Actualité 2017… Paddington 2

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2017, de Paul King – UK / USA

Scénario : Paul King et Simon Farnaby

Avec Hugh Grant, Sally Hawkins, Hugh Bonneville, Brendan Gleeson, Noah Taylor, Jim Broadbent, Julie Walters, Jessica Hynes, Peter Capaldi, Tom Conti, Eileen Atkins, Joanna Lumley, Richard Ayoade et les voix de Ben Whishaw, Michael Gambon et Imelda Staunton.

Directeur de la photographie : Erik Wilson

Musique : Dario Marianelli

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mister Marmelade

Le centenaire de sa Tante Lucy approchant à grands pas, l’ours Paddington, qui coule des jours heureux à Londres dans sa famille adoptive, les Brown, se met à la recherche du cadeau parfait. Dans la librairie de son ami Mr. Gruber (Jim Broadbent), il tombe sur un étonnant livre pop-up poussiéreux, illustrant l’histoire de Londres, un ouvrage précieux malheureusement bien trop onéreux pour ses maigres économies. Paddington se met donc immédiatement à la recherche d’un job (provoquant quelques catastrophes au passage, notamment chez un barbier, puis en tant que laveur de carreaux), mais le livre, qui contient une inestimable carte au trésor dissimulée dans ses pages, est dérobé par l’ambitieux Phoenix Buchanan (Hugh Grant), un acteur has-been et narcissique qui cherche à faire son grand retour sur la scène londonienne. Accusé du vol, Paddington est envoyé en prison après un procès des plus grotesques. Pendant que le facétieux ourson, incarcéré, charme ses codétenus en leur apprenant les secrets de la marmelade parfaite, les Brown enquêtent afin de prouver l’innocence de leur ami.

 

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Les aventures de l’adorable Paddington, nées en 1958 de l’imaginaire de Michaël Bond (malheureusement disparu en juin dernier), ont ému des générations entières d’enfants à travers le monde. En Angleterre, Paddington est l’égal d’un Winston Churchill et d’un Ringo Starr ! En 2014 sortait un premier film, savoureux, qui illustrait l’arrivée à Londres du jeune héros, sa rencontre avec la famille Brown (les époux Sally Hawkins et Hugh Bonneville, leur vieille tante Julie Walters et les enfants) et ses déboires avec une machiavélique taxidermiste incarnée avec délectation par Nicole Kidman. A l’heure où les suites en rajoutent avec des univers étendus et des mythologies de plus en plus complexes, l’irrésistible Paddington 2 s’impose comme un véritable bouffée d’air frais. Pas de « Paddington dans l’espace » ou de résurrection d’un père caché ! La simplicité de l’intrigue s’avère on ne peut plus fidèle aux origines littéraires de l’adorable ourson péruvien : Paddington tente d’acheter un cadeau d’anniversaire et un malotru lui met des bâtons dans les roues… rien de plus compliqué que ça ! Pourtant – et c’est là qu’opère toute la magie du scénario, à nouveau signé Paul King et Simon Farnaby – Paddington 2 est un délice de la première à la dernière image, susceptible d’être apprécié par tous les enfants de 7 à 77 ans et au-delà. Voilà bien la preuve qu’avec un postulat d’une grande simplicité, on peut encore obtenir des merveilles !

 

Que ceux qui ne connaissent pas Paddington se rassurent tout de suite : ses aventures n’ont que très peu de points communs avec cette flopée de films d’animations cyniques, criards, vulgaires et post-modernes qui sortent à la chaîne des studios d’animation américains. Grand admirateur du ton 100% british et bon enfant adopté dans les livres, Paul King a créé un univers visuel beaucoup plus proche des films de Wes Anderson et de Steven Spielberg que du tout-venant des infantiles longs métrages pour enfants actuels. Paddington est bien élevé, toujours poli, souriant et s’exprime dans un langage châtié. Le Londres que nous voyons ici est un Londres de carte postale, pas tout à fait situé dans la réalité mais presque, comme l’avait fait Jean-Pierre Jeunet pour Paris dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ici, les rues sont propres et même les vendeurs de journaux et les facteurs vivent dans des villas victoriennes pour millionnaires. Mais ces petites infidélités à la réalité ne sont pas plus difficiles à admettre qu’un ours qui parle…

 

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Secondé par la magie d’effets spéciaux de pointe (l’interaction entre le héros en CGI et le monde moderne s’avère parfaite, au point où l’on oublie très vite l’exploit technique), Ben Whishaw prête à nouveau sa voix à un Paddington débonnaire, naïf, espiègle et de plus en plus gaffeur. Mais les seconds rôles ne sont pas sacrifiés, incarnés par la crème de la crème des comédiens anglais. Brendan Gleeson fait une forte impression dans le rôle de Knuckles McGinty, cuistot grognon et compagnon de cellule de Paddington dont la mauvaise humeur et la mauvaise foi légendaires font trembler ses codétenus. Mais le film ne serait pas ce qu’il est sans le numéro de haute voltige exceptionnellement kitsch de Hugh Grant, qui n’est pas loin de voler la vedette au reste du casting et à son adversaire ursidé. Comédien éternellement sous-estimé, le héros romantique et balbutiant de Quatre Mariages et un Enterrement et de Love Actually fait une nouvelle démonstration de son impeccable timing comique et d’un sens aigu de l’autodérision. Cabotin désargenté, tombé dans l’oubli, condamné à apparaître dans d’humiliantes publicités vantant les mérites de pâtées pour chiens (comme autrefois Pierre Richard dans Le Coup du Parapluie), Phoenix Buchanan est un mauvais acteur en quête d’attention. Il vit dans une maison décorée à sa gloire et, atteint d’une certaine schizophrénie égocentrique, dialogue, seul dans son grenier, avec tous les grands rôles de son répertoire. Comme Peter Sellers chez Blake Edwards, Hugh Grant s’en donne à cœur joie et n’hésite jamais à repousser les limites du ridicule, revêtant divers déguisements afin de passer inaperçu lors de sa chasse au trésor : nonne, chevalier en armure, clochard à l’accent cockney digne de Dick Van Dyke dans Mary Poppins… Une performance d’anthologie !

 

La structure du film est épisodique et les moments de bravoure se succèdent, de l’ouverture (un émouvant flash-back sur l’adoption de Paddington) à la conclusion (une course-poursuite palpitante entre deux trains) en passant par une scène animée absolument merveilleuse, plongée monumentale dans les pages du livre pop-up, composé d’illustrations peintes à la main tel un objet artisanal d’un autre temps. Sans parler de cette cavalcade à dos de lévrier sur les bords de la Tamise ou d’une hilarante comédie musicale dans des décors aux tons rose bonbon, nouvelle couleur des costumes des détenus après que Paddington ait oublié une chaussette rouge dans la machine à lessiver… De Wes Anderson, Paul King retrouve le sens du cadre, de l’humour pince-sans-rire et des trouvailles poético-surréalistes. A Spielberg, il emprunte le goût de la grande aventure, de l’émotion et de l’émerveillement. Son film est rempli de touches humoristiques discrètes (visuelles et linguistiques) qui méritent une seconde vision afin de réellement apprécier le film à sa juste valeur.

 

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Comme dans le premier film, qui injectait entre deux gags un subtil message pro-immigration, Paddington 2 se positionne cette fois pour l’accueil à bras ouverts des migrants dans le monde du travail, notamment lorsque l’ourson collabore avec un groupe de calypso pour laver les vitres des monuments les plus célèbres de Londres. Un film américain aurait délivré ce message de tolérance à la louche, sans doute accompagné d’une musique dégoulinante de bons sentiments. Paddington 2 est l’antithèse de cette approche. Paul King a le bon goût et la politesse de délivrer son message humaniste avec classe et discrétion, sans mauvais goût ostentatoire, minimisant les allusions politiques au Brexit, mais présentant le multiculturalisme métropolitain comme une aubaine pour Paddington et ses amis. Le personnage du voisin raciste campé par Peter Capaldi est bien suffisant pour synthétiser l’intolérance, la haine, l’ignorance et le repli sur soi. Nostalgique sans être réactionnaire, Paddington 2 est le film parfait pour les fêtes de fin d’année, incitant au respect de l’autre, à la tolérance et au bonheur du sacro-saint « vivre-ensemble ». Mais le fait avec tant d’humour et de subtilité qu’il convaincra même les plus cyniques d’entre nous !

 

Il devrait être interdit à Paul King de transmettre la série à un autre réalisateur parce qu’il a parfaitement compris et transposé à l’écran l’essence fondamentale du personnage. Son film est mignon, mais pas mièvre ou cucul-la-praline. Il est destiné à tous les âges mais les gags, universels, ne sont pas divisés en catégories « pour enfants » et « pour adultes ». Le film se moque surtout des circonstances, jamais des personnages. Il est chaleureux, sans le moindre soupçon de cruauté ou de vulgarité. Et s’avère, de loin, le film le plus hilarant de 2017 ! Supérieur en tous points au premier film de la saga (pourtant très réussi lui aussi), pétri de bonté et d’innocence, Paddington 2 est le feelgood movie de l’année, véritable antidote au cynisme, à la morosité ambiante et à la folie du monde moderne. Aussi délicieux qu’un pot de confiture dégusté avec les doigts !

 

Grégory Cavinato

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