Actualité 2016… The Boy

713388TheBoyPoster610x905THE BOY

 

2016, de William Brent Bell – USA

Scénario : Stacey Menear

Avec Lauren Cohan, Rupert Evans, Jim Norton, Diana Hardcastle, Ben Robson et James Russell

Directeur de la photographie : Daniel Pearl

Musique : Bear McCreary

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aimez-vous Brahms?

 

En 2012, le réalisateur William Brent Bell signait The Devil Inside, immense succès surprise au box-office américain, d’autant plus surprenant que cet énième resucée de L’Exorciste à la mode « found footage » (fausses images d’archive), soit-disant inspirée d’un fait divers réel, fut particulièrement décriée par la critique, notamment pour son flagrant manque d’originalité et pour une fin trop abrupte d’un cynisme abyssal, qui proposait au spectateur de se connecter sur un lien internet (aujourd’hui disparu) pour connaître le dénouement du film et les tenants et aboutissants de l’enquête en cours ! Une désolante première dans l’histoire du cinéma !… Expérimentation provocatrice ou arnaque pure et dure ? Les spectateurs américains avaient répondu présents mais le dur verdict de la critique fut sans appel : dans le petit monde du cinéma d’horreur, William Brent Bell portait le bonnet d’âne et depuis, The Devil Inside, très Z dans l’esprit et dans la forme, se coltine (à raison) la réputation d’un des pires films fantastiques de ces dernières années !

 

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Les autres longs métrages du réalisateur ne s’avérant pas beaucoup plus brillants (la comédie Sparkle and Charm en 1997 et deux thrillers anonymes sans grande personnalité : Stay Alive en 2006 et Wer en 2013), nous ne donnions pas cher du sort de The Boy, son cinquième long métrage, malgré la présence encourageante en tête d’affiche de la jolie Lauren Cohan, qui, dans le rôle de la gentille Maggie, décime du zombie à la télévision depuis la deuxième saison de la série The Walking Dead.

 

Pourtant, malgré quelques grosses ficelles coutumières du cinéma horrifique actuel (des « jump scares » paresseux et trop faciles comme on en trouve à la pelle dans les productions très populaires de Jason Blum comme Insidious, Ouija et consorts…), The Boy s’avère en fin de compte être une excellente surprise, une œuvre d’une qualité supérieure au sein de la routine qui plombe la production horrifique de ces dernières années ! Nous identifions trois raisons principales à cette réussite inattendue : la qualité du casting, l’efficacité du scénario dans la montée graduelle du suspense en huis-clos et surtout, l’univers visuel fascinant créée par le directeur de la photographie Daniel Pearl, le génie à qui nous devons les images poisseuses du Massacre à la Tronçonneuse original (ainsi que de son remake…)

 

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Greta (Lauren Cohan) est une jeune américaine qui accepte un poste de nounou dans un vieux manoir anglais. Sa tâche est de veiller sur Brahms, un garçon âgé de huit ans, pendant que ses parents, les Hilshire (Jim Norton et Diana Hardcastle), partent en vacances pour la première fois depuis des lustres. Lorsqu’elle arrive au manoir, Greta découvre éberluée que les Hilshire sont très âgés et que Brahms n’est pas un petit garçon, mais une poupée de porcelaine très réaliste, réalisée à l’effigie du garçonnet, mort tragiquement il y a de nombreuses années dans un incendie… Fous de douleur et incapables de surmonter la perte de leur fils, les Hilshire ont depuis longtemps sombré dans la folie et se comportent avec la poupée comme si il s’agissait d’un véritable enfant. A contre-cœur, acculée par des problèmes aux Etats-Unis où elle ne peut retourner, Greta accepte la place, un emploi refusé, on les comprend, par des dizaines d’autres nounous !…

 

La jeune femme reçoit une liste de règles très strictes à respecter : ranger les objets dangereux, ne jamais laisser Brahms seul, ne jamais le quitter des yeux, ne jamais lui couvrir le visage, lui faire écouter de la musique classique tous les jours, lui lire des histoires afin de l’occuper et chaque soir, le border et lui souhaiter bonne nuit avec un baiser sur le front… Le seul visiteur accepté au manoir est Malcolm, (Rupert Evans), un jeune voisin ami des Hilshire qui s’occupe de faire les courses pour Greta, désormais « prisonnière » de cette immense bâtisse froide et isolée. Bien entendu, une fois les Hilshire partis, Greta néglige toutes les règles. Elle laisse la poupée seule pendant une bonne semaine et s’ennuie ferme, passant ses journées plongée dans ses lectures et à sombrer dans la dépression. Mais peu à peu, les plus perspicaces d’entre vous l’auront deviné, des phénomènes étranges se produisent : certains objets disparaissent puis réapparaissent mystérieusement… Brahms (dont le caractère immobile et le regard figé particulièrement inquiétant suscitent une certaine pitié) change de place comme par magie lorsque Greta détourne le regard… La jeune femme se sent épiée et jugée en permanence par le mannequin, qui provoque en elle un fort sentiment de culpabilité. Après quelques belles frayeurs (Greta se retrouve « accidentellement » enfermée toute une nuit dans le grenier – par punition ?) et une romance contrariée avec Malcolm, la jeune américaine acquiert peu à peu la conviction que Brahms est bel et bien la réincarnation en objet inanimé du défunt garçonnet! Un esprit désespérément en manque d’affection maternelle… Dès lors, elle décide de suivre religieusement la liste des règles et s’attache à la poupée au point de ne plus vouloir la quitter… Heureuse pour la première fois depuis longtemps, Greta, qui a du abandonner sa propre fille à sa sœur, retrouve son instinct maternel au grand dam de Malcolm, témoin de la plongée (volontaire) de la jeune femme dans la folie la plus complète, à laquelle les Hilshire avaient déjà succombé, possédés eux aussi par cet étrange être de porcelaine…

 

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Les poupées qui font peur, nous en avons vu quelques unes au cinéma, du farceur Chucky à la maléfique Annabelle. Mais l’intelligence du scénario de Stacey Menear (dont il s’agit du premier script porté à l’écran) est de faire de l’énigmatique Brahms un personnage secondaire. La star du film, c’est indéniablement Lauren Cohan, dans le rôle de cette jeune femme autrefois victime d’abus conjugaux, qui a fui son pays pour se cacher, forcée d’accepter ce boulot ridicule (mais bien rémunéré) afin de tenter de récupérer la garde de son enfant. Lauren Cohan, dont la beauté stupéfiante ne gâche rien, est une véritable révélation dans ce rôle, tour à tour douce et fragile, puis sévère et déterminée lorsque la situation tourne au tragique. Sa relation avec Brahms devient une très jolie histoire d’amour maternelle entre une mère privée d’enfant et un enfant privé de parents… jusqu’à ce que la poupée, très possessive, montre une terrible tendance à la jalousie, notamment envers Malcolm (que la jeune femme efface progressivement de sa vie), puis plus tard envers l’ex-mari brutal de Greta, qui débarque un beau jour sans prévenir, après avoir retrouvé la trace de la fuyarde…

 

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Si The Boy ne révolutionnera pas le genre, on ne peut qu’applaudir la capacité du réalisateur à passer sans prévenir (et avec une certaine élégance) d’un genre à l’autre : du drame maternel gothique, émouvant et surnaturel à (dans son dernier acte) un spectacle angoissant, très violent et terriblement malsain, dans la droite lignée d’un certain film de Tobe Hooper (pas forcément celui auquel on pense, mais il nous est difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop !…) The Boy est en effet un film « à twist » dont la surprise s’avère pour une fois particulièrement habile ! Jusqu’à la fin, l’intelligence du récit est de nous maintenir en haleine : est-ce que tout se passe dans l’imagination de Greta ou est-ce la poupée, bien vivante, qui souffre d’un complexe d’Œdipe particulièrement tordu ?…

 

William Brent Bell n’évite malheureusement pas certaines maladresses, particulièrement en début de film : trop de jump scares indignes de l’excellent scénario et surtout, lors de deux scènes redondantes et pas très finaudes où l’héroïne se réveille en nage après un cauchemar, un procédé éculé qui relève d’un des plus vieux clichés de l’histoire du cinéma fantastique ! Malgré sa durée relativement courte, The Boy se montre en effet parfois répétitif mais, grâce à une tension allant crescendo, savamment distillée tout au long du film et à l’amour qui s’installe entre Brahms et Greta, le long métrage témoigne de l’indéniable évolution qualitative d’un réalisateur sorti des méandres de la série Z pour signer l’un des films d’horreur les plus émouvants de récente mémoire. Pas un chef d’œuvre, certes, mais un solide exercice de style ! Les menus défauts ne gâchent donc pas la réussite de ce film d’horreur distingué, interprété avec beaucoup de talent et de fragilité par l’excellente Lauren Cohan et illustré par des images sublimes, notamment lors d’une déchirante scène de suicide en mer qui restera longtemps gravée dans les mémoires des fantasticophiles !

 

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Nous souhaitons donc à William Brent Bell (bien aidé par les qualités respectives des différents départements attistiques du film) de continuer sa rédemption cinématographique avec succès. Si The Boy est la première étape de ses excuses aux spectateurs floués de The Devil Inside, nous sommes très curieux de découvrir la suite de la carrière de ce réalisateur autrefois infréquentable, désormais… à suivre !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge.)

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