellement compromise, le genre fait son retour sur les écrans, grands (Hunger Games, Divergente) ou petits (Westworld, The Handmaid’s Tale). Une résurgence que l’on verrait d’un bon œil tant le genre, subversif par excellence, permet de réfléchir à l’état inquiétant de notre planète bien malmenée et de notre légitimité sur celle-ci. On regrettera néanmoins une tendance fâcheuse à transformer chaque film de science-fiction actuel en film d’action hyperviolent, comme si un de ces deux genres ne pouvait exister sans l’autre. Seven Sisters (nous préférons de loin le titre original, « What Happened To Monday », plus évocateur), réjouissante co-production Netflix entre les États-Unis, la Grande Bretagne, la France et la Belgique ne déroge pas à cette règle. Il faut donc tout le talent du norvégien turbulent Tommy Wirkola (Dead Snow 1 et 2, Hansel & Gretel : Witch Hunters) pour emballer dans l’allégresse ce pur produit de série B revendiqué comme tel, avec un dynamisme de bon aloi, un soupçon d’érotisme et une louche d’humour noir revigorant. Avoir sept fois l’irrésistible Noomi Rapace au casting à la place par exemple d’un Jean-Claude Van Damme (qui tournait ce genre de film dans les années 90, la sophistication en moins) ne fait pas de mal non plus !…

 

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L’actrice suédoise découverte dans Millenium a la lourde tâche d’incarner les sept sœurs, différenciées par des tenues vestimentaires et des tempéraments divers : Lundi est sérieuse comme un pape, Mercredi est une femme d’action, Vendredi est l’intello de service, Samedi est sexy et délurée, Dimanche très discrète, etc. Avec sa petite taille, son charme androgyne presque enfantin, son visage rond terriblement expressif et ses aptitudes indéniables pour la distribution de coups de pieds dans la gueule, Noomi passe la majorité du film à réagir face à elle-même. Elle comble le manque de caractérisation des sœurs (des archétypes à la limite de la caricature) par son talent fou, par l’étendue et la subtilité de son jeu. C’est bien simple, Noomi Rapace s’amuse comme une folle, multipliant les attitudes, les maniérismes, les tics de visage(s), changeant de langage corporel au sein d’une même scène au point où le spectateur sait toujours exactement à quelle sœur il a affaire. Même si (c’est la principale limite du scénario) le récit ne prend le temps de mettre en avant que trois ou quatre de ces sœurettes, Noomi habite ses rôles avec une loufoquerie de tous les instants qui n’empêche cependant pas de prendre les personnages au sérieux dès que la situation s’envenime. Des effets spéciaux aussi étonnants que discrets font le reste du travail. On ne peut s’empêcher d’être émerveillé lors de certains plans techniquement impossibles et donc « magiques » où quatre, cinq, six ou sept versions de l’actrice se donnent la réplique comme si de rien n’était, s’interrompant et passant l’une devant l’autre, avec un sens du photoréalisme poussé très loin. On est bien loin de l’époque où les doublures de Jeremy Irons (Faux Semblants) ou de JCVD (Double Impact), cadrées de dos, donnaient la réplique à leurs frères jumeaux… De son côté, la géniale Glenn Close, cabotinant comme si sa vie en dépendait, entourée de sbires en bottes noires façon Gestapo, compose un personnage de méchante cartoonesque qui n’est pas sans rappeler sa prestation en Cruella dans Les 101 Dalmatiens.

 

Le concept original de Seven Sisters (un thriller de science-fiction dans un environnement dystopique) a beau se diluer quelque peu dans des scènes d’action à rallonge, le scénario sait également se montrer astucieux, notamment dans la représentation des souffrances subies par ses héroïnes. Ainsi, lorsque l’une d’entre elles, encore fillette, perd un doigt dans un stupide accident de skateboard après s’être échappée de la maison, leur grand-père, la mort dans l’âme, se voit obligé de sectionner le même doigt aux six autres afin de leur éviter d’être confondues. Un geste cruel mais destiné à leur sauver la vie… Cette séquence douloureuse est une manière assez subtile de montrer que les sept frangines, bien qu’ayant vécu les mêmes expériences depuis le berceau, peuvent réagir de manières diamétralement opposées, conscientes que la revendication de leur droit au libre arbitre risque de mettre les autres en danger.

 

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Entre divers rebondissements (certains tirés par les cheveux) et autres temps forts (le rythme est haletant), Tommy Wirkola, réalisateur punk habituellement porté sur la comédie, en profite pour rendre hommage aux satires science-fictionnelles de Paul Verhoeven, RoboCop en tête, avec des thématiques et figures de style que les fans de la série Orphan Black reconnaîtront directement. L’esthétique, elle, se situe quelque part entre le futurisme discret de Blade Runner (des publicités gigantesques envahissent la ville et polluent les cerveaux, mais aucune voiture volante en vue !) et la désolation de Seven, grâce à un style naturaliste et sombre, bien à propos pour souligner le fait que les crises auxquelles notre planète est confrontée ont figé une grande partie de la population dans le temps, sans grandes chances d’aller de l’avant. Ce ton désespéré permet au réalisateur d’aborder des thèmes de société comme l’identité, la famille et le sacrifice, mais aussi les difficultés de se forger son propre destin dans un monde où la conformité, l’obéissance, la cruauté et la bêtise règnent en maîtres. Comme de nombreux films de science-fiction avant lui et comme l’Histoire de l’Humanité nous l’a appris, Seven Sisters démontre également que les bonnes intentions entraînent souvent d’irréversibles catastrophes. La politique de l’enfant unique n’est pas un cas de science-fiction, puisqu’elle fut appliquée en Chine entre 1979 et 2015. On estime que cette directive a empêché la naissance de 400 millions d’enfants. Pour le meilleur ou pour le pire ?

 

Le statut de pure série B de Seven Sisters, son recours fréquent (et inutile) aux codes du film d’action, ainsi que quelques incohérences dans l’écriture (difficile de faire tenir un concept aussi dense en deux petites heures), l’empêchent d’être un monument de la science-fiction ou même un grand film. Rien de vraiment neuf sous le Soleil Vert, nous disait un collègue à la sortie de la vision de presse, heureux de son bon mot… Mais lorsque l’on s’amuse autant, peu importe : Seven Sisters est un formidable divertissement, une dose de pure adrénaline et la confirmation définitive, si besoin en était, que sept Noomi(s) valent mieux qu’une !

 

Grégory Cavinato

Cet article fut publié en exclusivité sur Cinergie.be

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