Actualité 2017… King Arthur : Legend of the Sword

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(LE ROI ARTHUR : LA LEGENDE D’EXCALIBUR)

 

2017, de Guy Ritchie – USA / UK

Scénario : Joby Harold, Guy Ritchie, Lionel Wigram et David Dobkin

Avec Charlie Hunnam, Jude Law, Astrid Bergès-Frisbey, Eric Bana, Djimon Hounsou, Aidan Gillen, Freddie Fox, Craig McGinlay, Neil Maskell, Annabelle Wallis, Michael McElhatton, Poppy Delevingne, Georgina Campbell, Katie McGrath et David Beckham.

Directeur de la photographie : John Mathieson

Musique : Daniel Pemberton

 

 

 

 

 

 

 

 

Coup d’épée dans l’eau

 

Une séquence-clé de King Arthur : Legend of the Sword résume à elle seule tout le « style » du réalisateur Guy Ritchie. Lorsqu’Arthur tente de retirer l’épée Excalibur de son socle, moment magique qui va changer sa destinée ainsi que celle de l’Angleterre toute entière, voilà qu’aboule le footballeur David Beckham, grimé en soldat affreusement balafré, et qui se met à invectiver le héros en le mettant au défi et en l’injuriant ! Plutôt que de souligner l’importance du moment avec le respect dû au mythe, ou encore de rendre hommage au célèbre chef d’œuvre de John Boorman (Excalibur), Guy Ritchie préfère donc, de loin, se concentrer sur un gag bien gras et bien potache. Cette faute de goût est emblématique du manque de respect du réalisateur envers son matériau et démontre une fois de plus que l’essence de son cinéma ne se situe pas dans son souci de la narration. Peu importe que le moment soit un tournant décisif dans la vie du héros et qu’il soit totalement éclipsé par un gag idiot. Non, le plus important ici est de montrer à quel point Guy Ritchie est un réalisateur cool et insolent qui ne se prend jamais au sérieux et qui va plaire aux jeunes. L’important n’est donc pas tant de sortir un film que de faire son intéressant !

 

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D’ailleurs, l’épée Excalibur sera ensuite utilisée comme un running gag paresseux : son pouvoir dévastateur faisant tomber Arthur dans les pommes à chaque fois qu’il l’empoigne ! Ce parti-pris de l’insolence gratuite fonctionnait plus ou moins dans les polars sous-tarantinesques qui ont fait le succès du cinéaste à ses débuts (Arnaques, Crimes et Botanique, Snatch) mais 20 ans plus tard, dans le cadre d’un énorme blockbuster hollywoodien, le procédé rend tout simplement le réalisateur ringard. Ritchie est enfin révélé comme l’imposteur qu’il a toujours été, un tâcheron à la désinvolture insultante, uniquement soucieux de SE mettre en scène. Le phénomène Guy Ritchie, c’est le triomphe du style (qui tourne à vide) sur la substance ! Une sorte de Luc Besson, made in England. Autrefois, de lourds échecs critiques et publics comme Rock’n Rolla et Swept Away (A la Dérive) avaient été attribués à de gros coups de fatigue. Mais ce King Arthur problématique et qui ne s’imposait pas vient lamentablement entériner ce que de nombreux cinéphiles savaient depuis longtemps : l’égo de Guy Ritchie se heurtera toujours aux sujets qu’il aborde. L’homme qui a violé Arthur Conan Doyle en vidant Sherlock Holmes de toute sa substance, transformant le légendaire détective en banal action-man se servant de ses poings pour régler ses problèmes (dans deux gros succès qui furent ensuite totalement ridiculisés par la série avec Benedict Cumberbatch) prétend cette fois s’attaquer aux Chevaliers de la Table Ronde.

 

Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Camelot ! Dans l’ancienne Angleterre, nous explique-t-on dans le prologue, l’Humanité est en guerre contre les «mages», des êtres mystiques ayant le pouvoir de contrôler les animaux. Pour quoi faire ? Le film ne le dit pas… Le Roi Uther (Eric Bana), monarque héroïque et bienveillant, sauve son peuple à l’aide de son épée magique, Excalibur. Mais la victoire a un prix : jaloux, le fourbe Vortigern (Jude Law), frère du roi, passe un pacte avec une entité maléfique. Il trahit et assassine son frère (ainsi que son épouse) et prend sa place sur le trône, ni vu ni connu, j’t’embrouille. Dérobé, caché et exilé après le meurtre de ses parents, le petit Arthur (Charlie Hunnam) grandit dans les rues de Londinium sans savoir qu’il est le souverain légitime du pays. Après avoir extirpé Excalibur de son socle, l’élu rencontre une gentille Mage (Astrid Bergès-Frisbey), créature surnaturelle et apprentie de Merlin l’enchanteur, qui lui apprend quelle est sa destinée. Dans un premier temps, Arthur se montre récalcitrant à abandonner sa vie de célibataire endurci. Voyou, bagarreur, tenancier d’un bordel et un peu mafieux sur les bords, il décide finalement de faire amende honorable (sinon le film se terminait là) et se joint à une bande de hors-la-loi (les futurs Chevaliers de la Table Ronde), afin de renverser le tyrannique despote et de poser à son tour son cul sur le trône.

 

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La logique commerciale de l’entreprise crache aux yeux : Sherlock Holmes version 2009 et sa suite ayant remporté chacun plus de 500 millions de dollars au box-office mondial, pourquoi diable ne pas moderniser également la légende des Chevaliers de la Table Ronde et l’adapter au style flashy du réalisateur, adepte des dialogues mordants et des combats à mains nues ? Pourquoi ne pas faire d’Arthur le héros de sa propre franchise, qui se déclinera sur SIX films ! C’était l’intention des pontes de la Warner et sur le papier, le calcul semblait infaillible : les légendes arthuriennes seront rémodelées en gros films d’action et d’aventures afin de rivaliser avec le succès du Seigneur des Anneaux (ou de Game of Thrones) et des productions Marvel… Une fois le film commencé, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que tout ça était un mauvaise calcul.

 

Passé un premier acte où le style de Guy Ritchie est la vraie star (montages rapides en pagaille, dialogues « cool »), le deuxième acte, plus plaisant, est envisagé comme une sorte de croisement entre Robin des Bois (les aventures d’une bande de hors-la-loi réunis dans la forêt) et Ocean’s Eleven (leurs combines sophistiquées pour pénétrer à l’intérieur de la forteresse du tyran)… Las, tout est plombé par le style daté de Ritchie, le contexte médiéval se mariant particulièrement mal avec les figures de style à la Tarantino et avec l’argot de l’est de Londres parlé par Charlie Hunnam. Ritchie n’arrive jamais à retrouver la magie qui avait fait de A Knight’s Tale (Chevalier, de Brian Helgeland, avec Heath Ledger) une si plaisante surprise, rare exemple d’un style post-moderne transposé avec succès dans une ambiance médiévale. Quand arrive David Beckham avec ses gros sabots, on comprend la supercherie et on perd définitivement tout espoir de voir se profiler un récit d’aventures sincère et à l’ancienne, Ritchie étant bien trop occupé à se regarder dans le miroir et à faire le malin.

 

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Les pauvres acteurs font ce qu’ils peuvent pour sauver les meubles mais Charlie Hunnam, franchement excellent dans le récent The Lost City of Z, s’avère ici totalement transparent malgré son charisme animal et son implication physique. Le méchant torturé, interprété par un Jude Law en pilotage automatique, pactise avec le Diable, saigne beaucoup du nez, grimace et menace autant qu’il peut avant de se transformer lors du climax en une créature en CGI digne d’un jeu vidéo, sortie des flammes de l’enfer et aux pouvoirs magiques quasiment illimités. Un méchant grand dadais aussi banal que les autres « boss de fin de niveau » aperçus récemment dans les tout aussi désespérants Suicide Squad et Justice League. Mais la palme de la pire performance aperçue sur un écran de cinéma depuis L’Arrivée du Train en Gare de la Ciotat DOIT être attribuée à l’unanimité à la pauvre Astrid Bergès-Frisbey. Mal dirigée, l’actrice francophone récite toutes ses répliques sur un ton robotique, comme un enfant dans la cour de récréation tentant d’imiter la voix de Nono le petit robot. Ce rare rôle féminin est interprété avec une nullité qui relève du cas d’école et c’est à se demander comment la production n’a pas renvoyé l’actrice dès ses premières répliques. Dans la salle où nous nous trouvions, chacune de ses apparitions était soulignée par des fous rires et autres quolibets.

 

Certes, pour sa défense, le projet vieux de 15 ans a connu un développement particulièrement chaotique : Bryan Singer et David Dobkin furent longtemps envisagés pour le poste de réalisateur avant de jeter l’éponge, tandis que Joel Kinnaman, Kit Harrington, Colin Farrell, Jai Courtney, Henry Cavill et James McAvoy furent tour à tour envisagés dans le rôle-titre, avant que le studio Warner n’appelle Charlie Hunnam à la rescousse, seulement quelques semaines avant le début du tournage. On saluera donc l’acteur qui a réussi à se façonner un corps d’athlète en un temps record ! Alors en odeur de sainteté après le succès phénoménal des deux Sherlock Holmes, le réalisateur (qui n’avait pas encore connu l’échec de The Man from U.N.C.L.E.) a bénéficié d’une carte blanche totale. Avec son co-scénariste Joby Harold (auteur d’une relecture de Robin des Bois prévue pour 2018), Guy Ritchie, pas vite gêné, n’a pas hésité à incorporer divers éléments épars en provenance des nombreuses moutures précédentes du projet.

 

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Malgré ce scénario-patchwork, le tournage eut lieu de janvier à mai début 2015, pour une sortie à l’été 2016. Hélas, comme de nombreuses productions Warner récentes (Batman V. Superman, Suicide Squad, Justice League), le film est tout simplement assassiné par le public des séances-tests. Plutôt que de l’envoyer tel quel dans les salles, le studio commande au réalisateur des reshoots, qui se sont étalés sur les mois suivants, en fonction du planning des acteurs. Le film, brouillon et rafistolé en urgence nous parvient aujourd’hui en salles avec des coutures aussi visibles que celles ornant le front de la créature de Frankenstein ! Mais la genèse problématique du projet ne peut à elle seule justifier cet échec, tout juste peut-elle expliquer l’aspect boursouflé d’un film malade qui, comme La Momie cette année, part dans tous les sens et a bien du mal à accorder des univers et des thèmes (film d’action, film de gangsters, film d’heroic-fantasy et premier épisode d’un univers partagé) à priori très différents …

 

A l’instar des deux épisodes de Sherlock Holmes, King Arthur ne manque ni d’énergie ni d’inventivité visuelle (ni d’un certain mauvais goût) mais Ritchie sacrifie l’exposition et le développement de ses personnages pour nous en mettre plein la vue pour pas un rond, avec un maximum de bestioles et de magie dans une ambiance rugueuse empruntant des designs et des images fortes à des illustrateurs comme Frank Frazetta. Peine perdue car malgré la beauté de certaines images et une direction artistique de qualité, l’aura de légende est annihilée par les tics narratifs du cinéaste, qui confond toujours vitesse et précipitation (un peu comme Jean-Marie Poiré avec ses Visiteurs !), par un découpage hasardeux et une abondance lassante de CGI.  A cet égard, le carnage de la scène d’ouverture se pose là : copie éhontée des scènes de batailles imaginées par Peter Jackson pour Le Retour du Roi, mais avec des éléphants de 100 mètres de haut démolissant tout sur leur passage. « Toujours plus gros, toujours plus bruyant, toujours plus con », voilà la note d’intention du cinéaste ! C’est d’autant plus dommage que Guy Ritchie, quand il s’en donne la peine, sait emballer des scènes d’action dignes de ce nom. Il se montre par contre bien incapable de nous impliquer dans le sort réservé à ses personnages, dont on se moque comme d’une guigne.

 

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King Arthur : Legend of the Sword était censé être le premier volet d’une série de six films, chacun d’entre eux étant consacré à un des Chevaliers de la Table Ronde, avec Arthur pour fil conducteur de la saga. Mais son flop historique (Warner devrait perdre environ 150 millions de dollars dans l’affaire) a mis fin à tous ces beaux projets. Mais ne pleurez pas pour Guy Ritchie… Comme Hollywood n’apprend jamais vraiment de ses erreurs, l’ex-époux de Madonna s’en est allé se consoler chez Disney, où il est en train de tourner un remake modernisé du dessin-animé Aladdin… avec Will Smith dans le rôle du Génie ! (Non, non, ce n’est pas une blague…) A ce niveau de cynisme, difficile de prendre ce pauvre King Arthur et son réalisateur en pitié!

Grégory Cavinato.

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