Actualité 2017… Brimstone

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2016, de Martin Koolhoven – Pays-Bas / USA

Scénario : Martin Koolhoven

Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Carice Van Houten, Kit Harington, Emilia Jones, William Houston et Carla Juri

Directeur de la photographie : Rogier Stoffers

Musique : Junkie XL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Prisonnières du Désert

 

Rouées de coups, fouettées, violées, mutilées, pendues, suicidées, prisonnières d’un masque de fer, torturées comme pendant l’Inquisition, prostituées… Dans Brimstone, les femmes ont moins de droits que les chiens ! Une d’entre elles se fait couper la langue en guise de punition. Une autre, une prostituée ayant abattu en légitime défense le client qui tentait de l’étrangler, est pendue pour tentative de meurtre. Dans le bordel où elle travaille, le patron est catégorique : le client a tous les droits sur la marchandise.

 

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Première production en langue anglaise du hollandais Martin Koolhoven (AmnesiA, Oorlogswinter), Brimstone est une co-production entre les Pays-Bas, la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni qui, à l’instar du récent The Witch (de Robert Eggers) raconte une histoire très ancrée dans l’Amérique puritaine du 19ème siècle. Plusieurs grands studios américains ont proposé à Koolhoven d’adapter son scénario à l’écran moyennant la contrainte d’adoucir fortement son propos. Intègre et fidèle à son scénario, le réalisateur a – après 5 interminables années de développement – préféré le produire en indépendant, avec les subsides de huit pays différents et en toute liberté ! Western âpre et atypique, dans le sens où il ne contient pas de chevauchées sauvages ni de fusillades épiques, Brimstone (ou « le soufre », un mot qui, dans la Bible et dans la chrétienté, désigne les tourments de l’enfer) est un drame étouffant, d’une violence (physique et psychologique) inouïe, abordant des thèmes tabous dans le cinéma américain et une imagerie particulièrement choquante, souvent douloureuse : inceste, sadomasochisme, maltraitance des femmes, symbolique du sang menstruel, croyance aveugle des âmes faibles et exploitation de la parole divine par un imposteur psychopathe qui s’érige en « homme de Dieu » afin d’imposer sa bigoterie et ses déviances (sexuelles et psychologiques) en « Son » nom…

 

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Cet homme infernal, simplement désigné sous le qualificatif du « Révérend », joué par Guy Pearce, est le descendant d’une colonie ultra-religieuse d’immigrants hollandais. Il arbore sur son visage une vilaine cicatrice qui lui donne d’emblée une allure sinistre. Arrivé de nulle part un beau matin dans un petit village, il prend la place de l’ancien révérend et se met à tourmenter Liz (Dakota Fanning), une jeune mère de famille muette, mariée à un gentil veuf beaucoup plus âgé qu’elle (William Houston) qui lui a donné une petite fille. Lorsqu’il récite son premier sermon, tiré de l’Evangile selon St. Matthieu, « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. », le Révérend le fait avec tant de rage et de malice que nous comprenons immédiatement qu’il pratique une forme d’ironie autobiographique. Alors que les villageois crédules boivent ses paroles, Liz est prise de panique dès qu’elle l’aperçoit. De toute évidence, Liz et l’étranger se sont croisés auparavant. Un jour, la jeune femme pratique un accouchement qui se termine par la mort du bébé, ce qui met la foule en colère. Liz est considérée comme une criminelle et le Révérend lui annonce qu’il doit « la punir », un prétexte pour des actes commis lors d’un passé trouble.

 

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Avec un sujet aussi glauque et sa durée excessive de 2h30, Brimstone aurait pu tomber dans les travers du « torture porn » et il est vrai que certaines scènes (une gamine de 5 ans fouettée jusqu’au sang) s’avèrent révoltantes de sadisme. Mais c’est la structure en forme de mystère, divisée en 4 chapitres distincts (« Révélation », « Exode », « Genèse » et « Rétribution ») racontés dans l’ordre décroissant qui fait tout l’intérêt du récit, en nous expliquant à reculons les origines des personnages et les raisons de leurs actes avant un éprouvant épilogue digne du récent The Revenant. Pas particulièrement subtil au niveau de sa symbolique, Koohoven accumule au cours du récit les symboles chrétiens (les flammes de l’enfer, la flagellation) et les allusions au sang menstruel. Dans le deuxième segment, une jeune femme appelée Joanna (Emilia Jones) fuit sa famille pour finir prostituée dans le saloon d’une grande ville. Dans le troisème, quelques semaines plus tôt, Joanna recueille dans sa ferme un jeune homme blessé, énigmatique et athée (Kit Harington, le « Jon Snow » de Game of Thrones), qui va la délivrer des abus terribles et du lavage de cerveau qu’elle subit au quotidien. Le grand plaisir du film consiste à reconstituer le puzzle petit à petit ! Lentement, les grand thèmes du film se dessinent au fur et à mesure que la narration recule dans le temps, pénétrant dans des ténèbres d’une noirceur insondable, notamment lorsque nous comprenons enfin pourquoi Liz a perdu sa langue et comment le Révérend a reçu sa cicatrice.

 

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Ce dernier est-il un être surnaturel envoyé sur terre par un Dieu vengeur pour punir les âmes égarées ou est-il simplement un bigot incestueux et manipulateur qui justifie la violence innommable faite à « ses » femmes (son épouse – jouée par la magnifique Carice Van Houten – qu’il pousse au suicide, sa fille qu’il viole et épouse…) en citant à tort et à travers la parole de Dieu et les évangiles ? Ce que le spectateur appelle « abus sexuels », le Révérend l’appelle « amour » et c’est son impunité due à son statut d’homme d’église, à qui on pardonne la moindre incartade sous prétexte qu’il porte la soutane, qui confère au film cette étincelle irrésistible de suspense mêlé à l’ignominie et au grotesque. Le sentiment de danger est décuplé par le fait que le Révérend est persuadé d’avoir le droit d’agir de la sorte. « Je suis damné à tout jamais. L’Enfer m’attend. Je peux donc tout me permettre. » déclare-t-il à une de ses victimes. Ce personnage haut en couleur aurait pu tomber dans la caricature et devenir un méchant de dessin-animé. Il fallait donc tout le talent de Guy Pearce, qui sort le grand jeu (et un accent hollandais crédible), pour faire de ce Révérend, avec sa barbe de style amish, son regard pervers, son rictus cauchemardesque et sa cruauté aveugle, l’une des créatures les plus repoussantes de l’histoire du cinéma, calquant sa performance sur celle de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur, mais à la puissance 10. Pearce incarnait déjà un personnage similaire dans Lawless (Des Hommes Sans Loi) en 2012 mais s’en donne ici à cœur joie dans la création de ce personnage plus animal que réellement humain, notamment lorsqu’il se met à hurler comme un loup pour annoncer son arrivée ! Sa performance fait réellement froid dans le dos ! Figure de croquemitaine similaire à Freddy Krueger, le côté surnaturel en moins, la dimension de psychopathe sexuel en plus, le Révérend, toujours accompagné de sa cravache, aime également torturer des animaux de ferme et étrangler des fermiers avec leurs propres intestins !

 

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Le personnage nous est présenté comme une conséquence néfaste des éléments répressifs de la chrétienté aux Pays-Bas, un pays qui, depuis les années 60, a fait preuve d’une politique très libérale en ce qui concerne la libération sexuelle et l’âge de consentement. Brimstone est donc la version hollandaise, sous forme d’un cauchemar sexuel et d’un faux western, de tous ces films d’horreur catholiques des années 70 comme L’Exorciste et La Malédiction.

 

Qualifié par la presse de « western protestant », Brimstone ne manquera pas de susciter le débat car Koolhoven a beau délivrer un message pro-féministe dénonçant les abus, il le fait en nous montrant les femmes comme des victimes, souvent nues, faibles et impuissantes. Cette approche bipolaire est due au piège d’un genre cinématographique, le western, qui n’est pas particulièrement réputé pour sa représentation progressiste de la gent féminine, mais auquel le réalisateur tient néanmoins à rendre hommage. C’est donc surtout la performance de Dakota Fanning (sa première vraie performance d’adulte), en jeune survivante poussée à bout, qui émeut et qui met en avant un message positif de résistance et de bravoure contre cette matérialisation de l’enfer sur terre. Pas de rédemption pour la jeune femme malheureusement, son sort, cruel jusqu’au bout, semblant se répéter à l’infini, se répandre comme la poudre jusqu’à sa descendance. La violence faite aux femmes est donc décrite comme un virus qui se transmet d’un homme à l’autre, comme dans un film d’horreur médical à la David Cronenberg !

 

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Afin de mettre en image cette confrontation qui se termine dans un duel infernal, Koolhoven s’est entouré d’un véritable who’s who des meilleurs techniciens hollandais, à commencer par le chef op’ Rogier Stoffers, qui égrène le film de somptueuses vues aériennes et du production designer Floris Vos, qui, grâce à la boue, la pluie, la neige et un sens visuel acéré du genre, arrive à faire passer des lieux de tournage allemands, autrichiens, hongrois et espagnols pour un coin du Far West indéfinissable mais totalement cohérent !

 

Puissant et inoubliable, Brimstone impressionne autant qu’il choque, révolte, dégoûte et prend aux tripes… un peu à la manière d’Irréversible (de Gaspar Noé) et de La Passion du Christ (de Mel Gibson) en leurs temps !

 

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

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