Actualité 2016… The BFG (Le Bon Gros Géant)

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(LE BGG / LE BON GROS GEANT)

 

2016, de Steven Spielberg – USA

Scénario : Melissa Mathison, d’après le roman de Roald Dahl

Avec Mark Rylance, Ruby Barnhill, Penelope Wilton, Rebecca Hall, Rafe Spall et les voix de Bill Hader, Jemaine Clement et Adam Godley

Directeur de la photographie : Janusz Kaminski

Musique : John Williams

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gros dégueulasse

Le Bon Gros Géant est différent des autres habitants du Pays des Géants. Mesurant plus de 7 mètres, il a de grandes oreilles et un odorat très fin. Il n’est pas très malin mais tout à fait adorable, profondément gentil, naïf et végétalien. Il est beaucoup moins effrayant que ses voisins, des ogres mangeurs d’humains délicatement surnommés « Buveur de sang » ou encore « Avaleur de chair fraîche », qui passent leur temps à se moquer de lui pour sa « petite » taille. Pour ses repas, le BGG préfère les schnockombres et la frambouille aux humains. Il occupe ses journées à attraper des rêves sous forme de lucioles, qu’il distribue aux enfants… A Londres vit Sophie, une orpheline insomniaque d’une dizaine d’années avec beaucoup d’imagination. Une nuit, un bruit lui fait ouvrir les rideaux et surprendre l’ombre du BGG. Se sachant repéré, ce dernier panique et kidnappe la fillette. Il l’emmène dans son pays dans l’espoir d’en faire son « homme de terre de compagnie ». Rapidement, Sophie se rend compte que son BGG est plus sympa que ses congénères. Son nouvel ami lui fait découvrir la magie et le mystère des rêves. Mais la présence d’un humain au Pays des Géants va attirer l’attention des autres géants. Sophie et le BGG décident alors de se rendre à Londres pour avertir la Reine d’Angleterre du danger que représentent les mauvais géants.

 

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Deux êtres en marge et solitaires qui se lient rapidement d’amitié ? Voilà un sujet à priori parfait pour le magicien du cinéma Steven Spielberg. Or, 27 ans après une célèbre version animée très réussie pour la télévision anglaise, The BFG, pour sa renaissance au cinéma, réserve aux cinéphiles une déplaisante surprise doublée d’une expérience (quasi)-inédite : un film de Steven Spielberg provoquant un ennui profond, au manque total de charme, de magie et du génie auxquels le réalisateur nous a habitués. Certes, Spielberg, qui signe ici son 31ème long-métrage, a déjà réalisé un ou deux films moins brillants qu’à l’accoutumée. Mais même 1941, Hook et Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, certes ratés, contenaient quelques passages rédempteurs ainsi que des qualités techniques et narratives qui montraient le cinéaste en pleine possession de ses moyens. Difficile d’en dire autant pour The BFG, qui fait plutôt l’effet d’un vieil artiste dépassé par la situation. Triste constat !

 

En 1982, le duo Steven Spielberg / Melissa Mathison, respectivement réalisateur et scénariste, a fait pleurer la planète entière en narrant les mésaventures d’un petit extraterrestre accro au téléphone, qui voulait juste retourner à la maison. La reformation des parents de E.T. pour un projet fleurant bon la nostalgie de la grande époque Amblin faisait de ce Bon Gros Géant l’un des films les plus attendus de l’année. D’autant plus que Spielberg s’attaquait à l’adaptation d’un immense succès de la littérature enfantine ! Roald Dahl (1916-1990), romancier au succès phénoménal (et scénariste frustré pour le cinéma) est en effet un auteur plébiscité par les cinéastes : deux versions de Charlie et la Chocolaterie (celle de Mel Stuart avec Gene Wilder en 1971, puis celle de Tim Burton avec Johnny Depp en 2005), Les Sorcières (de Nicolas Roeg en 1990), James et la Pêche Géante (de Henry Selick en 1996), Matilda (de Danny De Vito en 1996) et Fantastic Mr. Fox (de Wes Anderson en 2009) sont des films réussis, célébrés autant pour leurs univers uniques et leur humour décapant que pour leur profondeur. Malheureusement, en zappant presque totalement l’humour caustique de sa source d’origine (ou en ratant les scènes se voulant drôles), Spielberg est passé complètement à côté de son sujet et s’est vautré dans les pires travers de son cinéma, ceux que ses détracteurs lui reprochent depuis longtemps. A savoir : des tentatives infructueuses d’émouvoir à l’aide de grands sentiments surannés, particulièrement gênants. Là où l’émotion sincère d’E.T. accouchait naturellement d’un récit universel et bouleversant, celle du BFG semble forcée, comme si le réalisateur voulait nous soutirer de l’émotion aux forceps. Spielberg n’étant pas particulièrement connu pour son sens de l’ironie ni pour sa folie iconoclaste, il s’avère en fin de compte qu’il n’était tout simplement pas le meilleur candidat pour le job puisqu’il ne peut s’empêcher de constamment remplacer constamment la nature âpre et cruelle du roman par une mièvrerie de tous les instants qui confine à la guimauve. Une grosse erreur de casting, donc ! Durant la projection, on se prend à rêver de ce qu’un Terry Gilliam ou un Tim Burton auraient tiré d’une pareille histoire !…

 

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Le spectacle fait néanmoins illusion pendant quelques temps grâce au sens inné de la mise en scène du cinéaste et son utilisation inventive de la 3D. Ainsi, les déambulations nocturnes du gentil géant dans les rues de Londres laissent entrevoir la possibilité d’un film plein de poésie. Plus tard, une partie de cache-cache entre Sophie et les méchants géants dans la maison du BGG s’avère un modèle de suspense et d’inventivité. La deuxième partie, plus réussie, réserve une scène savoureuse de petit déjeuner anglais à Buckingham Palace, où le gentil géant révèle sa vraie nature de pétomane invétéré. Mais la pauvreté sidérante des décors et de la direction artistique, l’esthétique hideuse de parc d’attraction du Pays des Géants et du Pays des Rêves, ainsi que des personnages en images de synthèse qui auraient été bien plus convaincants en animation traditionnelle, évoquent davantage les essais ratés dans l’animation de Robert Zemeckis (Le Polar Express, A Christmas Carol) que les réussites éclatantes sorties ces dernières années des Studios Pixar, Ghibli ou même Disney. Ici, le « tout-CGI » finit par briser définitivement la magie des effets et par asphyxier le film. La scène de l’assaut final au Pays des Géants est sans le moindre doute la scène la plus paresseuse de toute la carrière du réalisateur. Sans souffle épique, l’épilogue fait preuve d’un manque d’émotion sidérant et ne fait que souligner le manque d’épaisseur de protagonistes (gamine tête à claques, méchants cartoonesques plus irritants qu’effrayants) qui, contrairement à E.T., ne risquent pas de nous manquer et s’oublient volontiers dès le générique de fin !…

 

Tous les grands cinéastes comptent au moins un ratage à leur actif. The BFG a le triste honneur de succéder à Hook comme le plus mauvais film de son auteur. Un comble alors que quelques mois plus tôt, Spielberg faisait encore preuve de son génie avec l’excellent Pont des Espions. Dommage qu’il ait préféré s’approprier l’univers de Roald Dahl plutôt que de persévérer dans celui d’Hergé qu’il avait brillamment abordé avec Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne en 2011, une excellente surprise dans le domaine de l’animation.

 

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Étant donné le pédigrée du cinéaste, nous étions en droit d’attendre bien plus que cette adaptation industrielle, visuellement repoussante et sans âme du conte de Roald Dahl, à réserver exclusivement aux moins de 10 ans, qui tente en vain de recréer la magie d’E.T., une référence bien trop écrasante. Reste un épatant Mark Rylance (Oscar du Meilleur Second Rôle cette année pour Le Pont des Espions) que beaucoup considèrent comme le sauveur du film. S’adonnant gaiement à la technique de motion capture, le nouvel acteur fétiche de Spielberg use avec talent de son visage incroyablement expressif et de ses intonations théâtrales pour faire honneur au vocabulaire « fantasticulaire » et « rigolotique » de son héros.

 

Nous aimons Steven Spielberg plus que de raison et il aura à nouveau ses chances de nous épater avec trois films à venir : le drame The Kidnapping of Edgardo Mortara en 2017, le film de science-fiction Ready Player One en 2018, (ces deux derniers toujours avec Mark Rylance) et un inutile Indiana Jones 5 en 2019. Sa complice Melissa Mathison, décédée d’un cancer en novembre 2015, n’aura pas cette chance. Consolons-nous en méditant sur le fait qu’elle n’a pas eu la déception de découvrir sur grand écran la tambouille bâclée qu’aura donné son dernier scénario !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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