Actualité 2017… The Mummy (La Momie)

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(LA MOMIE)

 

2017, de Alex Kurtzman – USA

Scénario : David Koepp, Christopher McQuarrie, Dylan Kussman, John Spaihts, Alex Kurtzman et Jenny Lumet

Avec Tom Cruise, Sofia Boutella, Annabelle Wallis, Russell Crowe, Jake Johnson, Courtney B. Vance, Marwan Kenzari et Javier Botet.

Directeur de la photographie : Ben Seresin

Musique : Brian Tyler

 

 

 

 

 

 

 

 

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Peu s’en rappelleront mais en 2014, sortait sur nos écrans Dracula Untold, de Gary Shore, une « origin story » peu mémorable relatant les premiers méfaits du plus célèbre des vampires. Pourquoi cet énième Dracula ? Parce que suite au succès phénoménal des « univers étendus » sur grand écran (les sagas Marvel et DC avec tous leurs super-guignols en capes), les pontes d’Universal Pictures auraient bien voulu eux aussi empocher le jackpot. Leur arme secrète : un catalogue bien rempli remontant aux glorieuses années 30, quand les monstres classiques d’Universal terrorisaient les spectateurs du monde entier ! Dracula, la Créature de Frankenstein, le Loup-Garou, Dr. Jekyll et Mr. Hyde, le Fantôme de l’Opéra, la Créature du Lac Noir, l’Homme Invisible… Regrouper toute cette (basse) cour des miracles dans une nouvelle saga onéreuse, intitulée « Universal Dark Universe » aurait dû mettre tout le monde d’accord et surtout, remplir les tiroirs-caisses ! Après tout, le concept même des univers partagés ne découle-t-il pas de ces célèbres Universal Monsters, qui dans les années 40-50 alors qu’ils étaient déjà démodés, étaient souvent réunis de manière opportuniste dans des produits d’exploitation bas de gamme comme Frankenstein Meets the Wolf Man, House of Dracula, House of Frankenstein ou encore Abbott & Costello Meet the Mummy ?…

 

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Mauvais calcul, Dracula Untold, interprété par le fade Luke Evans et réalisé par un yes-man anonyme, s’est avéré, malgré quelques indéniables qualités plastiques et un réel respect pour le genre horrifique, un échec critique et un bide au box-office. Dans un geste de révisionnisme éhonté, Universal nous explique maintenant que le mal-aimé Dracula Untold n’a jamais vraiment fait partie de leur entreprise de ravalement de façade des grands mythes du fantastique. Non, le premier film officiel de la saga sera désormais The Mummy, une nouvelle relecture à gros budget du film de 1932 dans lequel Boris Karloff enfilait les bandelettes de la momie Imhotep. Et ce, peu importe, si Dracula Untold se clôturait sur un cliffhanger annonçant clairement la suite de la saga ou que Luke Evans ait signé un contrat stipulant que Dracula apparaîtrait en guest star dans les films suivants. On efface tout et on recommence, en espérant que personne n’aura rien remarqué…

 

Un énorme blockbuster exotique, mélange de film d’aventures et d’horreur, animé par une authentique superstar (Tom Cruise) ? Nous étions vraiment partants, enthousiasmés même, par cette relecture moderne du mythe, même si la formule avait déjà été exploitée admirablement en 1999 par Stephen Sommers. La Momie avec Brendan Fraser et Rachel Weisz s’avérait un modèle de grand spectacle généreux, divertissant et respectueux du mythe. Et ce ne sont pas ses deux suites médiocres qui gâchèrent la réussite ! Que pouvait donc apporter cette nouvelle mouture à un genre qui a déjà été exploré de fond en comble ? Six scénaristes, pas moins, devaient forcément accoucher d’un concept en béton et d’idées neuves ?… Las, le résultat à l’écran pâtit terriblement de la nature schizophrénique du projet, censé être à la fois un film d’horreur, un blockbuster destiné au grand public, un véhicule pour star et le premier épisode d’une longue saga…

 

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Le résultat : une longue et laborieuse bande annonce promotionnelle pour un univers à venir, un brouhaha de scènes sans véritable liens entre elles, n’arrivant jamais à former un puzzle cohérent. On connait la mainmise de Tom Cruise sur chacun de ses projets mais l’acteur scientologue, véritable  passionné de cinéma, savait autrefois faire appel à des réalisateurs de talent (Oliver Stone, Brian De Palma, Michael Mann, Steven Spielberg, Neil Jordan, Paul Thomas Anderson…) pour le mettre en scène et canaliser son énergie débordante tout en servant son égo démesuré. Alex Kurtzman, scénariste et producteur de Transformers et des derniers Star Trek, n’est évidemment pas de cette trempe, simple yes-man du studio engagé pour faire le job, à savoir intégrer un personnage héroïque à la Indiana Jones au sein d’un récit horrifique.

 

Le premier acte tente de raviver les grandes heures d’un cinéma désuet dans le style des Aventuriers de l’Arche Perdue. Malheureusement, à force de multiplier les emprunts, clins d’œil et références à des œuvres plus réussies, La Momie perd d’emblée toute originalité et suscite un ennui poli. Malgré des cascades épiques (dont un crash aérien largement dévoilé dans les bandes annonces) et une volonté de dépaysement, il n’y a rien à faire : ce sous-genre (le film d’action avec Tom Cruise) se marie particulièrement mal avec le cahier des charges horrifique. Cruise, en mode frimeur / rigolo, campe un sympathique pilleur de tombes largué dans une mythologie qu’il ne comprend pas, emporté malgré lui dans une tornade d’informations et de péripéties qu’il ne contrôlera à aucun moment. Mais plutôt que d’en faire un nigaud adorable et incompétent comme Kurt Russell dans l’excellent Big Trouble in Little China, les scénaristes s’acharnent tant bien que mal à en faire le héros, peu importe que son rôle soit en fait complètement inutile. C’est ce qui arrive lorsqu’un acteur tout-puissant, obsédé par le contrôle, se retrouve aux commandes d’un blockbuster. On se retrouve avec un projet totalement dénaturé par son égo, une sorte de Mission : Impossible surnaturel où les aventures de Tom Cruise se font au détriment de celles du rôle-titre. Un comble !

 

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Parlons-en de cette satanée momie puisque c’est quand même d’elle qu’il s’agit. Ça démarre assez mal puisque ses origines sont expédiées à vitesse grand V lors du prologue, avec un flashback au montage elliptique qui ne fait pas honneur au personnage. Pourquoi perdre son temps avec une momie lorsqu’on a Tom Cruise sur le plateau voisin en train de faire des cumulets pour épater la galerie ?… Interprétée par l’affolante Sofia Boutella (Star Trek Beyond, Atomic Blonde), que nous aimons d’un amour tendre et pur et qui lui prête sa beauté exotique, son regard hypnotique et ses capacités physiques hors du commun (l’actrice est surtout une danseuse respectée et cela se vérifie dans le moindre de ses mouvements), cette splendide mais cruelle Ahmanet a une allure et une présence folles, malheureusement très mal mises en valeur. Jamais le scénario ne cherche à en faire un personnage attachant comme pouvaient l’être les momies cinématographiques précédentes. Ahmanet n’est pas devenue monstrueuse parce que ses semblables lui ont fait du mal. Elle est simplement jalouse et avide de pouvoir, monstrueuse dès le départ et avant son passage dans l’au-delà, avec une certaine prédilection pour le meurtre de nouveau-nés. Pour l’empathie, on repassera !

 

Quant aux objectifs de la revenante, ils restent assez vagues, même si nous comprenons bien qu’il s’agit de reconstituer son corps en avalant les âmes de quelques mortels égarés, puis de placer une amulette sur un vieux morceau de bois afin de récupérer tous ses pouvoirs. La routine, quoi… Signe des temps au sein du cinéma hollywoodien, Ahmanet est encore un de ces personnages qui, comme Apocalypse dans X-Men Apocalypse, possède des pouvoirs surnaturels tellement illimités qu’on ne comprend pas trop pourquoi elle les utilise avec autant de parcimonie, ou simplement lorsque les scénaristes sont à court d’idées. A un moment, nous la voyons enchaînée et torturée dans le laboratoire du Docteur Jekyll (Russell Crowe) et quelques minutes plus tard, d’un simple claquement de doigts, elle provoque le soulèvement d’une armée de zombies dans les rues de Londres ainsi qu’un ouragan à faire trembler Stéphanie De Monaco ! Lors du final (étrangement similaire à celui de Suicide Squad, qui ne vaut guère mieux), la momie se fait bêtement distraire par le héros qui lui vole son sceptre. Un retournement de situation à peu près aussi sophistiqué que le fameux « Eh regarde, ton lacet est défait »… Passons sur le fait qu’il s’agit une fois de plus d’un personnage féminin qui a besoin d’un hôte masculin afin de lui transférer tous ses pouvoirs ! C’était bien la peine de faire de la momie une femme…

 

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Les féministes auront d’autres chats à fouetter et pourront s’en donner à cœur joie avec le personnage interprété par Annabelle Wallis. La blonde actrice, sorte de Spice Girl du pauvre, incarne une paléontologue idiote que l’on croirait sortie d’un film d’aventures des années 30. Elle hurle sans cesse et Tom Cruise doit lui sauver toutes les dix minutes parce qu’elle est trop effrayée. Elle reste parfaitement immobile pendant les scènes d’action, attendant sagement que son homme ait buté leurs ennemis d’outre-tombe. (Pour être totalement honnête, à un moment, elle tente de mettre un coup de pied à un zombie…) On croirait revoir Sharon Stone dans les bras de Richard Chamberlain au bon vieux temps des Allan Quatermain, produits dans les années 80 par la Cannon !…

 

En roue libre et méchamment décousu, le scénario semble avoir été rédigé en comité et les nombreuses réécritures se font méchamment sentir. Ainsi, lors du  prologue, Russell Crowe prononce deux fois la même phrase : « The Past can never stay buried ». Le film s’embourbe et mêle avec peu de bonheur des tonalités totalement incompatibles. Visuellement ça oscille entre une poignée de séquences réussies (la découverte du tombeau d’Ahmabet) et la plupart du temps, du gros Z (les morts-vivants en CGI, tout moches!) Le rythme, trop trépidant, empêche de toute façon la moindre scène de décoller. Pour faire passer le temps, le film accumule en vain les clins d’œil à des figures connues du cinéma fantastique : un crâne de vampire aux longues canines dans un coin, la papatte de la Créature du Lac Noir dans un bocal, un revenant farceur, sidekick comique du héros, tout droit sorti (certains diront copié) du Loup-Garou de Londres… Sans parler de Russell Crowe et de son accent cockney, cabotinant comme si sa vie en dépendait dans le rôle du Docteur Jekyll et de son alter-ego diabolique, Mister Hyde, le personnage étant supposé faire le lien entre tous les films de la saga à la manière de Samuel L. Jackson chez Marvel ! Mais l’acteur livre le genre de prestation embarrassante qui vient ternir un beau CV. Il n’est de toute façon là que pour annoncer les films suivants, une tentative désespérée de créer un nouveau « S.H.I.E.L.D. », tellement peu subtile qu’elle frise le ridicule. Le Dr. Jekyll est le patron d’une compagnie secrète (mais multimilliardaire) dont l’objectif à long terme, très vague, consiste à vaincre « le Mal »… On leur souhaite bonne chance !

 

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The Mummy ne retrouve jamais la poésie ni l’imagerie des films auxquels il fait référence. Les motivations des personnages restent très floues et malgré une accumulation de circonvolutions narratives et autres faux mystères, on s’ennuie ferme ! En trois saisons de la série Penny Dreadful, le scénariste et producteur John Logan avait démontré admirablement qu’il y avait moyen de réinventer et combiner tous ces personnages mythologiques et de créer quelque chose de brillant. Ici, toute l’ambition se résume à flatter l’égo de Tom Cruise et à remplir les poches des actionnaires d’Universal.

 

Résultat : The Mummy a connu un bide encore plus spectaculaire que celui de Dracula Untold, rare faux pas dans la carrière de Tom Cruise ! En novembre, la nouvelle tombait : suite aux scores décevants et à l’accueil critique catastrophique du film, cet « Universal Dark Universe » trop artificiel et racoleur était mis aux oubliettes. Les films suivants, « La Fiancée de Frankenstein » (prévu pour le réalisateur Bill Condon, avec Javier Bardem dans le rôle de la Créature et Angelina Jolie en fiancée), « L’Homme Invisible » (avec Johnny Depp) et « Le Loup-Garou » (avec Dwayne Johnson) étaient repoussés aux calendes grecques. Le premier pourrait voir le jour mais sans être attaché aux autres films de la saga. Et il y a de grandes chances pour que les suivants soient tout simplement annulés, tout comme les relectures promises de « La Créature du Lac Noir », du « Fantôme de l’Opéra », ainsi qu’un nouveau « Dr. Jekyll et Mr. Hyde » avec Russell Crowe… Un gâchis artistique et financier d’anthologie, preuve que l’appât du gain et les formules industrielles toutes faites ne pallieront jamais au manque de bonnes intentions !

 

Grégory Cavinato

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