Actualité 2016… Dirty Grandpa (Dirty Papy)

dirtygrandpa_onesheetDIRTY GRANDPA

(DIRTY PAPY)

 

2016, de Dan Mazer – USA

Scénario : John M. Phillips

Avec Robert DeNiro, Zac Efron, Aubrey Plaza, Zoey Deutch, Jason Mantzoukas, Dermot Mulroney, Julianne Hough et Danny Glover

Directeur de la photographie : Eric Alan Edwards

Musique : Michael Andrews

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Parrain 2, Taxi Driver, Novecento, Voyage au Bout de l’Enfer, Raging Bull, La Valse des Pantins, Il était une fois en Amérique, Brazil, Mission, Les Incorruptibles, Les Affranchis, Casino, HeatDirty Grandpa! Cherchez l’intrus… Depuis une quinzaine d’années, principalement pour le pire, Robert De Niro a fait de la comédie son genre de prédilection. Acteur le plus parodié de sa génération, le comédien fétiche de Martin Scorsese s’est sans doute dit qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même et l’auto-parodie est ainsi devenue un fonds de commerce pour ses vieux jours. Qu’il incarne un beau-père irascible, un mafieux en psychanalyse, un retraité en virée à Vegas ou un boxeur rancunier forcé de remonter sur le ring, la formule est la même : De Niro joue sur ses acquis et incarne des versions grabataires de ses personnages fétiches : Vito Corleone, Travis Bickle, Jake LaMotta, Rupert Pupkin ou Max Cady. Malheureusement, pour un Meet the Parents ou un Analyze This ! de qualité, combien de Rocky & Bullwinkle, Meet the Fockers, Little Fockers, The Big Wedding, New Year’s Eve, Last Vegas, The Family ou Grudge Match viendront encore souiller une filmographie autrefois irréprochable ?

 

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Comment expliquer ce phénomène qui touche certaines stars légendaires du grand écran, désormais réduites à enchaîner les projets purement alimentaires les plus embarrassants, bien souvent pour le marché du dvd / v.o.d. ? Les cas différent. Pour Nicolas Cage et Wesley Snipes, ce sont de lourdes dettes et des arriérés de taxes à rembourser. Dans le cas de Mickey Rourke, c’est un ras-le-bol général quant au manque de réalisateurs dignes de ce nom au sein d’une industrie aseptisée qui ne jure plus que par les superhéros. Pour d’autres comme John Travolta, ce sont de flagrantes fautes de goût ! Bruce Willis quant à lui, a gagné une réputation de tyran sur les plateaux au point où les réalisateurs souhaitant tourner avec lui sont devenus rares. Lassé par le métier (et ne cherchant même plus à le cacher), il accumule depuis quelques années les films indignes de son talent, dans lesquels il livre le minimum syndical et n’apparait qu’une quinzaine de minutes à tout casser même si son nom est en grand sur l’affiche !… Dans le cas de Robert De Niro, plusieurs facteurs sont à observer : une volonté sincère de changer de registre accompagnée de grosses erreurs de jugement, ainsi que (selon la rumeur) 6 millions de dollars de taxes à rembourser (un pourboire par rapport aux 16 millions dus par Nicolas Cage !)

 

De Niro, qui est également apparu récemment en second rôle dans des polars bas de gammes, inédits sur le grand écran (Freelancers, Killing Season, The Bag Man, Heist) n’a pas la fin de carrière qu’il mérite ! Sa position à la tête du prestigieux Festival de Tribeca aurait pu lui permettre de s’intéresser à de jeunes talents. Mais, à cause de son cachet bien trop exorbitant pour des productions indépendantes, rares sont les grands réalisateurs qui font encore appel à lui. Il y a donc plus de chances de le voir jouer les mentors dans une énième production Marvel que de revenir au cinéma qui a fait sa gloire. Lors d’une interview récente, le réalisateur Paul Thomas Anderson déclarait qu’il rêvait de diriger De Niro, tout en précisant : « Il est toujours l’acteur le plus talentueux de la planète. Mais c’est vrai que ses choix récents ont été particulièrement frustrants. D’un côté, on a envie de crier « mais qu’est-ce que c’est que toute cette merde ? », mais d’un autre côté, il est difficile de lui en vouloir d’avoir envie de tourner. Sans leur job, la plupart des acteurs deviendraient des criminels ».

 

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Seulement voilà, s’il est vrai que de temps à autres, celui qui fut un fabuleux Al Capone pour Brian De Palma fait encore preuve d’un minimum de discernement dans ses choix, principalement lorsqu’il tient des seconds rôles chez David O. Russell (Silver Linings Playbook, American Hustle, Joy), Dirty Grandpa en arriverait presque à nous faire regretter que le vieux Bob n’ait pas choisi une carrière dans le grand banditisme ! Certes, un acteur doit manger ! Certes, on ne peut en vouloir à un artiste qui nous a tant donné de tourner de temps en temps dans un navet. Mais RIEN, absolument RIEN ne justifie l’ignominie de Dirty Grandpa, à ce jour la plus abjecte atrocité commise sur pellicule par celui qui fut le lauréat de deux Oscars !

 

Grimaçant comme si sa vie en dépendait et en perpétuel surjeu (preuve d’une direction d’acteur inexistante), De Niro incarne Dick Kelly, un sexagénaire devenu récemment veuf, qui profite de sa nouvelle liberté pour se lancer dans une aventure débridée, emmenant son petit-fils, un jeune avocat coincé (Zac Efron) à la veille de son mariage, dans un road trip très sex, drugs and rock’n roll en Floride pour le Spring Break. Son objectif ? Baiser. Se droguer, lui apprendre à profiter de la vie et à se dévergonder… Le titre donne la couleur : nous aurons droit à une de ces énièmes comédies politiquement incorrectes parsemée de gags juvéniles et obscènes à base de Viagra, de doigts dans les fesses et fréquentes tirades à propos de l’organe reproducteur masculin. Pourquoi pas ? La génération de comédiens lancés par Judd Apatow et AdamMcKay, des films comme American Pie, The Hangover, ceux des frères Farrelly et de Sacha Baron Cohen ont démontré que le genre à la mode de la « gross-out comedy » (comme disent les chinois) pouvait accoucher de films mémorables, à condition de faire preuve d’un minimum d’originalité et de mettre un peu de cœur entre deux gags à base de liquides corporels. Las, Dirty Granpa se contente paresseusement d’imiter ses prédécesseurs en accumulant les gags lamentables et les dialogues orduriers. Nul doute qu’après avoir vu le vieux De Niro se masturber en matant un porno gériatrique à quelques mètres de son petit-fils ou encore réveiller ce dernier en lui balançant son pénis devant le nez avant d’éclater de rire, le spectateur n’aura plus qu’une seule envie : se bruler les yeux ! Trop souvent, les responsables de cette débâcle infantile s’apparentent à des garçonnets heureux de découvrir les gros mots. Leur obsession sexuelle tourne à la débauche et installe un fort sentiment de gêne au lieu des rires escomptés.

 

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Ne cherchant jamais à se démarquer de la masse des comédies potaches similaires et dans l’air du temps (le duo picole, fume des pétards, prend de la coke, parle de sexe, se retrouve à poil à la moindre occasion et côtoie des bimbos peu farouches), Dirty Grandpa est l’équivalent cinématographique d’une plaisanterie douteuse balancée par un vieil oncle alcoolique à un dîner de famille : non seulement il ne fait rire personne, mais il s’avère tellement ringard et en décalage avec le monde qui l’entoure qu’il en devient ridicule et gênant. Car Dirty Grandpa est le genre de film dans lequel de vieux clichés homophobes sont une source d’hilarité. Opportunistes en diable, les « auteurs » de la chose se reposent uniquement sur la présence de leur star au point où leur script, terriblement décousu, ne semble jamais dépasser un concept : « Quel est la chose la plus horrible que l’on peut faire dire à De Niro » ? On imagine les séances d’écriture au cours desquelles la seule préoccupation était de se dire « je te parie que De Niro n’acceptera pas de faire ça ! »… En ce sens, Dick Kelly n’est jamais développé en tant que personnage, il n’est qu’un prétexte facile pour offenser à peu près tout le monde. Le pépé est donc raciste, sexiste, obsédé sexuel et homophobe, sans que cela n’apporte quoi que ce soit dans le contexte du récit ! A cet égard, la scène où les personnages débattent sur l’utilisation du « N-word » est à peine croyable. Le pauvre De Niro, croyant sans doute qu’il joue dans une œuvre transgressive, est utilisé comme une véritable marionnette, parlant de sa b*** et crachant des insanités sans relâche dans le vain espoir de choquer. L’icône a déjà incarné quelques gros cons réactionnaires auparavant, notamment dans Cape Fear, The Fan ou Meet the Parents, mais les réalisateurs de ces œuvres avaient l’intelligence de poser un regard critique sur ces personnages. Rien de tout ça dans Dirty Grandpa ! Le gimmick d’un « De Niro classé X » semble suffire à Dan Mazer et se substitue à l’envie sincère de raconter une histoire. En conséquence, Dirty Grandpa tourne tellement en rond que, selon l’humeur, c’est l’ennui ou la consternation qui priment. Par-dessus le marché, la bienpensance hollywoodienne vient montrer le bout de son nez en fin de film, accompagnée d’une bonne dose de guimauve : « Suis tes rêves. Saisis la vie par les couilles ! » (« Grab life by the balls ! ») ressasse le pépé à son idiot de petit-fils dans une réplique que n’aurait pas reniée Donald Trump ! Pour la transgression, on repassera ! Car Dirty Grandpa est en fait un modèle de pensée réactionnaire, dissimulé sous des provocations de pacotille, débitant des vérités à deux balles et des platitudes sur l’amour familial et la nécessité de vivre ses rêves !

 

L’artificialité du film ressort également dans sa construction chaotique. Que ce soit au niveau du montage ou en matière de rythme et de timing comique, Dirty Grandpa est sans aucun doute le produit hollywoodien le plus mal foutu depuis belle lurette ! De toute évidence monté et remonté 150 fois en post-production afin de supprimer les gags et improvisations qui ne marchaient pas, le film de Dan Mazer donne une impression d’inachevé, un film en forme de gruyère où la plupart des plaisanteries tombent à plat. Fâcheux, d’autant plus que les situations se répètent ad nauseam dans une structure ô combien prévisible, à savoir : 1) De Niro commet un délit et 2) Zac Efron, victime des bêtises de son grand-père, est arrêté par les forces de l’ordre ou humilié physiquement ! On se retrouve avec un film extrêmement répétitif, qui fait l’impasse sur les principes les plus basiques de la narration (aucune évolution des personnages, aucune tension dramatique), un peu comme si les monteurs s’étaient retrouvés avec un patient en phase terminale sur leur table, qu’ils avaient essayé en vain de le sauver et qu’ils avaient décidé en dernier ressort de balancer tous les organes à l’intérieur du cadavre et de le recoudre en espérant que personne ne s’aperçoive que leur patient est mort !

 

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Voir De Niro toucher le fond et s’humilier publiquement fait peine à voir mais ses partenaires, qui ont certainement accepté le projet dans la seule optique de lui donner la réplique, ne sont pas mieux lotis. Passe encore que le très fade Zac Efron, qui compense en muscles ce qu’il manque en charisme, se ridiculise. L’idole des jeunes (imbéciles) passe la grande partie du film à moitié nu, avec des pénis dessinés sur le visage. Il pète dans un micro, danse la macarena en string et est pris pour un pédophile. Des péripéties hautes en couleur qui ne fonctionnent jamais à l’écran tant le duo De Niro / Efron manque d’alchimie ! Mais le plus navrant est de constater que les efforts d’Aubrey Plaza (April dans la série Parks and Recreation), une actrice possédant un talent immense pour créer des situations de malaise et sortir des répliques acerbes, sont ici complètement anéantis par la vulgarité crasse de son personnage, une nymphomane anarchiste prête à tout pour attirer le vieillard dans son lit. La belle Audrey ne semble pas avoir appris de ses erreurs puisque quelques mois seulement après la sortie de Dirty Grandpa, elle remettait le couvert avec Zac Efron dans le tout aussi nullissime Mike and Dave Need Wedding Dates, sorti dans nos salles en catimini cet été. Quand apparaît le respectable Danny Glover, dans le rôle très succinct d’un pépé sénile et incontinent, tout espoir de rédemption est définitivement perdu ! La plupart des seconds rôles (flics corrompus, sportifs décérébrés, dealers délirants, gangstas ridicules) n’auraient pas leur place dans le plus mauvais sketch du Saturday Night Live !

 

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Puéril, horripilant, terriblement déplaisant et tristement consistant dans ses tentatives ratées de faire rire, Dirty Grandpa devient très vite une véritable épreuve d’endurance, impossible à apprécier au 36ème degré ! On en ressort souillé, mal à l’aise, avec la nausée, des pensées suicidaires et le besoin pressant de prendre une douche. Que Dirty Grandpa soit vulgaire, passe encore. C’est surtout sa grossièreté qui nous révolte ! Voilà un « Gros Dégueulasse » dont le dessinateur Reiser n’aurait pas voulu !

 

Robert De Niro pourra-t-il se remettre d’un tel suicide artistique ? Allez expliquer à vos chères têtes blondes, après cette pantalonnade, qu’il est « le plus grand acteur de tous les temps ! »… Nous nous consolerons en imaginant que Dirty Grandpa n’était peut-être en fait rien d’autre qu’une vaste plaisanterie, une « performance » en forme d’immense canular à la I’m Still Here, de Joaquin Phoenix… en attendant que Scorsese retrouve son numéro.

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographiqe Belge)

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