Actualité 2015… Terminator Genisys

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2015, de Alan Taylor – USA

Avec Arnold Schwarzenegger, Jason Clarke, Emilia Clarke, Jai Courtney, J.K. Simmons, Matt Smith, Courtney B. Vance, Byung-Hun Lee et Sandrine Holt.

Scénario : Laeta Kalogridis et Patrick Lussier

Directeurs de la photographie : Kramer Morgenthau

Musique : Lorne Balfe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Money For Nothing

 

L’idée de relancer à nouveau la franchise Terminator (une marque cinématographique « réinventée », « rebootée », « remakée », « rechosée » à chaque nouvel épisode depuis le n°3) n’était à priori pas foncièrement mauvaise. Après tout, le vaste univers futuriste évoqué par James Cameron dans son exceptionnel petit survival de série B sorti en 1984 est d’une richesse que la saga n’a pas encore explorée totalement. Seulement voilà, le Terminator original, un film d’horreur résolument adulte, hardcore et véritablement traumatisant s’est ensuite vu trahir à l’écran de manière presque systématique. A bien y réfléchir, même le triomphal Terminator 2 : Judgment Day (1991) était destiné à un plus large public. Le génie de James Cameron en avait fait l’un des films d’action les plus exceptionnels du genre, au point que cette première suite est devenue LA référence ultime. Malgré une bonne dose d’humour, un Terminator gentil et un gamin pour héros, l’action était toujours hardcore et la course-poursuite proposait un spectacle total et un suspense exceptionnel. Linda Hamilton, transformée, livrait la meilleure performance de toute la saga et le T-1000 incarné par Robert Patrick était un méchant presque aussi effrayant que celui qu’incarnait Schwarzenegger dans le premier épisode !

 

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Changeant de mains et de producteurs à chaque épisode, la franchise dont les droits n’en finissent plus d’être rachetés par différentes compagnies, fut ensuite malmenée par une linéarité compliquée, des invraisemblances à n’en plus finir, des problèmes de ton, un manque crucial d’inspiration et surtout, par le départ de Cameron, trop occupé à pulvériser le box-office avec Titanic et Avatar. La vérité, c’est que la franchise aurait très bien pu s’arrêter après Judgment Day tant les deux premiers films, des classiques du genre, se suffisent à eux-mêmes. Ce serait évidemment mal connaître Hollywood où tout se recycle ad nauseam. En 2003 sortait Terminator 3 : Rise of the Machines dans une indifférence relative, avec un Schwarzenegger (déjà) trop vieux, incarnant un nouveau Terminator (mi-gentil, mi-méchant) reprogrammé pour animer un remake flagrant de l’épisode 2. Le talent du solide artisan choisi pour succéder à James Cameron, Jonathan Mostow (Breakdown, U-571, deux formidables divertissements) permettait néanmoins à ce troisième épisode à l’originalité en berne de nous offrir une petite série B excitante et rondement menée, aux scènes d’action mémorables, ni plus ni moins, mais qui n’arrivait jamais à la cheville de ses prédécesseurs.

 

Après deux saisons de la série télévisée Terminator : The Sarah Connor Chronicles (2008-2010), exit Schwarzenegger pour le quatrième épisode, le mal-aimé Terminator : Salvation (2009), se déroulant enfin dans le futur post-apocalyptique décrit et brièvement aperçu dans les trois films précédents. Souffrant de choix malheureux de la part d’un piètre réalisateur de comédies à la mode (McG), Terminator : Salvation marquait une rupture stylistique et tonale avec l’univers de la saga, notamment à cause d’une photographie aux tons brunâtres qui s’éloignait de l’univers bleuté que nous connaissions si bien. Pourtant, malgré la réputation de ratage du film, son scénario et ses thématiques abordées ne manquaient ni d’ambition ni de qualités, notamment des scènes d’action pétaradantes et une ribambelle de machines encore assez effrayantes. Cependant, la piètre qualité de l’interprétation (Christian Bale en roue libre et Sam Worthington, plus fade que jamais), l’absence de Schwarzenegger et de la moindre note d’humour transformèrent ce quatrième épisode en déception au box-office, à tel point que tout le casting, censé rempiler pour une suite, fut remercié. Une fois de plus, la saga semblait « terminated ».

 

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Six ans plus tard, Terminator Genisys arrive après la bataille, précédé d’une réputation et d’une campagne publicitaire catastrophiques (titre ridicule, photos promo et posters hideux, spoiler important dans la bande-annonce) avec la prétention extraordinaire de faire table rase des évènements des deux derniers épisodes et de constituer le premier volet d’une nouvelle trilogie. Les thèmes passionnants abordés dans Rise of the Machines et Salvation sont donc tout simplement oubliés avec l’excuse facile d’ « une linéarité temporelle différente ». Le personnage de Kate Brewster (Claire Danes dans le 3, Bryce Dallas Howard dans le 4), enceinte jusqu’aux dents aux dernières nouvelles, disparaît ainsi complètement. La contamination d’internet par Skynet est oubliée, sans parler de la date du jugement dernier qui change de film en film… un bordel monstre où toutes notions de logique et de respect (des spectateurs, de la saga) semblent avoir été annihilées. A la barre, Alan Taylor, réalisateur « à louer » de séries prestigieuses comme Game of Thrones et Les Sopranos, fort du succès commercial de son déjà pas fameux Thor : The Dark World pour Marvel, ne s’embarrasse pas de la moindre scrupule à autoproclamer son film l’héritier direct des deux classiques de Cameron. Seulement voilà, avec cet objet particulièrement laid, infantilisant et antipathique au possible qu’est Terminator Genisys, Alan Taylor n’est pas loin d’en avoir réalisé l’antithèse parfaite.

 

Nous sommes en 2029 et Kyle Reese, soldat favori du héros de guerre John Connor, se porte volontaire pour voyager dans le temps, en 1984, afin de sauver la mère du sauveur de l’humanité, Sarah Connor… sans savoir qu’une mission secondaire consistera à s’accoupler avec la jeune femme pour qu’elle enfante… de John Connor ! Jusqu’ici, l’histoire est connue. Alors que Reese, tout nu (et tout bronzé) entre dans l’énorme micro-onde spatio-temporel et s’apprête à faire le saut dans le temps, il a à peine le temps de voir Connor se faire poignarder. Arrivé en 1984, Reese est confronté au célèbre Terminator originel, mais se fait sauver les fesses par… Sarah Connor, jeune femme aguerrie flanquée d’un T-800 (surnommé « Pops ») beaucoup plus âgé, qui fut envoyé du futur en 1971 (par qui ? – l’histoire ne le dit pas…) afin de la protéger dès ses 9 ans. Dans ce premier acte, sorte de « greatest hits » des épisodes précédents qui réexamine les évènements connus sous un angle nouveau (à la Back To the Future 2), Alan Taylor tente en vain de recréer l’atmosphère du premier film avec des effets digitaux certes réussis, reproduisant à l’identique le Schwarzenegger de 1984, mais mal mis en valeur par des raccords douteux, une photographie assez terne et un sens de la chorégraphie de l’action très brouillon. Le combat entre le jeune et le vieux Schwarzie, argument commercial mis en avant dans la promo, s’avère une grosse déception. Notre trio de héros est ensuite pourchassé par un nouveau T-1000 (Byung-Hun Lee), malheureusement sous-exploité et très vite expédié ad patres. Ayant réussi à fabriquer une machine à voyager dans le temps en 1984 (!), ils voyagent ensuite vers 2017 où ils doivent affronter un John Connor robotisé et devenu diabolique, qui s’apprête à commercialiser une super-application du nom de « Genisys ». Une fois branchée sur les ordinateurs et iPads du monde entier, celle-ci provoquera l’apocalypse. Pendant tout ce temps, Reese est hanté par les souvenirs idylliques d’un passé qu’il n’a pourtant pas connu, une utopie dans laquelle le Jugement Dernier n’a jamais eu lieu.

 

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On le voit, le script, signé de l’excellente Laeta Kalogridis (Shutter Island) et du très mauvais Patrick Lussier (réalisateur et scénariste de perles comme Dracula 2001, My Bloody Valentine et Drive Angry 3D) joue à fond la carte du « fan service », sans prendre de risques sauf celui de bousculer inutilement la ligne temporelle de la saga et ainsi, de créer un véritable casse-tête chinois pour ceux qui tenteraient encore d’établir une continuité logique. Même le titre tant décrié, ce stupide « Genisys » aléatoire à l’orthographe douteuse ne joue pas vraiment de rôle important dans ce film qui aurait pu tout aussi bien s’intituler Terminator : Reloaded, Terminator : Electric Boogaloo, Terminator Face à son Destin ou encore Terminator : Amis pour la vie !

 

Le premier problème de Terminator Genisys est de s’inscrire, par nécessité commerciale, dans des formules à la mode, à savoir le modèle de production des Twilight et des films Marvel, de purs produits inoffensifs destinés avant tout aux adolescents. Le film est classé PG-13. Exit donc la dimension horrifique engendrée par les robots cruels et invincibles, nous nous retrouvons ici avec un pur produit destiné aux ados, calibré pour ne surtout pas effrayer vos petites sœurs. Nous sommes à des années lumière du cauchemar éveillé du film original, inspiré à James Cameron, rappelons-le, par un rêve éprouvant lors du tournage cauchemardesque de Piranha 2 à Rome… Le casting de Genisys est à l’avenant, composé de « sensations du moment » pour plaire aux jeunes, des choix se justifiant uniquement par calcul stratégique et commercial, sans réelle considération pour les rôles en question. Seul le toujours excellent J.K. Simmons (qui ne fait que passer) semble vouloir injecter un peu d’humour à l’affaire, avec un personnage sorti tout droit de Burn After Reading, commentant sans cesse sur le fait que personne ne comprend rien à l’intrigue.

 

Excellente dans Game of Thrones, Emilia Clarke reprend le rôle mythique de Sarah Connor mais la pauvre n’a rien d’autre à défendre qu’une imitation servile des performances passées de Linda Hamilton. Dans Game of Thrones, la blonde Khaleesi était elle aussi une jeune fille innocente, plongée malgré elle dans un monde brutal, obligée par les circonstances de se transformer en guerrière implacable. Malheureusement, la jeune actrice se retrouve surtout à devoir jouer les amoureuses transies avec Kyle Reese, ce qui réduit le rôle iconique de la mère du Messie en un pâle ersatz de Kristen Stewart dans Twilight : une banale héroïne romantique sans grande personnalité. Seules quelques scènes avec son père de substitution, le vieux Terminator, permet à l’actrice de provoquer un petit frisson d’émotion.

 

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Alors que l’excellent Anton Yelchin avait livré une brillante relecture du personnage de Kyle Reese dans Terminator : Salvation, reprenant à la perfection la voix et les maniérismes de Michael Biehn, le rôle est ici totalement trahi par la performance sans saveur de Jai Courtney, acteur sans charisme et au physique balourd de bodybuilder décérébré, à qui il manque le charme félin de Michael Biehn nécessaire au rôle. Il ne suffit pas de porter les mêmes fringues, encore faudrait-il savoir les habiter! Déjà vilipendé pour son interprétation du fils de John McClane dans Die Hard 5, Jai Courtney est bien parti pour devenir l’un des acteurs le plus détestés du moment. Le nouveau Sam Worthington (si l’on reste gentil) ou Hayden Christensen (si l’on veut être cruel), en quelque sorte…

 

Mais le pire reste encore à venir avec le traitement honteux du personnage mythique de John Connor. Le sauveur de l’humanité, héros de la saga depuis le deuxième épisode, interprété consécutivement par Edward Furlong (jeune et indiscipliné), Nick Stahl (ahuri), Thomas Dekker (à la télé) et Christian Bale (sombre et intense), est ici bêtement réinventé en grand méchant loup cartoonesque et balafré, son corps ayant été transformé en machine indestructible par Skynet ! La performance grotesque de Jason Clarke fait peine à voir. John Connor devient une sorte de Freddy Krueger robotique, cabotinant de plus belle avec des monologues sentencieux, sans pour autant effrayer personne. Une vraie trahison ! A ce niveau de n’importe quoi, le rôle aurait été tenu par Michel Galabru que ça n’aurait pas changé grand chose !

 

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La star Arnold Schwarzenegger, 68 ans, atout commercial principal de la saga ne s’en sort pas bien mieux dans ce qui n’est plus finalement qu’un second rôle de prestige. Sa présence est un modèle d’opportunisme et de roublardise commerciale. On imagine le douloureux brainstorming culminant avec des réflexions profondes du genre : « Alors vous voyez en fait, comme ça, on va dire que les Terminators, genre, euh… ils vieillissent aussi en dehors mais pas en dedans… parce qu’ils ont essayé sans Schwarzenegger la dernière fois et ils se sont plantés. Ce sera génial parce que ça lui permettra de faire des blagues sur son âge pendant tout le film, du style « Je suis vieux, pas obsolète », qu’il pourra d’ailleurs répéter plein de fois, comme ça, on ne se foule pas trop sur les dialogues… » Dur dur de voir l’icône Schwarzenegger ridiculisée de la sorte, accumulant les punchlines foireuses et des tentatives d’humour qui, pour la plupart, tombent à plat. Schwarzie, sans conviction, est obligé de ramasser les miettes de sa gloire passée en jouant les comiques de service, notamment avec ce gag récurrent (que l’on trouvait déjà dans les scènes coupées de Terminator 2, preuve que tout se recycle, même les mauvaises idées) où l’androïde vieillissant tente de sourire pour se fondre dans la masse et émet un rictus ridicule.

 

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Desservi par un script d’une bêtise indescriptible (combien de fois devrons-nous revivre les mêmes évènements avant que la saga n’évolue ?), Terminator Genisys nous propose un divertissement anachronique, injure constante à l’univers auquel il prétend rendre hommage et n’ayant rien appris des univers science-fictionnels créés par des réalisateurs visionnaires comme Cameron, les Wachowski ou Christopher Nolan. Las, les prouesses techniques de Terminator 2, révolutionnaires pour l’époque (et ayant étonnamment bien résisté à l’épreuve du temps) sont remplacées ici par un spectacle « tout numérique » envahissant, bouillie visuelle d’une rare laideur, atteignant un mauvais goût rarement vu dans un blockbuster de cette ampleur. Les effets numériques à foison n’ont pas le moindre impact notoire, un comble ! Pour un jeune Schwarzenegger recrée de manière photo-réaliste (mais desservi par la médiocrité de la scène dans laquelle il apparaît), nous devons nous coltiner des séquences d’action frénétiques et illisibles, tellement peu au fait des lois de la physique que l’on a souvent l’impression de regarder un énième épisode de Transformers ou de G.I. Joe.

 

En se soumettant à des impératifs bassement commerciaux consistant à faire de l’œil aux ados fans de superhéros, en mettant à la barre du projet un « yes-man » au style impersonnel, cette franchise, autrefois sommet de la science-fiction adulte cyberpunk à l’écran, devient un pur film de producteurs, conçu en comité (par des robots ? – tout se tient !), énième blockbuster sans âme et directement oubliable, sur le modèle navrant de The Amazing Spider-Man. Terminator Genisys ne raconte rien, brasse du vide, se contentant de recycler les dialogues (les fameux « I’ll Be Back » et « Come with me if you want to live », ici très mal intégrés aux situations) et les figures connues des épisodes précédents, sans rien ajouter à la mythologie de la saga. De la redite en somme, mais une mauvaise copie qui n’a pas compris que l’art de l’hommage nécessite du cœur et du talent.

 

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On sort de la salle de très mauvaise humeur car en l’état, Terminator Genisys est un impensable navet digne d’une série Z post-apocalyptique italienne des années 80 (John Connor ressemble à s’y méprendre à un certain Atomic Cyborg). Ponctué d’une romance ridicule, dénué de violence, de tension ou de nudité, le film d’Alan Taylor se perd dans une intrigue feuilletonesque que les scénaristes ne prennent même pas la peine de conclure, puisque certaines questions importantes restent en suspens jusqu’au prochain épisode. Un prochain épisode qui, vu le score relativement décevant du film au box-office, ne se fera peut-être jamais, sans doute remplacé d’ici 5 ans par un énième reboot (avec Ashton Kutcher en John Connor?…) Terminator Genisys est à Terminator ce que Robocop 3 était à Robocop : un rejeton informe et populiste, engendré pour de mauvaises raisons par de sombres exécutifs sans vision ou idées fraîches.

 

Cette fois, les machines ont gagné, la machine à sous hollywoodienne qui broie les talents et exploite les concepts jusqu’à la dernière goutte. Heureusement, le futur n’est pas immuable. Et si un Terminator peut apprendre la valeur d’un vie humaine, peut-être que des producteurs consciencieux pourront prendre conscience de la valeur de cette saga bien malmenée… Sans ça, « WE won’t be back »…

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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