Actualité 2017… The Snowman (Le Bonhomme de Neige)

29f4da52-7068-4740-ad19-49a0834c324dTHE SNOWMAN

(LE BONHOMME DE NEIGE)

 

2017, de Tomas Alfredson – USA / UK

Scénario : Hossein Amini, Peter Straughan et Soren Sveistrup, d’après le roman de Jo Nesbo

Avec Michael Fassbender, Rebecca Ferguson, Charlotte Gainsbourg, Val Kilmer, J.K. Simmons, Toby Jones, Chloë Sevigny, David Dencik et James D’Arcy

Directeur de la photographie : Dion Beebe

Musique : Marco Beltrami

 

 

 

 

 

 

 

 

Norway, José…

 

Certains films jouant de malchance sont des flops annoncés et pâtissent très tôt dans leur production d’une réputation lamentable. Dernièrement, ce fut le cas de grosses machines hollywoodiennes improbables (John Carter) ou de productions à problèmes (on pense aux récents Geostorm, Justice League et Fantastic Four), tous déficitaires, victimes d’une écriture indécise et d’une gestation chaotique. Rares cependant sont les films attendus qui sont reniés avant même leur sortie par leurs géniteurs. On n’avait plus vu tel cas de figure depuis Babylon A.D., l’épopée de science-fiction ratée de Matthieu Kassovitz contre lequel le bouillonnant réalisateur français, furieux de s’être fait retirer le final cut, nous avait mis en garde en nous implorant de n’aller le voir sous aucun prétexte.

 

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Si Tomas Alfredson n’est pas allé jusque-là, ses déclarations dans la presse à quelques jours de la sortie de The Snowman, dans une lettre ouverte intitulée « Pourquoi la critique va démolir mon film » ressemblaient à un mea culpa anticipatif. Une tentative honnête mais maladroite de se dédouaner de l’échec inévitable de cette adaptation d’un roman policier de Jo Nesbo (septième tome d’une série de onze), destinée à créer une nouvelle franchise autour du personnage du détective alcoolique Harry Hole. Derrière et devant la caméra, tout semblait pourtant parfait, le projet bénéficiant d’un pédigrée impeccable : roman à succès, casting quatre étoiles, un réalisateur de talent dont les deux derniers efforts sont devenus des classiques (Let the Right One in et Tinker, Tailor, Soldier, Spy), Martin Scorsese en producteur exécutif… Au final, pourtant, c’est l’embardée : rien ne fonctionne dans The Snowman !

 

« La production fut précipitée suite au désistement de Martin Scorsese, qui devait à l’origine réaliser le film et s’est finalement contenté d’un crédit de producteur exécutif. J’ai donc débarqué sur le projet avec un temps de préparation très court. Tout s’est déroulé de manière abrupte : notre calendrier de tournage en Norvège fut abrégé, afin de permettre à la production de déménager à Londres, un départ qui a compromis beaucoup de choses. En conséquence, approximativement 15% du scénario n’ont jamais été tournés. Quand nous avons entamé le montage, nous nous sommes rendu compte qu’il manquait beaucoup de choses, des scènes importantes à la compréhension de l’intrigue. En l’état, le film ressemble à un puzzle dont il manque quelques pièces et dont on ne saurait voir l’image entière. »

 

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Voilà de quoi expliquer la confusion et le flagrant manque de tension qui plombent ce thriller routinier, aux personnages mal dessinés. Mais un script tronqué, le manque d’argent et les problèmes rencontrés par la production ne peuvent expliquer à eux seuls l’échec de ce film très attendu : outre une flagrante aberration de casting (Val Kilmer, c’est de toi que je parle…) et une flopée de scènes qui tombent dans le ridicule, voire dans le comique involontaire (à cet égard, un cadavre à la tête à moitié arrachée suite à un suicide au fusil à canon-scié semble sorti tout droit d’un épisode de South Park), The Snowman pâtit surtout d’un postulat de départ assez idiot, démontrant une fois de plus que ce qui fonctionne sur le papier ne se traduit pas toujours de manière organique à l’écran. Considérant qu’il faut au commun des mortels une bonne vingtaine de minutes pour fabriquer un bonhomme de neige digne de ce nom (et encore, en se pressant), il est inimaginable de croire qu’aucun témoin n’ait identifié le tueur en série qui terrorise la Norvège depuis plus de 20 ans… Admettons… Ce qui reste à l’écran ne nous laisse aucun doute sur le fait que toute cette entreprise n’était qu’une mauvaise idée, vouée à l’échec dès le départ.

 

Le célèbre détective Harry Hole (Michael Fassbender, qui n’a décidément pas de chance après les échecs consécutifs de Assassin’s Creed et Alien Covenant), inspecteur en chef d’une brigade criminelle spécialisée dans les crimes violents, a depuis longtemps sombré dans l’alcoolisme. Sa femme (Charlotte Gainsbourg) et son fils l’ont quitté et la plupart de ses collègues ne lui font plus confiance après qu’il ait accumulé les fautes graves. Plutôt que de le renvoyer (une incohérence parmi tant d’autres), son supérieur lui confie une nouvelle enquête, la disparition d’une mère de famille d’Oslo dont l’écharpe rose a été trouvée enveloppée autour d’un bonhomme de neige sinistre devant sa maison, signature du tueur. Harry est convaincu qu’il s’agit de l’œuvre d’un tueur en série déjà recherché en Norvège pour une série de meurtres non élucidés, dont les victimes étaient également des mères de famille. Vingt ans plus tôt, un autre détective alcoolique, Rafto (Val Kilmer) avait été chargé de l’enquête avant de disparaître dans des circonstances mystérieuses. Avec l’aide de Katrine Bratt (Rebecca Ferguson), une jeune recrue dont les motivations personnelles vont plus d’une fois entrer en conflit avec l’enquête, Hole se lance à corps perdu dans ce pervers jeu du chat et de la souris, sans cesse nargué par le sociopathe qui redouble d’efforts afin de faire un maximum de victimes avant la fonte des neiges.

 

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Rarement film policier aura accumulé autant d’incohérences narratives aussi flagrantes. Passons sur le modus operandi et le fétiche risibles du tueur. On nous répète tout au long du film que Harry Hole est un détective de légende, un cador… mais jamais on ne nous explique exactement pourquoi ni quelles sont ses aptitudes particulières (sans doute parce que ces scènes-là n’ont jamais été filmées), sans compter que ses méthodes d’investigation s’avèrent par la suite bien peu remarquables. Pour comprendre, il faudra sans doute se rabattre sur les autres romans de la série. L’alcoolisme de Harry pose également problème, utilisé comme simple prétexte pour une inévitable rédemption finale. Mais sa maladie n’a aucune raison d’être puisqu’elle n’a aucune incidence sur le récit. D’ailleurs, nous ne le voyons jamais saoul ou en train de boire ! Tout juste le voyons-nous se réveiller dès potron-minet avec la gueule de bois dans des endroits publics, se rappelant rarement comment il est arrivé là. Mais une fois l’enquête en route, Harry est parfaitement sobre et tout va bien, merci pour lui !… Son ex-femme (Charlotte Gainsbourg dans le rôle le plus ingrat de sa carrière) l’a quitté, a emmené leur fils avec elle et s’est remise en ménage. Mais peu importe car Harry leur rend fréquemment visite au point où cette séparation ne pose plus le moindre problème entre eux. Quant à la nouvelle partenaire de Harry (Rebecca Ferguson avec une frange et des jeans troués), elle surprend deux suspects pas très finauds, en train de confesser leurs crimes dans un endroit public où elle les a suivis comme par hasard, juste au moment où ils avaient envie de faire une pause et d’énumérer nonchalamment tous leurs méfaits! Terriblement mal cachée derrière une colonne à quelques mètres des malfrats, la fliquette les filme en train de s’incriminer, sur un coup de chance monstrueux ! Comme quoi, ce n’est pas si compliqué la vie d’un flic ! Censés être partenaires, Fassbender et Ferguson ne partagent en fin de compte que très peu de scènes, ce qui n’est pas plus mal étant donné leur manque d’alchimie…

 

La narration, terriblement décousue, se perd dans différentes sous-intrigues disparates dont certaines sont des fausses pistes évidentes. Différents flashbacks confus et mal intégrés au reste du film, se déroulant à des époques différentes, se succèdent sans jamais vraiment nous convaincre de leur utilité. Paradoxe stupéfiant : pour un film qui fait tant d’allers-retours dans le passé, le scénario inerte semble toujours faire du surplace ! Alors que le film n’a pas été tourné en entier, il gagnerait pourtant à être raccourci d’un bon quart heure ! Par ailleurs, le récit se concentre sur différents suspects bien trop suspects pour être coupables, tentant vainement de maintenir l’attention du spectateur, pas dupe de la supercherie. C’est le cas de J.K. Simmons, qui incarne un riche industriel pervers, porté sur les très jeunes filles et qui est par ailleurs le seul acteur du film à tenter un accent norvégien ! Quand la révélation tant attendue arrive enfin, elle ne parvient pas à produire l’impact désiré, l’identité du tueur étant une évidence depuis belle lurette. Le « Whodunit » classique que nous étions en droit d’attendre se transforme progressivement en un « Why did he do it » ennuyeux à mourir, au cours duquel, faute de temps, des personnages importants du roman (comme celui de Toby Jones, partenaire du détective incarné par Val Kilmer) sont complètement sacrifiés au montage.

 

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Certes, Tomas Alfredson connaît les grands classiques du genre et tente de retrouver les éléments qui ont rendu le cinéma de David Fincher (Seven, Zodiac, The Girl With the Dragon Tattoo, modèles évidents) si mémorable et angoissant. Mais rien n’y fait, malgré une photographie sublime mettant en valeur les vastes étendues enneigées d’Oslo et de ses environs, aucune des scènes horrifiques ne fonctionne, le réalisateur signant en fin de compte une pâle copie des œuvres susmentionnées. Découvrir la tête décapitée de Chloë Sevigny perchée sur le corps d’un bonhomme de neige ne produit pas la peur escomptée mais évoque plutôt un gag à la Tex Avery. Plus d’une fois, le quotidien des enquêteurs se mue en ridicule, que ce soit lorsqu’ils dévoilent leurs nouvelles caméras « cachées » portables, de la taille d’un bulldozer, une embarrassante scène de sexe avortée entre Fassbender et Gainsbourg, sans parler de l’inconscience du flic incarné par Val Kilmer dans le passé qui, complètement beurré, tire nonchalamment dans la montagne pour effrayer quelques oiseaux au risque de se prendre une avalanche sur la tronche.

 

Parlons-en, justement, de Val Kilmer ! Nous savons désormais que l’acteur, aujourd’hui en rémission mais toujours atteint de graves troubles du langage, était atteint d’un cancer de la gorge durant le tournage, une maladie qu’il n’a révélé que récemment. Bien que son rôle, assez réduit et confiné à une poignée de flashbacks, ne relève que de l’apparition amicale (Kilmer et Fassbender étant très amis…), était-il vraiment judicieux de lui faire doubler ses répliques en post-synchro, des mois après le tournage, d’une voix robotique pathétique, bidouillée par ordinateur, qui ne fait que renforcer sa déchéance physique ? Sa performance met mal à l’aise et nous sort complètement du film. Certains diront que son état physique colle parfaitement à son personnage d’épave, mais il n’y a rien à faire… Kilmer fait peine à voir, livrant bien malgré lui l’une des pires prestations de sa longue carrière.

 

Les romans de Jo Nesbo mettant en scène Harry Hole sont trop populaires pour penser que c’est la dernière fois qu’ils seront adaptés à l’écran. Au vu du résultat et du lourd échec du film au box-office, il serait néanmoins très étonnant de voir Michael Fassbender enfiler à nouveau le manteau du détective alcoolique. Occasion manquée, The Snowman est une œuvre malade et frustrante qui signe l’arrêt de mort d’une franchise à congeler. Espérons qu’un scénariste malin reprenne un jour les choses en main. Mais il lui faudra sélectionner une intrigue plus propice au difficile exercice de l’adaptation et surtout moins susceptible de se vautrer dans le ridicule !

 

Grégory Cavinato

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