Actualité 2015… Ruined Heart : Another Love Story Between a Criminal and a Whore

1014581_fr_ruined_heart__another_lovestory_between_a_criminal_and_a_whore_1425642162278RUINED HEART : ANOTHER LOVE STORY BETWEEN A CRIMINAL AND A WHORE

(PUSONG WASAK)

 

2014, de Khavn De la Cruz – PHILIPPINES / ALLEMAGNE

Scénario : Khavn De la Cruz

Avec Tadanobu Asano, Nathalia Acevedo, Elena Kazan et Vim Nadera

Directeur de la photographie : Christopher Doyle

Musique : Brezel Göring

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Runnin’ down a dream

 

Dans les bas quartiers de Manille, un gangster fait la loi. Ses hommes de main sont chargés d’assurer la protection de sa petite amie, une prostituée dont l’entêtement et l’impulsivité lui valent souvent de se retrouver dans des situations fâcheuses. Un jour, la belle s’éprend d’un de ses gardes et à deux, ils s’enfuient, poursuivis par les sbires de leur ancien patron.

 

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Ruined Heart, tourné en 5 jours dans les bidonvilles de Manille, est la meilleure preuve qu’une sensibilité romantique n’est pas forcément incompatible avec le style extrême d’un réalisateur « punk » et « trash », une fulgurante démonstration que l’amour fou à l’écran peut être traité avec délicatesse dans les mains d’un cinéaste déjanté et baroque, ou dans ce cas-ci, comme le dirait le Capitaine Haddock, « barock’n roll ».

 

Considéré comme le parrain de la nouvelle vague cinématographique philippine, habitué des tournages de style « guerilla » (il tourne dans les rues au milieu des passants, sans autorisation) le phénomène Khavn De la Cruz (souvent crédité simplement comme « Khavn ») est à la fois poète, chanteur, pianiste, scénariste, réalisateur, producteur et psycho-pédicure. Tournant principalement au format digital, il a réalisé 32 films (tous inédits chez nous) et plus d’une centaine de courts-métrages depuis 1994, relançant l’industrie cinématographique locale moribonde.

 

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« Plus le tournage d’un film est long, plus il coûte cher. Je cherche donc toujours à tourner mes films en quelques jours seulement. C’est une question d’énergie. Comme une musique improvisée au piano, il y a ce moment précis où les bonnes notes arrivent et c’est à ce moment qu’il faut agir. Je travaille selon le principe que les meilleures idées viennent des premières intuitions. La meilleure prise est la première. Et toutes les « erreurs » font partie intégrante du projet, elles s’intègrent dans le décor. Ainsi, je fais entrer le monde réel, une certaine vérité dans mes films. »

 

Khavn repousse sans cesse les limites du cinéma et nous livre cette fois un long clip de 73 minutes en mouvement constant, tout comme ses deux amants en fuites (le magnétique Tadanobu Asano et la sculpturale Nathalia Acevedo). Il signe en fait ici la version longue du court métrage de 15 minutes (du même titre) qu’il avait signé en 2012.

 

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Alors bien entendu, l’exercice est épuisant, parfois brouillon… mais entre deux courses-poursuites frénétiques filmées caméra à l’épaule dans les rues bondées de Manille, on guette avec impatience les moments de grâce. Et ils ne manquent pas. De la danse lascive de la prostituée à l’arrière d’un bus, au morceau de guitare improvisé par son amant (qui joue faux), à la joie du couple de danser avec des enfants en passant par un étrange carnaval où le criminel en titre revêt une tête de cheval… Khavn réussit à créer un monde musical inédit à l’écran, où le romantisme le plus pur et la poésie la plus exaltée se mélangent à la frénésie et l’ultra-violence. Malgré des conditions de tournage « à l’arrache », le réalisateur prodige arrive souvent à créer une atmosphère proche de l’onirisme, comme si tout son récit était un long rêve éveillé, haletant, au rythme épuisant, une sorte de version trash des fameuses « Silly Symphonies » de Walt Disney. Le mérite en revient aux images exceptionnelles, sophistiquées et chaudes de Christopher Doyle, le célèbre chef opérateur attitré de Wong Kar Wai, qui montre ici son ouverture d’esprit et sa générosité en participant à un projet aussi « fauché ».

 

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Imaginez le résultat du premier film du fils caché de Terrence Malick et de Gaspar Noé et vous n’aurez encore qu’une vague idée des surprises visuelles et émotionnelles qui vous attendent dans Ruined Heart. En 1h17 (dont un générique final de 11 minutes) et sans le moindre dialogue, le film de Khavn, qui, nous l’espérons, gagnera son statut de film culte, réussit l’exploit de raconter une histoire d’amour universelle complète, bouleversante, inoubliable.

 

Rarement chaos et poésie auront fait aussi bon ménage à l’écran.

 

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

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