Actualité 2015… Krampus

krampus0011KRAMPUS

 

2015, de Michael Dougherty – USA

Scénario : Todd Casey, Michael Dougherty et Zach Shields

Avec Adam Scott, Toni Collette, David Koechner, Allison Tolman, Conchata Ferrell, Emjay Anthony , Stefania LaVie Owen et Krista Stadler

Directeur de la photographie : Jules O’Loughlin

Musique : Douglas Pipes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’embûche de Noël

 

Le Kinépolis de Bruxelles, au pied de l’Atomium. Les plus grandes et les plus belles salles de cinéma du plat pays, avec leur technologie high-tech et leurs sièges confortables!… La pire politique de programmation et surtout, le pire public du pays aussi !… On pourrait croire que c’est la foire uniquement durant les fêtes de Noël mais le fait est qu’il est devenu impossible d’apprécier tranquillement un film dans une salle de ce multiplexe (qui ressemble davantage à un supermarché, avec ses stands à popcorn presque aussi grands que ses salles…) sans être dérangé par des hordes d’adolescents brailleurs, vulgaires, mal élevés, se déplaçant toujours en bandes, la plupart du temps pour « regarder » (le terme est exagéré) leur premiers films d’horreur. Cette fois, à la projection de Krampus du mardi 22 décembre à 16h45, ils étaient une quinzaine et ont passé la durée entière du film à courir dans la salle, à hurler, à s’insulter, à se jeter des friandises et à prendre des selfies… sans le moindre respect pour les (trois) autres malheureux spectateurs présents dans la salle et, bien entendu, sans qu’aucune mesure de sécurité ne soit prise !

 

« Pas assez de personnel, impossible de surveiller toutes les salles » m’a répondu un balayeur de salle à l’air ahuri… « C’est aux spectateurs de sortir pour venir se plaindre en cas de problème ! » Seulement voilà, sortez en plein milieu du film et, le temps de trouver un responsable pas trop idiot dans ce labyrinthe, de le convaincre de la gravité de la situation, de l’amener dans la salle pour constater les dégâts et d’attendre qu’il ait réglé (ou pas) le problème… et vous avez loupé 20 minutes du film ! Depuis des années maintenant, Kinépolis est devenu un endroit mal famé, à éviter absolument, mais – et c’est bien triste – c’est la seule salle de la capitale qui diffuse le nouveau film, très attendu par les fantasticophiles, de Michael Dougherty. Cette projection de Krampus s’est donc, dès le départ, transformée en chemin de croix, nouvelle preuve du manque de respect pour l’art cinématographique d’un jeune génération qui « consomme » tout sans discernement mais n’absorbe rien. Réactionnaire, moi ?… Peut-être… Mais force est de constater que ce manque d’éducation, ce laisser-aller quant aux bonnes mœurs et au respect (de l’art, des autres spectateurs, de l’hygiène) nous donne une génération d’incultes et d’adolescents cyniques et idiots, qui ne manqueront pas de devenir très bientôt, des adultes incultes, cyniques et idiots.

 

Krampus

 

 

Ca tombe plutôt bien comme coïncidence, puisque tel est le sujet de Krampus, un conte horrifique racontant les méfaits d’une créature légendaire qui hante les familles qui ont oublié ce que représente l’esprit de Noël. Krampus s’ouvre sur une séquence d’ouverture d’anthologie, digne de ce qui se déroulait dans la salle 17 du Kinépolis : une horde de consommateurs enragés se rue dans un grand magasin pour faire leurs emplettes de Noël. Vendeurs piétinés, marchandises démolies, peluches éventrées, enfants bagarreurs, adultes s’arrachant le dernier modèle de leur nouvel écran plat, des bébés qui pleurent, un Père Noël alcoolique qui terrorise les pauvres marmots assis sur ses genoux… le tout filmé au ralenti, sur l’air doucereux de la chanson « It’s Beginning To Look A Lot Like Christmas », de Bing Crosby. Le contraste entre la joyeuse naïveté de ce tube enregistré en 1951 et le cynisme ambiant de la scène rend cette ouverture absolument hilarante, irrésistible. En une seule scène, Michael Dougherty arrive à résumer toute l’horreur que sont devenues de nos jours les fêtes de fin d’année, durant lesquelles la consommation de masse est devenue bien plus importante que l’esprit familial et le concept de paix sur la terre aux hommes de bonne volonté qu’elles sont sensées incarner.

 

krampusbbb

 

 

C’est devenu une tradition, des contes de Dickens aux meilleurs films situés aux alentours de cette fête (It’s a Wonderful Life, Gremlins, Scrooged, Die Hard, Home Alone, Bad Santa), les meilleures histoires de Noël nous sont souvent racontées avec un mélange de sentimentalisme et de satire mordante de l’ « American Way of Life ». Le premier acte de Krampus, qui fait honneur à cette tradition, est pratiquement un remake de National Lampoon’s Christmas Vacation (Le Sapin a les Boules en v.f.), classique de Noël dans lequel la gentille famille de Chevy Chase doit s’accommoder pendant une semaine de la présence de leurs navrants bouseux de cousins. Dans Krampus, la famille récalcitrante composée de Toni Collette (la maman coincée), Adam Scott (le papa bourreau de travail), Krista Stadler (la gentille grand-mère allemande) et leurs deux enfants accueillent bien malgré eux pour les fêtes leur belle famille : la sœur de la maman, son mari et leurs quatre enfants. D’un côté les sages démocrates, raisonnables, sympathiques et bien éduqués, de l’autre, une bande républicains odieux, ouvertement religieux, fans de football et de bière, bagarreurs, obèses, laids et vulgaires. Ils sont incarnés à merveille par David Koechner (Anchorman), Allison Tolman (la série Fargo) et l’impayable Conchata Farrell, (plus connue dans le rôle de Berta dans Two and a Half Men) dans le rôle de la vieille tante imbuvable qui passe son temps à critiquer la décoration et la cuisine de sa nièce… Bien entendu, le père, très attaché au second amendement de la constitution américaine, cache un véritable arsenal dans son camping-car et les enfants (tous obèses sauf le bébé) sont de vraies teignes. Il ne faut évidemment pas très longtemps avant que les tensions ne s’installent entre les deux « clans »… Des caricatures ? Oui ! Mais ces stéréotypes exagérés sont décrits avec assez d’humour pour que ça marche dans un conte ! Humilié par ses cousins qui découvrent sa lettre au Père Noël, le jeune Max (Enjay Anthony) déchire la missive et la jette dans le vent, invoquant sans le vouloir l’esprit – et les maléfiques sous-fifres – du monstrueux Krampus.

 

krampus-2016-filmszene

 

 

Cette fable horrifique jouant sur le folklore mythologique d’un monstre malveillant inconnu des américains, leur est racontée par la sage grand-mère allemande lors d’une très jolie séquence animée (rappelant l’univers d’Henri Selick) relatant sa première rencontre avec Krampus lorsqu’elle était enfant dans une région pauvre des Alpes, une expérience qui l’avait laissée orpheline… Il vous regarde quand vous dormez, il sait quand êtes éveillés, il sait si vous avez été sage ou mauvais… Il a des cornes gigantesques, des sabots et une armée d’elfes sinistres. Il est « l’ombre maléfique du Père Noël », remplaçant ce dernier pour venir kidnapper et torturer ceux qui n’ont pas été sages, ont perdu leur joie de vivre et ne croient plus en l’esprit de Noël. Il est d’une cruauté légendaire et cette fois, il est bien décidé à donner une leçon à cette vilaine famille sur laquelle il va faire pleuvoir douleur et destruction. Sa vengeance sera implacable…

 

 

Dès lors, ce film qui s’annonçait comme une gentille comédie satirique devient un véritable et très efficace film d’horreur rappelant le concept de The Mist, de Frank Darabont : une famille enfermée dans une maison, cernée par de nombreuses créatures de l’au-delà essayant de s’infiltrer chez eux, obligée de laisser le feu allumé dans la cheminée pour les empêcher d’entrer. Autour d’eux, dans le voisinage, le temps semble s’être arrêté : les rues enneigées sont désertes, les maisons sont vides, il n’y a pas une seule personne ou de voiture à l’horizon, la tempête de neige redouble d’intensité, l’électricité est coupée, ainsi que l’accès à Internet et au téléphone… Des bonhommes de neige aux faciès abominables s’amoncellent devant la porte et tous ceux qui tentent de sortir pour chercher de l’aide, périssent. Il n’y a plus qu’une seule chose à faire : attendre patiemment que le croquemitaine prédateur fasse connaître ses intentions… Comme dans tout bon conte de Noël qui se respecte, le clan, composé de quelques individus de prime abord détestables, poussé par ces forces surnaturelles, va devoir évoluer, s’entraider pour survivre et ensemble, retrouver la signification de l’esprit de Noël… et vite !

 

016

 

 

Michael Dougherty (scénariste de plusieurs films de Bryan Singer) nous avait déjà épatés avec son premier film, Trick’r Treat (2007), l’un des meilleurs films sur la fête macabre d’Halloween, fabuleux film à sketches devenu culte et incontournable, à revoir entre amis tous les 31 octobre. Avec Krampus, le réalisateur réitère l’exploit de nous émerveiller, de nous faire rire et de nous terrifier en même temps, un exercice difficile que seule une poignée de légendes du fantastique ont réussi avec brio : John Landis avec Le Loup-Garou de Londres, Wes Craven avec Scream, Stuart Gordon avec Re-Animator et bien entendu, Joe Dante avec Gremlins, modèle évident de ce Krampus dont les diverses créatures ont le même rire moqueur que les grands frères turbulents de Gizmo…

 

 

Pour son second long métrage (le troisième devrait être Trick ‘r Treat 2, prévu pour 2017), le réalisateur n’y va pas de main morte sur l’horreur, notamment lors d’une séquence traumatisante où la famille est attaquée à l’étage par des cadeaux de Noël ayant pris des formes inattendues. Un bestiaire que l’on croirait sorti du Dolls de Stuart Gordon, des productions Charles Band des années 80 (Ghoulies, Puppet Master) ou de l’imagination fertile et malsaine de Clive Barker : nounours aux dents acérées, robot aux dents d’acier, l’ange du sapin de Noël devenu cannibale, des biscuits en massepain psychopathes, armés de pistolets à clous, ainsi qu’une créature en forme de serpent et à tête de clown, avalant les enfants avec une belle voracité… Le grand soin apporté à ces terrifiantes créatures (aucune image de synthèse en vue, mais des effets spéciaux « physiques » de très belle facture) les rend absolument fascinantes et terriblement dangereuses. Leurs dents sont pointues et leurs bouches ruissellent de sang, comme le clown interprété par Tim Curry dans Ca (It), d’après Stephen King. C’est là toute la force de Krampus, le genre de film que l’on ne pensait plus jamais revoir sur un grand écran à l’heure où l’horreur dans la production américaine s’aseptise de plus en plus : malgré une classification PG-13 très surprenante vue l’intensité de son film, Michael Dougherty ne lésine jamais sur la violence et sur son impact dévastateur. Des gens meurent, c’est douloureux… et nous avons vraiment peur !

 

tumblr_nyyyij1HmP1v157nxo1_1280

 

Alors certes, certaines séquences paraissent quelque peu répétitives et le rythme du film, trop long, en pâtit quelque peu. Et Michael Dougherty commet l’erreur courante de multiplier les gros plans lors des attaques en lieu clos, se contentant parfois d’approcher sa caméra des visages de ses acteurs, qui font de leur mieux pour imiter la frayeur de Tippi Hedren dans Les Oiseaux… Rien de bien grave, cependant ! La grande force du film est la palette visuelle très riche créée par le directeur de la photographie Jules O’Loughlin. Les extérieurs enneigés sont plongés dans la grisaille, dans une quasi-obscurité menaçante du plus bel effet, tandis que les intérieurs des maisons abandonnées ont été ravagés par le gel et la neige. Dans la maison transformée en forteresse, seul le faible feu allumé dans la cheminée vient donner un maigre sentiment de réconfort. Les décors, superbes, sont empreints d’une atmosphère angoissante d’abandon et d’isolation complète. Chaque recoin un peu obscur est susceptible d’abriter des forces surnaturelles inconnues, attendant leur tour pour venir se joindre au massacre…

 

 

La vedette du film, Krampus, sait se faire désirer : pendant les deux premiers actes du film, nous ne voyons que sa lourde silhouette, sautant de toit en toit, des chaînes rouillées tombant hors de son costume, ou encore, dans une scène au suspense efficace, évoluant sous terre comme un Bugs Bunny maléfique ou les créatures de Tremors… Mais lorsqu’il daigne enfin montrer son vrai visage, barbu et caché sous une vieille capuche rouge terne, sorte de version redneck et animale du Père Noël, il est évident que Michael Dougherty traîte l’aspect fantastique de son film avec le plus grand respect. Pas de kitsch, mais une horreur lugubre et implacable qui s’installe aussi vite que des frissons dans le blizzard de l’hiver.

 

Krampus-Trailer-2

 

Michael Dougherty nous fait donc le portrait de personnages peu reluisants et qui se détestent, obligés de s’allier et de trouver leur courage et leur dignité dans l’adversité. Récit d’une home invasion surnaturelle, parsemé d’un humour irrésistible, d’une ultra-violence anarchique et de visions horrifiques inoubliables, Krampus est la comédie ho-ho-ho-rrifique de Noël la plus géniale, la plus irrésistible et la plus terrifiante depuis Gremlins !

 

Avec son gag final particulièrement malin et inattendu, qui en surprendra plus d’un, nul doute que Krampus deviendra très vite un véritable classique de Noël…

 

krampus

 

Je vous quitte maintenant pour m’en aller déchirer ma lettre au Père Noël (pas de Jessica Chastain au pied du sapin pour moi cette année…) et pour convoquer Krampus et l’inviter à rendre une petite visite aux familles de cette bande de petits mérinos mal peignés rencontrés lors de cette satanée projection au Kinépolis…

 

Joyeux Noël… et surtout soyez sages !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>