Actualité 2017… The Mountain Between Us (La Montagne entre Nous)

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(LA MONTAGNE ENTRE NOUS)

 

2017, de Hany Abu-Assad – USA

Scénario : J. Mills Goodloe et Chris Weitz, d’après le roman de Charles Martin

Avec Idris Elba, Kate Winslet, Beau Bridges et Dermot Mulroney

Directeur de la photographie : Mandy Walker

Musique : Ramin Djawadi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

Oui, il est vieux, en mauvaise santé, il s’appelle Walter et il est interprété par Beau Bridges. Walter est le pilote d’un vieux coucou qui, malgré des conditions météorologiques défavorables et suite à une tempête de neige ayant obligé l’aéroport de Salt Lake City à fermer, accepte quelques billets en douce pour transporter deux passagers à New York. Ben Bass (Idris Elba) est un chirurgien de renom attendu d’urgence pour une opération que lui seul peut pratiquer et Alex Martin (Kate Winslet), une photographe qui espère arriver à temps à son propre mariage. Seulement voilà, durant la tempête, Walter meurt d’une crise cardiaque en plein vol. L’avion se viande au sommet d’une montagne enneigée de l’Utah, sans que personne ne soit au courant de sa disparition. Ben et Alex s’en sortent. Le chien de Walter aussi. Ben est indemne, Alex a la jambe cassée. Autour d’eux, rien ! Pas une âme à des centaines de kilomètres. Juste le silence, la neige et les dangers qui guettent. Sans parler du froid et de la faim ! Ils ne se connaissent pas mais il refuse de la laisser seule, espérant voir arriver des secours… qui n’arriveront jamais. Ben et Alex vont donc devoir s’entraider pour survivre et ensemble, se mettent en chemin à travers les montagnes, les forêts touffues et les étendues glacées de l’Utah. Sans grande surprise, des sentiments amoureux vont s’immiscer entre eux.

 

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Ensuite ? Rien ! Si ce n’est un puma affamé qui rode et la glace d’un lac gelé qui se brise. Ce film au postulat de départ excitant s’annonçait comme un survival haletant à la The Grey (Le Territoire des Loups), dans lequel Liam Neeson connaissait le même pépin mécanique puis se retrouvait seul dans une nature hostile à devoir se bastonner à mains nues contre une meute de gros louloups qui l’avaient pris en chasse. Rien de tout ça dans The Mountain Between Us dont la bande-annonce mensongère relève de la grosse tromperie sur la marchandise ! En effet, le film de Hany Abu-Assad oublie toute notion de frissons et oscille constamment entre un récit d’aventures mollasson (pour le meilleur) et un sirupeux roman Harlequin (pour le pire).

 

Les intentions de départ étaient pourtant louables : un essai old-school sur la capacité de l’être humain à résister au pire, sur la force de la compassion et de l’entraide, sur la tentation charnelle quand on est confronté à la mort. Un film d’aventures au charme suranné et une romance à l’ancienne. Pourquoi pas ? Ce genre de film fait patienter pendant l’hiver. Encore aurait-il fallu développer tout ça. Par exemple en ajoutant deux ou trois péripéties susceptibles de sortir le spectateur de sa torpeur et en mettant en valeur les magnifiques décors naturels. Or, dès l’avion en rade, Kate se repose longuement dans la carcasse de celui-ci, tandis que le deuxième acte se déroule presque entièrement dans une cabane où nos deux survivants se sont réfugiés et attendent… attendent… attendent… font mollement l’amour… attendent… et attendent encore. Le spectateur attend lui aussi mais rien n’arrive vraiment, si ce n’est une résolution précipitée qui voit (SPOILER) le duo retourner, comme si de rien n’était, à la vie civile. Au cours d’un dernier acte vraiment embarrassant, le seul sommet qu’atteint le film est celui de la nunucherie sentimentale : Alex quittera-t-elle son ennuyeux mari (le pauvre Dermot Mulroney dans le rôle le plus ingrat de sa carrière) pour rejoindre son sauveur ? (FIN DU SPOILER.)

 

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Kate Winslet retrouve un rôle étonnamment similaire à celui qu’elle tenait dans Titanic, la passion en moins. Cette fois, son personnage est décidément trop cruche et tête à claque pour qu’on s’y attache. Tous les instincts d’Alex semblent aller dans la mauvaise direction, la jeune femme mettant le duo en danger plus d’une fois à cause de son tempérament sanguin et irréfléchi. Qu’elle tente une escalade impossible ou qu’elle envoie le pauvre Ben (qui doit s’armer d’une bonne dose de patience) à la recherche du chien… elle ne provoque que des catastrophes ! Cliché sur pattes, le personnage risque de faire hurler les féministes puisque qu’elle passe la grande majorité du film comme une damoiselle en détresse, à attendre que Ben vienne la sauver d’une mort certaine ou qu’il la transporte sur une sorte de luge improvisée. Sans les aptitudes médicales de son compagnon d’infortune, Alex serait morte depuis le premier acte et, n’hésitons pas à l’affirmer, le film aurait sans doute gagné à la voir disparaître ! L’idée de confier un premier grand rôle romantique à Idris Elba (qui n’a décidément pas de chance cette année après l’échec de La Tour Sombre) n’était pas pour nous déplaire. L’acteur, toujours aussi charmant et charismatique, s’en tire avec les honneurs. Dommage que ce soit dans ce film-ci !

 

Outre la torpeur ambiante, la banalité de l’intrigue et le manque relatif de péripéties, The Mountain Between Us frappe par la pauvreté et le manque d’inventivité de la mise en scène. Jamais le réalisateur ne cherche à magnifier les grands espaces ou à créer le suspense. Chaque problème rencontré par le duo (recherche de nourriture, d’un abri, de béquilles pour Alex) est vite résolu, les moments d’adversité sont suivis de moments de triomphe, jusqu’à ce que la fin du calvaire (pour Ben, Alex et les spectateurs) pointe le bout de son nez, pépère, de manière très prévisible. Davantage préoccupés par l’histoire d’amour naissante que par l’épopée montagnarde, Hanny Abu-Assad et ses scénaristes n’insistent jamais sur les techniques de survie ni sur le thème de la mort imminente sensé hanter les deux tourtereaux. Jamais nous ne sentons réellement le duo en danger tant chaque problème a tendance à se résoudre en un clin d’œil. Mou, ennuyeux, d’une facture télévisuelle gênante (une abondance de gros plans), le film est également desservi par des effets spéciaux d’un autre âge, tellement foirés qu’ils prêtent à rire. Le crash de l’avion, un plan-séquence fixe filmé sur un fond vert rappelant les rétroprojections d’antan, s’avère particulièrement risible. Mais ce n’est rien par rapport à ce drôle de puma en images de synthèse qui ressemble à tout sauf à un puma…

 

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Alors qu’Idris et Kate (deux excellents acteurs qui méritent bien mieux) meublent en flirtant et en se chamaillant, le spectateur essaie de se consoler grâce au seul élément qui va venir le réveiller : l’humour involontaire ! Outre un climax tellement guimauve et prévisible qu’il fera ricaner les moins cyniques (Kate et Idris courant l’un vers l’autre dans les rues de New York), la scène du décès du pilote s’avère un monument de comique nonsensique à la ZAZ. Beau Bridges, vieux baroudeur cool à chemise hawaïenne, glose sur son bonheur et se vante de sa vie bien remplie devant un Ben bienveillant. Ayant tout juste terminé de décrire sa vie parfaite, il meurt instantanément comme un pauvre idiot, avec une expression de surprise impayable sur le visage. Nous vous mettons au défi de ne pas exploser de rire lors de cette scène rappelant la mort inopinée de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises !

 

Drôle de carrière que celle du réalisateur israélien Hany Abu-Assad, qui avait pourtant fait forte impression dans son pays natal avec une poignée de films d’auteur primés dans divers festivals de renom : Rana’s Wedding (2002), Paradise Now (2005), Omar (2013, Prix du Jury à Un Certain Regard à Cannes) et The Idol (2015). Il s’était néanmoins déjà rendu coupable d’une commande (infâme) pour les studios américains avec The Courier (2012), un de ces innombrables films d’action bas de gamme produits à la chaîne pour le marché vidéo, avec Jeffrey Dean Morgan en vedette et Mickey Rourke en guest star. Un thriller anonyme, sans personnalité, qui semblait déjà démontrer que, hors de son pays, sous la coupe de producteurs lui dictant ses faits et gestes, le réalisateur devenu mercenaire sans âme, avait bien du mal à imposer une quelconque vision. Si The Mountain Between Us partait de bonnes intentions, il devient très vite évident que le cœur n’y est pas ! Une version plus adulte et violente de la même histoire, examinant les turpitudes morales de ses deux protagonistes, reste à faire. Mais ce n’est de toute évidence pas le film que Hany Abu-Assad (ou ses producteurs) avai(en)t en tête, préférant jouer la carte de la romance sirupeuse à destination des grands-mères!

 

A la fin de la projection, le titre du film prend réellement tout son sens : il y avait effectivement des montagnes entre les attentes des spectateurs et le piètre résultat à l’écran !

 

Grégory Cavinato

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